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13/06/2012

La poésie qui soigne et sauve

« Revanche » commence comme « rêve », celui d'un poète grec, Odysseus Elytis. C'est le refus de se résigner et d'accepter une vie étriquée, l’espoir solaire, ce que Camus a appelé la « pensée de midi », méditerranéenne, lucide mais optimiste. « La poésie, disait-il, commence là où la mort n’a pas le dernier mot. » Ce diagnostic, posé au plus profond du gouffre douloureux de l'œuvre majeure de Odysseus Elytis, Axion Esti, trouve un écho tout particulier, quand son pays se noie dans les comptes obtus de la finance, des banques et des bourses.

grèce,odysseus elytis,angélique ionatos  

« La poésie vient se dresser là où le rationalisme dépose ses armes, prend la relève pour avancer dans la zone interdite, faisant ainsi la preuve que c'est elle qui est encore le moins rongée par l'usure. Elle assure, dans la pureté de leur forme, la sauvegarde des données permanentes par quoi la vie demeure œuvre viable. Sans elle et sa vigilance, ces données se perdraient dans l'obscurité de la conscience, tout comme les algues deviennent indistinctes dans le fond des mers. »



Et les rêves prendront leur revanche...  par Mediapart  

Merci à La rédaction de Médiapart d’avoir recueilli d'Angélique Ionatos ce message d’espoir et d’humanité qui induit que la seule colère est impuissante.  Merci aussi à ces commentaires qui y font échos et prennent le large loin du dérisoire et du cirque qui le met en scène.

15/05/2012

64 ème Nakba

Un accord a été signé ce lundi 14 mai 2012 pour mettre un terme à la grève de la faim dans les prisons israéliennes. Selon le document, les conditions de détention et le droit de visite sont améliorés, et Israël ne reconduira pas la période de détention administrative des quelque 300 prisonniers qui sont aujourd’hui derrière les barreaux sans inculpation, ni condamnation.

Cet accord a été conclu alors que les Palestiniens célèbrent aujourd’hui la « Nakba », la « catastrophe » que représente pour eux la création de l'Etat d'Israël en 1948.

nakba, 64ème anniversaire

La sirène hurle dans le centre de Ramallah en souvenir de la« Nakba », le début de l’exil pour les réfugiés palestiniens qui ont perdu leurs maisons et leurs terres pendant le conflit israélo-arabe de 1948.

Comme chaque année, les slogans affirment le droit au retour des réfugiés. Mais cette année, chacun pense aux quelque 1 600 grévistes de la faim dans les prisons israéliennes.

Pour certains, l’accord conclu ce lundi est une victoire. D’autres sont beaucoup plus sceptiques, comme Farideh, dont le fils prisonnier a cessé de s’alimenter il y a près d’un mois : « Maintenant, je ne sais rien ! Je n’ai pas vu mon fils et ses amis ! Jeudi, je vais le voir pour savoir ce qu’il va dire ».

Farideh et d’autres proches de prisonniers passent leurs journées sous les tentes qui ont fleuri dans les centres-villes de toutes les localités palestiniennes. Ici, chacun soutient le mouvement, même si les détenus mettent leur vie en péril. « Notre fils fait comme ça. Il ne mange pas et ne boit pas. Si notre fils ne fait pas comme ça, notre fils reste en prison ! », précise Farideh.

Comme chaque année, la célébration de la « Nakba»  donne lieu à des affrontements entre jeunes Palestiniens et soldats israéliens. Ce mardi, c’est à la prison israélienne d’Ofer, en Cisjordanie, que les militants palestiniens se sont donné rendez-vous.

Nicolas Falez, RFI , Jérusalem

26/04/2012

Le jour d'après

La véritable souffrance, celle que l’on dit être une explication au vote d’extrême droite largement teinté de xénophobie, a été engendrée par la vulgarité des entreprises basées sur le profit que l’on peut tirer de l’inconscience et de l’ignorance, de ces notes insupportables interprétées chaque jour sur le piano déglingué des infos sous culturante.

La véritable souffrance déforme les visages au point de les rendre inaudibles.

http://1.bp.blogspot.com/_XtI1QtksMio/TUmEC_CvRkI/AAAAAAAADR4/m6JBS6OLi6U/s1600/Bacon+Study+for+the+Head+of+a+Screaming+Pope%252C+1952.jpg
Francis Bacon, 1909 - 1992

La priorité, l'urgence aujourd'hui : Battre le candidat des droites, le candidat sortant !


« La Ligue des droits de l’Homme se félicite du haut niveau de participation au premier tour de l’élection présidentielle.

Elle y voit la volonté du peuple français de restituer à la politique son rôle primordial, sans céder aux injonctions de se plier aux intérêts économiques.

La LDH constate l’ampleur du désaveu qui frappe le Président sortant. Ce qui a été sanctionné, c’est un quinquennat au service des puissants, caractérisé par des choix aggravant les injustices sociales, légitimant la xénophobie d’Etat, multipliant les atteintes aux droits et aux libertés, enfermant les citoyens dans une société de surveillance et dans une démocratie limitée. En s’en prenant à tout-va à diverses catégories de la population, parce qu’au chômage, selon leur origine, et même selon leur religion, en désignant des boucs émissaires et en attisant les peurs et les haines, Nicolas Sarkozy a légitimé les idées du Front national, qui s’en trouve plus fort que jamais.

Parce que notre pays ne peut continuer à se livrer, à lui-même, une guerre civile froide, parce que sa défaite est une étape nécessaire, il faut, le 6 mai 2012, barrer la route à Nicolas Sarkozy.

Mais, infliger une défaite au candidat sortant ne suffira pas à répondre aux angoisses et aux espoirs que traduit le premier tour des élections présidentielles. Ce sera au nouveau président de la République d’impulser une autre politique qui, dépassant l’alternance institutionnelle, ouvre la voie à une réelle alternative politique.

Rétablir un fonctionnement démocratique des institutions en supprimant le cumul des mandats, en assurant l’indépendance de la justice et en élisant les membres du Conseil constitutionnel, ainsi que les autres Autorités indépendantes, à une majorité des deux tiers du Parlement.

Bannir la xénophobie d’Etat en régularisant les sans-papiers qui étudient, vivent et travaillent ici, en ouvrant enfin un réel débat sur l’immigration, en accordant aux étrangers non européens le droit de vote et d’éligibilité aux élections locales, et faire reculer le racisme en cessant de stigmatiser des catégories entières de population en raison de leur origine ou de leur religion.

Restituer aux citoyens leurs libertés en réformant profondément la justice pénale, en abolissant les lois d’exception, en rétablissant la justice des mineurs dans toute son exceptionnalité, en limitant les fichiers et leur usage à des fins proportionnées, contrôlables et à la finalité établie.

Reconstruire des services publics qui soient à la disposition de tous et auxquels tous doivent avoir accès, lancer un plan d’action pour l’hébergement d’urgence et le logement social, construire une justice fiscale et sociale qui assure la progressivité de l’impôt et la redistribution des richesses.

Construire une autre Europe, aux institutions démocratiques, dégagée du dogme de la concurrence, et ouverte sur le monde.

La LDH, au cours des mois à venir, portera ces revendications comme autant de conditions nécessaires pour que notre société cesse de produire de l’injustice et de l’exclusion, pour que se construise l’espoir d’une société plus solidaire et plus libre.»

Communiqué de la LDH

Paris, le 24 avril 2012.

18/04/2012

SOS

L’élection présidentielle a lieu ces 22 avril et 6 mai ; elle sera suivie des élections législatives les 10 et 17 juin. La Ligue des droits de l’Homme appelle les citoyennes et les citoyens à s’approprier ces élections et à voter.

La Ligue des droits de l’Homme, qui combat depuis 1898 pour les droits politiques et sociaux de tous, Français et étrangers, n’a pas pour tradition de s’exprimer sur le vote avant le premier tour de la présidentielle.

Aujourd’hui, elle le fait avec gravité, en pleine conscience de ses responsabilités, sur la base des valeurs républicaines qu’elle défend et avec la diversité des choix et sensibilités politiques qui la caractérisent.

Présidentielles 2012

En juin 2005, face à une loi arbitraire réservant un sort inhumain aux étrangers, la Ligue des droits de l’Homme alertait sur les risques que cette politique faisait peser sur notre démocratie et sur la République. Dans une démarche exceptionnelle, elle lançait un « appel à l’insurrection des consciences ».

En mai 2007, sous l’impulsion directe de Nicolas Sarkozy, ex-ministre de l’Intérieur devenu président de la République, son gouvernement adoptait une série de mesures liberticides, asphyxiant la démocratie, construisant une société de méfiance, de surveillance et d’exclusion, bafouant la justice ainsi que la dignité et les valeurs de la République. Au point qu’en 2009, la Ligue des droits de l’Homme lançait un véritable cri d’alarme sous forme d’une campagne de mobilisation citoyenne, proclamant « Urgence pour les droits, urgence pour les libertés ! ».

En cinq ans, l’action du président de la République − à nouveau candidat − s’est partagée entre le mauvais et le pire : stigmatisations des populations fragilisées par les crises, agressions contre les organisations syndicales, exaltation de la xénophobie portée par le funeste débat sur « l’identité nationale », refus obstiné de mettre en débat les choix d’austérité, de débattre de l’emploi, des droits sociaux, régulièrement donnés comme les sujets principaux de préoccupation, avant la sécurité et l’immigration, pourtant cyniquement mis en avant pour tenter de rallier des voix sur l’unique base de la peur.

La Ligue des droits de l’Homme considère que poursuivre dans cette voie constituerait une menace des plus graves pour la République. C’est pourquoi, elle appelle les électrices et électeurs à refuser que soit poursuivie − et a fortiori aggravée − la régression des droits et des libertés, la xénophobie d’Etat et l’autoritarisme, la mise en cause de l’égalité des citoyens.

Elle les appelle à exprimer dans les urnes leur volonté de retrouver le vrai visage de la République, et à rester mobilisés au-delà des élections.

Communiqué LDH du 14 avril 2012

16/04/2012

Check-point à Paris

Une nouvelle fois, le gouvernement israélien vient d’interdire aux personnes qui soutiennent pacifiquement les Palestiniens dans leur lutte légitime de circuler librement.

check-point à Paris, israël
Source AFP

Ainsi faisant, déjà soumise à des conditions drastiques et arbitraires, l’entrée dans les territoires occupés devient, en violation flagrante du droit international, presque impossible à celles et ceux qui manifestent leur refus de la politique israélienne.

Alors qu’il lui appartenait de rappeler les autorités israéliennes à leurs obligations, le gouvernement français s’est contenté de son silence habituel. Pour s’opposer à cette complicité, faudra-t-il en venir à demander des mesures de rétorsion destinées à empêcher tel ou tel porteur de la nationalité israélienne l’entrée en France sans visa ?

A se livrer à de telles pratiques, en comptant sur la caution des gouvernements occidentaux, le gouvernement israélien s’enfonce toujours un peu plus dans le recours à une répression qui renforce son isolement.

La Ligue des droits de l’Homme demande expressément au gouvernement français (et, à terme, à celui qui lui succèdera) de faire rétablir les conditions normales du droit international de circulation qui permettraient à ses ressortissants d’entrer dans les territoires occupés.

Communiqué LDH Paris, le 16 avril 2012

08/04/2012

«Entendre les rossignols chanter des marseillaises»

«Entendre les rossignols chanter des marseillaises», c’est retrouver harmonie et noblesse dans le discours politique : un autre monde qui s’oppose à la vulgarité, à la violence ou à l’insignifiance des Le Pen et Sarkosy.

La fin de l’allocution prononcée à Limoges par le porte-parole du Front de Gauche et empruntée à un texte de Victor HUGO (William Shakespeare – 3ème partie : conclusion. Livre II – Le 19ème siècle), est un texte particulièrement riche puisqu’il se veut une déclinaison de l’Humain.

Une déclinaison précédée par une prise en compte des faiblesses individuelles :

« (…) Ah ! Il y a des heures où il semble qu’on voudrait entendre les pierres murmurer contre la lenteur de l’homme !
Quelquefois on s’en va dans les bois. A qui cela n’arrive-t-il pas d’être parfois accablé ? On voit tant de choses tristes. (…) une génération est en retard, la besogne du siècle languit. Comment ! Tant de souffrances encore ! On dirait qu’on a reculé. Il y a partout des augmentations de superstition, de lâcheté, de surdité, de cécité, d’imbécillité. La pénalité pèse sur l’abrutissement. Ce vilain problème a été posé : faire avancer le bien-être par le recul du droit (…) »

… mais qui renoue avec l’espoir d’une délivrance et la démonstration d’une force idéale et collective :

« (…) En avant ! On voudrait entendre les rossignols chanter des marseillaises. (…) Il y a des haltes, des repos, des reprises d’haleine dans la marche des peuples, comme il y a des hivers dans la marche des saisons. (…) Désespérer serait absurde ; mais stimuler est nécessaire.
Stimuler, presser, gronder, réveiller, suggérer, inspirer
, (…) De là cette parole : Délivrance, qui apparaît au-dessus de tout dans la lumière, comme si elle était écrite au front même de l’idéal. »

HUGO, JLM, LIMOGES

A Limoges, J-L. Mélenchon a repris un autre passage du texte d’Hugo. Rythmé, imagé, mobilisateur, intégré dans un ensemble sincère, cohérent et généreux :

« (…) Aujourd’hui pour toute la terre la France s’appelle Révolution ; et désormais ce mot, Révolution, sera le nom de la civilisation jusqu’à ce qu’il soit remplacé par le mot Harmonie. Je le répète, ne cherchez pas ailleurs le point d’origine et le lieu de naissance de la littérature du dix-neuvième siècle.

