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03/09/2011

Solder les comptes du capitalisme

Les grandes déclarations consistant à moraliser le capitalisme ont très vraisemblablement fait leur temps. Le socialisme dans lequel beaucoup d’espoirs ont été placés, et qui, faute de mieux, continue par défaut d’être la seule hypothèse acceptable, risque de tourner court, définitivement, si la notion de bien public continue d’être dévoyée au profit de combines et stratégies à court terme, partisanes et cupides. Le temps est-il venu de penser plus radicalement ? L’histoire le dira et j’espère seulement qu’elle s’abstiendra d’être trop sinistre.

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En attendant, il faut tenir tout en essayant de concevoir un « après » au capitalisme finissant. Toute nouvelle évaluation se devra d’être globale, «intégrant des données économiques, sociales, culturelles et, ce qui est nouveau, environnementales. (…) Elle se devra évidemment d’inclure «le principe de l’élargissement le plus achevé de la démocratie (…)». A lire absolument : "Le Capitalisme à l'agonie" de Paul Jorion.

Pour l’heure, il faut donc survivre à un système autant qu’à ce qu’il implique au plan des pratiques sociales, certaines étant plus détestables ou évitables que d’autres, (autre façon d’introduire la notion de désobéissance civique), et posant la nécessité d’un distinguo à établir entre corruption-pouvoir-richesse, et transgression-dépendance-pauvreté.
Sur ce dernier point, on peut trouver un élément de réponse dans la note intitulée «La transgression, modèle économique alternatif pour les pays pauvres»

Mais de toute évidence, solder les comptes du capitalisme, reviendra nécessairement à remettre en cause un système autant qu’un état d’esprit et une manière de penser : une aventure humaine de longue haleine qui dépasse très largement les promesses électorales trotte-menu.

18/08/2011

Août 80, sur les docks de Gdansk

Encore un lézard de l’Histoire.

Par hasard, je tombe sur un article de JM Bougereau (ex Libé de 1974 à 1987) paru en septembre 2008. Il retrace l’histoire d’un reportage qu’il réalisa au moment des accords de Gdansk signés en août 1980 pour un portrait de Lech Walesa. Il en ressort « Anna Walentynowicz : la véritable héroïne de Gdansk ».
Un documentaire sur Arte, très bien fait si j’en crois mes souvenirs, suivra. Il est intitulé « Anna Walentynowicz, dans l’ombre de Lech Wałęsa » (Emmy Awards en 2001 pour l’instant indisponible sur le net). Il actualise les souvenirs de JM Bougereau.

Je situe l’anecdote, historique, dans le fait que, « licenciée sans aucune possibilité de recevoir une retraite, alors même qu’il lui manquait seulement 5 mois de travail », dans un contexte de fortes revendications sociales et par solidarité avec Anna Walentynowicz, une grève est entamée à cette occasion, qui donnera naissance au syndicat Solidarność dont Anna W. aura été  très discrètement reconnue comme co-fondatrice avec Lech Walesa.
Récit :

« (…) Ému d'avoir revu (ndlr. Documentaire Arte) cette petite bonne femme que, naïvement, je croyais décédée et que je viens de voir venir aux portes des chantiers navals de Gdynia, où les ouvriers sont de nouveau en grève parce que la direction ne leur donne pas la possibilité de manger chaud malgré le froid de ces villes de la côte baltique. Elle arrive devant les grilles du chantier à petits pas et les ouvriers, de l'autre côté de la grille, scandent des « Merci ! » à n'en plus finir.

Gdansk, Anna Walentynowicz, Lech Walesa

Rappelons son histoire :

Ouvrière des chantiers navals de Gdansk et travaillant en tant qu’opératrice des grues, elle commence des activités associatives pour les ouvriers dans les années 70. Pour son appartenance à une association indépendante, elle reçoit le 7 août 1980, comme sanction disciplinaire, d’être licenciée sans aucune possibilité de recevoir une retraite, alors même qu’il lui manquait seulement 5 mois de travail avant la retraite. La décision de la direction entraîne une grève qui a donné naissance au syndicat NSZZ Solidarność dont elle est la co-fondatrice avec Lech Wałęsa. Figure de proue de ce syndicat, elle y a joué un rôle crucial et en a subi les conséquences, ayant été condamnée à vingt ans de prison pour ses activités et ayant passé de nombreux mois en prison. Ses compagnons se souviennent entre autres de son discours pour maintenir la grève, qui a emporté l'adhésion du reste de la direction contre l'avis de Wałęsa, et à un moment critique pour la continuité du mouvement.

Ce documentaire m'a rappelé une anecdote vécue dans les semaines qui suivirent les accords de Gdansk. Solidarność n'existait pas encore officiellement. Mais de facto. Le siège du syndicat se tenait à l'hôtel de la mer, où, envoyé spécial de Libération, je passais de nombreuses journées. Je me souviens avoir rencontré Anna pour faire un portrait d'elle et lui demander de me trouver des documents sur la période clandestine du comité qui donna l'essentiel de ses cadres à Solidarność.

Un jour une ouvrière qui servait "d'attachée de presse" à Lech Wałęsa, qui était devenu en quelques semaines une star mondiale, me proposa d'assister à l'une de ces conférences de presse que "Lechek" tenait régulièrement avec les "touristes politiques" venus de toute l'Europe, un peu comme au Portugal lors de la révolution des œillets. Je refusais, n'acceptant que de voir Wałęsa en tête à tête pendant un temps suffisant pour réaliser une véritable interview du leader du mouvement. Puis, cette possibilité semblant vaine, Libération étant peu connu en Pologne, j'acceptai. J'assistai donc à la verve oratoire de Lech Wałęsa face ces touristes politiques émerveillés par la proximité de cette vedette et dont les questions étaient toutes complaisantes. Je sentais Wałęsa bicher devant ce public acquis à sa cause et à sa personne. Puis, au beau milieu, entra Anna Walentynowicz qui me cherchait pour me donner quelques uns des tracts clandestins qu'elle avait trouvés. À ce moment-là, je sentis comme de mauvaises ondes venant de Wałęsa. Et je vis qu'il se demandait qui était ce jeune type qu'Anna venait voir, quitte à troubler la conférence de la star.

La conférence se termina avec quelques questions impertinentes de ma part auxquelles il répondit par des pirouettes. Puis, la messe étant dite, je sortis. Et Maria, "l'attachée de presse" de Wałęsa, me prit à part pour me dire que "Lechek" voulait me voir. Il sortit et, alors que je ne lui avais rien demandé, il me signa un "ex libris" à son nom, à moi qui n'ai jamais demandé d'autographe à personne. Dès ce jour, je commençai à me méfier de Lech Wałęsa, sans, évidemment, lui retirer ses mérites. À me méfier de cette grande gueule bravache, ce qui m'amena, lors de son voyage à Rome pour voir le Pape, à écrire dans Libération un portrait peu dans le ton général d'une presse qui l'encensait. Un portrait sucré-salé, en langage gastronomique...

Anna Walentynowicz, elle, quitta Solidarność dans les années 80 en critiquant la direction de cette époque assemblée autour de Wałęsa. L’essence de la dispute tenait aux accusations d’appartenance de Lech Wałęsa à la police secrète SB, accusations qui demeuraient malgré le jugement d’un tribunal ayant déclaré Wałęsa non coupable (L'ouverture des archives IPN a permis de confirmer qu'il était très probablement enregistré sous le pseudo d’« Agent Bolek », et ce malgré la disparition d'une partie des feuillets concernant cet agent à l'époque de la présidence de Wałęsa). Avec la démocratie et l’arrivée au pouvoir de Solidarność, elle n’était plus d’accord avec ses orientations. En 2000, elle a refusé le titre de citoyenne honoraire de la ville de Gdansk. À 74 ans, en situation matérielle difficile dans son petit studio d'un immeuble de Gdansk où elle vit seule, elle a demandé une indemnité de 120 000 zloty (30 000 €) pour dommages physiques et moraux subies dans les années 80. Cela lui a été refusé par le tribunal de Gdansk.

Deux itinéraires, deux destins... »,...

une victoire sur une dictature qui sans Anna Walentynowicz, décédée le 10 avril 2010 à Smolensk (Russie) dans l'accident de l'avion présidentiel polonais, aurait bien pu ne pas avoir lieu.

Source

16/08/2011

Histoire d’un squat

Preuve que la dignité a tout à voir avec la résistance :

Sao Paulo, 18 millions d’habitants. La plus grande ville d’Amérique Latine, la plus forte concentration de mal-logés au monde.
Au 911 de l’avenue Prestes Maia, près de 2 000 personnes ont trouvé refuge dans une usine désaffectée de 25 étages. Chômeurs, ouvriers, femmes de ménage, vendeurs à la petite semaine, se côtoient. C’est le plus grand squat d’Amérique Latine, un véritable bidonville vertical.
Severino de Sousa est arrivé le premier. A 56 ans, ce « cartoneiro » est un pilier du squat. Pour faire vivre sa famille, il trie les poubelles et revend les déchets aux usines de recyclage. Au milieu des ordures, Severino a sauvé des centaines de livres pour créer la bibliothèque du 911. En 6 ans, il a rassemblé plus de 10 000 livres.
Brasiliano da Silva vend des boissons sur les voies rapides de Sao Paulo. Il en profite pour recommander ses livres préférés. La littérature l’aide à rêver d’un monde meilleur.


Le 911 a sa propre loi. Tous doivent la respecter sous peine d’être remis en place par le conseil des habitants qui se réunit une fois par semaine. Le concierge s’occupe du courrier, les gardiens se relayent pour sécuriser l’entrée, on nettoie les parties communes à tour de rôle. Loin des violences des rues de Sao Paulo, tous trouvent un refuge et peut-être même des mots pour se battre.

A lui seul, le squat 911 s’assimile à une réussite et montre à quel point une société marginale, solidaire, peut s’organiser pour sa liberté.

Le photographe brésilien Julio Bittencourt a rendu hommage aux résidents de cet immeuble en les immortalisant, dans le cadre de leur fenêtre - symbole de vie -, pour des moments empreints d’humanité et de dignité avant que tous soient expulsés en 2007 pour …. « raisons politiques » !!!

13/08/2011

Il y a 50 ans, le mur de Berlin

Entre 1949 et 1961, près de 2,7 millions de citoyens avaient quitté la RDA et Berlin-Est. Cet exode, composé pour la moitié de jeunes de moins de 25 ans, amplifiait les problèmes du pays pour le SED (ndlr : parti socialiste unifié). Tous les jours, plus d'un demi-million de personnes passaient la frontière entre les secteurs d'occupation de Berlin et comparaient ainsi les conditions de vie. En 1960 seulement, environ 200.000 citoyens de RDA s'étaient installés définitivement en RFA ou à Berlin-Ouest. La RDA se trouvait au bord de la faillite économique.


Le 15 juin 1961, le président du conseil d'état de RDA, Walter Ulbricht, avait déclaré: "personnes n'a l'intention de construire un mur". Et pourtant, le 12 août 1961, le conseil des ministres de RDA annonça: «un dispositif de contrôle aux frontières de la RDA avec l'Allemagne de l'Ouest et les secteurs d'occupation occidentaux à Berlin, tel qu'il est pratiqué par tous les états souverains, sera mis en place, afin de mettre un terme aux activités hostiles du pouvoir militaire rancunier de l'Allemagne de l'Ouest et de Berlin-Ouest». Nulle mention ne fut faite dans cette déclaration du conseil des ministres quant au fait que les citoyens de RDA n'aurait plus le droit de quitter les frontières de leur pays.

construction du mur de berlin,rda - rfa

Au petit matin du 13 août 1961 des barrages provisoires furent mis en place autour du secteur d'occupation soviétique et les routes d'accès coupées. Des détachements de la police militaire, de la police des transports et des milices ouvrières stoppèrent le trafic à la frontière avec les secteurs occidentaux de la ville. Ce n'est sûrement pas sans arrière-pensée que le SED avait choisi un dimanche pendant les congés d'été pour exécuter son opération.

