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31/10/2013

Vivre, étudier, s'exprimer en sécurité

Une affaire d’État par Pierre Tartakowsky, Président de la Ligue des droits de l’Homme

Pourquoi la France s’est-elle, en quelques jours, enflammée et divisée autour du cas d'une jeune Kosovare, Léonarda, plutôt qu'autour de celui d'un jeune lycéen d'origine arménienne, Khatchick ?
Peut-être en écho aux insupportables sorties de Manuel Valls.
Peut-être y a-t-elle vu l’occasion d’exprimer une mauvaise conscience collective. Beaucoup de "peut-être"
Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’affaire Léonarda a tourné à l’affaire d’État. Lequel en sort en piteux état. Et cette situation ne risque guère de changer tant est absurde une politique de l’immigration marquée par les expulsions. Si le gouvernement pense avoir jugulé l’opposition à celles-ci, singulièrement de la part des lycéens et des étudiants, l’espoir est vain.

léonarda, mobilisation novembre

Comme souvent dans ces cas-là, c’est le rapport à l’école qui fait « tilt ». La jeune Kosovare, installée en France de longue date est scolarisée ; et c’est dans un cadre scolaire qu’elle est interpellée et ramenée à ses parents à destination du Kosovo.
En France, on éprouve encore un grand respect pour l’école de la République, vécue comme un sanctuaire légitimé par le droit fondamental à l’éducation ; l’interpellation met en lumière le caractère fragile – et quelque peu artificiel de cette sanctuarisation. L’opinion de proximité, parents, enseignants, s’émeut.

Ainsi commence l’incendie : autour d’une figure jeune et féminine de l’étranger en voie d’être intégré. Ce qui déclenche presque immédiatement un contre-feu autour de la figure du père, présenté comme l’archétype de l’indésirable : brutal, alcoolique, parasite. Déjà s’esquisse un schéma de préférence ; elle, oui, mais alors pas les autres, surtout s’ils ressemblent à son père.

Reste que l’émotion continue de grandir ; les médias ne lâchent pas l’affaire, qui devient d’État au moment où le Premier ministre s’en mêle. Il en appelle à une commission d’enquête pour que celle-ci examine si la loi a été correctement appliquée. A-t-il en tête de trouver une faille administrative qui servirait d’alibi à une mesure humanitaire, un geste d’exception ? Est-ce une simple façon de gagner du temps ? C’est en tout cas déjà un aveu de malaise ; il n’est pas si fréquent qu’un chef de gouvernement se saisisse d’un cas isolé…

Mais la loi a évidemment été bien appliquée ; on peut bien appliquer une loi même si, comme c’est le cas, elle est mauvaise. Le gouvernement de gauche, dès qu’arrivé au pouvoir aurait dû désavouer cet héritage du Sarkozysme et le combattre. Après en avoir accepté la gérance, le voilà pris au piège de la formule « autorité » et « humanité ». Première victime collatérale : le Premier ministre. Les remous se poursuivant, un conseiller – sans doute en communication – suggère de mobiliser Valérie Trieweiller, voix off du président, laquelle lâche que l’école ne doit pas exclure, principe noble et qui ne passe pas inaperçu, mais ne règle pas le fond du débat : faut-il ou non faire revenir la famille de Léonarda ?

Question piège à laquelle le président de la République va finalement choisir de répondre, ce qui, là encore, signale un état d’exception. On pourrait sans doute écrire des tomes de commentaires juridiques sur le contenu de la réponse présidentielle. Souligner qu’elle oppose le droit à l’éducation à celui de vivre en famille, se demander s’il est bien raisonnable que ce soit le président de la République, en personne, qui plie ainsi les lois et règlements au gré de ses intuitions et sans s’interroger sur le fond, s’il est digne qu’un chef d’État interfère avec la vie d’une famille…

Mais si l’on veut s’en tenir à l’essentiel, on peut se dire qu’une loi qui, en aussi peu de temps, divise le pays, le gouvernement, la majorité présidentielle, le parti majoritaire de l’exécutif, fait descendre la jeunesse scolarisée dans la rue est une véritable loi de désordre public. Et que le bon sens voudrait qu’elle soit changée, de la même façon qu’il exige le retour dans son école de Léonarda avec sa famille autour d’elle.