Oui, tous tant que nous sommes, grands et petits, puissants et méconnus, illustres et obscurs, dans toutes nos œuvres, bonnes ou mauvaises, quelles qu’elles soient, poèmes, drames, romans, histoire, philosophie, à la tribune des assemblées comme devant les foules du théâtre, comme dans le recueillement des solitudes, oui, partout, oui, toujours,

Oui, pour combattre les violences et les impostures,

Oui, pour réhabiliter les lapidés et les accablés,

Oui, pour conclure logiquement et marcher droit,

Oui, pour consoler, pour secourir, pour relever, pour encourager, pour enseigner,

Oui, pour panser en attendant qu’on guérisse,

Oui, pour transformer la charité en fraternité, l’aumône en assistance, la fainéantise en travail, l’oisiveté en utilité, la centralisation en famille, l’iniquité en justice, le bourgeois en citoyen, la populace en peuple, la canaille en nation, les nations en humanité, la guerre en amour, le préjugé en examen, les frontières en soudures, les limites en ouvertures, les ornières en rails, les sacristies en temples, l’instinct du mal en volonté du bien, la vie en droit, les rois en hommes,

Oui, pour ôter des religions l’enfer et des sociétés le bagne,

Oui, pour être frères du misérable, du serf, du fellah, du prolétaire, du déshérité, de l’exploité, du trahi, du vaincu, du vendu, de l’enchaîné, du sacrifié, de la prostituée, du forçat, de l’ignorant, du sauvage, de l’esclave, du nègre, du condamné et du damné,

Oui, nous sommes tes fils, Révolution ! (…)»

30/03/2012

« Rendre la raison populaire ».

Sous le titre " Pourquoi je vote Jean Luc Mélenchon", Henri Pena Ruiz, philosophe, écrivain, professeur, ancien membre de la Commission Stasi, membre du Parti de Gauche, écrit :


"La République va mal. Sur fonds de mondialisation ultra-libérale, les droits sociaux régressent, le chômage s'accroit, le lien social se dissout, les fanatismes religieux renaissent. Les services publics sont en cours de destruction, le code du travail fruit des luttes ouvrières est raturé par une économie inhumaine, la souveraineté populaire vidée de sa substance. Les inégalités s'accroissent à mesure que grandit l'écart entre les revenus du travail et ceux du capital. D'illusoires compensations identitaires, lourdes de dangers, menacent désormais les grandes conquêtes de l'émancipation laïque et sociale. Quant à l’irresponsabilité écologique induite par l’obsession du profit à court terme, elle est lourde de menaces pour la Terre, demeure de l’Humanité tout entière.
Dans le monde, la spéculation financière se donne libre cours pour affamer les peuples et plier les Etats à sa loi, qui n'a rien de rationnel, comme le montrent les fluctuations erratiques des Bourses. En Europe la BCE prête à 1% aux banques, qui prêtent à 8% aux Etats…Où est la faute? Dans le privilège manifeste des institutions bancaires et des intérêts privés qu'elles incarnent. Bref l'intérêt particulier usurpe l'intérêt général, et l'Europe des banques s'assujettit l'Europe des peuples. L'économie créatrice de richesse est asphyxiée au profit des spéculations boursières qui jouissent de lois internationales sur mesure. Comme l'a écrit Marx, le capitalisme mondialisé noie tout dans « les eaux glacées du calcul égoïste ». Il réduit les hommes à des choses, à des ressources exploitables, « employables »… et liquidables. "Il épuise en même temps le travailleur et la terre elle-même". Par un tel constat, prémonitoire, Marx en appelait à une authentique écologie sociale.


L’ivresse de profit immédiat se mondialise quoi qu'il en coûte aux êtres humains et à la nature.

henri pena ruiz,front de gauche, rendre la raison populaire

Aujourd'hui, pour de nombreuses personnes, le désespoir, les suicides, les dérives vers une nouvelle misère, marquent l'inhumanité de ce capitalisme décomplexé. La fatalisation de politiques qui organisent la privatisation des services publics ôte tout recours aux plus démunis. Tout cela se dit et s'accomplit au nom de l’internationalisme, noble idéal dévoyé et détourné au profit de la seule Internationale des capitaux. Par une mystification constante, la concorde des peuples unissant leurs forces économiques devient l'alibi idéologique de la domination croissante des marchés et des spéculateurs.


Quant aux idéologues de la classe dominante, ils osent parler des droits sociaux en les qualifiant d’assistanat, alors que le capitalisme lui-même se fait assister par des fonds publics quand la spéculation tourne mal. Toute honte bue ils cherchent à culpabiliser les victimes du système en les rendant responsables de leur situation. Bref, le capitalisme fait retour à ses esprits animaux, brisant l'harmonie de l'humanité avec la nature, en même temps qu'il rend impossible l'harmonie des hommes entre eux en creusant des inégalités abyssales entre les revenus du travail et ceux du capitalisme financier. L’idéologie dominante tend aujourd’hui comme hier à être celle de la classe dominante, qui impose par media interposés ses approches, son vocabulaire, sa façon de poser les questions c’est-à-dire de consacrer les mensonges et les illusions de l’ultralibéralisme.


La victoire idéologique provisoire de l’ultralibéralisme est telle qu'une certaine gauche, pusillanime et complexée, en a intériorisé la logique sous prétexte de réalisme. Oublieuse de ses principes et de ses valeurs fondatrices, elle abandonne les victimes du capitalisme mondialisé à leur triste sort. Elle préfère gérer le système avec des modifications à la marge, et se borner à des réformes sociétales partielles, sans doute nécessaires, mais très insuffisantes dès lors qu’elles laissent en l’état la réalité sociale elle-même. Elle cède ainsi au credo libéral qui investit et subvertit totalement la construction européenne, au point de rendre méconnaissable le projet fraternel que Victor Hugo imaginait en inventant l’expression « Etats Unis d’Europe ».

Oublié le partage des meilleurs acquis sociaux, de la culture pour tous, de services publics soustraits aux ravages du mercantilisme, d’une aspiration à la paix et à la concorde, de l’émancipation laïque multiforme. Un conformisme déguisé en réalisme consacre plus ou moins consciemment le moins disant social, l’apartheid culturel induit par l’argent roi, la privatisation générale des services publics, l’orientation atlantiste de toute l’Europe, les privilèges publics de religions préposées au supplément d’âme d’une monde sans âme. La tragédie des exclus et des laissés pour compte est trop souvent passée sous silence. Soins, logement, culture, leur deviennent inaccessibles. Fourier disait qu’on mesure le degré de civilisation d’une société au sort qu’elle réserve aux plus démunis. Mesurons, et soulignons le scandale des situations de détresse multipliées alors que jamais l’humanité n’a produit autant de richesses.


Il est grand temps d’opposer à ce système inhumain et à l’idéologie qui l’encense une véritable alternative sociale, écologique, laïque et citoyenne. Il est grand temps que s'affirme une gauche enfin décomplexée, fière de son héritage, une gauche pour de bon, prête à reprendre la bataille des idées et à donner aux mouvements sociaux la perspective politique qui leur fait si cruellement défaut.

La droite, elle, fait sa politique. Que la gauche retrouve enfin le courage de faire la sienne !

Une gauche décomplexée doit mettre à l'ordre du jour la lutte contre les inégalités, le droit du travail, une fiscalité redistributrice propre à reconstruire les services publics, trop longtemps sacrifiés aux privatisations. Par ailleurs la responsabilisation écologique et humaine de l'économie appelle un nouveau mode de production, propre à conjuguer le respect de l’environnement et celui des hommes, indissociables.

Il convient de récuser l’idée que l’économie est une sphère indépendante du social.

L’expression « économie sociale » devrait être un pléonasme. Elle est hélas devenue une contradiction. De fait, dans le discours et la pratique de l'ultralibéralisme, la dimension sociale est sans cesse réduite à une donnée extérieure, à un résidu facultatif, que l’on tend à confier aux hasards de la charité au lieu d’en faire la raison d’être de la production et du partage.
Ceux qui osent dire « faisons d’abord une bonne économie, on verra ensuite si on peut faire du social » commencent par se servir des revenus exorbitants. 4 millions d’euros annuels en moyenne pour les PDG du CAC 40, avec des pointes à 9 millions (Carlos Gohn, PDG de Renault), voire plus. Comment oser prétendre ensuite que le SMIC à 1700 euros mensuels est une revendication insensée ?

Il ne s’agit pas de culpabiliser l’enrichissement mais de rappeler que nulle richesse ne tombe du ciel et qu’une certaine façon de s’enrichir s’assortit d’un coût social, humain, et écologique, qui ne figure pas dans les livres de compte des multinationales capitalistes et de la nébuleuse financière qui la régit.

Cette façon d'externaliser les coûts pour accroître les profits est d’ailleurs en contradiction flagrante avec l'idéologie libérale, qui veut que les acteurs de l'économie assument intégralement les coûts de leur initiative. Qui assiste qui?

Il faut oser poser la question à ceux qui travestissent leur irresponsabilité intéressée en rigueur de gestion et n’ont pas de mots assez durs pour la dépense publique. Celle-ci relève pourtant de la solidarité redistributive, voire du salaire indirect conçu pour faciliter à tous l’accès aux biens fondamentaux d’une existence humaine digne de ce nom. Peut-on refuser plus longtemps une utilisation humaine des gains de productivité rendus possibles par la science et la technique ? Les bénéficiaires du système vont sans doute, comme à leur habitude, agiter l’épouvantail du totalitarisme et du stalinisme. Qu’importe. La caricature et l’amalgame ne sont pas des arguments. Ceux qui gouvernent par la peur ne méritent aucune considération.


Une gauche authentique doit faire valoir les idéaux républicains qui permettent à tous de vivre ensemble dans une égale liberté. Il s’agit de donner sens à une sphère commune qui conjugue l’émancipation sociale et l’émancipation politique.

Une refondation citoyenne de la République Française par une assemblée constituante pour une sixième république peut y pourvoir. Dans cet esprit, la réaffirmation de la laïcité, pour fonder la loi commune sur les droits humains universels, et restituer l’argent public aux services publics, est une urgence.

Et ce notamment pour l’Ecole publique, si éprouvée depuis des années. La République ne saurait donner plus aux croyants qu’aux athées sans bafouer l'égalité de droits. Ce n’est pas brimer la religion que d’en faire une option libre, qui n'engage que les croyants, et ne doit plus jouir de privilèges. La loi et la conduite de la vie doivent s’émanciper de toute tutelle religieuse ou idéologique, afin de promouvoir la liberté la plus radicale qui soit: celle de disposer pleinement de soi. Marianne porte le bonnet phrygien de l'esclave affranchi. L'émancipation des femmes, des exploités, des travailleurs venus d'ailleurs pour produire la richesse nationale, est à l'ordre du jour. Toute discrimination raciste, xénophobe ou sexiste est indigne d'une nation que la Révolution Française a redéfinie comme une communauté de droit, et dont le mouvement ouvrier a rendu crédibles les promesses par la conquête des droits sociaux. Laïcité et justice sociale sont les deux fondements indissociables de la République, chose publique en laquelle se dit le bien commun à tous.

henri pena ruiz,front de gauche

Telles sont les perspectives dans lesquelles s'inscrit le Front de Gauche, et auxquelles son programme donne chair et vie. Voilà une véritable alternative, claire et nette ! Difficile ? Certes. Mais pas plus que les conquêtes sociales du Front Populaire et de la Libération. Oui, l'espoir vient de renaître. D’abord par les luttes sociales, ensuite par l’émergence d’un projet politique émancipateur et crédible. Les fauteurs de crise n’ont pas de leçons d’économie à donner au peuple. Il est grand temps de briser la fatalisation lancée naguère par Margaret Thatcher (« There is no alternative ») et reprise aujourd’hui par tous ceux qui prétendent que rien d’autre n’est désormais possible que ce qu’impose la dictature des marchés.

Le Front de Gauche n’est pas un Front de circonstance, aussi éphémère qu’une élection, mais une alliance durable, autour d'un projet de justice dont le sens est de rappeler toute la gauche à sa raison d’être. Toute la gauche y gagnera.

