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15/09/2010

La honte habite à l’Elysée

Contexte : cette année 2010 est consacrée, dans l'Union européenne, à la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale.
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Viviane Reding, issue du centre droit luxembourgeois, Vice-présidente de la Commission européenne responsable de la Justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté a fait une déclaration digne d’intérêt sur l'évolution de la situation concernant les Roms pris pour cible en pleine tempête franco-sarkosienne. Une tempête où tourbillonnent les affaires Woerth, Bettencourt, Karachi, Wildenstein, César …, une réforme inique des retraites, des tentatives diverses pour museler la presse et la Justice… Le tout sur fond de destruction massive de ce qu’il reste des services publics et de séparation des pouvoirs. Une calamité et un chaos sans nom.

A lire, la  résolution du parlement européen du 9 septembre. 

Déclaration de Viviane Reding, Bruxelles, le 14 septembre 2010...

« La Commission européenne a suivi de très près l'évolution de la situation concernant les Roms en France, au cours des dernières semaines. J'ai été personnellement interpelée par des circonstances qui donnent l'impression que des personnes sont renvoyées d'un Etat membre juste parce qu'elles appartiennent à une certaine minorité ethnique. Je pensais que l'Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la seconde guerre mondiale.

J'ai été on ne peut plus claire, dans ma déclaration publique du 25 août, quant aux doutes que j'avais concernant la légalité des mesures françaises – déclaration faite de commun accord avec le Président de la Commission, avec qui j'ai travaillé étroitement sur cette question pendant l'été.

Le 1er septembre dernier, j'ai, ensemble avec le commissaire Andor et la commissaire Malmström, présenté une analyse juridique préliminaire des mesures françaises, au Président Barroso et au Collège des commissaires.

Cette analyse préliminaire a souligné, entre autres, que la France serait en violation des lois de l'Union européenne si les mesures prises par les autorités françaises lors de l'application de la Directive sur la libre circulation avaient ciblé un groupe particulier de personnes basé sur la nationalité, la race ou l'origine ethnique.

Le Collège des commissaires a débattu cette question de manière intense la semaine dernière à Strasbourg.

Lors d'une réunion formelle avec les ministres Eric Besson et Pierre Lellouche, la Commission européenne – la commissaire Malmström et moi-même – a reçu des assurances politiques qu'aucun groupe ethnique spécifique n'avait été ciblé en France. Cela n'a pas permis de dissiper nos doutes.

C'est pourquoi mardi dernier, j'ai aussi envoyé une lettre formelle au ministre français Besson demandant des informations supplémentaires à envoyer rapidement à la Commission.

Je ne peux qu'exprimer mon profond regret que les assurances politiques données par deux ministres français mandatés officiellement pour discuter de cette question avec la Commission européenne, sont maintenant ouvertement en contradiction avec une circulaire administrative de ce même gouvernement.

Le rôle de la Commission en tant que gardienne des Traités est rendu extrêmement difficile si nous ne pouvons plus avoir confiance dans les assurances données par deux ministres lors d'une réunion formelle avec deux commissaires et en présence de 15 fonctionnaires de haut niveau de part et d'autre de la table.

Vu l'importance de la situation, il ne s'agit pas d'une offense mineure. Après 11 ans d'expérience à la Commission, je dirais même plus, c'est une honte.

Soyons clairs : la discrimination sur base de l'origine ethnique ou de la race, n'a pas sa place en Europe. Elle est incompatible avec les valeurs sur lesquelles l'Union européenne est fondée. Les autorités nationales qui discriminent à l'encontre de groupes ethniques lors de l'application de la loi de l'Union européenne violent aussi la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dont tous les Etats membres sont signataires, y compris la France.

Je trouve donc extrêmement troublant que l'un de nos Etats membres, à travers des actes de son administration, remette en question, de manière aussi grave, les valeurs communes et le droit de l'Union européenne.

Je souhaite aussi exprimer mon désaccord avec les déclarations faites hier par le Secrétaire d'Etat aux affaires européennes mettant en cause le rôle de la Commission européenne en tant que gardienne des Traités. Permettez-moi de rappeler le rôle de la Commission en tant que gardienne des Traités, qui est un des fondements de l'Union européenne – une Union dont la cohésion existe, non pas par la force, mais par le respect des règles de droit convenues par tous les Etats membres, y compris la France.

Je prends note du fait que les autorités françaises semblent elles-mêmes devenir conscientes que les évènements de ce weekend les mettent dans une situation intenable. Je prends aussi note que hier après-midi le ministre français de l'Intérieur a signé une nouvelle circulaire sur cette question, éliminant les références à un groupe ethnique spécifique.

Nous sommes en train d'en examiner les conséquences juridiques ; il est important que ce ne soient pas seulement les mots qui changent mais aussi le comportement des autorités françaises. Je demande donc aux autorités françaises une explication rapide.

La Commission tiendra compte de l'ensemble de ces évolutions ainsi que toute autre documentation pertinente, dans notre analyse juridique finale de la situation. Cette analyse juridique est conduite en étroite coopération par mes services, les services des commissaires Malmström et Andor, ainsi que le Service juridique du Président. Je m'attends à ce qu'elle soit finalisée dans les jours qui viennent.

Je suis personnellement convaincue que la Commission n'aura pas d'autre choix que d'ouvrir une procédure d'infraction à l'encontre de la France sur la base de deux motifs :

- Une procédure d'infraction contre la France pour application discriminatoire de la Directive sur la libre circulation.

- Une procédure d'infraction contre la France pour manque de transposition des garanties de procédurales et matérielles prévues par la Directive sur la libre circulation.

Bien sur, je donnerai aux autorités françaises le droit de soumettre dans les prochains jours leurs commentaires sur les nouveaux développements. Toutefois ma patience arrive à ses limites, trop c'est trop.

Aucun Etat membre n'est en droit de s'attendre à un traitement spécial lorsque les valeurs fondamentales et le droit européen sont en jeu. Aujourd'hui cela s'applique à la France. Et cela s'appliquera de la même manière à tout autre Etat membre, grand ou petit, qui serait dans une situation comparable. Vous pouvez compter sur moi. »

10/09/2010

Voyage au « Pays longiligne »

(Le « Pays longiligne », c'est ainsi que Pablo Neruda baptisait affectueusement le Chili, sa terre natale.)

Ancien médecin issu des classes moyennes et fondateur du parti socialiste (en 1933), Salvador Allende (dit "El Chicho") est le premier socialiste qui accède par les urnes à la tête d'un pays d'Amérique latine. Représentant d'une force de gauche baptisée l'Unité Populaire, il est élu à la présidence de la République le 4 septembre 1970 et mène dès lors une politique très sociale. Il nationalise les mines de cuivres, les industries, morcelant les grands domaines au profit des petits paysans et en augmentant fortement les salaires. Mais les propriétaires nord-américains ne l'entendent pas de cette oreille. Le secrétaire d'Etat, Henry Kissinger, déclare alors : «Nous ne pouvons laisser un pays devenir communiste par l'irresponsabilité de son propre peuple».

Bon nombre de Chiliens issus de classes moyennes et aisées répondent en écho aux Etats Unis de  Richard Nixon et Nelson Rockefeller. Çà et là surgissent de violents foyers d'insurrection, la plupart du temps financés par la CIA.

L'Armée décide de mettre un terme - par la force - à l'expérience socialiste. Le 11 septembre 1973, des unités de la marine neutralisent le port de Valparaiso, des chars envahissent les rues de Santiago, les militaires s'emparent des stations de radio, instaurent le couvre-feu et demandent à Allende de démissionner.

Retranché dans son Palais de la Moneda, le président refuse. Armé d'une mitraillette, il résiste tant qu'il peut, puis acculé dans le palais à demi détruit par les bombardements de l'aviation, se donne la mort. Il avait 65 ans.

… On connaît la suite.

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Retranscription en guise d’hommage du dernier discours du Président Salvatore Allende :


« Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie. La honte rejaillira sur ceux qui ont renié leurs engagements et manqué à leur parole, comme ils ont renié la doctrine des forces armées…

...Le peuple doit être vigilant, il ne doit pas se laisser provoquer ni massacrer, mais il doit défendre ses conquêtes. Il doit défendre le droit de construire avec son travail une vie digne et meilleure…

En ce moment les avions nous survolent. Il est possible qu’ils nous criblent de projectiles. Mais sachez que nous sommes ici, ne serait-ce que pour affirmer par notre exemple que, dans ce pays, il y a des hommes qui savent accomplir leur devoir. Je le ferai comme représentant du peuple et avec la volonté lucide d’un président qui a conscience de la dignité de sa charge…

Compatriotes, il est possible qu’ils réduisent les radios au silence. Je prends congé de vous. Peut-être est-ce la dernière fois que j’ai l’occasion de m’adresser à vous. Les forces aériennes ont bombardé les tours des radios Portales et Corporación. Mes paroles n’expriment pas l’amertume mais la déception. Elles seront le châtiment moral de ceux qui ont trahi le serment qu’ils ont prêté, les soldats chiliens, les commandants en chef, l’amiral Merino qui s’est lui-même désigné comme tel, le général Mendoza, ce général vil qui, hier encore, manifestait sa solidarité et sa loyauté envers le gouvernement et qui s’est désigné lui-même commandant en chef des carabiniers.

Face à ces événements, il ne me reste qu’une chose à dire aux travailleurs : je n’abdiquerai pas. Situé en ce moment historique, je paierai de ma vie ma loyauté au peuple. Je vous dis avoir la certitude que la semence que nous avons enfouie dans la conscience digne de milliers et de milliers de Chiliens ne sera pas définitivement perdue. Ils ont la force, ils pourront nous asservir, mais on n’arrête les mouvements sociaux ni avec le crime ni avec la force. L’histoire est nôtre, ce sont les peuples qui la font.

Travailleurs de mon pays, je veux vous dire ma gratitude pour la loyauté que vous avez toujours eue, pour la confiance que vous avez mise en un homme qui fut seulement l’interprète des grandes aspirations à la justice, qui s’est engagé à respecter la Constitution et la loi, et qui l’a fait.

C’est le moment final, le dernier où je peux m’adresser à vous. J’espère que la leçon sera comprise. Le capital étranger, l’impérialisme, uni à la réaction, ont créé le climat propice pour que les forces armées rompent avec leur tradition, celle que Schneider leur avait indiquée et que le commandant Araya avait réaffirmée, victimes du même milieu social qui doit aujourd’hui attendre dans ses maisons de conquérir le pouvoir avec l’aide de l’étranger, pour continuer à défendre ses propriétés et ses privilèges.

Je m’adresse surtout à la femme modeste de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous, à l’ouvrière qui a travaillé davantage, à la mère qui a toujours su s’occuper de ses enfants. Je m’adresse aux cadres de la patrie, aux cadres patriotes, à ceux qui depuis longtemps luttent contre la sédition dirigée par les syndicats patronaux, syndicats de classe dont le but est de défendre les avantages d’une société capitaliste.

Je m’adresse à la jeunesse, à ces jeunes qui chantèrent et communiquèrent leur joie et leur esprit de lutte.

Je m’adresse à l’homme du Chili, à l’ouvrier, au paysan, à l’intellectuel, à ceux qui seront poursuivis parce que le fascisme est déjà présent depuis longtemps dans notre pays, perpétrant des attentats terroristes, faisant sauter les ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et les gazoducs, devant le silence de ceux qui avaient le devoir d’agir … l’histoire les jugera.