Au cours des jours et semaines qui suivirent, les barrages barbelés provisoires déployés à la frontière avec Berlin-Ouest furent remplacés par un mur en dalles béton renforcé de briques creuses, monté par des ouvriers sous étroite surveillance des gardes-frontières de RDA. Les bâtiments limitrophes, tels que les immeubles de la Bernauer Straße, où le trottoir se situait dans l'arrondissement de Wedding (donc à Berlin-Ouest), et les rangées sud d'immeubles dans l'arrondissement Mitte (donc à Berlin-Est), furent tout simplement intégrés dans le dispositif de séparation entre les deux moitiés de la ville. Avec une opération coup de poing, les autorités de RDA firent murer les entrées d'immeubles et les fenêtres des rez-de-chaussée. Les habitants concernés ne pouvaient accéder à leurs logement que par les cours intérieures qui se trouvaient en territoire de RDA. C'est ainsi que de nombreux logement furent évacués de force dès 1961, non seulement dans la Bernauer Straße, mais aussi dans d'autres quartiers frontaliers.

Avec la construction du mur, certaines places ou quartiers entiers furent divisés abruptement d'un jour à l'autre, et le réseau suburbain de transports publics fut en partie neutralisé. Le soir du 13 août, le maire de Berlin déclara dans une allocution publique, devant le chambre des députés: «(...) Sous les yeux du monde entier, le sénat de Berlin condamne les mesures inhumaines et illégales adoptées par ceux qui veulent séparer l'Allemagne, opprimer Berlin-Est et menacer Berlin-Ouest (...).»

Le 25 octobre 1961 fut le jour de la confrontation des chars d'assaut américains et soviétiques devant le poste-frontière pour ressortissants étrangers de Friedrichstraße (Checkpoint Charlie): les gardes-frontières de RDA avaient exigé de contrôler des représentants des forces alliées occidentales, qui s'apprêtaient à rentrer dans la zone d'occupation soviétique. Pour les américains, cette consigne était attentatoire au principe de libre circulation des forces alliées dans la ville occupée. 16 heures durant, les deux puissances nucléaires restèrent ainsi figées, face à face, avec des blindés séparés de quelques mètres seulement. Le monde entier redouta la guerre. Mais un jour plus tard, les forces en présence se retirèrent. Grâce à l'intervention diplomatique du président américain Kennedy, le chef d'état et du parti soviétique Chruschtschow avait fini par reconnaître officiellement le statut d'occupation quadripartite de Berlin.

Par la suite, le dispositif de séparation fut étoffé et les contrôles aux frontières perfectionnés. A l'intérieur de Berlin, le mur qui séparait la partie Est de la partie Ouest, s'étendait sur 43,1 kilomètres. La portion extra-urbaine de séparation entre Berlin-Ouest et la RDA mesurait 111,9 kilomètres. Entre 1961 et 1989, plus de 100.000 personnes ont essayé de fuir la RDA en franchissant la frontière entre les deux Allemagnes ou le mur de Berlin. Plus de 600 fugitifs ont été abattus par les gardes-frontières de RDA, ou ont trouvé la mort autrement. On dénombre au moins 136 morts autour du seul mur de Berlin au cours de cette période. Source

10/08/2011

Auto décomposition

Qui parle encore du  Glass Steagal Act, mis en place par Roosevelt en 1933, qui instaurait une séparation des banques de dépôts et des banques d'investissement ? De fait, seules les banques de dépôts étaient garanties par les états, assurant les dépôts des particuliers. Les risques pris par les banques d'investissement étaient supportés par les actionnaires. 

Cette loi a été abolie par Clinton en 1999 sous la pression des lobbies bancaires américains. La suite a été extrêmement rapide : les banques d'investissement sont devenues aussi des banques de dépôts et ont pu prendre des risques insensés, assurées que les états ne les laisseraient pas faire faillite à cause des déposants particuliers. On a pu le vérifier en 2009, soit 10 ans après l'abolition du Glass Steagal Act. Et le lobbie bancaire est toujours très puissant et influant puisque peu de politiques en parle. Sont-ils complices ou incompétents, ou les deux ?

crise financière,wall street,glass steagal act,auto décoposition du capitalisme

De toute façon, effet domino, contagion, mimétisme, inconscience…, tous les «émeutiers» de Londres, Athènes ou Mogadiscio n’ont pas les mêmes motivations ni les mêmes méthodes, mais tous participent de l’auto décomposition du système dans lequel nous sommes nés.

Les droits économiques, culturels et sociaux n’ont pas fini d’en faire les frais. Sont-ils dissociables de ce système ?...

15/07/2011

Pour un défilé citoyen du 4 août

Eva Joly s’est donc attaqué au narcissisme franco-français. Elle a parlé de son envie de voir un défilé citoyen prendre peu à peu la place d’une parade de chars et d’hommes en armes convoqués sur les champs enlisés (Canard Enchaîné) pour rendre hommage à une Nation qui devrait se sentir plus menacée par les armées étrangères que par les marchés financiers et autres agences de notation.

eva joly,14 juillet,4 août

Soit. Laissons tomber le 14 juillet, ses bals et ses feux d’artifice dédiés aux familles de militaires endeuillées et faisons en sorte que le 4 août soit la fête de tous les citoyens souhaitant abolir les privilèges à commencer par celui qui consiste à payer ses impôts à l'étranger sous couvert "d'optimisation fiscale". Chiche ?

Le chef d’escadrille, premier fusible de France, en a profité pour mettre en doute la connaissance  que pouvait avoir Eva Joly des traditions hexagonales et pour pointer sa bi-nationalité. Il en aura sans doute oublié que l’antimilitarisme est une vieille histoire, une très ancienne tradition et que Georges Brassens, très apprécié de feu le général Bigeard, en avait fait, lui aussi, une chanson intitulée « Les deux oncles ».


Brassens - les deux oncles par cheshirecatfr

14/07/2011

Words... Words... Words...

Léo Férré porté disparu, seulement disparu, le 14 juillet 1993.

Il disait : "L'anarchie, c'est la révolte permanente contre soi-même et contre l'extérieur. Il y a en fait très peu d'anarchistes. L'anarchie, ce n'est pas le révolver, mais une rébellion intérieure, que l'on exprime par le regard et par la parole. L'anarchie, c'est l'extrême solitude." (source)


Une chanson dédiée aux étrangers sur un texte de Baudelaire.

Un autoportrait, un miroir, un excès de lucidité ?

Avant d’être une solution collective, l'anarchie commence par la remise en question de soi-même. Ce que, la plupart de ceux qui prétendent nous gouverner, au prétexte le plus souvent fallacieux de défendre l'intérêt général, sont incapables d'envisager. J’aimerais bien être cet anarchiste dont parle Baudelaire dans cette chanson « L’Etranger » interprétée par Léo Férré. Mais, de même que les nuages ne maîtrisent pas les vents qui les poussent, « la remise en question de soi-même », n'est pas un exercice si facile et dans ces conditions, la démocratie ne peut être qu'un choix "par défaut" ou pire, un choix partisan très éloigné de la Liberté.

« Ils ont voté ils voteront comme on prend un barbiturique
Et ils ont mis la République au fond d'un vase à reposer
Les experts ont analysé ce qu'il y avait au fond du vase
Il n'y avait rien qu'un peu de vase. »
Léo Férré, La Violence et l'ennui (1980), Words... Words... Words...

11/07/2011

Effectivité des droits des femmes : discours et réalité

La Loi n° 2010-769 du 9 juillet 2010 relative aux violences faites aux femmes, aux violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants reste très imparfaite. D’où le communiqué de la LDH, basé sur un exemple concret et qui souligne sur ce thème l’écart existant entre discours et réalité.

violences faites aux femmes
Une loi sans effet

« A Nantes, le 9 juin dernier, la dissolution de l’association féministe « D’une rive à l’autre » a dû être votée.
Depuis 1996, l’association « D’une rive à l’autre » assurait accompagnement et soins des personnes victimes de violences sexuelles, aidait les victimes à porter plainte, se reconstruire et se réinsérer.

L’association avait développé un projet pilote de formation des professionnels, de recherche et d’élaboration. La dernière assemblée générale a encore mis en évidence la richesse de l’activité de l’association et l’investissement de ses militantes et psychologues.

Ces dernières années déjà, les subventions avaient diminué. En 2010, année décrétée par le Premier ministre « année contre les violences faites aux femmes », l’Etat a cessé de financer l’association. Malgré la création d’un comité de soutien, les mobilisations diverses et les interpellations, l’Etat a confirmé son désengagement. Il n’y aura donc plus de lieu d’accueil et de suivi, pour les personnes agressées sexuellement et violées dans le département concerné. Ce sont toutes les femmes mais aussi l’ensemble de la société qui y perd.

Le viol est un fait social. Les violences sexuelles, formes ultimes d’un rapport de domination, sont intolérables et bafouent les droits humains. La Ligue des droits de l’Homme dénonce le désengagement de l’Etat dans le financement de cette association. Les violences faites aux femmes ne sont toujours pas reconnues comme un problème politique majeur, ce qui constitue, de fait, une discrimination dans la garantie de l’effectivité des droits.

La LDH s’insurge contre la politique d’abandon par l’Etat des associations de terrain, politique qui conduit au délitement de la vie associative, au recul des droits sociaux, en particulier de la santé publique. Les femmes, une fois de plus, en font ici les frais. »

Paris, Nantes, le 11 juillet 2011

Pétition

D’UNE RIVE A L’AUTRE
4 rue Vauban
44000 Nantes
Tel: 02 51 82 36 85
dral.nantes@sfr.fr

30/06/2011

Dette illégitime

Sous les yeux de Standard & Poor's, Moody's et quelques autres agences de notation qui conseillent les investisseurs et autres rentiers de la dette sur les risques boursiers, un documentaire produit par le public, « Debtocracy » cherche les causes de la crise de cette dette et propose des solutions. Ce qui se passe en Grèce est bien sûr très largement reproductible.

A moins d’abandonner ce qui lui reste de crédit et en regard de la crise grecque, la gauche française devrait se trouver dans une obligation de cohérence et d’honnêteté avec elle-même. Pour commencer il lui faut définir publiquement ses marges de manœuvre, comme une façon de faire preuve de courage avant de pouvoir peser avec une chance de succès sur une économie sociale et solidaire à échelle européenne et plus si affinités.

 

Tout le monde n’est pas du même avis et, sur le terrain,
on est apparemment loin du consensus et des discours démagogiques !

 

17/06/2011

En Iran, le FMI "termine le job"

Y-a-t-il une justice économique compatible avec un minimum de décence ? Les hauts fonctionnaires du FMI, au nom de la « stabilité du système monétaire international », n’en sont plus à leur première infamie. La pire de toutes, c’est le silence qui entoure les pays où le marché de la mort frappe à huis clos.

Iran : 155e pendaison de l'année eeeee
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Mercredi, 15 Juin 2011 08:55 

Iran Manif- Un Iranien a été pendu dans une ville du sud de l'Iran, a rapporté mercredi le site de la télévision d'Etat. Aucune précision n'a été donnée sur l'identité de l'accusé. Cette pendaison porte à 155 le nombre d'exécutions menées en Iran depuis le début de l'année, indique l'AFP. En général quand le régime ne donne aucune indication sur l'identité de la victime, il s'agit d'un manifestant arrêté lors du soulèvement ou d'un prisonnier politique de plus longue date. L'appareil de propagande des mollahs se fait fort de salir l'image de ses victimes pour ne soulever aucune vague dans l'opinion publique internationale. Qui en effet aurait des états d'âme pour un violeur d'enfant ou un trafiquant de drogue ?

fmi,iran,pendaison

Or en premier lieu c'est de peine de mort qu'il s'agit, et les démocraties qui l'ont abolie doivent s'élever contre son usage ailleurs dans le monde. Ensuite au rythme où vont les exécutions en Iran, c'est de crime contre l'humanité qu'il s'agit.

Garder le silence ou reprendre à la lettre la propagande officielle, comme le font regrettablement certaines agences de presse par pur souci de conserver quelqu'un sur place, c'est soit taire un crime contre l'humanité, soit y participer.