Car la vraie victoire doit être celle de ses idées et des réformes qu’elles inspireront pour le bien de tous, et notamment des plus démunis. L’humain d’abord.
Dès maintenant il est possible de contribuer au succès d’une gauche aussi résolue à être elle-même que la droite l’a été depuis cinq ans pour le bien des nantis. En ces temps de crise qui fragilisent les conditions de vie de la majorité des Français, c'est une perspective d'espérance concrète que fait vivre le Front de Gauche avec son programme de progrès social et de refondation écologique. Et ce, entre autres, pour les victimes du système, chômeurs ou travailleurs écrasés par la logique du capitalisme financier, mais de façon plus large pour une société réconciliée avec elle-même. Marx disait que le prolétariat est une classe universelle, car en luttant pour s'affranchir de l'exploitation capitaliste il délivre la société tout entière des rapports de domination qui empêchent un usage humain du progrès économique. Un partage plus juste, une vie plus conforme à l’accomplissement humain, une nouvelle harmonie entre l’homme et la nature et entre les hommes eux-mêmes, s’esquissent à l’horizon pour peu que l’audace de penser le monde et de le transformer devienne le bien de tout le peuple.


Condorcet disait qu’il fallait oser une instruction publique propre à « rendre la raison populaire ».

Dans le même esprit, il faut aujourd’hui reconstruire la politique sur la plus haute idée qui soit d’une humanité prenant conscience de ses possibilités en tous et en chacun. Place au peuple ! Un mariage inédit de la culture et de la politique va briser la morgue des puissants qui tentent de fataliser leur domination en prétendant que le capitalisme pudiquement rebaptisé libéralisme correspond aux lois éternelles de l’économie. Pourtant la conjonction des catastrophes écologiques et des crises qui font chavirer dans la précarité des millions de personnes prouve le contraire.
Il faut donc changer les finalités de la politique, en faisant de l'humain le but essentiel de l'activité économique et de sa régulation sociale, et en rappelant que la nature n'est pas un réservoir inépuisable que l'on puisse utiliser sans souci de la préserver, sans scrupules ni égard pour sa fonction de demeure de l'humanité. N’oublions pas que le rapport des hommes entre eux règle le rapport de toute l’humanité à la nature. Cela peut être en mal, comme l’atteste aujourd’hui la conjonction des nouvelles formes d’exploitation capitaliste et d’une irresponsabilité prédatrice à l’égard de la nature, avec par exemple la tragédie de Fukushima. Cela peut être en bien, dès lors que pourront être conquis d’un même mouvement la justice sociale et le soin collectif de l’environnement.
Il faut aussi changer les modalités de la politique en la refondant sur le partage du savoir et de la culture, afin de permettre au peuple de redevenir acteur de son destin. Oser ce pari des Lumières en politique, à l'opposé des obscurantismes qui enfouissent l'essentiel, et faire campagne en livrant au peuple les clés de l'explication des processus dont il souffre : tel est l'honneur de la réhabilitation de la politique engagée par le Front de Gauche. Oui, la politique peut servir à briser le fatalisme, en montrant que l'on peut construire un autre monde. Et changer la vie.
Voilà pourquoi je vote pour Jean Luc Mélenchon, admirable candidat du Front de Gauche aux élections présidentielles. Je forme des vœux pour qu’entre les deux tours le rassemblement de toute la gauche puisse avoir lieu sur la base d'orientations communes à définir de concert. Le respect mutuel des composantes de la gauche est essentiel. C’est ainsi seulement que le candidat de gauche le mieux placé par le suffrage universel pourra battre celui de la droite. Dans la foulée le vote pour les candidates et candidats du Front de Gauche aux élections législatives donnera du poids à la gauche décomplexée dont le pays a besoin.

"


Henri Pena-Ruiz

Derniers ouvrages parus:
Entretien avec Karl Marx. Editions Plon.
Qu'est-ce que la solidarité ? Le coeur qui pense Editions Abeille et Castor.

19/03/2012

Israël : le carnage continue

Les rebelles ont souvent de bonnes idées. C’est le cas pour le père de Gilad SHALIT  qui, restant dans l’opposition au gouvernement Netanyahou malgré la libération de son fils,  admet et fait valoir que, s’il était palestinien, il «kidnapperait des soldats». Elu, il négocierait avec le Hamas. Bonne idée aussitôt perçue et ramenée à l’expression déprimante du syndrome de Stockholm !
(*)

C’est le cas de Théo Klein qui, à propos du procès intenté par le CRIF à Charles ENDERLIN, correspondant d’Antenne 2 en Israël ayant dénoncé par le verbe et l’image la mort d’un enfant palestinien, a eu le «culot» de se montrer critique à l’égard des sionistes qu’il est censé défendre.

Ces deux expressions «rebelles», à contrecourant d’un sionisme pur, dur et dévastateur, n’empêchent ni ne ralentissent les violences faites à des civils palestiniens, plus isolés que jamais malgré les printemps arabes dont ils devraient bénéficier. Comment l’oublier ?

Théo KLEIN, Noam SHALIT, Palestine
Le carnage continue.
Israël, ou plus exactement le mouvement sioniste,
n’a pas cessé d’être brutal et répressif à l’égard des Palestiniens
depuis l’avènement du mouvement sioniste en Palestine à la fin du 19ème siècle.

 

JOURNEE DE LA TERRE

Organisée par l’AFPS 04 et Médecins du Monde

le 23 mars à 18 h

au Cinéma Le Bourguet à Forcalquier

Projection de My Land … un documentaire de Nabil Ayouch qui donne
la parole à de vieux réfugiés palestiniens

&

Conférence – débat avec Hael AL FAHOUM, Ambassadeur de Palestine en France autour de la question : « Peut-on parler d’un tournant dans la stratégie palestinienne ? »,
et Bernard RAVENEL, Historien autour de la question : « Le rôle de l’Europe et des mouvements de solidarité ».

 

israel-palestine,my land, journée de la terre

courriel : francepalestine.04@gmail.com

 

12/03/2012

L’eau, arme apartheid

Au moment où, les frappes israéliennes sur les populations civiles Palestiniennes redoublent d’intensité (vingt et un Palestiniens ont été tués et 73 blessés dans au moins 36 frappes israéliennes depuis vendredi, selon les services d'urgence.)

Au moment où s’ouvre le Forum mondial de l’eau à Marseille, il est opportun de prendre connaissance d’un rapport d’information sur «La géopolitique de l’eau» (décembre 2011 - Jean Glavany). Cette question épineuse qui faisait partie des accords d’Oslo de 1995 - et qui n’ont pas été renégociés comme prévu en 2000 avec l’éclatement de la seconde Intifada-, cette question épineuse de l’eau est aujourd'hui passée sous silence.

Forum mondial de l'eau, conflit israélo-palestinien

Mieux, si experts et ONG s’accordent pour considérer l’eau comme «un outil militaire», c’est sur la forme et sur l’utilisation du mot «apartheid» justement utilisé par son rapporteur que ce texte est critiqué.

Pourtant, au-delà de l’apartheid évidemment pratiqué par l’actuel gouvernement d’Israël à l’égard du peuple palestinien, la problématique de l’eau relève d’abord d'une question de  géographie. Israël étant située en aval par rapport à la Cisjordanie, tandis que Gaza se situe en aval par rapport à Israël, tout forage doit faire l’objet d’une autorisation du Joint Water Committee, un comité mixte, composé d’Israéliens et de Palestiniens.

Or «dans la pratique, ce sont les Israéliens qui décident et en général, c’est à la faveur des demandes israéliennes, pas palestiniennes», souligne l’Agence française du développement.

Dans le même temps, le rapport de M. Glavany mentionne : «Il faut savoir que les 450 000 colons israéliens en Cisjordanie utilisent plus d’eau que 2,3 millions Palestiniens» !

Le rapport évoque aussi la destruction «systématique» par l’armée israélienne des puits construits «spontanément» par les Palestiniens ainsi que les questions sanitaires auxquelles ils sont confrontés.

Il n'y a pas que les mûrs qui sont édifiants !

05/03/2012

Poètes, vos papiers (préface)

"A l'école de la poésie, on n'apprend pas : on se bat."

Hasard du calendrier, mars 2012 est aussi bien réservé à la 14ème édition du Printemps des poètes (du 5 au 18 mars)   dans le sillage des indignations les plus réelles et abouties façon Léo Ferré, qu’à la défense du/des services publics  étant bien entendu que le Service Public comme la Poésie, est le « patrimoine de ceux qui n’en ont pas ».

Printemps des poètes, défense du service public

Poètes, vos papiers (préface) :

"La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore. Cela arrange bien des esthètes que François Villon ait été un voyou. On ne prend les mots qu'avec des gants: à "menstruel" on préfère "périodique", et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du codex. Le snobisme scolaire qui consiste à n'employer en poésie que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baise-main. Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baise-main qui fait la tendresse. Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, c'est la poésie qui illustre le mot.

L'alexandrin est un moule à pieds. On n'admet pas qu'il soit mal chaussé, traînant dans la rue des semelles ajourées de musique. La poésie contemporaine qui fait de la prose en le sachant, brandit le spectre de l'alexandrin comme une forme pressurée et intouchable. Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes: ce sont des dactylographes. Le vers est musique; le vers sans musique est littérature. Le poème en prose c'est de la prose poétique. Le vers libre n'est plus le vers puisque le propre du vers est de n'être point libre. La syntaxe du vers est une syntaxe harmonique - toutes licences comprises. Il n'y a point de fautes d'harmonie en art; il n'y a que des fautes de goût. L'harmonie peut s'apprendre à l'école. Le goût est le sourire de l'âme; il y a des âmes qui ont un vilain rictus, c'est ce qui fait le mauvais goût. Le Concerto de Bela Bartok vaut celui de Beethoven. Qu'importe si l'alexandrin de Bartok a les pieds mal chaussés, puisqu'il nous traîne dans les étoiles! La Lumière d'où qu'elle vienne EST la Lumière...

En France, la poésie est concentrationnaire. Elle n'a d'yeux que pour les fleurs; le contexte d'humus et de fermentation qui fait la vie n'est pas dans le texte. On a rogné les ailes à l'albatros en lui laissant juste ce qu'il faut de moignons pour s'ébattre dans la basse-cour littéraire. Le poète est devenu son propre réducteur d'ailes, il s'habille en confection avec du kapok dans le style et de la fibranne dans l'idée, il habite le palier au-dessus du reportage hebdomadaire. Il n'y a plus rien à attendre du poète muselé, accroupi et content dans notre monde, il n'y a plus rien à espérer de l'homme parqué, fiché et souriant à l'aventure du vedettariat.
Le poète d'aujourd'hui doit être d'une caste, d'un parti ou du Tout-Paris.
Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé. Enfin, pour être poète, je veux dire reconnu, il faut "aller à la ligne". Le poète n'a plus rien à dire, il s'est lui-même sabordé depuis qu'il a soumis le vers français aux diktats de l'hermétisme et de l'écriture dite "automatique". L'écriture automatique ne donne pas le talent. Le poète automatique est devenu un cruciverbiste dont le chemin de croix est un damier avec des chicanes et des clôtures: le five o'clock de l'abstraction collective.

La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie; elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche. Il faut que l'œil écoute le chant de l'imprimerie, il faut qu'il en soit de la poésie lue comme de la lecture des sous-titres sur une bande filmée: le vers écrit ne doit être que la version originale d'une photographie, d'un tableau, d'une sculpture.
Dès que le vers est libre, l'œil est égaré, il ne lit plus qu'à plat; le relief est absent comme est absente la musique. "Enfin Malherbe vint..." et Boileau avec lui... et toutes les écoles, et toutes les communautés, et tous les phalanstères de l'imbécillité! L'embrigadement est un signe des temps, de notre temps. Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes. Les sociétés littéraires sont encore la Société. La pensée mise en commun est une pensée commune. Du jour où l'abstraction, voire l'arbitraire, a remplacé la sensibilité, de ce jour-là date, non pas la décadence qui est encore de l'amour, mais la faillite de l'Art. Les poètes, exsangues, n'ont plus que du papier chiffon, les musiciens que des portées vides ou dodécaphoniques - ce qui revient au même, les peintres du fusain à bille. L'art abstrait est une ordure magique où viennent picorer les amateurs de salons louches qui ne reconnaîtront jamais Van Gogh dans la rue... Car enfin, le divin Mozart n'est divin qu'en ce bicentenaire!
Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Qu'importe! Aujourd'hui le catalogue Koechel est devenu le Bottin de tout musicologue qui a fait au moins une fois le voyage à Salzbourg! L'art est anonyme et n'aspire qu'à se dépouiller de ses contacts charnels. L'art n'est pas un bureau d'anthropométrie. Les tables des matières ne s'embarrassent jamais de fiches signalétiques... On sait que Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes, que Beethoven était sourd, que Ravel avait une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique, qu'il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok, on sait que Rutebeuf avait faim, que Villon volait pour manger, que Baudelaire eut de lancinants soucis de blanchisseuse: cela ne représente rien qui ne soit qu'anecdotique. La lumière ne se fait que sur les tombes.

Avec nos avions qui dament le pion au soleil, avec nos magnétophones qui se souviennent de "ces voix qui se sont tues", avec nos âmes en rade au milieu des rues, nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions. Le seul droit qui reste à la poésie est de faire parler les pierres, frémir les drapeaux malades, s'accoupler les pensées secrètes.

