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12/09/2011

11 septembre : réalité d’un paradoxe

Le point de vue d’Eva Joly sur l’après 11 septembre fait état d’un paradoxe bien réel. 

Paradoxe dans le fait que les démocraties, traumatisées à cette date et qui avaient brandi jusque là l’étendard de la Liberté, ont sacrifié et continuent de sacrifier une part de cette Liberté au besoin de se protéger contre l’insécurité terroriste. Ce qui est en soi concevable.

Sauf que ces démocraties ont en fait « sauté sur l’occasion du 11 septembre » pour se justifier de l’injustifiable qui pouvait leur être imputé. Et rien n’a vraiment changé.

Par exemple : le très actuel positionnement des nations dominantes dans la volonté de se faire prier pour reconnaître l’existence d’un Etat palestinien ou leurs efforts constants à investir dans une industrie officiellement consacrée à l’anti-terrorisme au dépend de besoins essentiellement alimentaires, sanitaires, éducatifs, ou encore cette volonté de ne remettre en cause ni l’état d’esprit ni les institutions imaginées pour défendre un libéralisme inique et sans âme.

11 septembre 2001,baudrillard,eva joly

N’aurait-on pas oublié que « La condamnation morale, l'union sacrée contre le terrorisme sont à la mesure de la jubilation prodigieuse de voir détruire cette superpuissance mondiale, mieux, de la voir en quelque sorte se détruire elle-même, se suicider en beauté. Car c'est elle qui, de par son insupportable puissance, a fomenté toute cette violence infuse de par le monde, et donc cette imagination terroriste (sans le savoir) qui nous habite tous. » (…) « Quand la situation est ainsi monopolisée par la puissance mondiale, quand on a affaire à cette formidable condensation de toutes les fonctions par la machinerie technocratique et la pensée unique, quelle autre voie y a-t-il qu'un transfert terroriste de situation ? » (Extraits d’un article rédigé le 2 novembre 2001 par Jean Baudrillard jugé iconoclaste à l’époque)

Le sentiment d’injustice dans lequel continue d’être tenus un nombre croissant de pays, comme ceux du Maghreb et du Machreb par exemple, est pour l’instant une préoccupation de second plan tant il est urgent pour les peuples qui les habitent de se débarrasser des régimes dictatoriaux obscurantistes et sanguinaires. Mais ce sentiment d’injustice risque de réapparaître assez rapidement, d’autant plus rapidement que « l’effondrement des tours a correspondu aussi dans l’imaginaire et la mémoire collective à l’effondrement d’un système et d’un mode de vie occidental » imposé à la planète entière. Apparemment, il n’en a pas été tenu compte puisque l’actuel anéantissement du système économique mondialisé, bénéficiant d’emplâtres successifs, est artificiellement retardé.

Jusqu’à quand ? Jusqu’à quel autre 11 septembre ? Autrement dit : « Si Ben Laden comme Bush n’ont pas gagné, ils n’ont pas perdu la partie. » 

D’où la justesse du constat d’Eva Joly lorsqu’elle écrit : « dix ans après le 11 septembre (…), nous nous trouvons (ndlr : toujours) devant le choix d’une société globale de surveillance fondée sur la peur et la stigmatisation, ou celui d’une transition économique, énergétique, démocratique fondée sur les principes de coopération et de sécurité humaine. J’ai pour ma part choisi la voix de ce changement juste, celui tracé par l’écologie politique. »

15/07/2011

Pour un défilé citoyen du 4 août

Eva Joly s’est donc attaqué au narcissisme franco-français. Elle a parlé de son envie de voir un défilé citoyen prendre peu à peu la place d’une parade de chars et d’hommes en armes convoqués sur les champs enlisés (Canard Enchaîné) pour rendre hommage à une Nation qui devrait se sentir plus menacée par les armées étrangères que par les marchés financiers et autres agences de notation.

eva joly,14 juillet,4 août

Soit. Laissons tomber le 14 juillet, ses bals et ses feux d’artifice dédiés aux familles de militaires endeuillées et faisons en sorte que le 4 août soit la fête de tous les citoyens souhaitant abolir les privilèges à commencer par celui qui consiste à payer ses impôts à l'étranger sous couvert "d'optimisation fiscale". Chiche ?