Loin d’en souffrir de quelque façon que ce soit la France en sortirait grandie. Ce qui, pour l’heure, n’est pas le cas de son gouvernement.

Pierre Tartakowsky
Président de la Ligue des droits de l’Homme

27/10/2013

Ange blond et médias bruns

Sans l'épisode "Léonarda", Maria Roussev aurait-elle pu être un faire valoir pour des médias éprouvant de besoin de se justifier de la chasse aux populations Roms à laquelle ils participent très largement et très sournoisement sous le regard bienveillant du ministère de l'intérieur ?
Sans même s'en apercevoir - à quoi servent les directeurs et secrétaires de rédaction ? -, préoccupés par l'effet qu'ils pourront bien faire au prochain rendez-vous du "cercle", se souciant comme d'une guigne des parents biologiques et adoptifs de Maria et de tous les enfants pris en otage ou à témoin pour une cause d’outre-tombe, ces "journalistes" préoccupés par la société du "tout-se-vaut-tout-est-permis", en ont oublié de dire qui était Irma Greseange blond d'Auschwitz, et qu'elle n'a sûrement pas été qu'un "détail" de l'histoire ! 

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On peut difficilement imaginer le traumatisme de Maria, lorsque devenant adulte, elle apprendra à qui, pourquoi et dans quel contexte elle a hérité du surnom donné à une criminelle nazie.
Comment réagira-t-elle aux coups de boutoir indignes et aux torrents d'immondices déversés sur ses parents.

C'est avec ce viatique qu'elle risque d'être confiée à l'assistance sociale en Bulgarie, un de ces mouroirs pour enfants que l'on cache comme on aimerait cacher les campements de fortune mis à sac à coups de pelleteuses impudiques ou d'incendies volontairement propagés par des riverains par avance exonérés de toute justice et de toute humanité.
C'est avec ce viatique qu'elle sera sommée de s'intégrer !

Lui aura-t-on seulement demandé son avis ?

 

20/10/2013

Les jours qui viennent

Puisque nombre de leurs aînés «fauxcialistes», collabos actifs ou frileux, conscients, incompétents ou irresponsables majeurs s'avèrent incapables (l'auraient-ils seulement souhaité) d’interrompre la progression de l’extrême droite, xénophobe, raciste et mortifère, c’est avec ceux qui sont encore mineurs aujourd’hui qu’il faut dès demain organiser la résistance. L’organiser avec tout ceux qui ont pris la mesure de ce qu’il reste d’humanité à défendre sans marchandage, sans concession.
Nous ne rêvons pas, nous voulons seulement éviter qu’un cauchemar puisse devenir réalité.

Leonarda, Khatchik, lycéens

Refusons que la haine fasse programme

 

Des vents porteurs de stigmatisation soufflent sur l’Europe et la France. Des vents porteurs de violence et d’exclusion. Ainsi avons-nous entendu, ces dernières semaines, une série de déclarations aussi démagogiques que haineuses, qui nous inquiètent profondément.

Dans un contexte social tendu, alors que les tentations sont grandes de rejeter la cause des maux économiques et des difficultés sociales du pays sur un bouc émissaire, les Roms présents sur notre territoire ont été désignés à la vindicte populaire par des élus et responsables, locaux et nationaux. Les raisons, les argumentations développées ne sont pas toujours les mêmes ; mais chacune d’entre elles concourt à abaisser le débat public, à réactiver des postures racistes et, d’avance, à en légitimer les conséquences.

C’est pourquoi nous rappelons solennellement que la responsabilité des élus, quel que soit le niveau où elle s’exerce, consiste à refuser les sollicitations haineuses et à leur opposer, en paroles et en actes, les valeurs historiques de liberté, d’égalité et de fraternité qui fondent la République.