Radio Magallanes va sûrement être réduite au silence et le son paisible de ma voix n’arrivera pas jusqu’à vous. Peu importe, vous continuerez à m’entendre. Je serai toujours à vos côtés, mon souvenir sera au moins celui d’un homme digne qui fut loyal à sa patrie. Le peuple doit se défendre, mais ne pas être sacrifié. Le peuple ne doit pas se laisser abattre ni cribler de coups, et il ne doit pas non plus se laisser humilier. Travailleurs de mon pays, j’ai foi au Chili et en son destin. D’autres hommes surmonteront le moment triste et amer où la trahison prétend s’imposer. Continuez à penser que s’ouvriront bientôt, beaucoup plus tôt que tard, les grandes avenues où passera l’homme libre pour construire un monde meilleur.

Vive le Chili, vive le peuple, vivent les travailleurs !

Ce sont mes dernières paroles. J’ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain. J’ai la certitude que, du moins, il y aura une sanction morale qui châtiera la félonie, la lâcheté et la trahison. »

28/08/2010

Santé mentale : la politique de l’enfermement sans contrôle

«Il faudrait penser une définition extensive, entre guillemets, de l’honneur et de l’indignité nationale des élites» (certaines ne se font pas prier pour occuper les plus hautes marches du podium de la honte). «Et je ne parle pas seulement des élites politiques mais aussi des élites économiques, culturelles, artistiques qui se contentent de cet écart grandissant, scandaleux, abominable» (entre eux-mêmes et les individus qui sont censés les applaudir). «Et non seulement s’en contentent mais aussi l’entérinent et le renforcent.» Cynthia Fleury

Il y a heureusement des associations et quelques libres penseurs qui restent vigilants et s’opposent aux attaques, à l’active indignité, au déshonneur insigne dont font preuve ces «élites» qui nous gouvernent et qui, si l’ironie s’en mêlait, seraient recalées au premier des contrôles de droit constitutionnel organisé pour débutants. 

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Extrême limite en forme de rappel historique :

A la fin de l'année 1939, lors de l'extermination de malades mentaux («euthanasie»), des médecins allemands commencèrent des expériences avec du gaz toxique en vue de l'extermination de masse. Euphémisme nazi, le terme «euthanasie» désignait l'extermination systématique des Allemands considérés comme «indignes de vivre» en raison de leur maladie mentale ou de leur handicap physique.

Le terme «euthanasie» (littéralement, «bonne mort») fait habituellement référence à l'administration d'une mort sans douleur à un malade atteint de maladie chronique ou en phase terminale. Dans l'usage nazi, cependant, le terme «euthanasie» désigne l'extermination systématique des handicapés physiques et mentaux accueillis dans des institutions, et ce, à l'insu de leurs familles.

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D’où le communiqué suivant qui pointe un inquiétant projet de loi (un de plus) …

« Santé mentale : la politique de l’enfermement sans contrôle

Le projet de loi sur la psychiatrie, modifiant la loi de 1990 s’inscrit dans le mouvement de restriction des libertés individuelles développé par le gouvernement. Au nom de la sécurité, c’est sur un arsenal avant tout répressif que les pouvoirs publics comptent pour tenter de camoufler la déshérence dans laquelle le secteur de la psychiatrie publique a été laissé. Le projet de loi porte ainsi atteinte aux droits fondamentaux.

Dans la continuité des autres réformes en cours, ce projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes qui font l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prises en charge, constitue une régression manifeste de l’accompagnement des patients. A la lecture des ces articles, il est aisée de comprendre que ce projet n’a d’autres objectifs que se servir une démarche sécuritaire et non sanitaire.

La Constitution, socle de notre démocratie, garantit l’égalité d’accès au droit de tous sur notre territoire. Ainsi, dans son article 66, elle érige le juge judiciaire comme le gardien de la liberté individuelle. En revanche, le gouvernement dans son projet de loi, accentue le pouvoir de décision du Préfet au détriment du juge civil, portant ainsi atteint au principe même de l’habeas corpus à la française.

L’ensemble de ce dispositif est complété par « une garde à vue psychiatrique » d’une durée de 72 heures sans aucune garantie des droits les plus élémentaires, sans droit à un débat contradictoire, à des voies de recours immédiates et effectives.

Un Collectif auquel participe la Ligue des droits de l’Homme s'est constitué afin de défendre les libertés individuelles et de s’opposer à l’aggravation des conditions des hospitalisations psychiatriques sous contrainte.

Ce collectif propose la signature de son appel «Mais c’est un homme… appel contre les soins sécuritaires» :

http://www.maiscestunhomme.org/

25/08/2010

« Le Petit Maurice »

Rafle, bannissement, exil …, nous n’en finissons pas de vivre une époque formidable et, ce n’est surement pas l’actuelle campagne sécuritaire qui ne constitue somme toute qu'un premier niveau de noirceur, qui y changera quoique ce soit. Il faut donc continuer à résister, illustrer et faire connaître aux générations futures le fond très obscur de notre société.


TRAILER BD "Le Petit Maurice dans la Tourmente" Ed.TARTAMUDO

« Le petit Maurice dans la tourmente » est une BD qui va dans ce sens et sera mise en vente à la fin du mois d'août aux Editions Tartamudo.

On peut aussi conseiller la lecture d'un article d'Emmanuel FILHOL (spécialiste de la question Tsigane en France de 1940 à 1946), article paru dans La Vie des Idées et intitulé « La France contre ses Tsiganes ».

17/08/2010

Etat - limite

Un message vivifiant où tout est dit, face à la négation des valeurs humaines et à l’hypocrisie qui précèdent le renoncement dans un "Etat-limite".

Serge Portelli, magistrat, vice-président au Tribunal de Paris a prononcé le discours qui suit sur le plateau de Glières en mai 2010. Ce discours est bien sûr toujours d’actualité. Il le restera aussi longtemps que nécessaire : le temps pour l’Etat de retrouver une dignité perdue.


Serge Portelli Paroles de Résistance / Glières 2010

12/08/2010

Pour une supplique au PS

Du devoir de résistance prôné à juste titre, il n’y a pas si longtemps, par bon nombre d'associations (ex : Campagne LDH «Urgences pour les Libertés, pour les Droits»), de personnalités représentatives du réveil républicain d'après guerre - Stéphane Hessel par exemple -, implicitement par des intellectuels sans frontière comme Noam Chomsky, nous sommes passés au devoir «d'insurrection civique».

A partir de ce constat, se pose une question : sommes-nous en mesure d'adresser une supplique (pourquoi pas une pétition ?) au Parti Socialiste (qui d’autre ?) pour que, quelque soit l'estime dans lequel nous le tenons et les griefs que nous lui adressons, il se sente tenu d'organiser l’insurrection «tranquille» qui s'impose, de la «solenniser». Du même coup, il retrouverait enfin le courage qui lui a si souvent fait défaut, l'authenticité du label «de gauche» dont il se réclame chichement et l’audace d’une jeunesse retrouvée. Etant entendu que «la gauche» ne peut plus se contenter de répondre sur le seul terrain de l'efficacité sécuritaire comme s'il s'agissait d'un débat technique parmi d’autres.

Sans organisation minimum, l’insurrection civique, devenue nécessaire sous cette présidence qui aura décidément rendu la République bâtarde, serait impossible et accentuerait le sentiment d’impuissance dans lequel le peuple citoyen se trouve.

Edwy Plenel, rescapé des écoutes téléphoniques de l’ère mitterrandienne, l’a tout à fait compris qui  signe et titre sur Médiapart un article :

« Sarkozy contre la République : un président hors la loi »

Extraits :

«La diversion xénophobe organisée par le pouvoir pour tenter de faire oublier le feuilleton Bettencourt est un tournant du quinquennat : désormais, Nicolas Sarkozy est un président hors la loi. La fonction que le suffrage populaire lui a confiée en 2007 lui impose de veiller au respect d'une Constitution qui « assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine ». Par son discours de Grenoble visant les personnes « d'origine étrangère », il a donc violé la loi fondamentale et, par conséquent, manqué aux devoirs de sa charge. Cet événement ne saurait être traité à la légère par les républicains et les démocrates, de quelque bord qu'ils soient : il oblige au sursaut le plus large et le plus solennel.

(…) Nul besoin d'être un constitutionnaliste chevronné pour comprendre que Nicolas Sarkozy a commis une faute contre la nation, la république et le peuple tels qu'ils sont définis par notre loi fondamentale. Par l'affirmation que « la nationalité doit pouvoir être retirée à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police, d'un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique », le chef de l'Etat a publiquement proposé d'instaurer deux catégories de Français et de ruiner le principe d'égalité devant la loi, en créant une nationalité conditionnelle pour les Français d'origine étrangère.

(…) Ces précisions historiques disent la gravité de l'enjeu. En faisant de la déchéance nationale le pivot de son discours sécuritaire, Nicolas Sarkozy a officialisé la xénophobie et le racisme comme ressorts de sa pédagogie politique. Proclamer que des Français peuvent être exclus de la communauté nationale au nom de leur « origine étrangère », c'est consacrer l'étranger comme figure du danger, de la délinquance et de la déviance. C'est affirmer que la France abriterait un peuple innocent, sain et pur que contamineraient des populations allogènes, extérieures ou différentes.

C'est encourager des persécutions de tous ordres contre les Français qui, dans l'ordinaire des préjugés contemporains, font figure d'étrangers, c'est-à-dire tous nos compatriotes issus des immigrations coloniale ou postcoloniale, arabes ou noirs, de culture ou de confession musulmane. Que cette ignominie soit aussi une diversion politicienne, celle d'un pouvoir discrédité, ne saurait autoriser à la relativiser …

(…) En imposant la déchéance nationale comme urgence politique, Nicolas Sarkozy savait fort bien qu'il convoquait un imaginaire d'exclusion, de tri et de sélection, où xénophobie et racisme s'entretiennent et s'épanouissent.

A peine renversée la République et instauré l'Etat français, les 10 et 11 juillet 1940, le premier geste du régime de Vichy fut de promulguer, le 16 juillet, une loi « relative à la procédure de déchéance de la qualité de Français ». Dans la foulée, le 17 juillet, les naturalisés furent exclus de toute la fonction publique, puis, successivement, dès l'année 1940, des professions suivantes : médecins, dentistes, pharmaciens, avocats, vétérinaires, architectes. Le 22 juillet, une nouvelle « loi » (…) - le maréchal Pétain exerçant seul le pouvoir législatif - instaura une procédure expéditive de révision des naturalisations. Enfin, le 23 juillet 1940, était promulguée la « loi relative à la déchéance de la nationalité à l'égard des Français qui ont quitté la France », dont furent notamment victimes Charles de Gaulle et Pierre Mendès France.
Le premier statut des Juifs suivit, …

(…) On aurait tort de se rassurer en pensant qu'il ne s'agit là que de paroles : ces mots produisent forcément des actes, tant cette hystérie verbale est un appel à la violence. En ce sens, le crime contre la République se double d'une provocation contre la Nation, son unité et sa concorde.