Le chef d’escadrille, premier fusible de France, en a profité pour mettre en doute la connaissance  que pouvait avoir Eva Joly des traditions hexagonales et pour pointer sa bi-nationalité. Il en aura sans doute oublié que l’antimilitarisme est une vieille histoire, une très ancienne tradition et que Georges Brassens, très apprécié de feu le général Bigeard, en avait fait, lui aussi, une chanson intitulée « Les deux oncles ».


Brassens - les deux oncles par cheshirecatfr

27/10/2010

Les pousses-au-crime

Si ce n’est pas de l’art, la provocation est l'arme idéale pour entretenir frustration, désillusion, résignation et désespoir. Aujourd’hui, cette arme est maniée en permanence par des gouvernants sans âme et sans talent au risque d’entraîner un coup de corne ou une sortie de route fatidiques. La rue a ses poètes que la justice ne contrôle pas.

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J-M Basquiat


L’article 665 du code de procédure pénale ne permet la procédure du dépaysement qu’à l’égard d’un juge d’instruction. Contrairement à ce que Philippe Ingall-Montagnier, procureur général de Versailles, voudrait faire croire à l’opinion publique, rien ne permet de dessaisir un procureur de son enquête préliminaire. Or, Ph Courroye est procureur de Nanterre. Donc les dossiers qu’il détient, où se trouvent incriminé le toujours ministre Woerth, et par voie de conséquence le toujours Président de la République, ne seront pas dépaysés. Sauf, sauf ... ceux qui sont entre les mains de la juge d’instruction Isabelle Prévost Desprez. Et c’est précisement de ce juge d’instruction que peut venir le danger d’une réelle révélation et mise en cause judiciaire du pouvoir en place.

La recommandation, consistant à désigner un nouveau juge d’instruction pour instruire le volet "financement illicite", formulée par Jean Louis Nadal, procureur général près la Cour de cassation, qui avait un temps fait illusion, est devenue lettre morte. Le procureur Courroye et l’ancien trésorier de l’UMP pavoisent, leur commanditaire aussi. D’autant que la réforme des retraites aura été voté envers et contre une opinion publique qui collectionne les rancœurs et les raisons objectives d'embardée.

 
Eva JOLY, france-info, 24 10 2010
envoyé par FranceInfo. - L'info video en direct.

L’eurodéputée Eva Joly reconnaît donc implicitement s’être réjouie un peu vite de ce qui aurait pu effectivement sauver l’honneur de la justice et témoigner d’une moindre manifestation d’indépendance. Supercherie !

Comme pour mieux accentuer le pied de nez fait à l'opinion, dans le même temps, on apprend que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, contiguë à la réforme des retraites, va donner lieu à une nouvelle série de déremboursements  et que, sans doute pour amuser la galerie, la téléconsultation va régler la question de la démédicalisation en milieu rural sans que la toujours ministre de la santé ait à toucher au « Numerus clausus » dans les facultés de médecine.

Etc, etc. Dans ces conditions, comment ne pas envisager le pire. Mais ici, en Europe, qu’est-ce que « le pire » ? La réponse est sans doute sécuritaire, hélas.

07/06/2010

Plus qu’esthétique : l’éthique

Les «affaires» imputables aux personnalités politiques  défrayent la chronique depuis des décennies sans que la corruption pratiquée par les multinationales soit quant à elle médiatiquement dénoncée. Elle est pourtant très largement responsable de la misère des pays du Sud aussi bien que des inégalités existantes ici entre les PME-TPE et entreprises du CAC 40.
Si l'importance de ce dernier type de corruption est très largement supérieure au précédent, bizarrement, on en parle beaucoup moins. Un peu comme si le fait d'être le plus spectaculairement et le plus symboliquement corrompu n'était l'apanage que des chefs d'Etats, de gouvernement ou de parti politique de préférence localisés dans les pays du Nord. L'opinion publique attendrait que ces derniers donnent le «la» en matière d'éthique alors qu'ils ne donnent que le change tout en étant grassement rémunérés par les contribuables.