Le philosophe français Jankelevitch disait avec raison que c'est en soi un autre crime contre l'humanité. Il serait temps que la presse se pose des principes déontologiques face au phénomène de propagande, qui plus est intégriste.


 

Le FMI félicite l'Iran pour sa réussite dans la réduction des inégalités

©AFP / 13 juin 2011 22h33

Washington - Le Fonds monétaire international a félicité lundi l'Iran pour sa réussite dans la réduction des inégalités, six mois après la mise en œuvre d'un ambitieux plan de suppression des subventions à l'énergie.
Le 18 décembre, le président Mahmoud Ahmadinejad avait annoncé la fin dès le lendemain de ces subventions, avec pour effet un bond du prix de l'essence compris entre 75 et 300%, ou encore une multiplication de celui du gazole par neuf, et de ceux de l'électricité, de l'eau et du gaz par trois à cinq.
Les prix de l'alimentation avaient augmenté en parallèle. Au total, l'inflation était passée de 10,1% sur un an en décembre à 14,2% en mai.
Mais, pour le FMI, ce plan qui a supprimé près de 60 milliards de dollars de subventions annuelles (l'équivalent de 15% du produit intérieur brut) et était conçu pour donner aux biens leur prix véritable, a été au final une réussite.
La redistribution, sous forme de versements aux ménages, des recettes tirées des hausses de prix a été efficace pour réduire les inégalités, améliorer le niveau de vie et soutenir la demande intérieure, a estimé le FMI, dans un communiqué publié à l'issue d'une mission d'évaluation d'une dizaine de jours en Iran.
La hausse des prix de l'énergie a déjà fait baisser la consommation domestique excessive d'énergie et le gâchis qu'elle occasionnait, a-t-il poursuivi.
Le FMI a reconnu que cette réforme avait à court terme ralenti la croissance mais a estimé qu'elle devrait considérablement améliorer les perspectives à moyen terme pour le pays.
Il lui a recommandé une réorientation globale de l'économie vers des produits, des services et des techniques de production moins gourmands en énergie et de poursuivre les efforts d'amélioration du climat des affaires afin de soutenir la création d'entreprises et d'emplois nouveaux.

25/05/2011

Le manifeste de la Puerta del Sol

Et pendant que nous assistons médusés aux sempiternelles et prévisibles petites histoires hexagonales, la parole est à ceux qui ont eu le courage et l’énergie de la prendre.

Voici le manifeste que les manifestants de la Puerta del Sol à Madrid ont rendu public. Il est traduit ici par Jean-Paul Brodier. D’autres traductions existent. Toutes expriment un espoir et la rage de le voir débouché sur la réalité. Exemplaire à plus d’un titre, et si nous nous en inspirions ?...

manifeste de la puerta del sol

« Nous sommes des gens ordinaires

« Nous sommes des gens ordinaires. Nous sommes comme vous : des gens qui se lèvent chaque matin pour étudier, travailler ou trouver un emploi, des gens qui ont une famille et des amis. Des gens qui travaillent dur pour procurer un avenir meilleur à ceux qui les entourent.

Certains parmi nous se considèrent progressistes, d’autres conservateurs. Certains parmi nous sont croyants, d’autres non. Certains parmi nous ont des idéologies bien définies, d’autres sont apolitiques, mais nous sommes tous inquiets et en colère au sujet du paysage politique, économique et social que nous voyons autour de nous : corruption parmi les politiciens, les hommes d’affaires et les banquiers qui nous laissent sans recours et sans voix.

Cette situation est devenue la norme, une souffrance quotidienne, sans espoir. Mais si nous assemblons nos forces, nous pouvons la changer. Il est temps de changer les choses, temps de construire ensemble une meilleure société. C’est pourquoi nous affirmons fortement que les priorités de toute société avancée doivent être le progrès, la solidarité, la liberté de la culture, la durabilité et le développement, le bien-être et le bonheur des peuples.

Voici des vérités inaliénables auxquelles nous devrions nous attacher dans notre société : le droit au logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à la participation à la vie politique, à la liberté du développement personnel, les droits des consommateurs pour une vie heureuse et en bonne santé.

L’état actuel de notre gouvernement et de notre système économique ne se soucie pas de ces droits et de beaucoup de façons s’oppose au progrès humain. »

« La démocratie appartient au peuple »

« La démocratie appartient au peuple (demos = peuple, kratos = force), cela signifie que le gouvernement est composé par chacun de nous. Toutefois, en Espagne, la majorité de la classe politique ne nous écoute même pas. Les politiciens devraient porter notre voix aux institutions, permettre la participation des citoyens à la politique par des canaux directs qui apportent les plus grands bénéfices à l’ensemble de la société et non pas s’enrichir et prospérer à nos dépens, à l’écoute exclusive de la dictature des principales puissances économiques, ni les maintenir au pouvoir dans un bipartisme conduit par les acronymes inamovibles PP & PSOE.

L’appétit de puissance et d’accumulation de quelques-uns crée les inégalités, les tensions et les injustices, lesquelles conduisent à la violence, que nous rejetons. Le modèle économique anti-naturel et obsolète pousse la machine sociale dans une spirale de croissance qui la consume elle-même, enrichit quelques-uns et plonge les autres dans la pauvreté. Jusqu’à l’effondrement.

L’intention et l’objet du système actuel est l’accumulation d’argent, sans égard pour l’efficacité ni le bien-être de la société. Gaspillage des ressources, destruction de la planète, création de chômage et de consommateurs malheureux. »

« Je sais qu’ensemble nous pouvons »

« Les citoyens sont les rouages d’une machine conçue pour enrichir une minorité qui ne tient pas compte de nos besoins. Nous sommes anonymes, mais sans nous rien de cela n’existerait, parce que nous sommes les moteurs du monde.

Si, en tant que société, nous apprenons à ne pas confier notre avenir à une économie abstraite, qui ne restitue jamais les bénéfices à la majorité, alors nous pouvons mettre fin aux mauvais traitements dont nous souffrons tous.

Il faut une révolution éthique. Au lieu de placer l’argent au-dessus des êtres humains, nous le remettrons à notre service. Nous sommes des gens, pas des produits. Je ne suis pas le produit de ce que j’achète, pourquoi je l’achète et à qui je l’achète.

Pour tout ce qui précède, je suis indigné. Je pense que je peux le changer. Je pense que je peux aider. Je sais qu’ensemble nous pouvons. Je pense que je peux aider.
Je sais qu’ensemble nous pouvons. »

 

24/05/2011

Irrésistible, le veau d’or ?

Petit sondage artisanal et non financé à l’usage de ceux qui aimeraient s’approcher au plus près d’une gouvernance respectueuse des Droits de l’Homme.

  1. Quels sont les partis qui, par l’intermédiaire de leur leader en lice pour les prochaines élections présidentielles, répondent et répondront de façon crédible et prioritaire aux intérêts du Bien commun de l’électorat qu’ils se supposent plutôt qu'à ceux des élites économiques et financières qui les rétribuent ?
  2. Quels sont les partis qui, par l’intermédiaire de leur leader en lice pour les prochaines élections présidentielles, sont en mesure de concilier, à condition que cela soit possible, démocratie et oligarchie ?
  3. Quels sont les partis qui, par l’intermédiaire de (etc, etc…) , sont les mieux à même de faire émerger d’autres héros que ceux qui incarnent une réussite sociale ostensiblement basée sur l’argent ?

Irrésistible, le veau d'or.jpg

Les réponses sont à usage strictement personnel et ne sont pas destinées aux médias qui ne sauraient qu’en faire puisque c’est eux qui aujourd’hui les donnent.

Cela dit, les participants au forum organisé par la Ligue des Droits de l’Homme à La Seyne s/mer le 22 mai 2011 ont tenté d’en donner une :

Pour améliorer a minima notre démocratie, imparfaite par essence, la nécessité est d'inclure dans les programmes de gouvernement - notamment ceux qui sont les mieux disposés à respecter les Droits économiques et sociaux -, d’y inclure donc les engagements contenus dans l’appel aux jeunes générations prononcé le 14 mai 2011 sur le plateau des Glières qui est bien autre chose qu’une simpliste et monotone incantation.

A savoir :

  • « (…) reconstituer les services publics et institutions créés à la Libération pour aller vers une véritable démocratie économique et sociale. (…) »
  • « (…) séparer clairement les pouvoirs et renforcer la démocratie parlementaire au détriment de notre régime présidentiel personnalisé. Développer de nouvelles pratiques de la démocratie dans laquelle l'action de la société civile sera reconnue, et restaurer les conditions du principe d'ailleurs défini à l'article 2 de la constitution actuelle : « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Garantir la qualité du débat démocratique et la fiabilité des contre-pouvoirs, en assurant à nouveau l’indépendance des médias. (…) »
  • Se positionner sur l’échiquier international pour « (…) Favoriser résolument des solutions soutenables pour les équilibres écologiques (…) », et pour « s’opposer à l'actuelle dictature internationale des marchés financiers (…). »

Ce préalable à trois têtes, tout à fait réalisable, n’est pas négociable. A noter qu’en regard du dernier point de l’appel, on ne voit pas très bien pourquoi il faudrait soutenir, ne serait-ce que par inadvertance, la candidature de Mme Lagarde au FMI, candidature très éloignée de l'espoir suscité par la démocratie réelle.

 

18/05/2011

Le disque est rayé.

Avant qu’il ne soit retenu par la justice newyorkaise, et qu'il soit dans l'obligation de défendre son seul avenir, nous aurions tant aimé que DSK prenne le temps de s'intéresser un peu à l'actualité. A l'évidence, celle-ci ne l'aura pas suffisamment préoccupé. Avant l'épisode du Sofitel, nous aurions tant aimé par exemple :

  • Qu'il fasse preuve d'un peu plus d'empathie à propos des révolutions arabe ;
  • Qu’il s’émeuve tant soit peu des problèmes environnementaux ;
  • Qu’il se prononce, toute judéité mise à part, sur le moyen orient qui n’en finit pas de saigner et de crier à l'injustice ;
  • Qu’il tempère l’ardeur des agences de notations qui n’ont pas hésité, et n'hésitent toujours pas à pénaliser des pays en pleine recherche d’équilibre démocratique ;
  • Qu’il justifie les objectifs et les moyens mis en oeuvre par le FMI dans le redressement des dettes souveraines ;
  • Qu’il donne son avis sur l’actualité d’un programme issu d’un Conseil National de la Résistance, adapté au XXIème siècle et à une Europe sociale ;
  • Qu’il nous donne des nouvelles de son ami Denis Kessler, ex vice président du MEDEF ;
  • Qu’il s’autorégule au propre comme au figuré etc, etc.

Nous aurions tant aimé discuter de tout cela lors du débat suivi d'un vote pour les primaires socialistes.

Nous aurions tant aimé que ses amis politiques ne nous vendent pas sa candidature comme certaine et obligée alors que nous étions nombreux à très objectivement ne pas la souhaiter.

Changer de disqueAu lieu de cela, sans doute mal conseillé et mal protégé, DSK déambulait les mains dans les poches, désinvolte et dodelinant du torse sans seulement s’apercevoir que des peuples existaient et qu’ils auraient souhaité, au même titre que la carrosserie d'une voiture de luxe, être au moins respectés par les oligarques et les lois d’un marché dérégulé qui vont avec, conçues pour eux et seulement pour eux. C’est vraiment peu dire que la gauche, dans son ensemble, ne pouvait pas s’identifier à lui, ni à l’un de ses clones.

Le disque est rayé.

Présumé innocent ? Et alors ? Comme l’entraîneur de l’équipe de France de football, dans un autre contexte et pour d’autres raisons très détestables, il doit s’en vouloir énormément.
De quoi ? Il est le seul à le savoir et nous lui en voulons, nous, qu'il ne soit plus en situation d’expliciter SA vision d’une République sociale.