(…) L'énormité de la transgression présidentielle a suscité d'opportunes réactions et des protestations bienvenues. Mais l'on sent pourtant comme une retenue, voire un embarras (une incapacité à évaluer « la gravité de l'enjeu » ? ndlr).

(…) D'autres voudraient croire qu'il ne s'agit là que des «erreurs» d'une présidence qui vaudrait mieux que cette surenchère démagogique, accélérée par son affolement panique après l'affaire Bettencourt.

C'est se tromper doublement, dans l'analyse comme dans la perspective. Alliage de xénophobie et de violence, la politique de la peur est, depuis l'origine, au ressort du sarkozysme, de sa marche vers la présidence comme de sa gestion du pouvoir.

(…) Cette constance, frisant l'entêtement, montre bien que les diversions politiciennes n'excluent pas les convictions politiques. Et, de fait, qu'est-ce que la promotion de la xénophobie et la diffusion du racisme, au cœur des discours et des actes officiels, sinon une diversion à l'usage des classes populaires par rapport aux réalités sociales qu'elles endurent ? Vieille et dangereuse recette où la guerre des pauvres fait la paix des riches ; où le plus grand nombre est renvoyé aux peurs et aux haines tandis qu'une infime minorité s'enferme dans une citadelle de confort et d'indifférence.

(…) Tous ceux qui tergiversent ou calculent, conseillent de patienter ou d'attendre, n'auront à leur disposition que leur impuissance et leur solitude quand la violence présidentielle aura fait son effet, diffusé la peur et réveillé les haines, faute d'avoir été d'emblée enrayée par une force nouvelle, aussi unie que déterminée, aussi rassemblée que convaincue.

11/08/2010

A propos de la déchéance de nationalité et de la situation des Roms

Communiqué de presse de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme

La CNCDH a reçu mission de « veiller au respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans notre pays, c'est-à-dire des principes de liberté, d’égalité et de fraternité ainsi que d’égale dignité de la personne humaine qui fondent notre République ».

La CNCDH est très préoccupée par la succession de déclarations officielles de caractère discriminatoire à l’encontre des gens du voyage, des Roms, des « Français d’origine étrangère » ou encore des mineurs délinquants et de leurs parents. Elle s’inquiète en particulier des mesures annoncées en matière de sécurité et d’immigration qui seraient introduites par le biais d’amendements  dans des textes examinés en septembre, notamment le projet de loi sur la sécurité intérieure (LOPPSI) présenté au Sénat et celui sur l’immigration présenté à l’Assemblée Nationale.

La CNCDH s’est prononcée récemment sur plusieurs réformes en cours, notamment dans son avis du 5 juillet 2010 sur le projet de loi sur l’immigration, l’intégration et la nationalité. La Commission sera amenée, le moment venu à se prononcer sur les nouveaux textes, tout en déplorant cette méthode d’élaboration de la loi, dans l’urgence et l’improvisation, qui permet de contourner l’avis préalable du Conseil d’Etat et contribue à l’instabilité de notre droit, notamment, dans le domaine sensible du droit des étrangers.

La CNCDH a déjà rappelé l’importance d’une politique cohérente, stable et lisible dans tous les domaines touchant aux droits de l’homme, et notamment en matière de droit pénal et de droit de la nationalité, conformément aux principes constitutionnels et aux engagements internationaux de la France, en tant que «République indivisible, laïque, démocratique et sociale » qui « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » (art 1er de la Constitution de 1958).

Les déclarations visant en particulier les Roms sont l’occasion pour la CNCDH de rappeler l’étude qu’elle a publiée le 7 février 2008, ainsi que les propositions formulées dans un avis adopté le même jour. L’étude est consacrée aux discriminations à l’encontre, d’une part, des Gens du voyage et, d’autre part, des Roms migrants, en analysant ces diverses situations au regard des droits fondamentaux.

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Dans le droit fil de son avis du 10 juillet 2010, la CNCDH souligne que l’élargissement des cas dans lesquels une personne serait déchue de sa nationalité introduit une distinction entre les citoyens, ce qui est contraire au principe d’égalité. Cette mesure resterait par ailleurs purement symbolique. Elle n’aurait de plus aucun effet dissuasif et renforcerait de surcroît l’incertitude quant à l’appartenance à la nation de ceux qui ont acquis la nationalité française.

Enfin, on ne peut que s’inquiéter de l’annonce de la suppression de l’automaticité de l’acquisition  de la nationalité française, à leur majorité, pour des mineurs nés en France qui auraient été condamnés et de la proposition de loi relative à la responsabilité pénale des parents qui n’auront pas su faire respecter les obligations auxquelles leurs enfants condamnés auront été soumis. Face à ces déclarations « de guerre nationale contre la délinquance », un renforcement des mesures préventives et éducatives accompagnées de moyens humains et financiers semble plus approprié dans un Etat de droit, conciliant liberté personnelle et sécurité juridique et récusant toute forme de discrimination individuelle ou collective.

10/08/2010

Question de sécurité

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S’ils étaient libres Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, enlevés le 30 décembre 2009 avec leurs accompagnateurs Afghans Mohamed Reza, Ghulam et Satar, n’oublieraient surement pas les affaires Woerth, Karachi, Wildenstein et consorts actuellement mises sous séquestre sous prétexte sécuritaire.

Nous ne les oublions pas.

05/08/2010

Stratégie du pilori

Pas question de ne pas signer l’appel à protester contre la xénophobie du gouvernement en place. Ignoble de montrer du doigt une partie de la population sous prétexte de la délinquance supposée de quelques-uns de ses membres. Il est donc indispensable et légitime de signer et manifester sa réprobation et son indignation.

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Mais, il ne faudrait tout de même pas oublier que le déchainement sécuritaire auquel on assiste, a non seulement pour but de racoler les voix du FN, mais aussi et peut-être surtout de masquer un certain nombre d’affaires compromettantes qui, elles-mêmes, ne sont que le résultat de la dérive républicaine amorcée par le Président de la République et ses tristes lieutenants.

Il ne s’agit que «d’une stratégie», d’un contrefeu qui a, c’est à espérer, peu de chance d’aboutir puisque la déchéance de la nationalité, par exemple, contreviendrait à l’article 1er de la Constitution.

Utilisée pour détourner l’attention, - l’humiliation et l’amertume des personnes ainsi montrées du doigt n’en seront que plus grandes -, c’est contre cette manipulation indigne qu’il faut aujourd’hui s’élever.

Nous n’en serions surement pas là si la séparation des pouvoirs n’avait pas été mise à sac et si les partis politiques avaient eu d’autres préoccupations que celle de se survivre à eux-mêmes, coûte que coûte, dans le seul intérêt de leurs leaders.

L’appel lancé par la Ligue des Droits de l’Homme se matérialisera le 4 septembre à Paris, mais surement aussi en province. A souhaiter que les démarcations partisanes y soient dépassées.

« Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité

Les plus hautes autorités de l’Etat ont fait le choix de jeter à la vindicte publique des catégories entières de population : Gens du voyage accusés comme les étrangers d’être des fauteurs de troubles, Français d’origine étrangère sur lesquels pèserait la menace d’être déchus de leur nationalité, parents d’enfants délinquants, etc.

Voici que le président de la République accrédite aussi les vieux mensonges d’une immigration coûteuse et assimilée à la délinquance, et offre ainsi à la stigmatisation des millions de personnes en raison de leur origine ou de leur situation sociale.

Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche ne s’inscrit pas dans le débat légitime, dans une démocratie, sur la manière d’assurer la sûreté républicaine. Le nécessaire respect de l’ordre public n’a pas à être utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires. Ni pour instituer des peines de prison automatiques, contraires aux principes fondamentaux du droit pénal, à l’indépendance de la justice et à l’individualisation des peines.

La Constitution de la France, République laïque, démocratique et sociale, assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».

Nul, pas plus les élus de la nation que quiconque, n’a le droit de fouler au pied la Constitution et les principes les plus fondamentaux de la République.

Notre conscience nous interdit de nous taire et de laisser faire ce qui conduit à mettre en péril la paix civile.

Nous appelons à une manifestation le samedi 4 septembre 2010, place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, afin de fêter le 140e anniversaire d’une République que nous voulons plus que jamais, libre, égale et fraternelle.»

Signez la pétition en ligne à l’adresse suivante : http://nonalapolitiquedupilori.org/

29/07/2010

L’île de Lilliput

Les liens qui se sont inexorablement tissés entre ce qui nous sert de président et Lilliane Bettancourt ramènent plus d’un observateur à Napoléon et aux caricatures dont il a été l’objet.

« Irrévérencieuse, par essence, la caricature a exploité les failles et les travers du système et pris d'autant plus d'ampleur que la chute irrémédiable s'annonçait dès la fin de 1811. Le peuple Français commençait à se démobiliser et à se lasser des excès de Napoléon lui-même (guerres interminables et massacres de plus en plus grands sur les champs de bataille, conscription anticipée, restriction drastique des libertés, impôts, …) et par la crise économique commencée cette même année. »

Près de deux siècles sont passés. Le miroir de l’histoire se rappelle donc au bon souvenir du néo-lilliputien… à cela près que la caricature suffit de moins en moins à expurger le dégout et le rejet qu’il inspire. Le mot même de président en a perdu sa majuscule.


(*) Evacuation de familles sans logement à la Courneuve
envoyé par Mediapart. - L'info internationale vidéo.

L’Affaire-paravent dite "Woerth-Bettancourt", - elle-même abondamment enfumée par d’écœurants exploits dits sécuritaires (*); contrôles fiscaux qui pourraient être exercés sur les Roms et les gens du voyage; visites estivales à Grenoble (préfecture) et en Andorre (paradis fiscal dont il est Prince) -, lui aura sans doute permis de prévoir une retraite discrète sur l’île d’Arros, son île d’Elbe à lui …

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Triste fin pour qui se rêvait Gulliver !

Aude Doiderose a écrit un poème sur le sujet…

« Rattrapée, dans ma course vaine/ Par mes pensées dans les nuits d’ombre/ Suivie de mes fantômes sombres/ Tu vis, malaise, dans mes veines

Je résiste aux assauts du vrai/ Qui encercle ma citadelle/ Et dresse de longues échelles/ Où grimpe tout ce qui m’effraie

Combien de temps me reste-t-il/ Avant de céder sous leur nombre/ De m’effondrer sous les décombres/ De mes illusions si futiles ?

Comme une femme Gulliver/ Vaincue par leurs fines aiguilles/ Je saigne, souffre et je vacille/ Et tombe avec mon univers »

27/07/2010

Râteau d’honneur

Ou « La lettre dont on ne parlera pas », et c’est bien dommage de ne pas parler de dignité par les temps qui courent !

Rateau barbizon.jpg
En réaction à l’attribution d’une Légion d’honneur qu’il n’a jamais demandée, Jacques Bouveresse  a transmis aux Editions Agone copie d'une lettre en date du 17 juillet 2010 par laquelle il a refusé cet «honneur».

A coté d’une Légion d’Honneur accordée, acceptée et reçu des mains sales de Monsieur W. par le gestionnaire de fortune de L. Bettencourt ; le projet de donation de deux appartements à la comptable de la même L. Bettencourt, - très probablement un faux glissé dans un des tiroirs du notaire et néanmoins ami de la famille par qui le scandale arrive -, il y a aussi, et c’est très heureux :

  • une lettre adressée à un ministre de la République, V. Pécresse, par laquelle son auteur refuse très clairement de servir de caution intellectuelle à une politique «inacceptable». Un euphémisme. Cette lettre est signée par Jacques Bouveresse, philosophe exigeant et connu pour ses positions critiques contre les impostures. A noter que Jacques Bouveresse  avait déjà refusé cet «honneur supposé» à Jack Lang.