Nous, associations engagées dans la lutte anti-raciste, lançons ensemble un appel solennel aux responsables gouvernementaux et politiques, aux élus et aux candidats : quels que soient vos engagements partisans, condamnez toute désignation de boucs émissaires, refusez que la haine fasse programme, refusez la réhabilitation du racisme, refusez la brutalité verbale, toujours annonciatrice de passages à l’acte dramatiques.

Il dépend largement de vous que le débat public, la discussion politique restent au service de la démocratie.


Appel solennel de la Ligue de droits de l’Homme, de la Licra et du Mrap
Paris, le 17 octobre 2013

17/10/2013

L’expulsion de trop

Après le cyclone Tina (There is no alternative) qui continue de tout emporter sur son passage, quelques météorologues avertis en annoncent un autre baptisé "Céçàoùrien". Dans ce contexte de dégradations climatiques annoncées, ces héritiers d'Alain Gillot-Pétré ne reculant décidément devant aucune métaphore, voudraient nous conseiller de ne pas tirer sur l'ambulance socialiste, même si celle-ci s'avère être, aujourd'hui - maintenant, dans l'incapacité de ramasser les blessés du CAC 40 et autres injustices librement consenties par elle, au prétexte que le risque serait alors d'avoir à affronter les hordes racistes et d'extrême droite qui rôdent un peu partout dans nos provinces, dans le silence de son assentiment.
Mieux : ne pas vouloir grimper dans les cars de ramassage scolaire affrétés par le ministre de l'intérieur, reviendrait à favoriser, lors des prochaines échéances électorales, un vote irresponsable et contre nature à l'insu de notre plein gré !!! Voilà le deal que l'on nous vend !!!

valls, nuit du chasseur VF
La nuit du chasseur VF


«En tous cas, l’expulsion de la jeune lycéenne Léonarda Dibrani vers le Kosovo continue de soulever indignation et colère un peu partout : dans les associations de soutien aux demandeurs d’asile, évidemment, mais aussi jusqu’au parti socialiste, qui jusqu’ici, soutenait le ministre de l’intérieur dans tous ses errements. Et aujourd’hui, ce sont les lycéens qui se mobilisent pour faire revenir leur camarade.

Survenant après les deux drames successifs de Lampedusa (plusieurs centaines de demandeurs d’asiles morts pendant une traversée), l’histoire de Léonarda réunit effectivement tous les ingrédients pour soulever cette indignation. Et ce ne sont pas les déclarations du ministre qui affirme que tout s’est déroulé avec « humanité »… cela fait un peu penser, toutes proportions gardées,  au récit de l’exécution du dernier condamné à mort par une magistrate qui y a assisté :  elle raconte que, le condamné, à quelques secondes de la mort, demandant une troisième cigarette, le bourreau répond « On a déjà été très bienveillants avec lui, très humains, maintenant il faut en finir », avant de l’exécuter, avec humanité évidement. Et cela fait aussi penser à la réponse de l’Europe aux drames de Lampédusa : sa seule préoccupation reste la sécurité des frontières.

On annonce une enquête administrative pour définir les responsabilités dans cette affaire. Il s’agira sans doute de trouver un fusible, en la personne d’un policier un peu zélé. Mais le véritable responsable de ce scandale, on le connaît : c’est le ministre, qui, même s’il n’a pas piloté personnellement la procédure qui a conduit à l’expulsion de la jeune fille, a créé par ses déclarations successives les conditions qui ont permis que cela se déroule ainsi. N’oublions pas que Leonarda n’est pas seulement étrangère : elle est aussi Rom…

Un blogueur, François Delapierre, rappelle très opportunément les déclarations de M. Valls dans un livre qu’il a écrit en 2008 : « Le jour où j’accepterai qu’on piège des sans-papiers pour les virer de chez nous (…) je serai foutu. Il faudra mieux que je fasse autre chose.  » « Et la droite c’est quoi ? C’est la saloperie qui consiste à convoquer un mec pour le piéger ? C’est cela incontestablement. Oui c’est une vision assez cynique de ce que peut être le rôle de l’État. Ça, c’est la droite. » Source