Aujourd’hui encore, ses indéfectibles soutiens, FMInistes inclus, pour combler leur amertume de s’être à ce point « plantés » sur un individu dont la pulsion prime sur l’ambition et l’ambition sur la respectabilité (présumée elle aussi) de tout responsable politique, vont jusqu’à recruter dans leurs rangs des BHL outrés ou des tenants d'un conspirationnisme sans fondement. Ils sont bien entendu nombreux, comme toujours, en face d'un fait divers aussi inexplicable que surprenant et déstabilisant.

On pourra toujours s'émouvoir du drame humain dans lequel sont plongés les protagonistes directs et indirects de cette affaire.
Mais dans les circonstances actuelles, il est urgent que les prétendants socialistes à l’alternance s’affranchissent de leur sidération aussi bien que de celui qui en est à l'origine et s’engagent vraiment très vite, pour 2012, sur les seules questions qui vaillent encore et toujours
et qui tournent autour des principes de redistribution, d’égalité réelle, de justice, de retour à la séparation des pouvoirs, de restauration des services publics … etc, le tout derrière une candidature d’alternance affichée et non faussée.

Dans le cas contraire, la communication orchestrée par les médias qui pourrait prévaloir pendant la campagne présidentielle serait des plus désastreuses pour un PS pris entre un remake sordide du « Journal d’une Femme de Chambre » et une suite idyllique à « Mary Poppins » par embryon présidentiel interposé. Le spectacle vient de commencer. Reste à éviter le pire : l'absence de la gauche pour un second service 2012.

15/03/2011

"Petits soldats contre l'avortement"

La campagne anti-avortement récemment menée par un professeur d’histoire-géographie dans un lycée de Manosque justement dénoncée grâce à la vigilance de parents d’élèves. Sorti du cartable de cet enseignant « provie » : un vidéo-montage de fœtus manipulés, agrémenté d’un message religieux en provenance des caves du Vatican. La vidéo s’intitule «Inutile d'argumenter». De fait, elle est insoutenable et indiscutablement écœurante.

caroline fourest,no need to argue,anti avortement,laïcité

A partir de ce dérapage dont on a pu, à tort, minimiser la portée, et à la demande de parents d’élèves, un collectif s’est constitué. Outre les parents d’élèves, il regroupe les associations aussi diverses que : Ligue des Droits de l'Homme 04; Femmes solidaires ; CGT Education ; Sud Education ; UFAL; FCPE.

caroline fourest,anti avortement,laïcité

Simultanément Caroline Fourest qui avait été alertée de cette dérive anti IVG, a été la première à réagir et à s’associer à notre indignation.
Son point de vue, très largement partagé a été enregistré ici
(1) & (2) .Il sera repris et développé le 11 avril sur Canal + à travers un film intitulé "Des petits soldats contre l'avortement".

Depuis le début de l’année, par le biais de lettres et de pétitions, notre collectif a donc demandé au ministre de l’Education nationale que ce cas de prosélytisme à l’intérieur de l’école de la République ne puisse se reproduire où que ce soit sur l’ensemble du territoire.

Une audience a été demandée au rectorat pour connaître les dispositions prises à cet effet. Le Recteur a été invité à venir en débattre. Pas de réponse.

Pourtant, cette évidente atteinte à la laïcité, complaisamment regardée par le ministère et ses rectorats, a pour conséquences de porter préjudice

  • Au droit des femmes à disposer de leur corps et de leur vie
  • A celui des enfants, qui ont été traumatisés et surpris dans leur apprentissage de la citoyenneté
  • A l’art. 2 de la constitution découlant directement de la loi de 1905, à la loi Veil et à tout un panel de décrets et règlements pour, en principe, les faire respecter
  • A la neutralité qui doit prévaloir dans le service public de l’Education nationale, à moins de vouloir en pervertir la mission en vue d’une privatisation future.

Cette atteinte va donc au-delà d’un simple fait divers isolé.

A cela s’ajoute l’actualité qui favorise des commentaires amalgamant racines chrétiennes, identité nationale, Islam et laïcité, et ce au moment même où l’on peut s’attendre à accueillir un nouveau flux de migrants préventivement discriminés pour satisfaire les phobies d’une extrême droite que l’on dit euphorique.

Bizarrement, à l’heure des Tea Parties, tout le monde semble avoir oublié ou vouloir oublier que la laïcité peut très bien être mise en danger par des intégristes se réclamant de l’Eglise catholique à l’intérieur même de l’école de la République.

Dans ces conditions, pour débattre de la laïcité dans l’Education Nationale, il nous faut nécessairement éviter d’être confus et, pour commencer, ne pas tomber dans le piège d’un énième débat sur l’Islam qui n’a pas été identifié dans les faits qui nous ont amené à organiser cette réunion.

Pas question non plus de faire de procès ad hominem, en l’occurrence celui d’un professeur prosélyte et fier de l’être, puisque c’est au rectorat et au ministère concerné de mettre de l’ordre dans leurs règlements intérieurs, de veiller à recruter des enseignants indemnes de toute connivence intégriste, et de prendre des mesures pour garantir la neutralité et la survie du service public.

L’objectif du collectif consiste plutôt à plaider pour une mobilisation forte et aussi unitaire que possible autour du principe de laïcité débarrassé de tout qualificatif qui l’affaiblirait : la laïcité telle qu’elle est inscrite dans notre constitution et rien d’autre.

«La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.»

Il ne s’agit pas de réévaluer ce principe sur le dos de telle croyance communautarisée ou sur telle autre, mais de le défendre hors de toutes polémiques et instrumentalisations partisanes et douteuses.

A minima, on partagera au moins cette évidence : l’Education nationale doit être un lieu privilégié pour faire l’apprentissage du vivre ensemble.

Comptes-rendus dans la presse : 1 - 2 - 3

17/02/2011

L'imperceptible patron du FMI

Ou «le candidat qui fait gonfler plus vite que la cortisone» (syndrome de Cushing).

Octobre 2010, RMC : A la question des animateurs « Que pensez-vous de Dominique Strauss-Kahn», J-F. Copé répond :

« DSK... DSK est pour nous un adversaire d'autant plus difficile qu'il incarne une gauche moderne dont les idées sont très proches des nôtres. Je rappelle qu'il est le seul à gauche à avoir dit que la réforme des retraites (de l'actuel gouvernement) était une bonne réforme. »

Le document «DSK mis à nu… peut-il incarner l’alternative ? - (marianne2.fr) » du 23 avril 2010 ayant été "opportunément" supprimé, il reste heureusement des traces. Parfois mémorables, parfois indigestes, souvent honteuses.

FMI, Droits de l'Homme,DSK

Avant d’avoir joué aux primaires et sous prétexte d'une victoire à tout prix, si les électeurs du PS acceptaient de "se payer DSK" modèle FMI modifié 2008 et partisan d’une gouvernance mondiale sans base électorale, ça ne serait pas pour «faire dans le social», ni pour éteindre les angoisses belliqueuses d’Israël et encore moins pour priver le secteur bancaire de ses réflexes pro-spéculation.
Preuve qu’une carte au PS (ou ailleurs) ne vaut pas plus qu’une relative et modeste cotisation, la biographie d’Hortense Paillard publiée dans «La République des Lettres» est assez claire sur le sujet. Ce n’est surement pas la seule.

Et à force de répéter que les candidats au second tour de 2012 sont déjà connus, la bulle DSK risque d’éclater plus vite que prévu. Ce serait tant mieux pour ceux qui sont qualifiés d'outsiders par le cœur des médias.

10/02/2011

Coup d’Etat médical ?

Une liste de revendications des manifestants de la place Tahrir a été mise sur Internet qui appelle au renversement du régime Moubarak. Avec en première place, la démission du président égyptien.

Le blogueur Wael Khalil liste ces revendications :

  1. Démission du président Mohammed Hosni Moubarak
  2. Annulation de l'état d'urgence
  3. Démantèlement du service secret d'Etat
  4. Annonce par (le Vice-Président) Omar Sulieman qu'il ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle
  5. Dissolution du Parlement et du Conseil de la Choura
  6. Libération de toutes les personnes emprisonnées depuis le 25 janvier
  7. Fin du couvre-feu pour que la vie reprenne son cours dans le pays
  8. Démantèlement du corps de vigiles de l'université
  9. Déférer les responsables des violences contre les manifestants pacifiques depuis le 25 janvier et des brutalités organisées qui ont suivi le 28 janvier, devant une commission d'enquête
  10. Renvoi d'Anas El Fiqi (ministre de l'information) et arrêt des attaques contre les manifestants dans les médias propriétés du pouvoir par menaces et accusations d'être des traîtres, et cessation de l'incitation à la haine des étrangers dans les rues
  11. Indemnisation des commerçants de leurs pertes pendant le couvre-feu
  12. Annonce des revendications ci-dessus à la radio-télévision gouvernementale

Pour ce qui est de la première revendication, à moins qu’une démission soit incessamment annoncée, il semble que l’on s’oriente vers une sorte de coup d’état médical, l’Allemagne s’apprêtant à accueillir Hosni Moubarak pour raison de santé jusqu’à ce que de nouvelles élections aient lieu en Egypte en septembre.

Mais cette nouvelle, si elle devait être confirmée, ne résoudrait pas la question de la sortie du régime et ne ferait sans doute pas disparaître la peur de la brutalité et de la corruption de la police installée en Egypte depuis au moins 1981 et plaisamment dénoncée ici et entre autres par Youssef Chahine dans « Le Chaos » en 2007

C’est la raison pour laquelle une autre des revendications des manifestants de la place Tahrir est la levée de l’état d’urgence (point n°7), en place depuis l’assassinat du président Anouar el-Sadate. « Il le faut, faute de quoi nous ne serons jamais en sécurité. Nous pouvons être arrêtés à n’importe quel moment », note un enseignant d’une trentaine d’années, négociateur avec les représentants du régime, qui s’exprime sous le couvert de l’anonymat.
L’état d’urgence permet de mettre en musique la répression, donnant des pouvoirs considérables à la police tout en limitant le droit de manifester et de s’organiser politiquement.
Selon la militante des droits de l’Homme Heba Morayef, les informations faisant état d’arrestations pour violations présumées du couvre-feu ou de harcèlement policier sont quotidiennes.

Les occupants de la place Tahrir affirment ne pas pouvoir quitter cette place parce qu'ils n'ont pas confiance dans le régime. « Si nous partons, la police reviendra ». Beaucoup de manifestants voient en effet mal comment le régime pourrait être démantelé par ceux-là mêmes qui l’ont inventé tel qu’il est pour leur propre bénéfice. Nommé au poste de vice-président pour s’occuper de la crise, le général Omar Souleimane, ex-patron des services de renseignement, est ainsi vu par les contestataires comme l’incarnation et l’âme damnée de Moubarak. Il sera sans doute désigné pour lui succéder au moins de façon transitoire. Une fois de plus, on peut se poser la question de savoir dans quel camp se rangera alors l’armée et si la population peut avoir le dernier mot.

(Après revue des agences de presse)

30/01/2011

Hommage à Abou El Kacem Chebbi

La révolution tunisienne couvait comme le feu sous la tourbe. Elle se répand et se propage aujourd’hui comme une trainée de poudre. Les peuples opprimés, de ce côté-là le la méditerranée se battent pour leur Liberté. Beaucoup disent que pour le pain, ils verront plus tard. C’est leur leçon et c’est en cela qu’elle est exemplaire. La liberté passe avant le consumérisme et c'est si vrai que les deux termes sont incompatibles.

Abou El Kacem Chebbi  (né le 24 février 1909 à Tozeur et mort le 9 octobre 1934 à Tunis), avait écrit «La volonté de vivre» à Tabarka le 16 septembre 1933. Il aura fallu attendre l’hiver 2010 pour que les masques et les chaines tombent comme il l’avait prédit. Leur cliquetis sonnent peut-être l’heure de la délivrance sur tout le pourtour de la méditerranée. C’est l’heure où la générosité du désespoir affronte à mains nues l’armure des intérêts géostratégiques et les politiciens tyrans et rapaces. Ici, en Europe, on ne peut que vibrer et trembler pour que cette « volonté de vivre » puisse enfin triompher sans que les religions, les partis et les opportunistes s’en approprient paternité et bénéfices.