Il a répondu en Mars 2008, à une interview dans Médiapart qui éclaire les non philosophes sur sa pensée.

Lettre de Jacques Bouveresse à Mme Valérie Pécresse,
ministre de l’Enseignement supérieur

« Madame la ministre,

Je viens d’apprendre avec étonnement par la rumeur publique et par la presse une nouvelle que m’a confirmée la lecture du Journal officiel du 14 juillet, à savoir que je figurais dans la liste des promus de la Légion d’honneur, sous la rubrique de votre ministère, avec le grade de chevalier.

Or non seulement je n’ai jamais sollicité de quelque façon que ce soit une distinction de cette sorte, mais j’ai au contraire fait savoir clairement, la première fois que la question s’est posée, il y a bien des années, et à nouveau peu de temps après avoir été élu au Collège de France, en 1995, que je ne souhaitais en aucun cas recevoir de distinctions de ce genre. Si j’avais été informé de vos intentions, j’aurais pu aisément vous préciser que je n’ai pas changé d’attitude sur ce point et que je souhaite plus que jamais que ma volonté soit respectée.

Il ne peut, dans ces conditions, être question en aucun cas pour moi d’accepter la distinction qui m’est proposée et – vous me pardonnerez, je l’espère, de vous le dire avec franchise – certainement encore moins d’un gouvernement comme celui auquel vous appartenez, dont tout me sépare radicalement et dont la politique adoptée à l’égard de l’Éducation nationale et de la question des services publics en général me semble particulièrement inacceptable.

J’ose espérer, par conséquent, que vous voudrez bien considérer cette lettre comme l’expression de mon refus ferme et définitif d’accepter l’honneur supposé qui m’est fait en l’occurrence et prendre les mesures nécessaires pour qu’il en soit tenu compte.

En vous remerciant d’avance, je vous prie, Madame la ministre, d’agréer l’expression de mes sentiments les plus respectueux. »

Jacques Bouveresse

23/07/2010

Violences

Violence des propos : jeudi 22 juillet sur France Inter, le président du MoDem, François Bayrou a estimé, après les voies de faits constatées à Grenoble et dans le Loir-et-Cher, que la politique de sécurité de Nicolas Sarkozy montrait aujourd'hui «ses très grandes limites» et qu'il fallait la remettre en question. La très grande violence des propos ainsi tenus a empêché le leader de garder tout son calme pour entretenir les auditeurs, qui n'attendaient pourtant que ça, du financement de :

etc, etc… Silence sur ces points névralgiques pour les moins bien lotis de l’hexagone. On avait pourtant connu le président du modem plus convaincant et incisif. Plus aérien.

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Les retraites négociées en douce, l’imperceptible mais nécessaire courtoisie que l’on se doit entre gens de pouvoir, l’éducation des jeunes enfants et la grande déréliction de l’Etat ont tant accaparé F. Bayrou, qu’il a du aussi faire silence sur le fond de l’Affaire W-B et ses satellites. Il a notamment ignoré de rappeler le pourquoi de l’arrêt Medvedyev concernant l’indépendance de la Justice,  tout comme ce qui constituait à juste titre l’un de ses chevaux de bataille en 2007 : la séparation des pouvoirs.

A sa décharge, et sans être pour autant à ranger aux oubliettes d’une opinion publique mithridatisée, ("la mithridatisation consistant à ingérer des doses croissantes d’un produit toxique afin de devenir insensible vis-à-vis de celui-ci"), l’affaire Woerth-Betancourt occulte d’autres turpitudes. D’où l’importance réitérée ici de signer l’appel pour une justice indépendante et impartiale, pour que soit levé le discrédit jeté sur elle.

Au moment où une autre affaire, Woerth-Wildenstein, impliquant sociétés écran, paradis fiscaux et «optimisation fiscale», revient sur le tapis, ce serait bien le minimum.

18/06/2010

OUF, on aura eu chaud !

On ne remerciera jamais assez R. Domenech pour la prestation de l’équipe de France de football en Afrique du Sud. Pour deux raisons. La première, c’est qu’il aura fait la démonstration que son départ était souhaitable. Tardif, mais économiquement et sportivement souhaitable, personne ne regrettera son départ.

La deuxième tient au fait que l’on va pouvoir enfin se concentrer sur une actualité autrement plus pressante que celle de cette coupe du monde et manifester sans bavure le 24 juin prochain. Le moment de revenir, toutes obédiences confondues, sur les retraites et en particulier sur celles que les jeunes générations, les femmes, les sdf et les précaires n’auront pas. De s’opposer à ce que cette réforme qui ne satisfait que le MEDEF et les exilés fiscaux, soit votée en l’état.

Comme l’entraîneur susnommé, le Ministère du Travail, de la Solidarité et de la Fonction Publique lui-même donne quelques clés dont il se contrefout.

On s’attendait à beaucoup d’hypocrisie, on a droit à une énorme et n-ième provocation consistant pour l’essentiel à partager dans l’iniquité la plus totale l’effort de solidarité nécessaire au financement des caisses de retraite : 42 milliards d’euros d’ici 2018, dont 90% à charge des actifs contre 10% à charge hauts revenus, actionnaires, entreprises expatriées dans les paradis fiscaux, détenteurs de capitaux, etc, etc.

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De quoi souscrire à un appel original lancé sur fond de BBC :

" A TOUS LES FRANÇAIS - appel du 18 juin 2010

Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des entreprises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos citoyens, s’est mis en rapport avec les actionnaires pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force financière, industrielle et médiatique des actionnaires.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les spéculateurs, les paradis fiscaux, la tactique des fonds de pension qui nous font reculer. Ce sont les spéculateurs, les paradis fiscaux, la tactique des fonds de pension, avec la complicité de nos chefs qui nous a amené là où nous en sommes aujourd’hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent être entravés et faire venir un jour la victoire.

Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a une vaste communauté derrière elle. Elle peut faire bloc avec les peuples du monde qui continuent la lutte. Elle peut, comme l’Amérique latine par exemple, proposer des alternatives pour faire émerger une autre forme de civilisation.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force financière, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force humaine supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, citoyen lambda, actuellement à l’ombre, j’invite les ouvriers et les paysans français où qu’ils se trouvent, avec leurs outils ou sans leurs outils, j’invite les étudiants et les retraités où qu’ils se trouvent, à se mettre en rapport avec les collectifs citoyens de défense de nos retraites.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Demain, comme aujourd’hui, je serai dans la rue pour manifester ma colère et mon refus d’une telle régression sociale.

GREVE GENERALE ! "

Source : Attac Châlon / Saône

07/05/2010

JCall, appel asymétrique

Le 3 mai a été présenté à Bruxelles sous le sigle JCall, European Jewish Call for Reason , le pendant du lobby américain J-Street, un «Appel à la raison», signé par des intellectuels et des personnalités juives européennes.

Extraits :

"(...) nous avons décidé de nous mobiliser autour des principes suivants :

L'avenir d'Israël passe nécessairement par l'établissement d'une paix avec le peuple palestinien selon le principe «deux Peuples, deux États». Nous le savons tous, il y a urgence. Bientôt Israël sera confronté à une alternative désastreuse : soit devenir un État où les Juifs seraient minoritaires dans leur propre pays ; soit mettre en place un régime qui déshonorrait Israël et le transformerait en une arène de guerre civile.

(...) L'alignement systématique sur la politique du gouvernement israélien est dangereux car il va à l'encontre des intérêts véritables de l'État d'Israël.

(...) Ce mouvement (...) a pour ambition d'œuvrer à la survie d'Israël en tant qu'État juif et démocratique, laquelle est conditionnée par la création d'un État palestinien souverain et viable. (...)"

La liste des signataires de JCall n'est pas forcément un problème. Quoique...
Bernard-Henri Lévy y côtoie Alain Finkielkraut, et un historien comme Zeev Sternhell, dont les positions sont réputées critiques à l'égard de la politique d'Israël contrairement à celles des premiers nommés dont le sionisme a souvent été synonyme d'intolérance à l'emporte-pièce. Mais peu importe que l'on apprécie ou pas la composition de cette liste. La raison du plus faible est loin d'être respectée.

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Pour sa part, la déléguée générale de la Palestine auprès de l'Union européenne considère : «A travers JCall il y a un interlocuteur pour les Palestiniens». Source

De fait, cet appel à la raison peut être considéré comme positif dans la mesure où parler à un mur ne sert pas à grand-chose. Mais Leïla Shahid est-elle suivie par beaucoup d'autres palestiniens ? Essaie-t-elle de prêter main forte à une réelle opposition au couple B. Netanyahu - A. Lieberman, ou de prendre au mot une apparente et momentanée mauvaise humeur de la diaspora pour mieux desserrer l'étau dans lequel les palestiniens sont enfermés ?

Ce qui est plus gênant dans cette initiative, outre le fait qu'elle se veuille basée sur l'exclusive froideur de la raison et motivée par les intérêts du seul Etat d'Israël, c'est son évidente ignorance du déséquilibre existant entre un jet de pierre et un tir de bombe au phosphore, entre une prison à ciel ouvert et l'ombre d'un parasol sur la plage de Tel-Aviv. David Chemla, cofondateur de JCall, le reconnaît lui-même au moins partiellement, lorsqu'il écrit : «Je pense qu'en réalité, notre initiative améliore l'image d'Israël en Europe (...) ».

Au bout du compte, il donne l'impression que la création d'un Etat palestinien n'est qu'un moyen pour Israël. Pas une fin. L'humanisme supposé de JCall en prend un sacré coup, et il faudrait s'en contenter ?!!


Au surplus, il est relativement confortable pour un Etat, démocratique ou pas, d'avoir en face de lui une opposition «raisonnable». Pour un peuple spolié de ses territoires, humilié en permanence malgré le soupir des nations au simple constat quotidien de ses souffrances et livré à ce qui ressemble plus à une milice religieuse qu'à une armée de résistants, la position est beaucoup plus difficile à tenir.

Dans ces conditions, solliciter une «initiative symétrique», ce qui a été fait le 6 mai 2010, relève non plus d'un calcul plus ou moins réfléchi, mais de l'inconscience ou de la provocation, et risque d'aboutir à séparer définitivement les «personnalités palestiniennes et du monde arabe» du peuple le plus isolé du Moyen-Orient. Comment oser demander à une victime d'aller au secours de son tortionnaire serait-il lui-même fils de victime ?!!

Un article d'Alain Gresh dans la Monde Diplomatique, dresse une mise en perspective intéressante du sujet. Il n'est malheureusement daté que du 5 mai 2010.

23/04/2010

Comportements collectifs

Du comportement collectif des oiseaux à celui des voyageurs déroutés, en exode ou pris au piège d'une foule paniquée, les images et métaphores ne manquent pas qui constituent, à tort ou à raison, autant de sujets de méditation et de remises en cause d'une autonomie humaine sur-revendiquée.