C'est l'un des mérites d'Eva Joly que de mettre en avant l'exigence éthique qui devrait être celle des managers qu'ils soient à la tête d'un Etat ou d'une entreprise.

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Malheureusement, entre les deux, il y a les actionnaires, une cour invisible et avide qui investit sans exiger la moindre contrainte, la moindre éthique.

L'analyse faite par la magistrate des recettes restant à réaliser dans le domaine des évasions fiscales et des paradis fiscaux peut difficilement être contredite.  Témoin, l'interview qui suit réalisé par Dominique Nora, Sophie Fay, Elena Bizzotto pour le Nouvel Observateur. Il est extrait du site Altermonde sans frontières et donne un aperçu des mécanismes utilisés :

Le Nouvel Observateur - À Bruxelles, vous présidez la commission du Développement et vous vous êtes lancée dans une croisade contre les paradis fiscaux. Quel est le rapport entre sous- développement et fiscalité ?

Eva Joly - "La lutte contre les paradis fiscaux est l'un des plus sûrs moyens d'augmenter les ressources des pays du Sud ! Compte tenu de la pauvreté de leurs populations et de l'importance de l'économie grise, les pays en développement ont une assiette fiscale étroite et un taux de recouvrement faible : l'impôt y représente - au mieux - de 12% à 14% du PIB, contre 40% à 50% dans les pays industriels. Or une partie importante de ces recettes légitimes est confisquée par les multinationales occidentales. Il faut mettre fin aux mécanismes qui autorisent ces grands groupes internationaux, opérant par exemple en Afrique, à ne pas payer d'impôts ou si peu dans les pays en développement. Les multinationales utilisent tous des paradis fiscaux pour pratiquer « l'optimisation fiscale ». Il s'agit d'un véritable pillage organisé des pays du Sud. Mais les pays riches en pâtissent aussi. Le Conseil des Prélèvements obligatoires français vient d'ailleurs de confirmer dans un rapport que les multinationales paient 2,3 fois moins d'impôts que les PME. Seules les entreprises de moins de 9 salariés paient réellement 30% d'impôts, tandis que pour les groupes du CAC 40 le taux tombe à... 8% ! Ce qui constitue à la fois une injustice et une distorsion de concurrence."

N. O. - Mais, à écouter Nicolas Sarkozy, le G20 serait pratiquement arrivé à supprimer les paradis fiscaux...

E. J. - "C'est pour le moins inexact. Notamment parce que l'OCDE ne retient pas, selon ses critères, comme étant des paradis fiscaux l'île Maurice, les îles Caïmans... et 70 autres territoires. Vous trouverez la « bonne liste » de ces paradis fiscaux sur le site du Tax Justice Network de John Christensen. Ce sont des territoires avec peu ou pas d'impôts sur le capital et les bénéfices, des règles de secret bancaire étendues, l'absence de registres des sociétés ou commerciaux, aucune obligation comptable, d'audit ou de contrôle... On y verse une commission à l'ouverture d'un compte puis quelques frais annuels ; et tout est fait pour protéger l'identité et les intérêts du propriétaire de ce compte. Ce qui attire évidemment l'argent secret, l'argent du crime et de la drogue."

N. O. - Nos hommes politiques parlent beaucoup de l'évasion fiscale des particuliers, mais peu de celle des entreprises...