Nous vivons une époque épique qui a commencé avec la machine à vapeur et qui se termine par la désintégration de l'atome. L'énergie enfermée dans la formule relativiste nous donnera demain la salle de bains portative et une monnaie à piles qui reléguera l'or dans la mémoire des westerns... La poésie devra-t-elle s'alimenter aux accumulateurs nucléaires et mettre l'âme humaine et son désarroi dans un herbier?
Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien d'épique. A New York le dentifrice chlorophylle fait un pâté de néon dans la forêt des gratte-ciel. On vend la musique comme on vend le savon à barbe. Le progrès, c'est la culture en pilules. Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu'à en trouver la formule. Tout est prêt: les capitaux, la publicité, la clientèle. Qui donc inventera le désespoir?
Dans notre siècle il faut être médiocre, c'est la seule chance qu'on ait de ne point gêner autrui. L'artiste est à descendre, sans délai, comme un oiseau perdu le premier jour de la chasse. Il n'y a plus de chasse gardée, tous les jours sont bons. Aucune complaisance, la société se défend. Il faut s'appeler Claudel ou Jean de Létraz, il faut être incompréhensible ou vulgaire, lyrique ou populaire, il n'y a pas de milieu, il n'y a que des variantes. Dès qu'une idée saine voit le jour, elle est aussitôt happée et mise en compote, et son auteur est traité d'anarchiste.

Divine Anarchie, adorable Anarchie, tu n'es pas un système, un parti, une référence, mais un état d'âme. Tu es la seule invention de l'homme, et sa solitude, et ce qui lui reste de liberté. Tu es l'avoine du poète.
A vos plumes poètes, la poésie crie au secours, le mot Anarchie est inscrit sur le front de ses anges noirs; ne leur coupez pas les ailes! La violence est l'apanage du muscle, les oiseaux dans leurs cris de détresse empruntent à la violence musicale. Les plus beaux chants sont des chants de revendication. Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations. A l'école de la poésie, on n'apprend pas: on se bat.
Place à la poésie, hommes traqués! Mettez des tapis sous ses pas meurtris, accordez vos cordes cassées à son diapason lunaire, donnez-lui un bol de riz, un verre d'eau, un sourire, ouvrez les portes sur ce no man's land où les chiens n'ont plus de muselière, les chevaux de licol, ni les hommes de salaires.
N'oubliez jamais que le rire n'est pas le propre de l'homme, mais qu'il est le propre de la Société. L'homme seul ne rit pas; il lui arrive quelquefois de pleurer.
N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres.
Je voudrais que ces quelques vers constituent un manifeste du désespoir, je voudrais que ces quelques vers constituent pour les hommes libres qui demeurent mes frères un manifeste de l'espoir."

Léo Ferré

19/02/2012

21 Février... les sirènes du MES

Lettre ouverte aux députés qui seraient susceptibles d'abandonner leurs électeurs au bon vouloir des marchés financiers.

mécanisme européen de stabilité
Ce ne pourrait être sans conséquences

A faire parvenir de toute urgence à tout parlementaire digne de cette fonction.

"Mesdames et Messieurs les députés français,

Comme des millions de personnes dans toute l'Europe,je m'inquiète des dérives autoritaires, des politiques d'austérité et de la casse systématique des services publics qui sont mis en oeuvre, sous prétexte d'une dette dont la légitimité n'est d'ailleurs toujours pas questionnée.

Nous voyons bien la réalité des conséquences de ces politiques en Grèce, où un véritable pillage du pays a lieu. Je ne développerai pas cette situation tragique que vous connaissez.

Je vous écris concernant le traité européen instituant le mécanisme européen de stabilité sur lequel vous devrez vous prononcer le 21 Février. Vous savez que ce mécanisme donnera des pouvoirs complètement anti-démocratiques à la Commission Européenne. Vous savez que les États européens seront soumis à une discipline budgétaire qui obligera à tout vendre, service public après service public. A travers ce véritable pillage organisé, c'est toute la cohésion sociale et la  qualité de vie dans notre pays, déjà bien entamée, qui seront mis à mal. Je m'étonne du silence qui entoure ce traité crucial et m'indigne de l’absence de consultation populaire à ce sujet.

Au sein de ce mécanisme, les décisions seront prises par le Conseil des gouverneurs composé exclusivement des ministres des finances de la zone euro. Aucun veto, ni aucune autorité des parlements nationaux n’est prévu sur ces ministres lorsqu’ils agissent au titre de gouverneurs. De plus, ils jouiront en cette qualité d’une immunité totale leur permettant d’échapper à toute poursuite judiciaire. Pourtant, ils disposeront alors librement des caisses de l’État qui devra accéder de façon « irrévocable et inconditionnelle » à leurs demandes. Il est aussi intéressant de noter que le budget de départ du MES pouvant être réclamé aux États-membres dans un délai de sept jours seulement n’est pas plafonné et peut donc augmenter de façon illimitée sur décision du Conseil des gouverneurs.

Aucun membre ou employé de cette structure ne sera élu par la population ni responsable devant elle. Plus fort encore, le MES peut attaquer en justice mais pas être poursuivi, pas même par les gouvernements, les administrations ou les tribunaux. Le manque de transparence concerne aussi les documents « inviolables » , qui ne seront rendus publics que si le Conseil des gouverneurs le souhaite.

Négation des compétences fiscales et budgétaires des parlements nationaux, déni des principes de base de la démocratie, impossibilité d’opposer un veto, immunité judiciaire totale, opacité des documents… Autant de procédés antidémocratiques qui m'amènent aujourd’hui à vous demander d’adopter une position claire quant à ce traité. Allez-vous l’accepter ou le rejeter ?

Cette société devient étouffante d'injustice. Je vous le demande , Madame, Monsieur, au nom de la gauche dans ce pays, au nom de la souveraineté populaire, au nom de la justice sociale, au nom de la république et de la démocratie, vous devez rejeter ce texte.

En 2008, beaucoup de députés socialistes se sont abstenus et c'est l'abstention qui a permis une majorité pour valider le traité de Lisbonne. Peut-être avez-vous fait parti des 115 parlementaires socialistes qui ont eu le courage de voter contre ce traité, mais je vous demande de bien réfléchir à la portée sans précédent du vote du 21 Février. Il va sans dire que je prendrais en compte votre réaction sur cette question cruciale la prochaine fois que je serai appelé(e) aux urnes.

Un monde est en train de basculer et l'issue en est bien incertaine. Je suis inquiet pour notre avenir et c'est peut-être bien la fin de nos démocraties en Europe qui est en train de se jouer.

Mesdames et Messieurs les députés, je vous souhaite un bon vote.
"

Signature

Merci à Michaël Le Sauce via Mediapart, le 13 Février 2012

Pour un décryptage du mécanisme :
http://patricklehyaricpe.wordpress.com/2012/02/15/mecanisme-europeen-de-stabilite-la-purge-sociale-en-preparation/?blogsub=confirming#blog_subscription-2

Voir aussi :


08/02/2012

Février 62, Charonne

Cinquante ans et toujours ce goût acre, âpre, à vomir d’une extrême droite qui rode et regarde ses futures victimes avec un sourire malsain et concupiscent. Le dégout des Guéant est infini. Eternel.

Le 13 février, cinq jours après le drame du métro Charonne (9 morts lors des manifestations anti-OAS),
plusieurs centaines de milliers de personnes assistent aux obsèques des victimes.


Le 8 février 1962, le PC, le PSU, les Jeunesses socialistes et les principaux syndicats appellent à une manifestation de "défense républicaine" protestant contre la vague d'attentats OAS qui secoue la France (180 plasticages en janvier-février) et contre la guerre d'Algérie. Lors de la manifestation, les heurts avec les forces de l'ordre, nombreux et violents, débouchent sur un drame. Après l'ordre de dispersion, paniqués par les charges policières, des manifestants cherchent à se réfugier au métro Charonne, boulevard Voltaire. Mais leurs corps sont écrasés contre les grilles à demi fermées de la station tandis que "les policiers tapent dans le tas à coup de "bidule" [Benjamin Stora, La Gangrène et l'oubli. La Mémoire de la guerre d'Algérie, La Découverte, 1998, p.101].


On relève 9 morts (huit manifestants et un journaliste de L'Humanité ) et plusieurs dizaines de blessés. Le choc est considérable. Charonne entre "ce soir-là dans les lieux sacrés de la mémoire collective, comme jadis la rue Transnonain ou le mur des Fédérés" [Michel Winock, "Une paix sanglante", in Patrick Eveno, Jean Planchais (dir.), La Guerre d'Algérie, La Découverte-Le Monde, 1989]. Le 13 février, tandis qu'une grève générale de protestation et de solidarité avec les familles des victimes paralyse le pays, 500 000 personnes suivent les obsèques des victimes de Charonne.


Au sujet de "Charonne", bien des questions demeurent. Ce défilé anti-OAS allait, indirectement, dans le sens du pouvoir. Alors pourquoi a-t-on fait charger une foule désarmée peu après que l'ordre de dispersion a été donné ? A l'époque, les responsabilités de l'affrontement sont aussitôt controversées. Le ministre de l'Intérieur Roger Frey reproche dans un premier temps aux "séides" du PCF d'avoir joué le jeu de l'OAS avant d'accuser cette dernière, sur la foi d'un document saisi dans ses archives, d'avoir monté une "opération provocation".

Source : médiathèque INA

07/02/2012

Hypocratie

Par «hypocratie», on entendra : un régime caractérisé par l’absence chez ses leaders de convictions clairement avouées, et s’efforçant de rassurer. Un tel régime présente la spécificité de s’accommoder d’une façade démocratique avec l’assurance que cela pourrait lui confèrer une longévité plus assurée que dans tout autre régime ouvertement autoritaire, toute brutalité verbale apparente, même mineure, risquant d’entraîner des «sautes d'humeur» populaires, préjudiciable à la santé de ses corps constitués.
D’où l’importance accordée aux précautions oratoires et à la langue de bois en particulier, contenues dans l’escopette d’Hippocrate qui nous est et sera présentée avant et après les présidentielles.

Alter gouvernement : 18 ministres citoyens pour une réelle alternative


Jérome Cahuzac, chirurgien du cuir chevelu avant de croire dur comme fer en son destin de futur ministre du Budget, Jérome Cahuzac donc, celui-là même qui vota la rigueur par procuration et inadvertance en lieu et place de François Hollande le 7 septembre 2011, pourrait évidemment officier et exceller comme beaucoup d’autres dans cette fonction hautement stratégique qui demande un maximum de «lucidité» et de savoir-faire «chirurgical». Ce dont il est crédité par ses pairs. A tort ou à raison.

Il a déjà commencé le job avec maestria sur France Inter, et tempéré l’enthousiasme dont sait parfois faire preuve François Hollande, l’opération offrant l’indéniable avantage d’être populiste sans que cela se voit, ni soit dit -même en passant-, sans que cela puisse choquer experts, chroniqueurs et politicologues, d’habitude si prompts à dénoncer ce travers, accaparés qu’ils sont à pronostiquer qui pointera en tête à l’entrée de la ligne droite menant au prochain quinquennat, sans trop bousculer les quilles néolibérales ni les idées préconçues des économistes qui en font la promotion auprès des "classes moyennes".


Si bien que l’on en est encore et toujours à se demander «Qui demain défendra l’Etat social ?»,  quand bien même les prestations de François Hollande sembleraient de mieux en mieux calibrées, adaptées et imperméables aux pièges et artifices de campagne tels que ceux tendus par l’actuel et inénarrable ministre de l’intérieur s’attaquant au concept de civilisation.

20/01/2012

La bonne conscience du "cas par cas"

La Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, dite Convention de Genève est insuffisante dans la mesure où elle ne protège pas les réfugiés alimentaires et climatiques, parfois précautionneusement désignés comme «réfugiés économiques».
Quoique l’on puisse s’interroger sur la notion d’universalisme trop vite rendue vaine si on tente d’en débattre via des différentiels cultuels, culturels et/ou ethnographiques, impossible de ne pas adhérer aux combats menés par la FIDH pour défendre les droits de l’homme civils et politiques dans le monde. C’est au moins une aspiration naturelle ou une ambition humaine.
 

02/01/2012

Refus d’ADN, le cas de Lisandru Plasenzotti

Plusieurs organisations soutiennent le refus de fichage ADN : les faucheurs volontaires, la Ligue des droits de l’homme, la Confédération Nationale du Travail, la CGT, les verts et le syndicat de la magistrature...

Pour plus de précisions, lire :"Je viens de refuser le prélèvement ADN, je fais quoi ?"

 

Flash back sur le cas urgent et particulier de Lisandru Plasenzotti, récit :

lisandru plasenzotti,refus d’adn

Lisandru Plasenzotti, étudiant en histoire de 22 ans, a été libéré le 5 septembre 2011 après deux mois de détention provisoire. Le jeune homme avait été arrêté et mis en examen le 5 juillet avec trois autres jeunes gens, accusés d'avoir aidé dans leur cavale deux auteurs présumés d'une fusillade. 