La faim, la pauvreté, le développement durable, la paix, la santé, l'éducation, l'économie, les ressources naturelles sont autant de défis posés à une intelligence supposée collective. En sommes-nous capables ? ...

Pas certain. Et dans ce cas la citation qui suit prendrait hélas tout son sens :

«Les rares personnes qui comprendront le système seront soit si intéressées par ses profits, soit si dépendantes de ses largesses qu'il n'y aura pas d'opposition à craindre de cette classe-là ! La grande masse des gens, mentalement incapables de comprendre l'immense avantage retiré du système par le capital, porteront leur fardeau sans se plaindre et peut-être sans même remarquer que le système ne sert aucunement leurs intérêts» (Rothschild Brothers of London, citant John Sherman, communiqué aux associés, New York, le 25 juin 1863.)

Depuis, nous sommes devenus plus lucides bien que tout aussi vulnérables et dépendants de ce «système par le capital». Des groupes quantitativement restreints peuvent éventuellement faire usage une économie du don, d'une conscience collective, d'une convergence d'intérêt. A l'échelle mondialisée, ça semble beaucoup moins probable. Seules demeureraient alors l'interrogation sur le pourquoi et le comment des comportements collectifs et, vu de loin, une forme massive, esthétique et mouvante.

23/03/2010

Réforme de la santé made in USA

Enfin un sujet de satisfaction. Avec cette réforme, même si des compromis peuvent l'édulcorer, le principe de solidarité sort gagnant aux Etats-Unis près de quatre-vingt-dix ans après les tentatives de Franklin Delano Roosevelt. Une leçon autrement plus forte comparée aux pseudos réformes à sens unique pratiquées dans l'hexagone. Dans ces conditions, la déclaration officielle de Barack Obama n'a pas besoin de mise en scène et se suffit à elle-même :

«Ce soir, après près d'un siècle de discussions et de frustrations, après que l'on ait passé des décennies à essayer, et après un an de travail et de débats, le Congrès des Etats-Unis a finalement déclaré que les travailleurs américains et les familles américaines méritaient la sécurité de savoir qu'ici, dans ce pays, ni une maladie ni un accident ne devrait mettre en péril le rêve construit en une vie de travail.
Ce n'est pas la victoire d'un parti, c'est la victoire du peuple américain, et c'est la victoire du bon sens. Ce n'est pas une réforme radicale, mais c'est une réforme majeure. Cette loi ne va pas régler tous les problèmes de notre système de santé, mais c'est un pas décisif dans la bonne direction. C'est à ça que ressemble le changement.»

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C'est aussi un signal ultra positif lancé à l'ensemble de la communauté internationale pour lui signifier que la résistance peut finir par payer quelque soit le degré de mauvaise foi et de bassesse proféré pour empêcher toute amélioration des politiques sociales attendues par les plus démunis. Et ce, même dans un pays réputé ultraconservateur comme les EU. Encourageant et surement pas sans conséquences.

Rue 89 a produit une note très claire sur le sujet

15/03/2010

« J'ai froid »

1980, Jean Ferrat chante « J'ai froid ».

2010, 21% aux régionales PACA pour le FN : Triomphe de l'imposture, de l'indigence, de la vulgarité.

POURQUOI ? ... A-t-on la réponse ?

Toujours pas. Pas vraiment. C'est encore plus gênant.

Le vent du midi s'abat en rafales
Sur la vallée noire où les arbres ploient
Leurs bras désolés fument des gitanes
J'ai froid
Une fois de plus tous les droits de l'homme
Sont foulés aux pieds sont jetés à bas
Les maîtres sanglés dans leurs uniformes
J'ai froid

Une fois de plus la grande injustice

La force imbécile triomphe du droit
Quand la liberté tombe sa pelisse
J'ai froid
Encore une fois les lettres anonymes
La bêtise épaisse en guise de loi
La salve éclatant au milieu de l'hymne
J'ai froid

Si la bête immonde sort de sa tanière

Nous retrouverons le chemin des bois
Mets dans ma valise un gros pull-over
J'ai froid
Dans tes yeux soudain ivres de colère
La révolte éclaire un grand feu de bois
Quand fera-t-il donc le tour de la terre
J'ai froid

02/03/2010

L'antipathique M. Milgram

En ces temps de campagne électorale, on parle beaucoup de «remettre l'humain au cœur de la politique». Ce qui naturellement fait chic, n'engage personne, ni ne constitue une réelle nouveauté dans le discours des prétendants à une victoire même douteuse pourvu qu'elle ne remette pas en cause des prétentions claniques ou individuelles. Ce discours, creux, est savamment entretenu par des mass media audiovisuels (MMAV) connectés entre eux et, concurrence oblige, empêtrés dans l'imbroglio de l'évaluation média métrique, de la rentabilité immédiate et de la censure, voire de la répression de l'information dissidente.  Dans ces conditions, les mass médias audiovisuels sont particulièrement mis à contribution comme le démontre Naomi Klein à travers sa description de la «Stratégie du Choc».

Et cependant, pendant que L'Express ose dévoiler dans un dossier  consacré à la mise en pratique de l'expérience de Milgram sur les chaines télé, le degré de sadomasochisme auquel «l'humain» peut atteindre par pure jouissance, et rejouer très exactement «1984» de G. Orwell, Peter Watkins, cinéaste né en 1935, monte lui aussi au créneau en rappelant ce qu'il écrivait en 2004 dans «Media Crisis» *. A savoir :

«Par l'expression Média Crisis (Crise des médias), j'entends l'irresponsabilité croissante des MMAV et leur impact dévastateur sur l'Homme, la société et l'environnement.
Je parle aussi de la léthargie généralisée du public face à des MMAV qui agissent ouvertement comme vecteurs d'idéologies violentes, manipulatrices et autoritaires ; tout comme je me réfère au déficit cruel et prolongé de connaissances que présente le public et à l'effet que les mass-médias audiovisuels produisent sur nous. (...)»

P. Watkins fait aussi paraître une lettre ouverte assortie de 35 questions relatives à un concept qu'il décrit et nomme «Monoforme» (à traduire par «pensée unique») sur le site «L'Atelier des Icones», questionnement sans mise en scène plutôt que débat traditionnel qui ne permettrait pas, c'est son point de vue, «de participation véritable, laissant la plupart des gens plus aliénés que jamais.»

Parmi ces questions, mais toutes sont essentielles :

  • Partout dans le monde il y a des famines, de la malnutrition et de l'exploitation économique. Le problème loin de diminuer, semble s'aggraver. Les MMAV rendent-ils compte de ce problème de manière suffisante ? Comment ? De façon à contrebalancer la place la place qu'ils accordent au matérialisme mondialisé ?
  • Peut-on imaginer que cette relation entre les mass medias audiovisuels et leur public soit une relation de pouvoir ? Si tel est le cas, qui est investi de ce pouvoir ? Et cette investiture a t'elle, démocratiquement, fait l'objet d'un vote ?
  • Pensez-vous qu'il soit possible, à l'avenir, que des collectifs citoyens se développent, dans des quartiers et dans des écoles, où les gens mettraient en place d'autres formes de médias pluralistes, qu'ils y produisent des informations, de la culture, des débats hors-Monoforme, et participent ainsi à un processus démocratique de réponse à la crise mondiale?

Par opposition au fait que Naomi Klein, L'Express et Peter Watkins font référence, chacun à sa manière, au thème de la manipulation reposant, en fin d'analyse, sur la cupidité, la volonté de puissance et l'abandon de toute considération pour autrui, un autre auteur, Frans de Waal, riche de ses observations du monde animal, introduit une autre perspective pour le moins édifiante : l'empathie animale.

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Dans son livre «L'Age de l'empathie, leçons de la nature pour une société solidaire» **, il décrit l'expérience suivante :

des singes rhésus ont refusé, plusieurs jours durant, de tirer sur une chaîne libérant de la nourriture si cette action envoyait une décharge électrique à un compagnon dont ils voyaient les convulsions, préférant ainsi endurer la faim qu'assister à la souffrance d'un semblable.

Description qui contraste singulièrement avec l'expérience de Milgram décrite dans l'Express :

«(...) Jean-Paul doit mémoriser des associations de mots. S'il se trompe, son questionneur lui administrera des chocs électriques de plus en plus violents, de 20 à 460 volts. Stupeur : la totalité des 80 candidats ont accepté de participer, donc d'administrer des décharges électriques à un inconnu pour les besoins d'un show sans enjeu (...)» !

Si on ne peut pas confronter aussi simplement l'empathie, à la compétition et à l'agressivité qu'elle suppose, dans la mesure où c'est aussi sur la capacité à ressentir les émotions d'autrui que se fondent la cruauté et la torture, il n'en reste pas moins que la reconnaissance de l'autre dans ses besoins et difficultés, le respect réel et la solidarité non feinte restent une nécessité absolue pour éviter la crise sociale qui vient. La question est alors de tenir le choc et de se risquer à l'insoumission, le «hors-Monoforme».



*(Editions Homnisphères . 2004 . 272 pages. Collection Savoirs Autonomes - Format 11x19cm. Prix : 19 euros. Traduit de l'anglais par Patrick Watkins. À noter en fin d'ouvrage une biofilmographie exhaustive qui retrace très précisément le parcours cinématographique de Watkins en résonnance avec l'actualité historique de l'époque.)

** (Editions Les liens qui libèrent, 2010, 392 p., 22,50 euros.)

23/02/2010

Tribunal Russell et résistance

La première session du Tribunal Russell sur la Palestine aura lieu à Barcelone, les 1, 2 et 3 mars 2010. Il s'agira pour cette instance «de se pencher sur l'inapplication du droit (...)» et de souligner les responsabilités de la communauté internationale, cette dernière ne pouvant continuer à fuir ses obligations, plutôt que d'attribuer de bons ou mauvais points aux parties qui se font face sur le terrain.

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Il y aura (la semaine prochaine) très exactement un an, Stéphane Hessel déclarait à ce sujet :

«(...) Ce tribunal d'opinion vise à éveiller les consciences sur la responsabilité de la communauté internationale dans la perpétuation du conflit. Intellectuels, militants de la paix, juristes, politiques, membres d'organisations et d'associations internationales ont tous répondu à cet appel pour mettre en lumière les responsabilités qui incombent à nos gouvernements. Il ne suffit pas de dénoncer la violation du droit, il faut œuvrer pour y mettre un terme. Or nos gouvernements pèchent non seulement par leur inaction mais aussi parfois en contribuant directement ou indirectement à la pérennisation de l'illégalité. Notre mobilisation est donc essentielle pour forcer lesdits gouvernements à prendre enfin les mesures qui s'imposent. Une telle mobilisation peut être salvatrice pour les peuples de la région et pour nous-mêmes (...)»