E. J. - "Obtenir de quelques pays la levée du secret bancaire sur les comptes des particuliers ne suffit pas. Les conventions d'échange de données récemment signées entre pays sont un petit progrès. À condition qu'elles soient utiles. Or elles comportent souvent des clauses très limitatives. Et l'OCDE se contente de la forme : ce n'est pas parce que les îles Caïmans signent une convention avec les Bermudes qu'elles s'engagent à devenir transparentes ! De même, aucun progrès n'a été fait sur l'opacité des « trusts » et des « fondations ». Aucune de ces initiatives n'est, en tout cas, de nature à réduire de manière significative l'évasion fiscale des grandes entreprises, qui est colossale. Un rapport a montré qu'aux États-Unis un quart des plus grandes entreprises ont totalement échappé à l'impôt entre 1998 et 2005... En ajoutant à cela l'évasion fiscale des particuliers - 250 milliards de dollars de manque à gagner par an au niveau mondial -, on arrive à environ 1 trillion de dollars de flux illicites annuels, selon l'estimation du think tank américain Global Financial Integrity. Plus de la moitié de cette somme échappe aux pays pauvres, soit dix fois plus que ce qu'ils reçoivent en aide publique au développement."

N. O. - Concrètement, comment ça marche ?

E. J. - "Les multinationales utilisent notamment un jeu d'écritures retraçant des échanges entre leurs filiales : ce flux interne aux grands groupes, ce qu'on appelle les « prix de transfert », représenterait 60% du commerce mondial, selon l'estimation de l'OCDE. Prenons le cas d'une multinationale qui exploite du cuivre en Zambie. Au lieu de commercialiser directement le minerai à partir de ce pays, cette entreprise le cède à un prix de transfert inférieur de 30% environ au prix du marché mondial à une filiale commerciale du même groupe basée, sur le papier, à l'île Maurice. Or Maurice, qui accorde des déductions forfaitaires de 80% à qui le demande, est un « paradis fiscal » ne figurant sur aucune liste officielle ! Cette filiale mauricienne vend, à son tour, le cuivre à son client final au prix du marché. Les bénéfices réalisés officiellement à Maurice sont ensuite rapatriés, par exemple, dans la holding du groupe aux Pays-Bas sous forme de dividendes distribués aux actionnaires... Je cite les Pays-Bas à dessein : grâce à leur régime favorable aux holdings, ils sont devenus le deuxième investisseur direct au monde après les États-Unis !"

N. O. - Est-ce une pratique courante ?

E. Joly - "Elle est systématique. Il y a aussi d'autres procédés, comme le round tripping, qui consiste à disperser dans tous les paradis fiscaux des divisions du groupe, qui facturent leurs prestations au prix fort : gestion de la marque en Irlande, gestion de la relation clientèle aux îles Caïman, conseil fiscal aux Bermudes, etc. Il s'agit, bien sûr, d'entités fictives, gérées par des prestataires de services spécialisés dans ce genre d'opérations et dont les conseils d'administration et les assemblées générales sont tenus par téléphone !"

N. O. - Ces pratiques sont-elles illégales ?

E. J. - "Elles sont immorales puisqu'il s'agit d'une triple injustice : Nord-Sud, privé-public et multinationales-PME. Mais le mécanisme du « prix de transfert » peut aussi être considéré comme illégal lorsqu'il est manipulé. Ce prix est supposé être fixé de manière neutre, sans traitement préférentiel entre filiales d'un même groupe. La prise de conscience est d'ailleurs en train de progresser. Cela rapporterait davantage au gouvernement français de s'attaquer à ces pratiques plutôt que de taxer les indemnités des accidentés du travail ! Mais on est encore très, très loin du compte, en dépit des déclarations répétées du président de la République."

N. O. - S'attaquer à ces pratiques heurte de puissants intérêts disposant de lobbys influents. D'où viendra le déclic ?

E. J. - "Il faudrait un « désarmement mondial » négocié afin que cela ne handicape pas uniquement les entreprises des pays qui banniraient ces mécanismes. Seul un mouvement citoyen fort nous permettra d'aboutir. Au départ, on n'était pas nombreux, mais le mouvement a pris de l'ampleur. Les syndicats et les ONG sont désormais derrière nous, avec des initiatives comme le site Stop Paradis fiscaux, animé entre autres par Jean Merckaert, du Comité catholique contre la Faim et pour le Développement. Ils font un travail vraiment formidable."