Abou El Kacem Chebbi, Tunisie, la volonté de vivre

La Volonté de Vivre

« Lorsqu'un jour le peuple veut vivre,
Force est pour le Destin, de répondre,
Force est pour les ténèbres de se dissiper,
Force est pour les chaînes de se briser.
Avec fracas, le vent souffle dans les ravins,
au sommet des montagnes et sous les arbres disant :

"Lorsque je tends vers un but,
je me fais porter par l’espoir
et oublie toute prudence ;
Je n’évite pas les chemins escarpés
et n’appréhende pas la chute
dans un feu brûlant.
Qui n’aime pas gravir la montagne,
vivra éternellement au fond des vallées".

Je sens bouillonner dans mon cœur
Le sang de la jeunesse
Des vents nouveaux se lèvent en moi
Je me mets à écouter leur chant
A écouter le tonnerre qui gronde
La pluie qui tombe et la symphonie des vents.

Et lorsque je demande à la Terre :
"Mère, détestes-tu les hommes ?"
Elle me répond :
"Je bénis les ambitieux
et ceux qui aiment affronter les dangers.
Je maudis ceux qui ne s’adaptent pas
aux aléas du temps et se contentent de mener
une vie morne, comme les pierres.
Le monde est vivant.
Il aime la vie et méprise les morts,
aussi fameux qu’ils soient.
Le ciel ne garde pas, en son sein,
Les oiseaux morts
et les abeilles ne butinent pas
les fleurs fanées.
N’eût été ma tendresse maternelle,
les tombeaux n’auraient pas gardé leurs morts".

Par une nuit d’automne,
Lourde de chagrin et d’inquiétude,
Grisé par l’éclat des étoiles,
Je saoule la tristesse de mes chants,
Je demande à l’obscurité :
"La vie rend-elle à celui qu’elle fane
le printemps de son âge ? "
La nuit reste silencieuse.
Les nymphes de l’aube taisent leur chant.
Mais la forêt me répond d'une voix
aussi douce que les vibrations d'une corde :
" Vienne l'hiver, l'hiver de la brume,
l'hiver des neiges, l'hiver des pluies.
S'éteint l'enchantement,
Enchantement des branches
des fleurs, des fruits,
Enchantement du ciel serein et doux,
Enchantement exquis des prairies parfumées.
Les branches tombent avec leurs feuilles,
tombent aussi les fleurs de la belle saison.
Tout disparaît comme un rêve merveilleux
qui brille, un instant, dans une âme,
puis s'évanouit.
Mais restent les graines.
Elles conservent en elles le trésor
d'une belle vie disparue..."

La vie se fait
Et se défait
Puis recommence.
Le rêve des semences émerge de la nuit,
Enveloppé de la lueur obscure de l'aurore,
Elles demandent :
"Où est la brume matinale ?
Où est le soir magique ?
Où est le clair de lune ?
Où sont les rayons de la lune et la vie ?
Où est la vie à laquelle j'aspire ?
J'ai désiré la lumière au-dessus des branches.
J'ai désiré l'ombre sous les arbres"

Il dit aux semences :
"La vie vous est donnée.
Et vous vivrez éternellement
par la descendance qui vous survivra.
La lumière pourra vous bénir,
accueillez la fertilité de la vie.
Celui qui dans ses rêves adore la lumière,
la lumière le bénira là où il va."
En un moment pas plus long
qu'un battement d'ailes,
Leur désir s'accroît et triomphe.
Elles soulèvent la terre qui pèse sur elles
Et une belle végétation surgit pour contempler la beauté de la création.


La lumière est dans mon cœur et mon âme,
Pourquoi aurais-je peur de marcher dans l'obscurité ?
Je voudrais ne jamais être venu en ce monde
Et n'avoir jamais nagé parmi les étoiles.
Je voudrais que l'aube n'ait jamais embrassé mes rêves
Et que la lumière n'ait jamais caressé mes yeux.
Je voudrais n'avoir jamais cessé d'être ce que j'étais,
Une lumière libre répandue sur toute l'existence. »

Abou El Kacem Chebbi – Tiré de "Les chants de la vie"
Traduction de S.Masliah.

abou el kacem chebbi,tunisie,aux tyrans du monde

Abou El Kacem Chebbi a aussi écrit Ela Toghat Al Alaam qu’il faut traduire « Aux tyrans du monde », la Tunisie étant alors sous protectorat français. Ce poème a été mis en musique en 2002 pour dénoncer le conflit israélo-palestinien.

Alors non, décidemment, la Tunisie n’a pas de leçon à recevoir de ces faux humanistes qui nous gouvernent. Elle leur en donne.

21/01/2011

" Tunis est une fête "

Chronique de Bernard Guetta ce matin sur France Inter :

Excellente.

« Rien n’est plus beau, émouvant, bouleversant que la liberté, non pas la liberté dont on bénéficie et n’a même plus conscience mais celle qu’on vient de recouvrer, après 23 ans de dictature en l’occurrence. Tunis est une fête, inouïe, invraisemblable, un gigantesque forum permanent de la parole retrouvée dans lequel chacun interpelle l’autre – pince-moi, est-ce vrai ? – raconte son histoire, dit ses espoirs, quête l’approbation et parle, parle, parle à n’en plus finir.

Avenue Bourguiba, hier, le Bastille République de cette révolution, en plein centre ville, il y avait un gigantesque attroupement devant la vitrine d’une librairie. Les gens se poussaient du coude pour mieux voir. On ne pouvait pas approcher, que demander ce qui se passait et une dame m’a expliqué entre colère et joie : « la voix brisée d’émotion : « Ils exposent les livres interdits sous Ben Ali, ce voleur, cet assassin, ce cochon ». Les titres étaient en arabe d’un côté, en français de l’autre et tous parlaient de démocratie et de réforme de l’Islam et l’on regardait cela comme le plus précieux des biens, comme de l’eau dans le désert.

tunisie guetta.jpg

Soudain un brouhaha. La manif du jour vient d’enfoncer un barrage de police dans des hurlements d’allégresse où le mot de « dignité » revient sans cesse. La foule, classes moyennes et toutes générations confondues, marche vers la place Mohammed V, tourne à gauche et se dirige vers un immense immeuble de verre, le siège du RCD, le parti du président déchu. Au passage on envoie fleurs et baisers aux soldats juchés sur leurs chars. La Tunisie aime son armée qui n’a pas participé à la répression et mène la chasse aux miliciens de l’ancien régime qui jouent les casseurs dans l’absurde illusion que le désordre pourrait faire regretter Ben Ali. Les soldats sourient. Les policiers qui se sont laissé déborder sans réagir fument comme des pompiers et quêtent la fraternisation avec des manifestants qui les ignorent superbement et, devant le RCD, une négociation s’engage avec un colonel, parfaitement maître de lui.

Ou bien, disent les porte-parole des manifestants, vous faîtes enlever de la façade ces lettres d’or qui proclament Rassemblement constitutionnel démocrate ou bien nous forçons les grilles et ne répondons de rien ». Le colonel sort son portable, demande des consignes, raccroche et explique que non, qu’il faut de la patience, des étapes. Les rangs se serrent, la foule avance. Le face-à-face dure près de quatre heures et les militaires cèdent. Les lettres d’or tombent l’une après l’autre dans un bruyante chute saluée de cris de joie et lorsqu’une centaine de barbus se mettent ostensiblement en prières et la ponctuent d’Allah Akbar, Dieu est grand, personne ne se retourne, personne ne les voit même parce que la liberté est la liberté mais qu’ils n’intéressent rigoureusement personne.

Tunis est une fête, la plus belle des fêtes, mais l’opposition démocratique fait ses calculs. Si la saison touristique est perdue, si les entreprises étrangères paniquent, le chômage va exploser et, sous six mois, un an, la misère aura fait regretter la stabilité de la dictature et ouvert un boulevard aux islamistes. L’économie menace la liberté. D’immenses nuages pourraient bientôt assombrir cette allégresse. Alors pas d’hésitation pour vos vacances : c’est la Tunisie, solidarité oblige.»

Oui mais de préférence chez les tunisiens. C'est eux qui en ont le plus besoin. Pas les hôtels. 

17/01/2011

Sans commentaire, évidemment.

En 2008, déjà, la Tunisie était un modèle pour le FMI !!!
Si, si, en 2008.

Sans commentaire, évidemment.

Pour l'instant.

15/01/2011

Hessel face aux icônes de la France moisie

" L’arête Hessel ne passe pas. Ils s’en étranglent, ils en bavent, ils piaillent sur tous les plateaux leur indignation du succès d’Indignez-vous. Trop, à vrai dire, pour que ce vertueux concert d’indignation n’ait pas été orchestré.
Ils et elle : Eric Zemmour, Luc Ferry, Ivan Rioufol, Claude Askolovitch, les causeurs (1) Elisabeth Lévy et Luc Rosenzweig, Philippe Bilger… Un éventail assez disparate, qu’unit (à l’exception d’Askolovitch) un tropisme très à droite. Droite vieille France et revendiquée réactionnaire chez Rioufol, Bilger, Ferry, lou ravis de l’ordre ; droite néocon et pro-israélienne jusqu’au fanatisme chez Rosenzweig ou Lévy, les deux n’étant pas incompatibles, comme le montre Zemmour.

Qu’y a-t-il donc dans ce petit opuscule pour susciter leurs glapissements indignés ? Rien de révolutionnaire, ont justement pointé quelques lecteurs. Stéphane Hessel n’est pas Julien Coupat (qui n’avait d’ailleurs pas provoqué chez eux les mêmes cris d’orfraie).  Une critique de l’État d’Israël très largement partagée ; une indignation devant les coups de canifs sarkozyens à la République, la séparation des pouvoirs et les libertés publiques ; devant les inégalités croissantes, la pauvreté galopante et les ravages du néolibéralisme.
Bref, quelques indignations non exhaustives qui pourraient être le socle commun de ce que la gauche – ou, plus largement, la pensée humaniste – refuse.

Mais, là, j’ai dit un gros mot. Précisément, Hessel incarne une pensée de gauche, ou plutôt, a minima, un socle de valeurs qui devraient être communes à ses militants, voire ses électeurs, tous partis confondus. Et il fait consensus, là où les interminables feuilletons du combat des chefs du PS, d’EELV (2) ou du Front de gauche lassent ceux qui partagent ses indignations. Le tort de ce petit livre, auquel on ne saurait d’ailleurs réduire le parcours ni la pensée de Hessel, c’est de démontrer par l’indignation que le respect humain qu’il défend est incompatible avec les politiques de la droite actuelle : dérégulation financière, privilèges des riches, détricotage républicain, traitement inhumain des étrangers. Incompatible, enfin, avec le règne du capitalisme financier et les dogmes de ses représentants (y compris au FMI !), ce qui décoiffe Askolovitch et autres sociaux (?) - libéraux.

Or, celui qui démonte la réalité d’une politique de droite, et les raisons de s’en indigner n’est pas un obscur gauchiste ou le porte-parole d’un parti, mais un Juste, un homme au parcours incontestable et remarquable. Qui de plus a l’outrecuidance de pulvériser des records de vente!

Et vous voudriez que la droite lui pardonne sans appeler ses chiens de garde au secours pour un concert de jappements ?

L’ennui, c’est que pour mener la contre offensive, il faut un peu de talent. Face à un humaniste mesuré, ce n’est pas faire montre d’une grande intelligence stratégique que de dérouler le tapis rouge à des aboyeurs plus hystériques et excessifs les uns que les autres, de Luc Rosenzweig à Elisabeth Lévy – la Nadine Morano du journalisme, pour laquelle le mot « hystérie » semble avoir été inventé.

Pr_Charcot_DSC09405.jpg
Extrait d'une peinture d'André Brouillet montrant Blanche Wittmann
en pleine crise d'hystérie avec Jean-Martin Charcot à gauche

Il aurait fallu trouver d’autres arguments que leur sempiternel ricanement « le camp du bien ! » (Eh oui, difficile de caser Hessel dans l’axe du mal !) ou la défense pathétique, chez Bilger ou Ferry, d’un ordre établi qui ne génère que pauvreté, privation de libertés et injustice.
Se permettre de répondre à Hessel exige une autre hauteur de vues pour que la bassesse d’attaques sur l’âge du capitaine, le négationnisme sur son passé, et la vulgarité généralisée de leurs crachats.