A l'issue de leur garde à vue au commissariat d'Ajaccio, tous avaient été libérés et placés sous contrôle judiciaire, sauf Lisandru Plasenzotti, qui avait gardé le silence et refusé un prélèvement ADN.

Pour son père, Jean-Toussaint Plasenzotti, militant nationaliste qui a mené une grève de la faim de deux semaines pour obtenir la libération de son fils, «la raison cachée de cette détention provisoire, alors qu'il avait les charges les plus faibles des quatre mis en examen, est le refus de prélèvement ADN». Une interprétation qu'a démentie par le procureur de la République d'Ajaccio.

«J'ai été arrêté le 5 juillet à 9 heures du matin, en même temps que trois autres personnes, et mis en examen pour recel de malfaiteur. On m'accuse, sans preuve, d'avoir prêté mon appartement et de leur avoir donné de l'argent. Assez rapidement pendant la garde à vue, les policiers m'ont dit «Allez, viens, on va te prendre la photo, les empreintes et l'ADN». 

«J'ai refusé et les OPJ m'ont dit que je n'en avais pas le droit, puis ils m'ont remis en cellule une demi-heure et sont revenus à la charge. Ils m'ont dit qu'après comparaison l'ADN serait détruit, mais qu'est-ce qui me le prouve et avec quoi comptaient-ils comparer mon ADN ? Avec celui présent dans mon appartement puisqu'on m'accuse d'avoir prêté mon appartement ? C'est absurde.

«Les trois autres personnes mises en examen, dont une qui a reconnu avoir prêté son logement, de l'argent et transporté une arme, ont été relâchées. Comme par hasard, je suis le seul à avoir refusé un prélèvement, et le seul mis en détention provisoire. D'ailleurs, même les OPJ me l'ont dit, ils m'ont reproché le fait d'avoir utilisé mon droit au silence et d'avoir refusé le prélèvement d'ADN, et m'ont indiqué que j'irai donc sûrement en prison.

«J'ai refusé le prélèvement parce que c'est une chose plus que personnelle. L'homme n'a pas le droit de donner son ADN, car il se fiche lui-même, ses enfants et sa famille par la même occasion. De plus, ce fichage ADN peut être extrêmement dangereux. Quand on a demandé, sous le régime de Vichy, aux juifs de se recenser comme tels, ils se disaient qu'ils n'avaient rien à se reprocher et ont dû obtempérer. Mais ils ont fini dans les camps de concentration nazis. Un changement de gouvernement ou de politique peut arriver à n'importe quel moment.»

Son père à écrit une lettre au Magistrat instructeur... Sans réponse à ce jour !!!

Aujourd’hui encore, Lisandru Plasenzotti poursuit sa grève de la faim.

La Section de la L.D.H. CORSE et la Fédération L.D.H. des B. du Rh. appellent les ligueurs et les ligueuses à demander par téléphone au Magistrat instructeur et à la   Direction des Baumettes d'hospitaliser immédiatement Lisandru Plasenzotti.

Les appels, courtois et calmes, sont à adresser à :

  • M. Claude Choquet, Magistrat instructeur : 04 91 15 55 16 
  • M. Alvès ou M. Ruffenach, Direction de la prison des Baumettes : 04 91 40 81 01

Mardi 3 janvier à 9h30 le Vice-Président de la L.D.H. 13 qui a obtenu un permis de visite ira à la prison voir Lisandru, lui apportant un message d'humanité et de fraternité. 

A l'issue de cette visite, devant la prison, une conférence de presse est prévue à 11h.


01/01/2012

«Reading with death».

Nous savons qu’il y aura encore des morts, encore des incertitudes, des désespoirs, des abandons, des tristesses, des naïvetés, des inconsistances, des ignorances, des arrogances, de mauvais rêves, de fausses solutions, des giratoires cons, des combines et des contreparties, des bassesses et la solitude, l’envie d’en découdre et celle de cicatriser, les trottoirs froids et les surfaces sans profondeur, des périmètres clôturés et des non-dits, et des dénis, et des messes basses, et des convois sournois. Nous savons qu’il sera impossible de croire encore longtemps à un renversement de situation malgré le tonneau d’espoirs que nous avons cru devoir remplir à mains nues.
Tout continu.

2012, reading with death

2012 ... En guise de vœux, cette citation de René Daumal dans « Contre-ciel » : « Désapprendre à rêvasser, apprendre à penser, désapprendre à philosopher, apprendre à dire, cela ne se fait pas en un jour. Et pourtant nous n'avons que peu de jours pour le faire. » … sur un tableau de JM Basquiat «reading with death».

15/12/2011

Salah Hamouri. LIBRE.

La nouvelle de la libération de Salah Hamouri, détenu jusqu’au 18 décembre par l’Etat d’Israël, est au moins aussi réjouissante que celle de Gilad Shalit, détenu par le Hamas. La réciprocité s’arrête là. Pas l’instrumentalisation, tant les égos individuels et/ou partisans ont à gagner à ergoter sur la valeur de la Liberté selon son origine ou sa destination.

Hypocrisie supplémentaire : hier encore, il était convenu de dénombrer les otages français dans le monde à un moment ou à un autre des JT, en oubliant systématiquement voire sciemment Salah Hamouri. Aujourd’hui on s’arrache et se glorifie de sa double nationalité comme pour mieux faire oublier que la cause palestinienne n’est pas réglée pour autant.

Salah Hamouri libre

Le cynisme des déclarations faites ici ou là qui ont fait suite à l’entrée au forceps de la Palestine à l’UNESCO, (comme celle-ci : «Les Palestiniens ne sont pas un peuple parce qu’ils n’ont jamais eu d’État et qu’ils faisaient partie de l’empire ottoman avant la création d’Israël» dixit Newt Gingrich, candidat républicain à la Maison Blanche) ; la rage des gouvernements qui s’y opposaient (Allemagne, Canada, États-Unis ...), doivent être clairement entendues comme une incitation à la vigilance et au maintien d’une pression internationale pour que l’existence de la Palestine soit un jour reconnue et protégée.

02/12/2011

La gangrène et l’oubli

Dans « La gangrène et l’oubli », Benjamin Stora écrivait en 1998 :
«La levée des sanctions à l’égard de responsables d’atrocités commises pendant la guerre d’Algérie interdit de vider l’abcès, puisqu’il y a effacement des repères qui distinguent entre ce qui est crime et ce qui ne l’est pas. (…)»

A partir de la fin de la guerre d’Algérie, les autorités françaises ont promulgué une succession d’amnisties et de grâces vis-à-vis des militaires qui avaient eu recours à la torture. Le général Bigeard en a bénéficié. D’après Gilles Manceron, membre de la LDH et rédacteur d’une de ses revue « Hommes et Libertés » :

« Ce furent d’abord les décrets promulgués lors des accords d’Évian, les 20 mars et 14 avril 1962, qui effaçaient à la fois les "infractions commises avant le 20 mars 1962 en vue de participer ou d’apporter une aide directe ou indirecte à l’insurrection algérienne", et celles "commises dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre dirigées contre l’insurrection algérienne". Puis vinrent quatre lois successives. La première, du 17 décembre 1964, concernait les "événements" d’Algérie et fut suivie, le 21 décembre, d’une grâce présidentielle pour 173 anciens membres de l’OAS. Celle du 17 juin 1966 amnistiait les "infractions contre la sûreté de l’État ou commises en relation avec les événements d’Algérie". Vint ensuite, en pleine crise de Mai 68 et liée directement à elle, la grâce du 7 juin 1968 concernant, cette fois, tous les membres de l’OAS qui étaient encore détenus ; elle fut suivie de la loi du 24 juillet effaçant toutes les infractions liées aux "événements" y compris celles "commises par des militaires servant en Algérie pendant la période". Cette loi, malgré le dépôt d’un amendement socialiste allant dans ce sens, ne stipulait pas encore la réintégration des intéressés dans leurs fonctions civiles ou militaires ni dans leurs droits à porter leurs décorations. »

torture algérie, bigeard, invalides

« Ce fut chose faite après l’arrivée de la gauche au pouvoir. Déjà, en 1965, l’extrême droite proche de l’OAS avait été appelée à se rallier à la candidature de François Mitterrand ; l’année suivante, un projet de loi déposé par Guy Mollet, Gaston Deferre et le même François Mitterrand avait proposé le rétablissement des condamnés de l’OAS dans leurs grades et leurs fonctions ; et, en 1972, le programme commun de la gauche ne comportait aucune référence ou allusion aux suites de la guerre d’Algérie ni à la lutte pour la décolonisation. Avant les élections présidentielles de 1981, des négociations menées par des proches du candidat François Mitterrand aboutirent à l’appel du général Salan à voter Mitterrand et, entre les deux tours, à celui de l’organisation de rapatriés le RECOURS à "sanctionner" Valéry Giscard d’Estaing. C’est donc bien dans la ligne de cette politique que fut votée le 3 décembre 1982 la dernière des lois d’amnistie réintégrant dans l’armée les officiers généraux putschistes et permettant même les "révisions de carrière" nécessaires à la perception de l’intégralité de leurs retraites. Cela, au nom de l’argument formulé par François Mitterrand : "Il appartient à la nation de pardonner." »

Aujourd’hui, il n’est donc plus question de pardonner, mais d’honorer carrément le général Bigeard, commanditaire de la torture en Algérie (!!!) et ce, malgré des témoignages sans équivoque.

Une des chevilles ouvrières de cette histoire aussi grotesque qu’abjecte est l’actuel ministre de la Défense Gérard Longuet, créateur à l’époque du Mouvement Occident (extrême droite).
Ne pouvant pas faire disperser les cendres du général au dessus de Dien Biên Phù, les autorités vietnamiennes s’y opposant, notre ministre a adressé une lettre à la fille du général, pour lui proposer que les cendres de son père soient transférées aux Invalides. Celle-ci a finalement donné son accord à ce transfert, pour lequel aucune date n’a encore été fixée, a-t-on précisé au ministère de la Défense (AFP (17/11/2011 à 18:34).

Bien qu’aucune lettre ne nous soit parvenue pour que nous donnions notre avis (!), nous pouvons l’exprimer en signant une pétition qui s’oppose à cette provocation.  

 

28/11/2011

L'angle alpha convoqué à Durban

Dans un opus atypique de Frédéric Lordon intitulé « D'un retournement l'autre », (récit de la crise financière en quatre actes, et en alexandrins - Seuil, 14 euros) … on trouve cette réplique faite par un conseiller présidentiel aux banquiers cyniques :

« Vous méprisez le peuple et c'est bien votre affaire.
Vous avez de la chance, il est moins sanguinaire
Qu'à certaines époques où ceux de votre engeance
Voyaient sur une pique finir leur arrogance. »

Il n’y a bien sur pas que les banquiers qui soient susceptibles de servir de repère pour déterminer « l’angle alpha » décrit par le même Frédéric Lordon, économiste atterré, dans la vidéo qui suit :


Le néo-libéralisme et l'angle alpha de Frédéric Lordon par asi

L’angle Alpha étant, pour schématiser, l’angle qui nous rapproche ou nous éloigne de notre servitude aux systèmes dominants : une manière de mesurer notre consentement ou notre résistance au pouvoir érigé en système.

Depuis une bonne dizaine d’années, les modes de fonctionnement des entreprises privées servant de modèle à nos institutions et à nos services publics, la logique du néolibéralisme s’étend perceptiblement à des domaines qui ne sont pas seulement « financiers ». Ils peuvent être culturels au sens large et s’étendre à la vie sociale et individuelle. (*) Mais pas que.

Autre extension donc : « l'enjeu de la crise climatique est bien notre rapport malsain à la puissance, puisque le carbone fossile est la forme la plus efficace et malléable d'énergie que l'homme ait trouvé à sa disposition pour assouvir son propre désir de puissance... ou celui de ses chefs »

lordon,durban,angle alpha

En période électorale, les lobbies ont carte blanche pour y parvenir puisque, vu sous cet angle, le néolibéralisme, n’est pas du tout un « laisser faire », mais au contraire le résultat d’une politique délibérée, très organisée, même si, au bout du compte, elle s’avère suicidaire.

« Aussi modestes qu'elles soient, les politiques publiques de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre ont été gravement sapées, dès le début, par les feintes de nombreux groupes industriels, sans qu'il en coûte quoi que ce soit auxdits groupes. Et l'on sait (ou l'on devrait savoir) à quel point les "climato-sceptiques", universitaires et surtout politiques, sont soutenus financièrement par les grandes firmes de l'énergie carbonée (Exxon et Koch Industries aux Etats-Unis, mais également, de ce côté-ci de l'Atlantique, GDF-Suez, Lafarge ou encore BP). » (**) (***)

A l’heure où s’ouvre la conférence de Durban sur le changement climatique, nous devrions nous en souvenir.

Sources : * ;  ** ; ***

11/11/2011

Les fusillés pour l’exemple de 14-18

Le combat pour la réhabilitation des soldats fusillés pendant la Grande Guerre a été, après l’affaire Dreyfus, un de combats fondateurs de la Ligue des Droits de l’Homme et n’a cessé depuis, de faire son chemin.