Les six questions auxquelles devront répondre le jury de ce tribunal d'opinion sont les suivantes :

  1. L'Union européenne et ses Etats membres ont-ils manqué à leur obligation de promouvoir et de faire respecter le droit du peuple palestinien à l'autodétermination ? Ont-ils coopéré afin de mettre fin à toute violation grave de ce droit ? Ont-ils prêté aide ou assistance à une violation de ce droit ?
  2. L'Union européenne et ses Etats membres ont-ils manqué à leur obligation de faire respecter le droit international humanitaire à l'égard du peuple palestinien en ce qui concerne le blocus de la bande de Gaza et l'opération militaire israélienne « Plomb durci » ? Ont-ils coopéré afin de mettre fin à toute violation grave de ce droit ? Ont-ils prêté aide ou assistance à une violation de ce droit ?
  3. L'Union européenne et ses Etats membres ont-ils manqué à leur obligation de faire respecter le droit international humanitaire et le droit du peuple palestinien à la souveraineté sur ses ressources naturelles en ce qui concerne l'installation de colonies de peuplement et de pillage des ressources naturelles par Israël dans les Territoires palestiniens ? Ont-ils coopéré afin de mettre fin à toute violation grave de ces droits ? Ont-ils prêté aide ou assistance à une violation de ces droits ?
  4. L'Union européenne et ses Etats membres ont-ils manqué à leur obligation de faire respecter le droit international humanitaire, le principe de non acquisition de territoire par la force et le droit à l'autodétermination du peuple palestinien en ce qui concerne l'annexion par Israël de Jérusalem-Est ? Ont-ils coopéré afin de mettre fin à toute violation grave de ces droits ? Ont-ils prêté aide ou assistance à une violation de ces droits ?
  5. L'Union européenne et ses Etats membres ont-ils manqué à leur obligation de faire respecter le droit international en ce qui concerne l'édification du mur par Israël dans les Territoires palestiniens ? Ont-ils coopéré afin de mettre fin à toute violation grave de ce droit ? Ont-ils prêté aide ou assistance à une violation de ce droit ?
  6. Au regard de ce qui précède, l'Union européenne et ses Etats membres ont-ils manqué à leur obligation de faire respecter le droit international et le droit européen dans le cadre des accords signés entre l'Union européenne et l'Etat israélien ?

Les chefs de gouvernement, ministres des Affaires étrangères des pays de l'Union Européenne, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy et la Haute Représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Catherine Ashton, ont été informés de la tenue de la session du Tribunal et invités à venir présenter des arguments pour la défense, «s'ils le souhaitent (!)».

Seront-ils présents ? Rien n'est moins sûr, mais la plus grande publicité devra en tout cas être faite autour des conclusions de ce tribunal de la conscience et ce, malgré une attitude hexagonale et européenne le plus souvent assez indifférente au droit international rapporté aux strictes droits de l'homme, sujet très peu médiatisé par temps de campagne électorale, et pourtant oh combien préoccupant.

A propos du Tribunal Russell

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16/02/2010

Résister pour Gaza

On s'indigne parfois et d'un peu trop loin, de ce qui se passe à Gaza. Mais il serait triste de ne pas savoir que des israéliens, en l'occurrence des soldats, militent de l'intérieur, eux aussi et parallèlement à la communauté internationale, pour que le gouvernement israélien cesse d'agir en toute impunité, en violation des traités humanitaires internationaux et les Droits de l'Homme. Preuve, une fois de plus, que la résistance est une manière d'être, heureusement universelle.

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Tout cela a pour origine le blocus instauré par le gouvernement israélien il y a de cela plusieurs années.

Ces résistants témoignent de ce qu'a été l'opération « Plomb Durci » et n'admettent pas que les victimes d'hier soient devenues les bourreaux d'aujourd'hui.

« Par Amina Semmoud, publié le 10/02/2010 à 12:30 - mis à jour le 10/02/2010 à 12:36 dans LEXPRESS.fr :

L'opération Plomb durci a commencé fin décembre 2008. Elle a fait 1400 morts du côté palestinien et 13 morts du côté israélien.

A l'occasion de son passage à Paris, a rencontré Yehuda Shaul, ancien soldat de Tsahal, qui du haut de ses 27 ans, se bat pour dénoncer certains agissements de l'armée israélienne.

(...) C'est un homme grand et imposant qui fait son entrée d'un pas assuré. Il s'installe, se présente et rentre d'emblée dans le vif du sujet. Yehuda Shaul a été soldat dans l'armée israélienne entre 2001 et 2004. Après avoir servi à Hébron, il quitte les Forces de Défense d'Israël et fonde avec des membres de son unité l'organisation Breaking the Silence (Briser le silence). « Nous partagions tous le même sentiment très désagréable que quelque chose ne s'était pas passé comme prévu lors de notre dernière mission » dit-il.

L'organisation s'évertue depuis 2004 à recueillir des témoignages de soldats qui dénoncent certaines pratiques honteuses au sein de l'armée. Plus de 700 cas ont été recensés. Yehuda Shaul précise d'entrée de jeu: « Breaking the Silence ne propose pas de solution spécifique au conflit israélo-palestinien. Notre but est d'ouvrir un débat. Dans ce sens, nous nous apparentons plus à un miroir. »

Lire la suite...

12/02/2010

Europe, la guerre du rire jaune

Quand on prend les interventions de Dany Cohn-Bendit pour des provocations, on risque de passer à côté de quelques évidences. Exemple : le « ta gueule » adressé à Martin Schulz (candidat président du Parlement européen en 2012, à la suite d'un accord passé entre les socialistes du PSE et les conservateurs du PPE) n'est vraiment pas très important à côté des vérités relevées par DCB sur les hypocrisies, incohérences et autres impuissances européennes comme celles concernant la Grèce, Haïti, et quantité de directives absurdes que l'intéressé, personne n'étant parfait, a peut être parfois lui même approuvé.


Cohn-Bendit voit rouge au Parlement Européen.
envoyé par StrasTv. - L'info video en direct.

Absurdes, iniques et parfois carrément comiques.

Absurdes parce que reposant sur des compromis, ne servant qu'à satisfaire des équilibres médiocres entre groupes parlementaires élus à la proportionnelle, livrés aux lobbies (Groupes d'Intérêts Accrédités, ou pas), sans réelles attention pour les réalités de terrain. Pas question dans ces conditions de rechercher une harmonisation politique ou sociale, tout ce qui constitue pourtant les raisons d'un vote pro-européen raisonné et pourrait asseoir enfin la crédibilité d'une communauté d'Etats.

Si DCB est drôle, c'est que ses colères et sorties sont gênantes pour ceux qu'il prend à parti sans trop se tromper sur leur comportement, intentions ou absence d'intention. Et ce n'est surement pas l'humour qui tuera l'Europe. Il faudrait seulement pouvoir aller au-delà du seul spectacle, ce qu'on ne peut pas faire seul.

10/02/2010

L'esprit de Philadelphie

C'est sous le titre exacte de « L'esprit de Philadelphie : la justice sociale face au marché total » (Seuil / la République des idées. Collection Débats - 2010) qu'Alain Supiot (*) vient de publier un essai, reprenant la Déclaration de Philadelphie qui sert encore de base au droit social. Y sont données des clés d'analyse, d'action et de compréhension, sur la mondialisation et la justice sociale qui n'en finissent pas de se heurter.


Alain Supiot - les matins
envoyé par franceculture. - L'actualité du moment en vidéo.

Les 4 principes fondateurs de l'Organisation Internationale du Travail, énoncés le 10 mai 1944 à Philadelphie, déjà très présents dans les années qui précèdent (New Deal, discours de Roosevelt...) sont révélateurs d'un « esprit » tout à fait perceptible dans le programme du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944 et dans les droits économiques et sociaux contenus dans les articles 22 et suivants de la Déclaration Universelle de 1948.

Ces principes fondateurs sont aujourd'hui pour le moins très malmenés et ce n'est sans doute pas un hasard si un Denis Kessler, (Vice-président exécutif du MEDEF de 1998 à 2002, Officier de la Légion d'Honneur le 31 décembre 2009 et coauteur avec Dominique Strauss-Kahn, de « L'épargne et la retraite ») a confié au magazine Challenge :

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance [...] Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s'y emploie [...] La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception [...] Il s'agit aujourd'hui de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. »

Rappel de ces principes jugés, on s'en doute, « révolutionnaires », « alter mondialistes » pour ne pas dire « ultra-gauchisants » par les gouvernants du jour :  

- Le travail n'est pas une marchandise,

- La liberté d'expression et d'association est une condition indispensable d'un progrès continu,

- La pauvreté, où qu'elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous,

- Tous les êtres humains, quels que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales.

Dans cet essai, Alain Supiot souligne le fait qu'il n'y a pas de paix sans justice et que la dignité n'est pas un droit mais un principe, source d'obligations pour chaque individu.

Une remarque au passage et pour conclure très provisoirement :
L'actuel président de la république exerce une fonction qui devrait transcender sa personne. Or c'est l'inverse que l'on constate. Ce qui est particulièrement « gênant » lorsque l'intéressé, mélangeant les genres et oubliant l'article 29 de la DUDH, veut faire respecter, sans la respecter lui-même, une charte des « droits et devoirs » !

De quoi déclarer l'état d'urgence.

(*) Spécialiste du droit du travail, directeur de l'Institut d'études avancées de Nantes.

30/01/2010

No sarkosy day

Une date à retenir : 27 mars 2010..., un appel

Inconséquence politique, échec économique, casse sociale, rupture du pacte républicain, atteinte à l'égalité des chances, politique de la peur, stratégie de la division, lois liberticides, pratiques autocratiques du pouvoir, favoritisme, népotisme, manipulations médiatiques, ingérences judiciaires, collusion avec le monde des affaires et les forces de l'argent...

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Nous avons tous nos raisons pour nous opposer à Sarkozy et à son clan, pour résister au sarkozysme. Mais ce président sans envergure, effrayé par le peuple, prend grand soin de le tenir à l'écart, muselant au besoin sa parole derrière des cordons de CRS.

Alors, ENSEMBLE, nous élèverons la voix plus haut, nous nous ferons entendre plus fort, unis dans la défense des valeurs de notre République :

Liberté - Egalité - Fraternité - Laïcité - Démocratie

Nous, simples citoyens, vigilants et inquiets, en conscience et indépendamment de tout parti ou syndicat, appelons toutes celles et tous ceux qui ressentent l'envie, le besoin de dire NON ! à Nicolas Sarkozy, à se rassembler pour un No Sarkozy Day.

Le 27 mars 2010 : une journée pour lui dire NON !

Des rassemblements seront organisées partout en France, à partir de 14 Heures devant les préfectures et les sous-préfectures, à Paris place de la Bastille, et dans le monde entier devant les ambassades de France.

A l'issue de cette journée de mobilisation, se tiendront partout des réunions ouvertes, où nous pourrons ensemble, démocratiquement, décider de la suite à donner à ce mouvement de contestation populaire du sarkozysme, contestation que nous espérons aussi large que possible.

SIGNER L'APPEL

Le groupe Facebook du No Sarkozy Day a été supprimé.

Facebook aurait-il subit des pressions ?

Voici le nouveau groupe en attendant pensez à vous y inscrire et à en diffuser l'adresse.

26/01/2010

Autre chose, au choix

Il faudrait avoir la vue basse pour ne pas s'apercevoir qu'au moment même où le squatter de l'Elysée tente de rassurer son bon peuple sur des retraites futures, paisibles et choisies, le pays où les droits de l'homme sont soldés avec la bénédiction de Bercy et du Quai d'Orsay, maintient son taux d'ignominies à un échelon que chacun appréciera.
Exemples bien réels d'une réalité cauchemardesque ...