Philippe Sollers (qui croit aujourd’hui judicieux de se joindre à ce concert) théorisait, voici quelques années, sur « La France moisie » (eut égard, notamment à la montée du Front national).
Rien n’incarne mieux cette France moisie, ne lui déplaise, que ces sarcasmes venimeux contre Hessel. À vrai dire, on ne saurait s’en étonner : voir une Elisabeth Lévy ou un Zemmour l’encenser, c’aurait été inquiétant. À ceux qui auraient encore des doutes sur ces pseudos briseurs de tabous qui ont   leur rond de serviette sur tous les médias dominants, il dévoile leurs vrais visages et ce qui les anime : une haine pure de tout ce qui est à gauche d’eux.

Une raison de plus d’être reconnaissants à Hessel de les avoir fait sortir du bois pour ce qu’ils sont : des idiots utiles du sarkozysme, voire du Front national, dont les jérémiades sur la « pensée unique » et le « politiquement correct » cache une vraie servilité à l’égard des dominants.

Qu’il continue, surtout. Les chiens aboient et la caravane passe…"

Liens :

 

(1) Animateurs du site causeur.fr, qui, de salon de thé où l’on cause, vire de plus en plus à un ersatz de tea party.

(2) Europe Ecologie Les Verts

D. ADAM
le 9 novembre 2011

 

DERNIÈRE MINUTE :

LE CRIF REVENDIQUE LA CENSURE DE STEPHANE HESSEL ET L’ATTEINTE A LA LIBERTE D’EXPRESSION A NORMALE SUP.

Communiqué publié sur Mediapart le 14 janvier à 00h55.

«Nous apprenons avec stupeur la décision de Mme Canto-Sperber, la directrice de l’Ecole Normale Supérieure, de retirer la réservation de la salle accordée pour la tenue d’une rencontre exceptionnelle avec Stéphane Hessel mardi 18 janvier. Cette conférence s’inscrivait dans la lignée de l’appel qui a reçu les signatures prestigieuses de personnalités politiques et intellectuelles de sensibilités très diverses, et de plus de 10000 citoyens. Voir et signer l’appel.

Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) revendique cette victoire de la censure, et remercie ses amis : Valérie Pécresse (ministre de l’enseignement supérieur), Bernard-Henry Lévy, Alain Finkielkraut, Claude Cohen-Tanoudji, Arielle Schwab. Tous, selon lui, seraient intervenus activement pour bâillonner Stéphane Hessel et ses prestigieux soutiens.

Mobilisées pour les droits démocratiques et contre les menaces visant Stéphane Hessel et les prévenus de la campagne BDS, de nombreuses personnalités devaient effectivement s’exprimer à la tribune ou par des messages :

  • Benoist Hurel (secrétaire général adjoint du Syndicat de la Magistrature)
  • Leila Shahid (ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union Européenne)
  • Haneen Zoabi (députée au parlement israélien)
  • Michel Warschawski (Israélien, fondateur du Centre d’Information Alternative, AIC)
  • Nurit Peled (mère israélienne d’une victime d’attentat, fondatrice du cercle des familles endeuillées, Prix Sakharov pour la paix du parlement européen)
  • Elisabeth Guigou (députée, ancienne Ministre de la Justice et Garde des Sceaux)
  • Daniel Garrigue (député, porte parole de République Solidaire)
  • Gisèle Halimi … et bien d’autres…

300 personnes étaient déjà inscrites pour cette conférence, exclusivement annoncée sur Mediapart. La direction de l’ENS a déjà reçu de nombreux mails de protestation, auxquels elle répond par le déni…

Le comportement indigne de la directrice d’un des hauts lieux de l’intelligence française et de celles et ceux qui ont fait pression sur elle pose de nombreuses questions auxquelles nous répondrons, avec nos invités et amis, lors du rassemblement auquel appellent les organisations ayant soutenu cette conférence.

Rendez-vous mardi 18 janvier à 18h30 pour un grand rassemblement contre la censure et pour le respect des libertés démocratiques.
Place du Panthéon, devant l'édifice où sont inhumés les grands hommes de la république, dont notamment Rousseau et Voltaire.

Nul n’a le droit d’interdire aux citoyens de ce pays de dénoncer l’impunité des violations israéliennes du droit international et la collusion de notre gouvernement avec la droite extrême au pouvoir en Israël ! »

Organisations signataires : AFPS (Association France Palestine Solidarité), CCIPPP (Campagne Civile pour la Protection du Peuple Palestinien), CJPP5 (Comité Paix Juste Palestine 5ème), Génération Palestine, GUPS (Union Générale des Etudiants de Palestine, UJFP (Union Juive Française pour la Paix).

04/01/2011

L’indignation ne suffira pas

 Le temps semble être arrivé où s’indigner peut paraître très insuffisant, où les vœux pieux et autres coups de gueule, aussi spectaculaires ou apaisants soient-ils, finissent par être médusants voire démoralisants.

Depuis 2007, aucune «compensation» n’a été enregistrée par l’immense majorité des «sans » : sans abri, sans papiers, sans soins, sans représentation donc sans voix, sans ressources suffisantes, sans emploi, sans sécurité, sans espoir de toutes sortes… Pour «compenser», on pourra toujours essayer de regonfler ses batteries à la lecture d’«Indignez-vous», le bestseller de Stéphane Hessel. Son succès n’est pas usurpé. Il s’agit même d’une nécessaire et salutaire prise de conscience des innombrables iniquités du siècle. L’opus de Stéphane Hessel est indispensable à qui ne se serait aperçu de rien et hésiterait encore à résister. Au moins pour cette raison, l’ancien ambassadeur de l’ONU mérite qu’on lui tire notre chapeau et qu’on lui témoigne tout notre respect.

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On pourra aussi être à l’écoute des fureurs de l'ami Fracasse - Mélenchon. Ce qu’il constate et dénonce est le plus souvent bien réel. Il n’invente rien. Sauf que depuis son pupitre de député européen, il lui faut ruser très fort pour attirer l’attention sur le ou les partis qu’il représente et que les solutions qu’il propose ne sont pas forcément très pragmatiques.

Hors le cas du leader du Front de Gauche, les références susceptibles de réveiller les consciences de chacun ne manquent pas et c’est toujours ça de pris sur le risque de naïveté et de soumission qui plane. Mais pour aller dans le sens de l’intérêt général, ce n’est sans doute pas suffisant. D’autant qu’il faut pouvoir aujourd’hui réfléchir à de véritables solutions dans un contexte mondialisé où l’ultralibéralisme a fait son nid et étendu ses ressorts complexes. Dans ce sens, le «Manifeste d'Economistes Atterrés» est une tentative positive qui va au-delà de la seule protestation.

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Il faut aussi et par ailleurs se rappeler que dans les premières décennies du XXème siècle, Simone Weil avait noté dans sa «Note sur la suppression des partis politiques» que la volonté générale, expression de l’intérêt général, supposait «qu’il n’y ait dans le peuple aucune passion collective et que celui-ci ait à exprimer son vouloir à l’égard des problèmes de la vie publique et non pas à faire seulement un choix de personnes (…)».

Et plus loin :

«(…) On en est arrivé à ne presque plus penser, dans aucun domaine, qu’en prenant position «pour» ou «contre» une opinion. Ensuite on cherche des arguments, selon le cas, soit pour, soi contre, c’est exactement la transposition de l’adhésion à un parti.
(…) D’autres ayant pris position pour une opinion, ne consentent à examiner rien qui lui soit contraire. C’est la transposition de l’esprit totalitaire(…)».

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 Nous venons d’entrer en période électorale et une majorité d’électeurs, dont nous sommes, sont d’accord pour mettre un terme à ce que dénoncent justement S. Hessel ou JL. Mélenchon (*). Pour s’en donner les moyens, il faudra donc bien en passer par l’élection d’untel ou d’unetelle, soutenu(e) par tel ou tel parti ayant une chance réelle, une vraie chance de second tour, de réaliser l’alternance. Mais il faudra oublier d’être naïf et résister aux matraquages partisans assénés par les médias au nom de stratégies par anticipation, biaisées et très égocentrées : le prix à payer pour réparer la grossière erreur de 2007 et peut-être enfin, une «compensation» qui pourrait être, avec un peu de chance, autre chose qu’un choix entre la peste et le choléra.

 

(*) Pour en savoir plus sur quelques candidats, leur capacité à faire don de leur personne ou, plus simplement, leur détermination à faire un choix cornélien («le moment venu») :

04/11/2010

Communiqué commun LDH, FIDH, ICT et Human Rights in China

«

Alors que M. Hu Jintao, Président de la République populaire de Chine et secrétaire général du Parti communiste de Chine est en visite officielle en France, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et ses organisations membres, Human Rights in China (HRIC), International Campaign for Tibet (ICT) et la Ligue française des droits de l’homme (LDH) demandent au président français, M. Sarkozy de mettre les droits humains au sommet de l’ordre du jour des réunions bilatérales.

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Nos organisations ont exprimé leur profonde préoccupation concernant la détérioration des droits de l’homme en Chine, dans la foulée des Jeux olympiques et de l’Exposition universelle de Shanghai. Selon Human Rights in China près de 40 personnes ont été mise en résidence surveillée en Chine dans les semaines suivant la remise du prix Nobel de la paix à 2010 à Liu Xiabobo (刘晓波). Un militant des droits nationaux a fait remarquer que l’intensité et la portée de cette répression est supérieure à celles qui a sévi lors des Jeux olympiques de Beijing 2008, de la signature de la Charte 08, et du 60e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine en 2009. D’autres observateurs prédisent que la répression va se poursuivre et que davantage de personnes seront probablement placées en résidence surveillée.

Outre le harcèlement continu et l’intimidation exercée à l’encontre de la société civile chinoise et des défenseurs des droits humains, les autorités continuent de violer les droits fondamentaux des personnes appartenant à des minorités ethniques. Selon l’International Campaign for Tibet, plusieurs manifestations ont eu lieu il y a deux semaines à l’initiative d’écoles et collèges tibétains alors que de nouvelles mesures ont été prise mettant l’accent sur le chinois comme langue principale d’enseignement et faisant du tibétain un simple cours de langue avec moins de temps attribué dans les programmes. Les protestations se sont propagées dans plusieurs zones du Qinghai à Beijing, impliquant des milliers d’étudiants tibétains. L’ampleur de ces protestations à travers le Tibet reflète la force des sentiments des Tibétains au sujet de la marginalisation et de l’érosion de leur langue, et du fondement de l’identité tibétaine, la religion et la culture. Plus de 300 enseignants et étudiants du Qinghai ont signé une pétition en faveur de la langue tibétaine. Alors que la sécurité a été renforcée dans les lieux de protestation, des sources ont confirmé l’arrestation et la détention de plus de 20 élèves d’une école tibétaine en Chabcha le 22 Octobre. La FIDH, HRIC, ICT et la LDH notent que les membres de la minorité ouïgoure ont également longtemps souffert de l’érosion de leurs droits linguistiques dans toutes les écoles du Xinjiang.

Alors que la communauté internationale concentre son attention sur ses liens économiques avec la Chine, plusieurs sujets de préoccupation demeurent sans réponse adéquate de la part de la communauté internationale. Les déficiences graves et chroniques du système judiciaire chinois, en particulier l’insuffisance des garanties de procédure, la procédure pénale, bien documentées par le groupe droits de l’homme, et la fameuse législation sur les secrets d’Etat ont créé des conditions favorables à l’impunité. Les garanties fondamentales inscrites par les normes internationales des droits de l’homme et par la Constitution chinoise ne sont pas remplies, malgré les déclarations contraires des autorités chinoises.