Après le discours du premier ministre Lionel Jospin en 1998 à Craonne et les propos du président Sarkozy à Douaumont en 2008, la LDH estime qu’une véritable réhabilitation ne peut uniquement reposer sur une nouvelle déclaration présidentielle vouée à rester sans effet.

Le non engagement de l’Etat sur ce sujet est constant. Les non réponses apportées aux questions écrites que les parlementaires font régulièrement parvenir au ministère concerné sont elles aussi significatives d’une évidente mauvaise volonté. Les discours ne suffisent pas.

réhabilitation des fusillés pour l'exemple,

« France, sois fière de ton pioupiou,
Car il t’aime d’amour fou,
Pour lui c’est un délice
De t’offrir sa vie en sacrifice ».

… « Vivement l’armistice »


Concrètement, la Ligue des Droits de l’Homme demande :

  • qu’après étude par une commission ad hoc, les condamnations soient annulées par la Cour de cassation, sans renvoi devant une autre juridiction, comme dans l’arrêt innocentant le capitaine Dreyfus.
  • que cette commission puisse être saisie des autres cas d’injustices commises par les tribunaux militaires, et des cas d’exécutions sans jugement, exécutions qui ont touchées de nombreux étrangers engagés volontaires et des soldats appartenant aux troupes coloniales.
  • qu’une commission rassemblant historiens, juristes, et représentants d’associations, puisse avoir accès sans entrave aux archives militaires nationales pour que tous les fusillés pour l’exemple soient reconnus comme tels sur les registres d’état civil et que leurs noms, s’ils n’y figurent pas déjà, soient ajoutés sur les monuments aux morts.

Ce serait leur rendre un véritable hommage si, en 2014, pour le centenaire du déclenchement de la Grande Guerre, nous pouvions être enfin dignes de leur mémoire.

08/11/2011

Soutien à Charlie Hebdo

Intervention de Pierre Tartakowsky, président de la Ligue des droits de l’Homme, en soutien à Charlie Hebdo, dimanche 6 novembre à l’Hôtel de Ville.

Mettre le feu à un journal, empêcher le déroulement d’une pièce de théâtre ; ces actes de violence ne sont jamais anodins. L’agressivité des censeurs, le surgissement d’incendiaires, annoncent des temps difficiles et la tentation de certains d’imposer leurs détestations et leurs peurs en dogmes intangibles, indiscutables. Avec ce que cela suppose de périls pour les autres, hérétiques et boucs émissaires de tous ordres, pour leurs droits et liberté, droits et liberté qui sont les nôtres.

Censures, charlie hebdoAprès l'interdiction de l'hebdo Hara-kiri en 1970 (suite à la une du 16 novembre sur la mort du général De Gaulle titrée "Bal tragiqueà Colombey - 1 mort")
tous les membres de l'équipe
(Choron, Cavanna, Gébé, Cabu, Reiser, Delfeil de Ton, Willem, Wolinski…)
ont décidé de continuer, en changeant juste de nom : Charlie Hebdo est né.
Le premier numéro est sorti le 23 novembre 1970.

Aux fondamentalistes de tous ordres, y compris celui des simplistes et des imbéciles, la Ligue des droits de l’Homme oppose le respect de la loi commune, la défense intransigeante des libertés démocratiques, y compris celle de blasphémer, une solidarité intangible avec les victimes, même lorsqu’elle n’en partage ni les vues ni les moyens choisis pour les exprimer. Car lorsqu’on déchaîne la violence contre un théâtre, une bibliothèque, un journal, un lieu de culte ou une population ciblée comme indésirable, c’est toujours la République, la citoyenneté qu’on prend pour cible.

C’est le sens de notre présence, de notre solidarité et de notre soutien à une mobilisation puissante pour la démocratie, la laïcité, un vivre ensemble qui se décline effectivement en termes de liberté, d’égalité, et enfin de fraternité.

Pierre Tartakowky,
président de la Ligue des droits de l’Homme.

Retour de flamme à destination de Pascal Boniface et de ses soutiens qui pourraient, si ce n'est déjà fait, se croire obligés de prendre fait et cause pour les censeurs incendiares et illuminés de tout poil, lire la note intitulée  "Allah est grand et Tartuffe est son prophète!"  

05/11/2011

Pour un audit citoyen de la dette !

Plus de 10000 manifestants ont parcouru les rues de Nice pour lancer le forum des peuples face au G20.

Après des semaines d’une campagne de communication alarmiste par les autorités locales, et malgré un déploiement outrancier de forces de sécurité, les organisations et mouvements sociaux présents à Nice ont réussi une marche festive, créative, loin de tous les préjugés et clichés utilisés pour déligitimer les altermondialistes.

Parti de Manosque le 1er novembre, un groupe d'amis est revenu de Nice et nous a fait parvenir son témoignage.

anti G20 NICE

La video qui suit : "Debtocracy" a été réalisée par deux journalistes grecs.
Ils disent :

"(...) Le problème de la Grèce est que notre fiscalité ne s’est pas adapté au modèle d’État-providence que nous avons mis en place : les entreprises ne sont pas assez taxées, les déficits ne sont donc pas contrôlés. Nous avons aussi un grave problème de corruption, mais cela reste un détail : nous pourrions mettre tous les politiques en prison, mais qu’est-ce que cela changerait ?
"(...) les plans de sauvetage n’ont en vérité qu’un seul objectif : sauver les banques françaises et allemandes, qui tomberaient si la Grèce faisait banqueroute.

(...) Une fois que cela est dit, la première chose que nous devons faire est de mener un audit de la dette grecque, de manière à discerner la dette légale de celle qui ne l’est pas. Un certain nombre d’indices tendent à montrer qu’une grande partie de la dette est odieuse, voire illégale. Mais seule une commission d’audit saurait le démontrer. (...)"


Debtocracy International Version par BitsnBytes

Appel signé par la LDH

… et le lancement d’un vaste débat démocratique.

Écoles, hôpitaux, hébergement d’urgence… Retraites, chômage, culture, environnement… nous vivons tous au quotidien l’austérité budgétaire et le pire est à venir. « Nous vivons au-dessus de nos moyens », telle est la rengaine que l’on nous ressasse dans les grands médias.

Maintenant « il faut rembourser la dette », nous répète-t-on matin et soir. « On n’a pas le choix, il faut rassurer les marchés financiers, sauver la bonne réputation, le triple A de la France ».

Nous refusons ces discours culpabilisateurs. Nous ne voulons pas assister en spectateurs à la remise en cause de tout ce qui rendait encore vivables nos sociétés, en France et en Europe.

Avons-nous trop dépensé pour l’école et la santé, ou bien les cadeaux fiscaux et sociaux depuis 20 ans ont-ils asséché les budgets ?

Cette dette a-t-elle été toute entière contractée dans l’intérêt général, ou bien peut-elle être considérée en partie comme illégitime ?

Qui détient ses titres et profite de l’austérité ? Pourquoi les États sont-il obligés de s’endetter auprès des marchés financiers et des banques, alors que celles-ci peuvent emprunter directement et pour moins cher à la Banque centrale européenne ?

Nous refusons que ces questions soient évacuées ou traitées dans notre dos par les experts officiels sous influence des lobbies économiques et financiers. Nous voulons y répondre nous-mêmes dans le cadre d’un vaste débat démocratique qui décidera de notre avenir commun.

En fin de compte, ne sommes-nous plus que des jouets entre les mains des actionnaires, des spéculateurs et des créanciers, ou bien encore des citoyens, capables de délibérer ensemble de notre avenir ?

Nous décidons d’engager le débat et de nous mobiliser dans nos villes, nos quartiers, nos villages, nos lieux de travail, en lançant un vaste audit citoyen de la dette publique.

Nous créons au plan national et local des collectifs pour un audit citoyen, avec nos syndicats et associations, avec des experts indépendants, avec nos collègues, nos voisins et concitoyens.

Nous allons prendre en main nos affaires, pour que revive la démocratie.

 APPEL POUR UN AUDIT CITOYEN

23/10/2011

“Les mesures d'austérité sont une supercherie”

Eric TOUSSAINT sera l'invité de la délégation régionale PACA et de la Fédération 04 de la Ligue des Droits de l’Homme le 29 octobre prochain à Manosque (Hôtel Best Western Le Sud), et ce à la veille du G20 de Cannes.
Question centrale de cette conférence suivie d’un débat :

« Une économie solidaire
au service des nécessités écologiques et sociales est-elle possible ? »


En attendant, Eric Toussaint a été interviewé par Olivier le Bussy pour le journal La Libre Belgique :


Pour le politologue Eric Toussaint, les actuelles politiques conduites en Europe pour éponger les dettes publiques servent d’abord les intérêts des créanciers privés. Et bafouent les droits sociaux et économiques des citoyens.

Docteur en sciences politiques des Université de Liège et de Paris VIII, membre du conseil scientifique d’Attac France et président de la branche belge du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), Eric Toussaint a coécrit et codirigé (avec le Français Damien Millet) un ouvrage intitulé “La dette ou la vie”. A l’aune de l’expérience de la problématique de la dette des pays du Sud, les auteurs livrent une analyse critique de politiques mises en œuvre au Nord, notamment dans la zone euro.

"
Selon vous, telle qu'elle a été conçue, la zone euro était condamnée à connaître une telle crise…

Le drachme, la peseta, l’escudo ont été surévalués par rapport aux autres monnaies, et notamment au deutsche mark, lors de la conversion en euro. Ce qui a donné un avantage compétitif aux pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, la Belgique,… par rapport aux pays de la périphérie. De plus, il n’y a pas de mécanismes de compensations importantes pour réduire les asymétries entre les économies européennes. Enfin, les banques nationales des pays de l’UE et la Banque centrale européenne (BCE) ne peuvent pas accorder de crédits directement aux Etats (comme peut le faire la Réserve fédérale aux Etats-Unis, NdlR), ce qui laisse ce monopole aux banques privées.

On en est arrivé à une situation où la BCE a prêté à un taux de 1 %, jusqu’avril 2011, aux banques privées. Qui, elles, prêtaient à la Grèce, au Portugal et à l’Irlande à du 4 ou 5 % pour des obligations à six mois ou à un an. Ce fonctionnement a abouti à des dérives terribles. La BCE prête à court terme à des institutions privées, qui à leur tour prêtent à long terme sur le marché obligataire et se retrouvent confrontées, tôt ou tard, à des problèmes de liquidités. Ce qui amène, par exemple, à un deuxième sauvetage de Dexia par les Etats belges et français.

Vous estimez que la Grèce serait en droit de remettre en cause le remboursement d’une partie de sa dette souveraine...

En commençant à rebours, on pourrait dire que les prêts de la troïka (Commission européenne, BCE, Fonds monétaire international) à la Grèce sont des prêts odieux parce que ces institutions, avec derrière elles les gouvernements allemand et français, profitent d’une situation de détresse de la Grèce –qui depuis mai 2010 n’a plus accès à des emprunts dépassant un an –pour prêter à Athènes à du 5,5%. En contrepartie, ils exigent de la Grèce qu’elle mette en œuvre une batterie de mesures d’austérité. Mesures qui dans certains cas sont des violation des droits économiques et sociaux reconnus par l’Organisation international e du travail, par exemple. Et, de plus, ces mesures ont un effet contraire à l’objectif officiel recherché, c’est-à-dire une amélioration de la situation économique rendant soutenable le paiement de la dette. Or, on constate que cela crée une récession qui réduit les recettes fiscales et conduit à de nouvelles mesures d’austérité. Lesquelles ne permettront de toute façon pas à la Grèce de dégager dans son budget des marges suffisantes pour rembourser des montants grevés de taux d’intérêts trop élevés.

Avant cela, on a eu toute une série d’institutions financières françaises, allemandes, belges, qui au début de la crise financière se finançaient à des taux de 0,25% auprès de la Fed ou de 1% auprès la BCE puis qui prêtaient très massivement à la Grèce ­- on constate une augmentation de 80 à 120 milliards d'emprunts, soit 50% en pleine période de crise. Là, il y a des marques d’illégitimités parce que les fonds qui étaient prêtés aux banques ne devaient pas servir à cela mais à éviter un credit crunch, que ces banques n’ont pas respecté les règle de prudence en matière de solvabilité des emprunteurs et pire les ont encouragés à se surendetter.