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C'est à Calais où la pression policière sur les migrants est « revenue à un niveau comparable à celui d'après la destruction de la jungle en septembre dernier (...). Alors que parmi les migrants, il y a des mineurs, des gens qui ont déposé une demande d'asile et qui ont normalement droit à un hébergement, (...) des Soudanais (...) ont vu leurs effets personnels confisqués. On a retrouvé des demandes d'asile à la déchetterie. »

C'est dans le Val de Marne où un arrêté d'expulsion a été émis à l'encontre de deux Haïtiens coupables d'avoir fuit un séisme dont personne, c'est sûr, n'a entendu parler et de s'être retrouvés à Orly Sud munis de papiers aux photos d'identité douteuses, un peu comme ces corps voilés que l'on a extirpés des décombres de Port au Prince.

C'est à Bonifacio où cent vingt-quatre Kurdes de Syrie débarqués sur une plage, dans la nuit du 21 au 22 janvier, ont tous été placés dans des centres de rétention du continent avant même d'avoir pu formuler la moindre demande d'asile. Ce qui a eu pour effet - encore heureux - d'aboutir à leur remise en liberté qui, toute provisoire, permettra au Besson de service d'envisager une modification prochaine des procédures existantes. Il faudra donc y revenir.

19 clandestins kurdes ont été remis en liberté - kewego
Ils risquent toujours une reconduite à la frontière.

Autre chose.
Ca n'a rien à voir, mais puisque l'on nage en pleine indécence Henri Proglio dispose de « quelques mois » - pas un de plus - pour se consacrer exclusivement à EDF et peaufiner avec discrétion, une vraie fausse hausse des tarifs, aux alentours de 24%, au prorata de ses notes de frais.

Rien de bien nouveau donc puisque de l'inénarrable général d'empire Frédéric Lefebvre au très imperceptible lieutenant et néanmoins souriant Claude Bartolone pour le PS, les avis (pardon les expertises) continuent d'entretenir espoirs et illusions... Au choix.

19/01/2010

Ubu est arrivé, Ubu est là

L'administration soumet les Français nés à l'étranger, ou de parents nés à l'étranger, à d'humiliantes et absurdes obligations pour renouveler leurs papiers. Michel Tubiana, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme, a répondu à des questions de lecteurs de Libération, et la LDH a lancé un appel «Vous êtes Français, prouvez-le», pour dénoncer cette situation.

Malek.
Si les preuves de nationalité de mon père ou grand-père sont perdues, comment vais-je faire ?

Michel Tubiana. Il va falloir reconstituer à tout prix les preuves de la nationalité, ou si vous pouvez prouver que vous avez vécu comme un Français pendant plus de dix ans, vous pouvez faire une déclaration acquisitive de la nationalité française au tribunal d'instance de votre domicile.

Capucine.
J'ai 66 ans, mon père était marié à une Française, s'est engagé dans la Gendarmerie et à vécu plusieurs années en Afrique du Nord, nous sommes tous nés en Afrique du Nord dans des villes différentes, avons-nous à craindre pour renouveler notre carte d'identité ?

M. T. Oui, malheureusement, c'est l'imbécilité de la législation actuelle.

Votre pseudo.
En France, le quai d'Orsay explique par téléphone que les ambassades de France ont tous les pouvoirs. Le fait du prince en quelque sorte. De quels recours dispose-t-on en cas de «mauvaise foi» de la part de l'ambassade ?

M. T. Aucun.

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Philippe.
A qui adresser une réclamation qui aura quelque chance d'aboutir rapidement ?

M. T. Au préfet, en l'état actuel des choses, mais nous envisageons d'autres moyens de recours, que nous évoquerons sous peu.

Cape Town.
Comment prouve-t-on que l'on a vécu dix ans ou plus en France ?

M. T. Par tous les moyens de preuves possibles : quittance de loyer, carte Navigo, Carte Orange, adresse figurant sur des quittances EDF, cartes bancaires... Ce qui est intéressant dans cette question, c'est qu'au fond un certain nombre de Français se retrouvent presque dans la même situation que les sans-papiers à qui l'on demande de prouver qu'ils demeurent en France depuis plusieurs années pour les régulariser. Nous avons toujours dis que la politique suivie à l'égard des étrangers finissait par retomber sur les Français.

Cape Town.
Je suis Français, né en France, marié à une Sud-Africaine et j'habite au Cap (Afrique du Sud), depuis 2002. Ma fille est née au Cap, et la naissance de ma prochaine fille est prévue pour le 2 février 2010. Que dois-je faire ?

M. T. Propulsez-vous d'urgence à l'ambassade, afin de déclarer les naissances de vos enfants et de les faire enregistrer à l'état civil français.

Melody.
Je suis née en Amérique latine, j'ai des parents français et j'ai vécu en grande majorité en France. J'avais une carte d'identité que j'ai faite faire lorsque j'étais encore mineure. Lorsque j'ai fait une demande de renouvellement, il a fallu pourtant donner des papiers montrant que mes parents étaient bien français. Pourquoi ai-je dû faire cela, alors que j'avais déjà une pièce d'identité française ?

M. T. Même réponse que ci-dessus : en raison des pratiques discriminatoires en vigueur.

Minou.
Les «administrations» demandent des documents qu'ils possèdent déjà... Pourquoi donc les redemander. Ils demandent par exemple le certificat de naturalisation alors qu'il leur incombe de le rechercher eux-mêmes, ils sont payés pour ça.

M. T. Je suis tout à fait d'accord, nous sommes dans le cadre de cette législation discriminatoire, souvent appliquée de manière stupide. Mais, surtout, ce que cette législation montre, c'est la phobie gouvernementale actuelle de tout ce qui pourrait être un étranger.

Loulou.
J'ai été très choquée de m'entendre dire par un fonctionnaire d'une mairie parisienne «madame, vous êtes française comment ?». Que l'on soit né France ou à l'étranger, il n'y a que deux possibilités : soit on est Français, soit on n'est pas Français ! On ne peut pas être légèrement Français ou à peu près Français. Qu'est-ce que vous en pensez ?

M. T. Si, malheureusement, je peux imaginer la situation, surtout que les personnes derrières les guichets ne sont pas formées à traiter de ces sujets.

Gaspard.
Quelles conséquences pour un Français n'arrivant pas à justifier sa nationalité via les papiers de ses parents ou par une domiciliation ? Des personnes sans domicile fixe, françaises depuis toujours, pourraient-elles être expulsées avec ces nouvelles dispositions ?

M. T. Difficilement, puisque alors elles seraient apatrides - sans nationalité - et ce serait encore plus les enfoncer dans l'abandon social où elles vivent.

Yann Lardeau.
Deux points de réflexion : 1°) La procédure de justification de la nationalité française pour les Français nés à l'étranger est le sujet de M. Klein de Joseph Losey. Autrement dit, nous autres Français, nés à l'étranger, vivons sous l'esprit des lois de Vichy. Les socialistes se réveillent bien tard sur cette question.

M. T. L'initiative dans ce domaine datant de la première cohabitation, de l'initiative de Charles Pasqua de renouveler toutes les cartes d'identité. Je ne comprends pas trop l'allusion que vous faites, ce que l'on peut en revanche reprocher à tous les gouvernements, c'est de cautionner la force d'inertie de l'administration, d'avoir continuer à laisser faire, alors qu'ils étaient alertés depuis le début.

Votre pseudo.
J'ai un cas qui peut être intéressant : ma mère âgée de 82 ans a passé toute sa vie en France, elle est arrivée ici en 1930 venant d'Italie. Elle s'est mariée avec mon père, Français de souche, a eu des enfants. Ses parents ont été nationalisés Français, donc nationalisée elle aussi, elle a toujours vécu ici. Aujourd'hui, elle doit refaire ses papiers d'identité (perte de la CI) et c'est la galère depuis plus de deux ans ! Voilà, histoire vécue, elle doit justifier sa vie entière pour avoir une carte d'identité...

M. T. Je partage, surtout j'imagine ce que peut être le désarroi de cette femme.

Corine.
Mes enfants sont adoptés à l'étranger et Français. Ils ont une CNI depuis plusieurs années. Ils vont bientôt devoir les renouveler, risquent-ils d'avoir des problèmes ?

M. T. Oui, malheureusement.

Judith.
Pour ceux dont les papiers des parents ou des grands-parents ont été détruits dans leur municipalité de naissance du fait de la 2e guerre mondiale, comment faire ? En 2004, les démarches nécessaires m'ont demandé un an. Et d'ailleurs, j'ignore le lieu et la date de naissance de mes grands-parents !

M. T. En dernier ressort, si vous pouvez prouver que vous êtes Français - c'est-à-dire que vous avez vécu en tant que tel depuis plus de dix ans - il faut faire une déclaration acquisitive de nationalité française, auprès du tribunal d'instance de votre domicile.

Wikio

13/01/2010

«Surveiller c'est punir»

Les différents fichiers de renseignements en France (*) participent de la façon par laquelle on cherche à remodeler les esprits. On surveille, on culpabilise et on sanctionne : c'est une vieille recette pour dominer et obtenir le consentement du plus grand nombre.

En dehors de leur coût difficile à déterminer, mais vraisemblablement élevé, ces fichiers veulent témoigner de la volonté de sécuriser, mais ils ne font qu'entretenir la peur, la défiance et le ressentiment. C'est leur finalité.

surveiller punir.jpg

Il y a pourtant un bémol à cette pratique. Se voulant de plus en plus performants, la multiplication de ces fichiers est tout de même la preuve de leur manque d'efficacité. Une inefficacité qui ne peut être que grandissante dans la mesure où plus ils seront nombreux, plus ils nécessiteront de personnes sachant les utiliser, les mettre à jour, les recouper.
Et qui, alors, qui surveillerait les surveillants ? C'est là où se trouve le danger : que ces renseignements puissent être utilisés à tort et à travers par des fonctionnaires formatés, sans « ressource humaine » et à la solde de ministres zélés.

Mais en dehors de ce danger bien réel, le contrôle que l'Etat souhaite exercer sur chaque individu, peut se révéler totalement impraticable si l'ensemble des citoyens se mettaient en infraction ou venaient sciemment, d'une façon ou d'une autre, encombrer des "bases de données" déjà surchargées. C'est là où se trouve la limite.

La police de Fouché aurait-elle été plus tristement célèbre si elle avait pu mettre en œuvre les moyens informatiques dont dispose aujourd'hui les administrations concernées ? La réponse est vraisemblablement « non ».

Autre point de vue, pas très éloigné : celui de Jean-Claude Vitran de la Ligue des Droits de l'Homme.

21/11/2009

Peut-on se passer de Camus ?