La FIDH, HRIC, ICT et la LDH, appellent M. Sarkozy à aborder ces questions cruciales lors de sa rencontre avec la délégation chinoise et à exercer des pressions sur la Chine afin qu’elle prenne des mesures immédiates en vue de l’amélioration concrète de son bilan des droits de l’homme. La France doit exiger la libération immédiate du lauréat du prix Nobel de la paix 2010, Liu Xiaobo et de tous les autres défenseurs des droits humains et militants en emprisonnés. En outre, la France doit demander la publication des statistiques et autres informations pertinentes concernant l’application de la peine capitale en Chine. La France et l’Union européenne, dans le cadre du dialogue bilatéral UE/Chine sur les droits de l’homme, doit s’assurer que les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, ainsi que les droits des personnes appartenant à des minorités soient respectées par les autorités chinoises.

Alors que la Chine va de l’avant comme une grande puissance au niveau international, la communauté internationale doit envoyer un message fort selon lequel ce rôle porte également la responsabilité de protéger les principes universels des droits humains. Nos organisations membres regrettent que ce message n’ai pas été effectivement porté aux autorités chinoises dans le passé. Nous espérons sincèrement que cette occasion ne sera pas perdue.

Paris - Bruxelles - New York 3 novembre 2010.

»

02/11/2010

" Madame le garde des Sceaux, ...

Publié le 28 octobre 2010, par un syndicat de la magistrature tel qu’on l’aime :

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" Madame le garde des Sceaux,

Invitée hier matin sur France Inter, vous avez expliqué à votre manière, inimitable, le dépaysement de l’affaire Woerth-Bettencourt.


Gérald Dahan : lourdingue, mais réaliste !
Ca lui aura d'ailleurs valu d'être licencié illico par Ph. Val (source)


L’aplomb avec lequel vous leur avez livré ce conte pour enfants sages aura peut-être convaincu certains de nos concitoyens que, décidément, c’est la raison qui l’emporte et l’indépendance de la justice qui triomphe. Nous les invitons pourtant à dévider, avec vous, la pelote de fil blanc dont cette histoire est cousue.

Pour planter le décor, on retiendra d’abord de vos fortes paroles que « cette affaire n’est pas politique » et que « [vous] ne [voulez] pas qu’elle le soit ».

Nous voici donc sommés de comprendre que n’est pas politique une affaire dans laquelle un procureur de la République – qui ne dément pas ses liens avec le président de la République – enquête sur un financement illégal du parti de ce président ainsi que sur des trafics d’influence susceptibles de concerner un ministre et ce, alors même que des enregistrements ont révélé des liens directs entre ce même procureur et le conseiller justice de ce même président…

Que vous soyez désireuse d’ôter toute coloration politique à cette affaire ne surprendra personne ; avouez cependant qu’il fallait quand même oser aller aussi loin dans le déni !

Expliquant ensuite pourquoi le tribunal correctionnel de Nanterre, pourtant naturellement compétent, devait être désormais dessaisi de la procédure d’abus de faiblesse – qui fait l’objet d’un supplément d’information instruit par sa présidente – vous avez indiqué que « des soupçons se sont portés sur une juge », désignant à deux reprises cette présidente comme la cause de tous les maux affectant la juridiction nanterrienne.

Et sur le procureur qui s’est acharné à faire obstacle à ce supplément d’information, sur ce procureur qui mène seul, contre l’avis de tous et dans le secret, toutes les enquêtes dont cette procédure pour abus de faiblesse est la source, sur ce procureur qui explore les factures téléphoniques de sa collègue dans des conditions invraisemblables, ouvrant contre elle une enquête qui alimente opportunément les fameux « soupçons » dont on se saisit pour la… dessaisir : à l’égard de ce procureur, donc, aucun soupçon ? Allons, cherchez bien…

Expliquant encore pourquoi il avait fallu attendre si longtemps pour que des informations judiciaires soient ouvertes, vous avez déclaré que « ça n’était demandé par personne », que « ce sont les parties qui sont le plus directement intéressées » et que « si ça n’était pas demandé, c’est parce qu’il y avait des enquêtes qui étaient en cours et qui permettaient d’aller plus vite ».

Mélangeant allègrement les cadres juridiques respectifs des enquêtes préliminaires et de la procédure pour abus de faiblesse, vous voulez donc nous faire croire que le procureur de la République de Nanterre, maître de l’action publique et premier informé de tous les éléments justifiant l’ouverture d’une information judiciaire – information que toute la communauté judiciaire réclamait, procureur général près la Cour de cassation en tête – que ce procureur, donc, attendait servilement qu’une partie lui en fasse la demande ?

Glissons sur le fait que, si vous avez tenu à vous féliciter à plusieurs reprises de ce que « les enquêtes progressaient », les reproches adressés aux investigations du procureur de Nanterre n’ont jamais concerné leur lenteur mais bien le fait qu’elles se déroulaient dans l’opacité la plus totale et sans aucun autre contrôle que celui qu’exerçait le parquet général pour votre compte.

A propos de contrôle... Poursuivant votre démonstration du parfait fonctionnement de la justice jusqu’aux fâcheux « soupçons » venus disqualifier la présidente du tribunal correctionnel de Nanterre, vous vous êtes lancée dans une comparaison des garanties respectivement offertes par un procureur de la République et par un juge d’instruction, dont tout le sens visait à justifier la suppression du second au profit du premier. Vos auditeurs apprirent ainsi que « le juge d’instruction ne travaille pas sous le contrôle d’autres magistrats » et que « c’est l’un des problèmes avec l’Union européenne qui reproche qu’il n’y ait pas procès équitable lorsqu’une personne mène l’enquête et est juge de l’enquête ».

Sur le premier point, nos collègues des chambres de l’instruction, auxquelles faisait explicitement référence le journaliste qui vous interrogeait, seront heureux (ou pas...) d’apprendre que vous venez de les décharger de l’examen en appel des actes des juges d’instruction de leur ressort et du contrôle de leurs cabinets.

Sur le second point, votre propos est juridiquement aberrant à au moins deux titres, ce qui est doublement ennuyeux pour un ministre de la justice et mérite que l’on s’y attarde un peu.

Il est d’abord faux d’affirmer que le juge d’instruction est « juge de l’enquête ». Le juge de la légalité des actes de l’instruction, qu’il s’agisse des actes accomplis sur commission rogatoire ou de ceux réalisés par le juge d’instruction lui-même, est la chambre de l’instruction, seule compétente pour les annuler – le cas échéant à la demande du juge d’instruction, c’est dire ! – aux termes de l’article 170 du Code de procédure pénale. Le seul acte qui n’entre pas dans le champ de compétence de la chambre de l’instruction est l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, qui peut cependant être annulée par ce tribunal. Quant au fond, le juge d’instruction n’est évidemment pas juge de sa propre enquête puisqu’il est possible de faire appel de ses décisions et que le tribunal correctionnel peut ordonner un supplément d’information.

Il est ensuite faux d’affirmer que l’institution du juge d’instruction pose problème au regard du droit européen. La Cour européenne des droits de l’Homme – si c’est bien à elle que vous pensiez – a même affirmé le contraire dans le fameux arrêt Medvedyev c. France rendu par sa Grande chambre le 29 mars 2010 : « Les juges d’instruction (...) sont assurément susceptibles d’être qualifiés de “juge ou autre magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions judiciaires” au sens de l’article 5§3 de la Convention » (paragraphe 128).

Vous le savez d’ailleurs parfaitement puisque le gouvernement français, représenté par vos services, a soutenu à Strasbourg que « si la Cour a jugé qu’un procureur ou un autre magistrat ayant la qualité de partie poursuivante ne pouvait être considéré comme un “juge” au sens de l’article 5§3, une telle hypothèse ne correspond aucunement au juge d’instruction », en prenant soin de rappeler que « la Cour a déjà jugé que le juge d’instruction remplit les conditions posées par l’article 5§3 (A.C c. France (déc.), n° 37547/97, 14 décembre 1999) » (paragraphe 114).

Enfin, vous occultez l’essentiel, à savoir la question de l’indépendance, qui est précisément celle du contrôle. Selon vous, qui du procureur de la République ou du juge d’instruction est sous le contrôle du pouvoir exécutif, que ce soit dans le régime actuel ou dans celui que vous prétendez instaurer à l’avenir ? Vous devez bien avoir une idée...

Vous le voyez, Madame le ministre, il eût sans doute mieux valu raconter la véritable histoire de ce dépaysement :

  • expliquer qu’il devenait impératif de dessaisir Isabelle Prévost-Desprez, non pas à cause de l’inimitié qui l’opposerait à Philippe Courroye et dont la mise en scène ne sert qu’à masquer les enjeux réels de ce dossier, en particulier l’impérieuse nécessité de garantir l’indépendance du ministère public, mais bien parce que ses investigations alarmaient de plus en plus le pouvoir exécutif ;
  • expliquer que ce dépaysement devait emporter celui des autres enquêtes et donc (enfin !) la désignation de juges d’instruction, à défaut de quoi l’inégalité de traitement entre les différents volets de l’affaire eût été inexplicable et la ficelle trop visible ;
  • expliquer que ce dépaysement général est finalement un moindre mal pour ceux qui ont si longtemps résisté à l’ouverture d’informations judiciaires, compte tenu du temps déjà gagné et de celui qui le sera encore, en attendant que les juridictions désignées, après avoir tout repris « à zéro » et fait face à la guérilla procédurale que le parquet ne manquera pas de continuer à mener, finissent un jour par être en mesure de statuer, idéalement après le printemps 2012...

Terminant en apothéose et bouclant la boucle, vous avez souhaité « que l’on s’abstienne désormais de continuer à vouloir faire de l’ingérence politique dans ces dossiers ».

Plutôt que de relever mesquinement qu’il y a donc bien eu, finalement, « de l’ingérence politique dans ces dossiers », nous vous disons seulement : chiche !

Nous vous prions d’agréer, Madame le garde des Sceaux, l’expression de la haute considération dans laquelle nous tenons vos fonctions.

Pour le Syndicat de la magistrature

Clarisse Taron, présidente "

30/10/2010

Contrepied ? Vraiment ?

La précédente note était intitulée « Les pousses-au-crime ».  A ce moment-là on ne pensait pas que le procureur Courroye puisse se déprendre de son entêtement à étouffer une affaire compromettant son mentor Sarkosy. Malgré tous les efforts ostensiblement déployés pour calmer l’opinion publique, l’exaspération est toujours présente et le sens du titre « pousses-au-crime » toujours d’actualité.

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Contrepied, galipette et autosatisfaction, le procureur Courroye serait brusquement devenu cet être refusant toute compromission que l’on ne connaissait pas ! Contre toute attente, et faisant plus ou moins violence à son égo, il a accepté d’ouvrir une information judiciaire à propos des affaires Woerth-Bettencourt. Et tout le monde de s’en réjouir puisque ces affaires vont pouvoir être dépaysées en conformité avec l’art. 665 du code de procédure pénale.

Même Eva Joly aura failli ne pas en croire ses lunettes. Se serait-elle tromper dans son analyse ? C’est peu probable car ce soi-disant rebondissement n’est surement pas le résultat d’un désaveu. Au contraire. Il intervient :

  • au moment où la réforme des retraites, réforme à refaire, a été bouclée au Sénat et à l’Assemblée Nationale par des parlementaires à la botte, au nez et à la barbe de l’opinion publique qui manifestait à la fois son refus de la réforme telle que présentée autant que son exécration des injustices fiscales et autres largesses indues
  • au moment où il est clamé bien fort qu’il faut s’abstenir de tout triomphalisme, qu’il faut apaiser les esprits en rognant du bout des dents, en faisant mine de rogner, par exemple, sur le régime de retraites des élus
  • au moment où quelques sbires zélés emportés par leur élan, ont tenté d’impressionner les sources qui informent les salles de rédaction en mettant la main sur des ordinateurs a priori compromettants
  • au moment où, la classe politique européenne et internationale regarde de plus en plus de travers ou avec un sourire amusé le président le plus capricieux et le plus incompétent que la France ait connu depuis l’après-guerre et plus encore 
  • au moment où, « agitant de nouvelles marionnettes » en guise de ministres, le chef du service com. de l’Elysée voudrait attirer l’attention ailleurs pour mieux entrer en campagne pour 2012.