Et si on retourne encore plus loin, on rappellera que les JO devait coûter à la Grèce 1,4 milliard et en ont coûté près de 20. Or, il y a des entreprises étrangères, comme Siemens –qui font l’objet de poursuites judiciaires –qui ont versé des pots-de-vin énormes aux autorités politiques de l'époque. Enfin, il y a les dépenses militaires énormes de la Grèce, qui représentent 4% du PIB. Les Américains, les Allemands et les Français sont les principaux fournisseurs militaires, et dans un premier temps, on a seulement demandé à la Grèce de couper dans les dépenses sociales, parce qu’il fallait qu’elle honore les commandes militaires à Berlin et à Paris. C'était tellement scandaleux que les choses sont en train de changer.

austérité,eric toussaint, supercherie

Les actuelles politiques d’austérité sont justifiées par la nécessité de préserver notre modèle social. Ce que vous contestez…

Ceux qui sont privilégiés, ce sont les créanciers privés qui sont partie du problème. Le second objectif c’est de pousser plus loin l’offensive néolibérale lancée il y a 30 ans par (le président américain Ronald) Reagan et (le Premier ministre britannique Margaret) Thatcher. On assiste à un détricotage de ce qui caractérisait les “30 glorieuses” qui ont suivi la Seconde guerre mondiale: augmentation des salaires, du bien-être, quasi-plein-emploi… De 1980 à 2010, on a détricoté le pacte social, caractérisé par des politiques keynésiennes, qui ont été remplacées par le néolibéralisme qui le remet en cause et déréglemente la législation bancaire et financière, avec les dérives que l’on connaît. C’est une supercherie de dire que ces mesures visent à consolider le modèle social européen.

En faisant appel au FMI, les Européens ont introduit le loup dans la bergerie, peut-on lire dans votre ouvrage...

Le FMI, c’est quelque part une sorte d’alibi pour les dirigeants européens, qui leur permet de justifier les politiques d'austérité en disant “Vous voyez, il n'y a pas que nous. Une institution internationale, basée à Washington, neutre le dit aussi”. Mais pendant 30 ans, le FMI a dicté les politiques qui sont aujourd’hui à l’œuvre chez nous en Amérique latine, en Afrique et en Asie, avec des résultats tout à fait négatifs. Si l’Amérique latine va mieux depuis une dizaine d’années, c’est parce qu’après 20 ans, les électeurs ont dit : “On n'en veut plus”. Les gouvernements ont remboursé anticipativement le FMI et on rompu avec les recettes qu’ils nous appliquent. Les économistes et les dirigeants latino-américains ne cachent pas leur étonnement de nous voir appliquer des formules qui ont échoué ailleurs.

Parce qu’il est le premier poste budgétaire de nombreux Etats, le remboursement de la dette peut aller à l’encontre des droits humains, écrivez-vous…

Je suggère que la part qui va au service de la dette publique dans le budget ne dépasse pas 5 % des recettes. On pourrait mettre une autre règle d’or : les dépenses qui vont à la garantie de droits économiques et sociaux, donc de droits humains, ne peuvent pas être comprimées. On dit: priorité aux créanciers, dont le comportement est délictueux dans une série de cas. Pour correspondre à l’esprit de la charte des Nations unies de 1948, il faudrait inverser les valeurs: les Etats ont une dette sociale à l’égard de leurs citoyens. Ce sont eux qui ont donné un mandat aux dirigeants politiques. Pas les banques, ni les fonds de pension, ni les marchés financiers.

Le politique a perdu la main?

C’est très inquiétant. Dans cette crise, on marginalise le choix des électeurs. En Irlande, où le nouveau gouvernement doit appliquer le plan négocié par le précédent, d'une autre couleur politique. Mais aussi en Grèce où à l’origine, le Pasok (socialiste, au pouvoir) voulait rompre avec la politique de la Nouvelle Démocratie (droite). Le pouvoir législatif est mis entre parenthèses. Le Parlement portugais provoque en mars la démission du gouvernement de José Socrates mais cet exécutif démissionnaire conclut quand même un accord avec la troïka sur un plan d’austérité dont le Parlement ne voulait pas. On pourrait aussi parler de la Belgique qui rachète Dexia pour 4 milliards. Les actionnaires sont satisfaits, mais on n’a pas demandé l’avis des parlementaires ni des citoyens belges.

Vous proposez des alternatives, mais on peut douter qu’elles trouvent un écho chez les actuels dirigeants politiques…

Le changement viendra de la prise de consciences des citoyens qui demanderont une rupture radicale avec le système. Le signal que ça commence ce sont les centaines de milliers d’Indignés espagnols, dont le mouvement a essaimé en Grèce, au Portugal, en Italie et à Bruxelles. plus enclins à se dire que ça ne marche pas et qu’il faut un changement, ce sont les jeunes européens. C’est important que les autres générations rompent aussi avec la résignation. Comme l'on fait les citoyens islandais en refusant de payer pour la faillite de la banque Icesave (et que leur gouvernement rembourse le Royaume-Uni et les Pays-Bas, qui avaient garanti les dépôts de leurs ressortissants chez Icesave, NdlR)

Ça a pris 20 ans aux citoyens d’Amérique latine de pousser à une rupture, j’espère que ce sera moins long pour les Européens.

"

En Savoir Plus : "La dette ou la vie", sous la direction de Damien Millet et Eric Toussaint, éditions Aden et CADTM, 384 pp., 

15/10/2011

Nabucco

Grand moment patriotique, musical, émotionnel, que cette représentation de "Nabucco" transmis par Colette Chauvin et Marcel Pirris.

(Allez jusqu'au bout du texte ci-dessous, si vous ne comprenez pas l'Italien, puis plongez au cœur de la vidéo. C'est magnifique !!!)

Le 12 mars dernier, Silvio Berlusconi a dû faire face à la réalité. L’Italie fêtait le 150 ème anniversaire de sa création et à cette occasion fut donnée, à l’opéra de Rome, une représentation de l’opéra le plus symbolique de cette unification : Nabucco de Giuseppe Verdi, dirigé par Riccardo Muti.

Nabucco de Verdi est une œuvre autant musicale que politique : elle évoque l'épisode de l'esclavage des juifs à Babylone, et le fameux chant « Va pensiero » est celui du Chœur des esclaves opprimés. En Italie, ce chant est le symbole de la quête de liberté du peuple, qui dans les années 1840 - époque où l'opéra fut écrit - était opprimé par l'empire des Habsbourg, et qui se battit jusqu'à la création de l’Italie unifiée.

Avant la représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est monté sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture du gouvernement. Et ce, alors qu’Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi.

Cette intervention politique, dans un moment culturel des plus symboliques pour l’Italie, allait produire un effet inattendu, d’autant plus que Sylvio Berlusconi en personne assistait à la représentation…

Repris par le Times, Riccardo Muti, le chef d'orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution :
« Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l’opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va Pensiero allait démarrer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et perdue ! ».

Alors que le Chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà : «Bis !» Le public commençait à crier «Vive l’Italie !» et «Vive Verdi !» Des gens du poulailler (places tout en haut de l’opéra) commencèrent à jeter des papiers remplis de messages patriotiques – certains demandant «Muti, sénateur à vie».

Bien qu’il l’eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésita à accorder le «bis» pour le Va pensiero. Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin. «Je ne voulais pas faire simplement jouer un bis. Il fallait qu’il y ait une intention particulière.», raconte-t-il.

Mais le public avait déjà réveillé son sentiment patriotique. Dans un geste théâtral, le chef d’orchestre s’est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M. Berlusconi, et voilà ce qui s'est produit :

Traduction  et Commentaires :

[Après que les appels pour un "bis" du "Va Pensiero" se soient tus, on entend dans le public : "Longue vie à l'Italie !"] 
Le chef d'orchestre Riccardo Muti : Oui, je suis d'accord avec ça, "Longue vie à l'Italie" mais...

[Applaudissements]

Muti : "Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et perdue".

[Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène]

Muti : Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théâtre de la capitale, et avec un Chœur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble.

C’est alors qu’il invita le public à chanter avec le Chœur des esclaves. « J’ai vu des groupes de gens se lever. Tout l’opéra de Rome s’est levé. Et le Chœur s’est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l’opéra. »

« Ce soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l’attention des politiciens. »    


Sincèrement MERCI à Colette Chauvin et à Marcel Pirris.                                                    

10/10/2011

Nettoyer la mêlée

Le score d’Arnaud Montebourg aux primaires socialistes n’aurait pas été aussi élevé si un mouvement de fond national et international ne l’avait pas précédé. AM a concrétisé et légitimé ce mouvement au PS sous le label «démondialisation» qui se place dans la continuité du mouvement des «indignés» et dans la logique d’une prise de conscience collective antilibérale.
Le refus des inégalités, des injustices et des tyrannies molles ou dures, ce n’est pas rien. Son score en est le reflet.

C’est un succès, pas une victoire et il faudra que cela ait une suite. On ne se contentera pas d’avoir pesé si le pire n’est pas évité, le pire étant la soumission à une oligarchie ultralibérale de droite comme de gauche, avouée ou maquillée.

Il ne s’agit pas tant de savoir sur quel candidat du PS les voix d’AM se porteront mais de savoir qui, à terme, sera le plus crédible et le plus qualifié pour relayer ce qu’elles signifient, et surtout comment se fédérera-t-on ?

primaires socialistes, montebourg, nettoyer la mêlée

Pour l’instant et à l’instar d’une équipe de rugby capable de marquer des essais sans trop en encaisser, il va falloir nettoyer la mêlée sans mollesse. Les équipes respectives de M. Aubry et de F. Hollande comportent chacune des éléments ou joueurs suspects de hors jeux, voire d’antijeu : pacte de Marrakech et sparadrap DSK via quelques seconds couteaux (Cambadélis) pour la première ; garde rapprochée du même ex du Sofitel pour le second (Le Guen, Moscovici …), sans oublier les cartons rouges décernés ici et là par ce qu'il reste des autorités judiciaires. 

Et sans parler des ententes étranges qui subsistent et pourraient être entretenues avec l’OMC de P. Lamy, la Présidence de l'Autorité des marchés financiers de JP. Jouyet ou le FMI de C. Lagarde, laquelle a été félicité par les deux représentants du PS encore en lice, pour sa nomination à la tête de ce machin qu'il faudrait dé-mondialiser d’urgence.

Les dénégations des uns et des autres, dénégations qui se multiplieront dans les jours à venir, sur les relations privilégiées qu’ils entretiennent avec des personnages décidément douteux pour qui souhaite une République portée par une vraie gauche socialiste, ne suffiront vraisemblablement pas à enflammer la campagne. Faudra-t-il s’en contenter ?....

01/10/2011

L’étau télécratie - démocratie

Notre conscience individuelle n’aura jamais été autant menacée à travers l’exploitation de nos pulsions et il serait temps de brider cette arme de destruction massive que constitue le domaine télévisuel concentré sur la seule rentabilité commerciale.

C’est pour cette raison que la réaction d’Arnaud Montebourg est saine. C’est un des seuls candidats à la présidentielle de 2012, si ce n’est le seul, à avoir évoqué la question, même s’il se situe davantage sur le plan immédiatement réalisable de la concession du domaine public et de ses conséquences économiques que sur des considérations sociologiques et culturelles, inscrites dans le long terme. Mais si ce n’était que cela, cela serait déjà beaucoup.

Beaucoup, puisque cela induirait le contrôle des JT bidonnés et formatés façon Fouquet's, et surtout, permettrait d’envisager une fin à la braderie du «temps de cerveau humain disponible» via un CSA rendu compétent et indépendant. TF1 et M6 sont immédiatement visées. Tant mieux mais les contaminés du PAF sont aujourd’hui nombreux, pendant que l’apprentissage de la soumission s'est diversifiée et l’addiction au petit écran est devenue inappréciable.

télécratie, démondialisation, montebourg
On a beaucoup parlé de « Metropolis »… on n’a pas fini d’y penser.

L’alternance rêvée serait donc en effet, que l’on tienne compte et écoute l’analyse de Bernard Stiegler, initiateur et président d’Ars industrialis qui décrit parfaitement les mécanismes mis en jeu pour capter la foule des téléspectateurs isolés dont nous faisons parti à notre corps prétendument  défendant. C’est d’autant plus urgent que «la mondialisation et le phénomène d'uniformisation des comportements s'attaquent à la singularité des individus et des cultures», à notre identité initiale. N’en déplaise à un R. Enthoven qui, sans jamais s’investir dans une quelconque proposition constructive, considère la démondialisation comme un gadget tout juste bon à être «disséqué» et roulé dans un ridicule qui n’a rien d’humoristique.

La vidéo qui suit, terriblement angoissante, démontre comment l’émotion a fait place à l’exacerbation des pulsions les plus destructrices et mérite d’être visionnée ne serait-ce que pour prendre conscience du chantier qui reste à entreprendre.

24/09/2011

La Palestine entre miracle et désarroi

A moins d’un «miracle», les prochaines élections israéliennes n’auront lieu qu’en 2013. D’ici là, rien ne se passera sans doute sur le plan de la diplomatie et de ses cercles vicieux.

A la veille de la demande formulée par Mahmoud Abbas,la Palestine, telle qu’elle a été montrée sur les chaines de télévision européennes, - celle de nantis de Cisjordanie ayant partie liée avec la classe des affairistes israéliens; celle des dirigeants du Hamas à Gaza installés dans leur économie souterraine et leur opposition partisane à l'Autorité palestinienne - offre une image relativement inédite et désolante de ce que peut être la dépendance et l’enfermement.

Dépendance et enfermement verrouillés par le déni, l’autisme et la surdité paranoïaque de chaque camp, sur un fond de justification religieuse lui-même cadenassé par le manque de courage de ce que l’on ose encore appeler «la communauté internationale».