  • On se l'arrache

Les Sarkozy :
« Ce serait un symbole extraordinaire de faire entrer Albert Camus au Panthéon »
Bruxelles - 19/11/09

  • On le cite pour-en-finir-avec-les-conformismes et dévoiler-ses-références-culturelles

Ségolène Royal :
«
Je tiens à citer également Albert Camus parce qu'il cherche et qu'il s'engage ». Le Point - 31/03/08

  • On l'égotise et on se consacre

Jean Daniel :
« (...) Et quand il a eu le prix Nobel, j'en ai été heureux comme s'il était de ma famille. Je lui ai écrit que mon admiration et mon affection pour lui demeuraient inaltérées et que, chaque fois qu'il avait estimé que j'avais tort, je n'avais plus été tout à fait sûr d'avoir raison. Il est revenu à Paris. J'ai trouvé chez moi un petit mot qui se terminait par cette phrase : « L'important, c'est que vous et moi soyons déchirés. » J'ai eu, depuis, le temps de réfléchir à chacun de ses mots. « L'important », on peut traduire : ce qui est le plus essentiel. « Le déchirement », on peut traduire : le tiraillement entre deux vérités. Cela veut dire que, pour Camus comme pour Dostoïevski, la vérité n'est pas un absolu mais doit être recherchée dans le bonheur, le tourment et la contradiction. En l'occurrence, il concédait que la vérité pouvait ne pas être seulement de son côté. Qu'il la partageait avec moi. Qui peut dire en ce moment, avec ce que vit une Algérie dont tant d'enfants ne songent qu'à rejoindre la France, si la vérité n'était pas à partager entre ses positions et les miennes ? »
Nouvel Obs. - 19/11/09

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  • On l'intériorise

L'anonyme du 35 bd Haussmann :
« Quand je passe le balai, je pense à Camus, au mythe de Sisyphe, au tonneau des danaïdes (...) et  bien sûr à la main de Thierry Henry. (...) Ce que je sais de la morale, (...), c'est au football que je le dois. »

  • On le mégote

Pierre Bergé, lui, a choisi le contrepied :
« Il n'y a pas que des génies au Panthéon, donc ça va très bien qu'il y soit. Camus n'est pas un écrivain que j'aime. Je trouve que c'est un écrivain pour instituteurs. Je pense qu'aujourd'hui Malraux et lui sont considérés comme deux serre-livres, qu'on pose sur des étagères et qu'on ne lit pas. »
Rue 89 - 21/11/09

  • On le frontispice

Le Pen lui suppute un coup fourré :
« Sur le principe, je suis assez d'accord puisque c'est un écrivain français de grande renommée, mais la date à laquelle survient cette proposition est tout de même singulièrement électoraliste", a déclaré le président du FN. "C'est un choix électoraliste. Celui d'un écrivain pied-noir à quatre mois des élections régionales où probablement la majorité va subir une lourde défaite, je crois que c'est assez évident ». Le Figaro - 20/11/09

  • On s'en grise

« Je sais que si je suis très triste, je peux m'emparer d'un San-Antonio pour rire un peu. Sinon, sans que ce soit un livre de chevet, s'il y en a un que je devrais garder avec moi, c'est l'Etranger, de Camus ». Lazarbie

  • On sonde, soupèse et condense

« Les hommes préfèrent Camus :
Les romans qui ont le plus compté dans la vie des hommes d'aujourd'hui ont été écrits par des hommes, généralement blancs et morts. Pour les femmes, c'est plus mélangé. C'est ce qui ressort d'une grande enquête menée par deux chercheuses de l'Université de Londres et commandée par le
Orange Prize for Fiction et par le quotidien The Guardian. Entrons dans le détail de ce rapport qui condense les résultats d'interviews réalisées auprès de 500 britanniques de sexe masculin, dont un certain nombre entretiennent des rapports professionnels avec la littérature, un an après que la même équipe ait posé la même question à autant de femmes il y a un an.

Résultat : L'Etranger (en anglais : The Outsider) d'Albert Camus vient en tête suivi de L'attrape-cœur de J.D. Salinger (...) les lecteurs n'attendent pas des romans qui ont changé leur vie qu'ils en soient un guide ou un compagnon éternel : ils les lisent "comme ils liraient des manuels de photo". Ils y trouveraient, chez Orwell par exemple, de quoi conforter leur angoisse de la désagrégation sociale et leur goût du combat solitaire, (...) La fiction étant parfois si étranger à nombre d'hommes, ceux-ci citent spontanément des essais ou des livres d'histoire (...) Cette enquête le confirme, le fait est qu'entre 20 et 50 ans, les hommes ne lisent pas de romans ». République des livres - 09 avril 2006

  • On s'en détourne jusqu'à la falsification

Pour ne pas décevoir les nostalgériques, accoutumés à la réécriture oiseuse et mensongère de la période de l'Algérie française.

  • Finalement, on ne saura jamais qui s'en est le plus inspiré. Vraiment. Ca se voit tellement peu.

20/11/2009

Résistances intra, extramuros

On ne présente plus Stéphane Hessel, mais on ne se lasse pas de l'écouter pour se ressourcer.

La résistance n'a donc pas de frontières. La preuve ...

Le 29 novembre a été déclaré par l'ONU journée internationale de la Palestine. C'est la date anniversaire du partage de la Palestine et de la Nakba (défaite et exode de 1948) pour les Palestiniens.

Ce mois de novembre donne donc l'occasion de rappeler que les Palestiniens vivent toujours les conséquences terribles de l'injustice qui leur a été faite et qui se perpétue 60 ans après.

Tous les murs de la honte ne sont pas encore tombés.

Et en Palestine sous les yeux de la communauté internationale, on n'en finit pas d'en construire un. La colonisation se poursuit en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. C'est un obstacle majeur à la paix. Gaza, où l'armée israélienne a fait 1400 morts est toujours sous un blocus lui aussi meurtrier.

A quand un président étasunien pour déclarer : « je suis un Palestinien ? » A quand l'application à ce peuple des décisions de l'ONU et des règles du droit international ?

Le point de vue de Stéphane Hessel sur la question palestinienne tient dans cette phrase ...

« Ayant été à Gaza, ayant vu les camps de réfugiés avec des milliers d'enfants, la façon dont ils sont bombardés m'apparaît comme un véritable crime contre l'humanité. »

... autant que dans la réponse à la question : « (...) Jusqu'à maintenant le chemin vers la paix c'était deux Etats côte à côte, un Etat Palestinien et un Etat Israélien. Est-ce encore possible, ce partenariat avec les Palestiniens ?

- C'est la seule solution. Elle est rendue de plus en plus difficile, au fur et à mesure que s'accumulent de part et d'autre, soit le mépris et l'humiliation, soit la haine. Il faut que cette accumulation cesse le plus vite possible, et alors, au nom de ce que l'histoire nous a appris sur la possibilité du pardon - nous l'avons éprouvé, nous européens, et dans d'autres pays, en Afrique du Sud aussi - il faut avoir hâte que cette possibilité de pardon et de solidarité dans un Proche-Orient pacifique puisse être rétablie. » Tiré d'un entretien avec Swiss Info, 5 janvier 2009.

Il n'est pas inutile de rappeler que le Tribunal Russel pour la Palestine vise à mettre en évidence les crimes de guerre ou crimes contre l'humanité manifestement commis par les dirigeants et les soldats israéliens (voire les colons). De nombreux rapports internationaux (dont le dernier rendu par Goldstone) l'attestent, et il incombe à Israël ou aux autres Etats d'entamer à leur encontre des poursuites, conformément à leurs obligations internationales. La première session de ce tribunal aura lieu à Barcelone les 1, 2 et 3 mars 2010. L'ordre du jour est déjà fixé, au moins en partie :

  • La politique et la pratique de l'UE et de ses Etats Membres dans leurs relations avec Israël, puissance occupante de la Palestine sont elles compatibles ou non avec leurs obligations internationales découlant du droit international général et du droit international humanitaire ?
  • Dans quelle mesure l'UE et les Etats membres sont-ils ou non complices de la prolongation de l'occupation belligérante et illégale d'Israël en Palestine et des crimes commis par Israël contre le peuple Palestinien ?

17/11/2009

Corruption portes ouvertes

Les chambres régionales des comptes ont été crées en mars 1982 pour constituer des juridictions financières attachées aux gestions locales. Leur jugement est susceptible d'appel devant la Cour des Comptes et de cassation devant le Conseil d'Etat.

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Il y avait le droit pénal dans lequel les financiers les plus « initiés » finissaient par se prendre les pieds : d'où la dépénalisation du droit des affaires.
Il y avait (il y a encore, mais pour combien de temps ?) les juges d'instructions, capables de mettre en examen ces mêmes financiers : d'où la furieuse envie exprimée à l'Elysée de supprimer le juge d'instruction au profit d'un hyper magistrat instructeur nommé par "le président de tous les français".
Il y a aujourd'hui les magistrats de la chambre régionale des comptes (CRC) : ils risquent d'être remplacés par des observateurs beaucoup moins encombrants et nettement plus dociles aux injonctions venues d'en haut. De quoi être inquiet.

Leurs torts ? Contrôler les recettes et les dépenses des collectivités territoriales, intervenir chaque fois qu'un ordonnateur (un maire par exemple) se trouve en situation de gestion de fait. Traduire : en train de manier de l'argent public à des fins irrégulières, voire personnelles, à travers de fausses factures, des subventions détournées de leur finalité, des déficits budgétaires quasi volontaires etc. Jusqu'à présent et à quelques exceptions près, le principe de séparation entre l'ordonnateur et le comptable du trésor public, fonctionnait à peu près bien. Et le contrôle s'exerçait, dérangeait même parfois jusque dans les couloirs de Bercy.

On comprend alors que cette énième réforme soit imaginée pour transformer le contrôle des dépenses publiques des collectivités territoriales par les CRC en une simple évaluation. Ce qui équivaut à la mise en place d'une corruption organisée. Comme pour la dépénalisation du droit des affaires, la tentation sera grande de fermer les yeux sur les pratiques douteuses de gestionnaires proches du sérail ou ayant partie liée avec lui. Elle tombe à pic et au moment même ou les maires de France, sifflent le courageux fantôme de Matignon à la porte de Versailles à propos de la suppression de la taxe professionnelle. En cas de fronde tenace, on pourra toujours marchander une déresponsabilisation du  statut d'élu local.

A propos, les magistrats de la Chambre Régionale de Comptes ont fait grève aujourd'hui 17 novembre pour revendiquer ce qui leur reste d'indépendance. Si on ne s'en est pas rendu compte c'est qu'ils ne sont que 300 sur l'ensemble du territoire et que le tapage est ailleurs.

10/11/2009

Rencontres littéraires

La littérature fait l'actualité. Ou l'inverse.

C'est le Prix Renaudot 2009 qui, très involontairement peut être, contribue à commémorer le 11 novembre, les « morts pour l'exemple » de la guerre de 14 et beaucoup d'autres injustices ...

Extrait de " Un roman français" de F. Beigbeder- Grasset (p11 & 12)

« Dans sa dernière lettre à mon arrière-grand-mère,Thibaud affirme qu'il ne dispose pas des tenailles pour découper les barbelés afin de se frayer un chemin vers les positions ennemies. Il décrit un paysage crayeux et plat, une pluie incessante qui transforme le terrain en marécage boueux et confie qu'il a reçu l'ordre d'attaquer le lendemain matin (...).

Le 161è Régiment d'Infanterie s'est jeté sur un mur de balles ; comme prévu, mon arrière-grand-père et ses hommes ont été déchirés par les mitrailleuses allemandes... On peut dire que Thibaud a été assassiné par sa hiérarchie. »


C'est aussi Marie NDiaye, Prix Goncourt 2009, racontant des vies déchirées entre l'Afrique et la France qui pose la question de la multiethnicité et constitue un pied de nez au questionnement identitaire actuel...

Extrait d'une interview réalisé pour les Inrockuptibles le 30 août 2009.

Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?

« Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants - ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d'une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j'aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : "La droite, c'est la mort." Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus. »