Tout est donc à redouter des confrontations à venir et les peuples ont ou s’octroieront carte blanche pour tenter de sortir de ce carcan. A moins d’un miracle laïc, c’est la seule alternative logique au blocage généralisé.

"Le journal de personne" illustre humainement ce désarroi :

Mon père s’est marié à deux reprises
Une fois à l’Est et une deuxième fois à l’Ouest… de Jérusalem…
Je suis palestinienne
Et ma demi- sœur est israélienne
On ne se parle plus…
Je parle arabe, elle parle hébreu
Mais on ne se comprend plus…
On fait semblant de ne plus se comprendre.
On s’est divisé sur la terre de notre père
Comme deux indignes héritières.
Je dis que c’est à moi, elle dit que c’est à elle,
Et aucune des deux ne veut lâcher prise
Elle a fait de son veau d’or une nation.
De ma nation, j’ai fait un veau de chair et de sang.
Elle est riche et prospère,
Je suis pauvre et amère
Elle a tous les puissants à ses pieds.
Je n’ai même plus d’yeux pour pleurer.
Elle dit que je lui fais la guerre
Mais ne veut surtout pas signer la paix.
Elle dit… elle dit que… je rêve de l’exterminer
Et pour m’en empêcher elle m’extermine pour de vrai !
Elle dit que son héritage est inscrit dans la bible,
en bas de chaque page
Je lui réponds… désolée
Mais ton titre de propriété n’est pas signé
Qu’il y a l’histoire que l’on fait
Et l’histoire que l’on raconte!
Et aucun lien entre les deux…
La Palestine c’est la maison de mon père
Quant à la maison de Dieu
Elle n’est pas sur cette terre
Tu la retrouveras si et seulement si
Tu ne m’ôtes pas la lumière
Tu m’ignores et tu voudrais que je m’ignore
Tu m’enterre pour me faire taire
Mais je serais pour toi, Israël
L’œil qui te poursuivra jusque dans ta tombe
Pour te dire : Abîme… Abîme !
Tu as commis le pire des crimes
En faisant de Dieu
L’instrument de ta morsure.

22/09/2011

21 septembre 2011, 23h08, Géorgie USA

Avant d'être exécuté, Troy Davis a adressé ce message hier à ses sympathisants dans le monde entier :


"Le combat pour la justice ne s'arrête pas avec moi.
Ce combat est pour tous les Troy Davis avant moi et
tous ceux qui viendront après moi.

Je me sens bien, je prie et je suis en paix.
Mais je n'arrêterai de me battre qu'à mon dernier souffle".

Le 9 octobre 2011, la France fêtera les 30 ans de la promulgation de la loi abolissant la peine de mort. Pour célébrer cet événement, Ensemble contre la peine de mort (ECPM) se mobilise en faisant des temps forts de l’année 1981 ceux de l’année 2011 au travers de nombreuses actions d’information et de sensibilisation du public à l’abolition universelle.

Tout reste à faire

TROY DAVIS,peine de mort, georgie

Le 22 septembre 2008 déjà, il avait transmis la lettre qui suit par l’intermédiaire de sa sœur, Martina Correia :


Prison de Jackson, Etat de Géorgie, Etats-Unis

A vous tous,

Je tiens à vous remercier pour tous vos efforts et votre dévouement en faveur des droits Humains et de la bonté humaine. Au cours de l’année passée, j’ai éprouvé une telle émotion, une telle joie, une telle tristesse et une foi infinie.
C’est grâce à vous tous qu’aujourd’hui je suis en vie. Quand je regarde ma sœur Martina, je suis émerveillé par l’amour qu’elle a pour moi ; bien sûr je m’inquiète pour elle, pour sa santé, mais comme elle me le dit, elle est l’aînée et elle n’abandonnera pas ce combat mené pour me sauver la vie et prouver au monde que je suis innocent de ce terrible crime.

Quand je regarde mon courrier qui vient du monde entier - d’endroits dont je ne pensais pas entendre parler et de personnes dont je pouvais tout juste espérer découvrir un jour par moi-même la langue, la culture ou la religion - je ressens une grande humilité devant l'émotion qui remplit mon cœur d’une joie débordante, irrésistible.

Je ne peux même pas expliquer l’intensité de l’émotion qui monte en moi quand j'essaie d'exprimer la force que vous me donnez, qui se mêle à ma foi et me montre une fois encore qu'il ne s'agit pas d'une affaire de peine de mort, qu’il ne s'agit pas du cas de Troy Davis, mais qu’il s’agit de la justice et de l’esprit humain à l’œuvre pour voir triompher la justice.

Je ne peux pas répondre à toutes vos lettres mais je les lis toutes, je ne vous vois pas mais je peux imaginer vos visages, je ne peux pas vous entendre mais vos lettres m'emportent vers des horizons lointains, je ne peux pas vous toucher mais chaque jour qui passe je peux ressentir votre générosité.
Alors merci.

Rappelez-vous que là où je me trouve, l'exécution peut seulement nous détruire physiquement mais grâce à ma foi, à ma famille et à vous tous, sur le plan spirituel, je suis libre depuis un certain temps et quoi qu’il arrive dans les jours et les semaines à venir, ce mouvement qui vise à mettre un terme à la peine de mort pour obtenir une véritable justice et dénoncer un système qui ne protège pas les innocents doit s’accélérer. Il y a tant d’autres Troy Davis.

Ce combat pour mettre fin à la peine de mort n'est pas gagné ou perdu à travers moi, il l’est à travers la force qui nous permet d’avancer et de sauver chaque personne innocente emprisonnée partout dans le monde. Nous devons démanteler ce système injuste ville après ville, Etat par Etat, pays par pays.

J’attends avec impatience de pouvoir lutter à vos côtés, que ce soit en personne ou par l’esprit, un jour j’annoncerai :

« JE SUIS TROY DAVIS et JE SUIS LIBRE. »

N’arrêtez jamais de lutter pour la justice et nous vaincrons !

Troy Davis

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19/09/2011

Urgence pour la Palestine

Pendant que les commentateurs politiques cherchent encore à savoir si l’ex directeur du FMI a bien joué son rôle de victime es-gente féminine et/ou d’expert en rafistolage des dettes souveraines, l’Histoire pourrait enfin avancer de façon positive pour la Palestine dès cette semaine à l’ONU.

Quelques élus dits «de gauche» s’interposent encore à cet espoir de voir, dès cette semaine, la Palestine intégrer le cortège des Etats du monde. Ce faisant, ils s’affichent comme les alliés objectifs de l’actuel gouvernement israélien et de ses lobbies. Leur nom n’est pas un secret ni même, pour certains, une surprise :

Jean-Pierre Plancade ; Jean-Michel Baylet ; Jean-Marie Le Guen ; Serge Blisko ; Madec Roger ; Yves Dauges ; George Paul-Langevin ; Nicole Bricq ; Jean-claude Frécon ; Simon Sutour ; Gilbert Barbier ; Serge Lagauche ; Armand Jung ; Hoffman-Rispal Danièle ; Marie-Françoise Pérol-Dumont ; Jean-Jacques Urvoas ; Christiane Demontès ; David Habib ; Patrick Bloche ; André Vallini ; François Pupponi.
Leur lettre ouverte à eux est ici. Chacun appréciera !!!

Palestine,ONU, LDH

La lettre ouverte qui suit n'est donc pas la leur. Elle émane de la Ligue des Droits de l'Homme :

à

Monsieur Nicolas Sarkozy
Président de la République
Palais de l’Elysée
55, rue du faubourg Saint-Honoré
75008 Paris

Paris, le 12 septembre 2011

Monsieur le Président,

Plus de soixante ans après l’adoption d’un plan de partage de la Palestine, si l’Etat d’Israël a été effectivement créé, l’Etat palestinien n’existe toujours pas. Les différentes résolutions des Nations unies sont restées lettres mortes et le peuple palestinien, en Cisjordanie comme à Gaza, continue à supporter occupation et blocus. La colonisation israélienne ne s’est jamais arrêtée, même pendant la période où les accords d’Oslo ont été appliqués. Aujourd’hui, contre toute légalité internationale, le Golan est passé sous souveraineté israélienne, des pans entiers de la Cisjordanie sont de fait annexés et les quartiers palestiniens de Jérusalem sont rongés par une colonisation rampante parce qu’Israël a fait de cette ville sa capitale exclusive, là aussi au mépris du droit.

Dans quelques jours, l’Assemblée générale des Nations unies sera saisie d’une demande de reconnaissance de la Palestine en tant que membre de l’ONU. Cette reconnaissance ne permettra pas à elle seule de résoudre le conflit actuel ni de faire cesser l’occupation israélienne. En même temps, elle permettra de réaffirmer ce qui tend à être oublié : le droit des Palestiniens à un Etat souverain dans des frontières aussi sûres et reconnues que celles de l’Etat d’Israël.

Cette reconnaissance de la Palestine en tant qu’Etat, membre de la communauté internationale, permettra surtout de restituer aux négociations leur point de départ : les frontières de 1967, et non la politique d’annexion de fait suivi depuis plus de soixante ans par les différents gouvernements israéliens.

S’insérant dans l’immense revendication démocratique qui se lève partout dans la région, la reconnaissance d’un Etat palestinien fera des représentants du peuple palestinien des acteurs de plein droit de la communauté internationale, avec les mêmes droits mais aussi avec les mêmes responsabilités et ouvre de nouvelles possibilités en faveur de la paix.

Nous appelons le gouvernement français, l’Union européenne et ses Etats membres à soutenir de leur vote la reconnaissance par les Nations unies de l’Etat de Palestine. Nous vous informons que cette lettre sera rendue publique.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma haute considération.

Le Pdt de la Ligue des Droits de l’Homme
Pierre Tartakowsky

 

Pour celles et ceux qui en ont la possibilité, un rassemblement est prévu

le 21 septembre à 18h00 à Paris (métro Opéra)

Journée de mobilisation internationale pour la reconnaissance de l’État palestinien.

La Palestine doit devenir membre de l’ONU.

04/09/2011

Des nanos dans la tête

Les fichiers d'Hortefeux et Guéant vont bientôt être supprimés. Ce pourrait être une bonne nouvelle, sauf qu'on est en passe d'y substituer des puces bien plus efficaces. Et le nanomonde, c'est pour maintenant :

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En septembre 2011, à une date inconnue pour prévenir toute manifestation hostile, le techno-gratin grenoblois, député-maire, patron du CEA-Minatec, neurotechnologues, neuro-industriels, va inaugurer le bâtiment du laboratoire Clinatec, issu d’une entreprise commune au CEA-Minatec et au CHU de Grenoble.

cyborg, vie privée, fichage

Le but revendiqué, officiel, de Clinatec, est de « nous mettre des nanos dans la tête ». En clair, des implants cérébraux. Pour être encore plus clair, le programme Clinatec travaille depuis 2006 dans une quasi clandestinité à l’interface cerveau-machine, à l’intrusion du pouvoir médical et politique dans notre for intérieur (espionnage, détection des intentions, décryptage des sentiments, reconnaissance de la « pensée »). L’interface primate-machine et, déjà, homme-machine, ouvre la porte, elle, au pilotage des rats, des macaques, des hommes – bref, à la production de robots humains, de « cyborgs » si vous voulez, « d’organismes cybernétiques ». Faut-il souligner les avantages de cette nouvelle catégorie de population pour les entreprises, les gouvernements, les armées ? Demandez donc à la direction d’Orange qui doit faire face à une vague de suicides parmi ses employés humains, d’un modèle périmé.

Naturellement, Clinatec n’est pas le seul laboratoire de neurotechnologies dans le monde à œuvrer à la société de contrainte. Naturellement, les neurotechnologies ne sont pas les seules à œuvrer à la société de contrainte. Elles complètent par un pilotage fin, individualisé, le pilotage de masse effectué par le système informatique et les puces RFID (voir IBM et la société de contrainte).

Nous voudrions toutefois souligner deux curiosités à propos de Clinatec. La réunion initiale du projet eut lieu le 2 juin 2006, dans les locaux du CEA, le lendemain de la manifestation contre l’inauguration de Minatec. Réunion secrète, avec Jean Therme, le patron du CEA-Minatec, Alim-Louis Benabid, le maniaque des électrodes cérébrales, et deux administrateurs du CEA. On voit que le millier de manifestants qui bravèrent gaz et charges policières à cette occasion, ont eu raison de se déplacer et avaient saisi l’enjeu historique de cette protestation.

L’autre curiosité, c’est la filiation scientifique d’Alim-Louis Benabid, qui se présente toujours comme un bienfaiteur de l’humanité avide de soulager les souffrances des malades de Parkinson et des paralysés à l’aide de ses implants. Nous révélons ici qu’il n’est en réalité qu’un épigone de José Delgado, l’apôtre de la « société psychocivilisée », le premier neurotechnologue à avoir piloté des rats, des singes, un taureau, des humains à l’aide d’implants cérébraux, et à avoir exposé au gouvernement américain tous les bénéfices politiques et sociaux à retirer de son « innovation ».

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Pour être complet