La bombe Woerth-Bettencourt va-t-elle donc pour autant exploser ? Si le proc. Courroye est apparemment mis sur la touche, il faudrait être très naïf pour imaginer que la justice va passer du seul fait du prince. La manipulation suit et suivra son cours aussi longtemps que le pervers narcissique qui fait office de président de la république n’aura pas été démasqué.

27/10/2010

Les pousses-au-crime

Si ce n’est pas de l’art, la provocation est l'arme idéale pour entretenir frustration, désillusion, résignation et désespoir. Aujourd’hui, cette arme est maniée en permanence par des gouvernants sans âme et sans talent au risque d’entraîner un coup de corne ou une sortie de route fatidiques. La rue a ses poètes que la justice ne contrôle pas.

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J-M Basquiat


L’article 665 du code de procédure pénale ne permet la procédure du dépaysement qu’à l’égard d’un juge d’instruction. Contrairement à ce que Philippe Ingall-Montagnier, procureur général de Versailles, voudrait faire croire à l’opinion publique, rien ne permet de dessaisir un procureur de son enquête préliminaire. Or, Ph Courroye est procureur de Nanterre. Donc les dossiers qu’il détient, où se trouvent incriminé le toujours ministre Woerth, et par voie de conséquence le toujours Président de la République, ne seront pas dépaysés. Sauf, sauf ... ceux qui sont entre les mains de la juge d’instruction Isabelle Prévost Desprez. Et c’est précisement de ce juge d’instruction que peut venir le danger d’une réelle révélation et mise en cause judiciaire du pouvoir en place.

La recommandation, consistant à désigner un nouveau juge d’instruction pour instruire le volet "financement illicite", formulée par Jean Louis Nadal, procureur général près la Cour de cassation, qui avait un temps fait illusion, est devenue lettre morte. Le procureur Courroye et l’ancien trésorier de l’UMP pavoisent, leur commanditaire aussi. D’autant que la réforme des retraites aura été voté envers et contre une opinion publique qui collectionne les rancœurs et les raisons objectives d'embardée.

 
Eva JOLY, france-info, 24 10 2010
envoyé par FranceInfo. - L'info video en direct.

L’eurodéputée Eva Joly reconnaît donc implicitement s’être réjouie un peu vite de ce qui aurait pu effectivement sauver l’honneur de la justice et témoigner d’une moindre manifestation d’indépendance. Supercherie !

Comme pour mieux accentuer le pied de nez fait à l'opinion, dans le même temps, on apprend que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, contiguë à la réforme des retraites, va donner lieu à une nouvelle série de déremboursements  et que, sans doute pour amuser la galerie, la téléconsultation va régler la question de la démédicalisation en milieu rural sans que la toujours ministre de la santé ait à toucher au « Numerus clausus » dans les facultés de médecine.

Etc, etc. Dans ces conditions, comment ne pas envisager le pire. Mais ici, en Europe, qu’est-ce que « le pire » ? La réponse est sans doute sécuritaire, hélas.

21/10/2010

La chute ? Et après ?

« Nicolas Sarkozy (encore lui !) a également déploré les "désordres" suscités par les blocages de dépôts de carburant, estimant qu'ils constituaient de "nombreuses injustices" à l'endroit de "la majorité des Français qui souhaitent pouvoir continuer à travailler et à circuler librement. » source

Le refus justifié de la réforme des retraites masque celui des injustices multiples et variées qui nous sont imposées. Passer la vitesse supérieure signifierait que l’on ne vise plus seulement à faire tomber cette réforme injuste et inutile, mais que l’on embraye sur le rejet complexe de ce qui fonde l’injustice sociale en général.

On peut s’amuser de l’hystérique présidence mise en place en 2007. Mais cela ne mène pas loin sauf à maintenir par un rire grinçant une résistance rentrée. « Il faut bien que le corps exulte ». Et dans ce cas on peut se régaler d’une parodie sous-titrée du film « La Chute ».

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Capture d'écran

Porte ouverte : la réforme des retraites est injuste et inutile

  • parce qu’elle ne met réellement et majoritairement à contribution que les personnes les plus modestes, salariés dans le meilleur des cas, tout en aggravant les discriminations existantes pour les femmes et sans considération pour l’usure physique ;
  • parce qu’elle oublie sciemment de taxer les revenus boursiers du capital et les entreprises les plus « rentables », notamment celles qui font transiter leurs bénéfices dans les paradis fiscaux ;
  • parce que son mode de financement est tel que, de toute façon, il faudra vraisemblablement revoir l’ensemble de la réforme avant qu’elle ait vraiment produit des effets, dans les trois ou quatre prochaines années.

Tout le monde sait ça ou fait semblant de ne pas le savoir. Dialogue de sourds.

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Capture d'écran

Faux dialogues, pseudos consultations, délibérations sans débat, adoptions à la hussarde ? A quoi servent aujourd’hui les parlements ? Même Marie France Garaud, un comble, reconnaît qu’ils sont quasiment devenus hors d’usage. Vidéo

Comme le prévoyait Simone Weil, le « régime des partis » est en train de produire ses effets les plus néfastes, tout parlementaire ne dépendant plus de ses électeurs mais du parti qui l’a aidé à financer sa campagne et donc ses revenus, retraites et cumuls compris.

Au blocage de la société -pénurie d’essence organisée- s’ajoute le blocage des institutions -vote bloqué via l’art. 44 ou 49.3 et stérilité parfois consentie des opposants -.

Pour le court terme, l’alternative présidentielle serait entre :

  • « négocier enfin » (ou faire semblant) ;
  • « parier sur la décrue » des blocages pétroliers et des mouvements sociaux ;
  • « jouer la carte sécuritaire », encore un peu plus ;
  • « agiter de nouvelles marionnettes » en guise de ministres.

Pas terrible.

Au final, tout le monde sera de toute façon perdant et, sauf surprise, nous n’aurons même pas eu la mince satisfaction de voir les affaires Woerth ou Karachi justement traitées devant les tribunaux, ou ce qu’il en reste.

Un vrai suicide, façon kamikaze dont la responsabilité incombe au seul président de la République.

Et après ? Mis à part l’élimination du pouvoir en place, la reconstruction, si-reconstruction-il-y-a, passera nécessairement et en toute urgence par :

  • une nouvelle gouvernance mondiale préoccupée par la guerre à la pauvreté et la cohérence écologique ;
  • la remise en cause, sanctions à l’appui, de l’amoralité et du cynisme des marchés financiers ;
  • la conjonction des oppositions valorisées ;
  • la restauration du principe de séparation des pouvoirs.

Ce n’est qu’ensuite, toutes mesures transitoires ayant été prises, qu’un nouveau financement des retraites, sans passe-droits, et une réévaluation des protections sociales pourront être envisagés.

Qui sera en mesure de s’y attaquer ? Réponse en 2012 ou jamais.

11/10/2010

Ne serions-nous pas tous des larbins laqués ?

Possible. Au hasard de la toile, deux vidéos surprenantes qui prennent à contrepied l’opinion publique, celle qui se fait jour à travers le mécontentement ambiant. L’une concerne les retraites et conclue que le meilleur moyen pour atteindre un minimum de justice sociale serait, au lieu d'aller manifester, de vider ses comptes bancaires (encore faut-il avoir quelque chose à retirer) tous ensemble comme un seul homme et au même moment … C’est signé Eric Cantona et c’est finalement assez sympathique même si la vidéo en question a été inopinément retirée du site Bellaciao, le risque de démobilisation pour le 12 octobre étant effectivement trop grand.


Eric Cantona et les Banques


L
’autre vidéo serait une leçon infligée par nos amis chinois qui n’hésitent pas (n'hésiteraient pas),à nous décrire tels que nous sommes : des « larbins ». Montage ou pas, même si les chinois, sauf leur prix Nobel et quelques réfractaires au régime, ne sont pas les mieux placés pour parler d'asservissement et de droits de l'homme, c’est bien vu, drôle et pas faux... Ce pourrait être signé Jean-Luc Mélanchon, un familier du terme ! Pourquoi pas, mais un peu gag quand même pour un possible candidat à la présidentielle de 2012. Pour l'instant, on suppute, mais il n'est pas interdit de penser que les chinois aussi peuvent se foutre de notre gueule. Probable.

Cynisme, humour et autodérision ? Un joli une-deux pour un contrepied qui a d'autant plus de sens qu'il permet de mieux digérer l'actualité assez grise.

01/10/2010

Récit de Yonatan et Itamar

Le bateau Irene, un petit voilier battant pavillon britannique, avec à bord sept militants juifs pro-palestiniens et deux journalistes, avait appareillé dimanche 26 septembre 2010 de Famagouste, dans le nord de Chypre. Il a été arraisonné par Tsahal.

Yonatan et Itamar Shapira sont deux des Israéliens qui étaient à bord de l’Irene, le bateau juif pour Gaza. C’est la raison pour laquelle ils ont été victimes de violences de la part des forces israéliennes qui ont intercepté le bateau. Voici leur récit une heure après avoir pu rejoindre leur famille en Israël :

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« Les médias israéliens sont sous l’influence de la propagande de l’armée. Ils proclament que l’arraisonnement du bateau s’est déroulé tranquillement et sans violence des deux côtés. La vérité, c’est que si les passagers du bateau étaient effectivement non-violents, il n’en a pas du tout été de même de la marine israélienne…
Au lever du soleil, nous avons stoppé à environ 35 miles de la côte, et avons placé toutes les banderoles des organisations et les fanions portant les noms des personnes qui nous ont soutenus. Le bateau avait l’air tellement mignon avec toutes ces couleurs… Nous avons alors navigué au sud-est en direction du port de Gaza. Le cinéaste Vish et le journaliste Eli sont alors montés à bord du dinghy pour prendre des photos du bateau et le filmer. Nous éprouvions tous un sentiment d’excitation et nous trouvions sur le pont pour dire au revoir à la quiétude du voyage que nous venions de vivre. Nous savions que nous allions être interceptés, et nous avons consacré le temps qui nous restait à nous préparer… Nous tenant chacun par la main, nous avons parlé des principes qui étaient ceux de ce bateau et avons décidé de la stratégie que nous adopterions pour traiter avec la marine.

Arrivés à environs 20 miles de Gaza, nous avons aperçu un imposant navire de guerre. À ce moment, tout était encore calme et nous avons donc poursuivi notre route. Lorsque le navire de guerre s’est rapproché, ils nous ont hélés et se sont adressés à Glyn, le capitaine de bord. Ils nous ont dit que nous pénétrions dans une zone fermée. En réponse, notre bateau a progressivement réduit son allure. Nous avons alors aperçu un autre bateau plus petit à ses côtés. Lorsque le navire de guerre s’est encore rapproché de l’Irene pour se mettre parallèlement à lui le petit bateau est resté sur place. Nous avons aussi aperçu d’autres petits vaisseaux qui se dirigeaient vers nous, venant de l’est. La marine nous a alors interpellés, nous demandant quelles étaient nos intentions… Nous avons répondu que nous nous dirigions vers Gaza.

La marine nous a fait la même réponse que celle qu’elle avait faite juste avant d’attaquer le Mavi Marmara : « Vous entrez dans une zone sous contrôle militaire, fermée selon le droit international»

Itamar, chargé de la communication avec la marine, répondit en lisant notre propre déclaration, en anglais et en hébreu : « Notre bateau a été affrété par l’organisation européenne “Juifs pour la Justice pour les Palestiniens”. Nous ne sommes pas armés, nous sommes non-violents et déterminés à accoster au port de Gaza. Vous procédez à un blocus illégal et nous nous ne vous en reconnaissons pas le droit. Sur ce bateau de Juifs pour la Justice pour les Palestiniens se trouvent des militants de la paix de tous âges dont un survivant du judéocide, un parent en deuil et des Israéliens qui refusent de collaborer à l’occupation illégale de la Palestine ».

Nous avons attendu qu’ils confirment avoir bien entendu notre message.
La marine a répété son propre message en hébreu. Ensuite des bateaux sont arrivés de tous les côtés… Huit vaisseaux nous ont encerclés, trois ou quatre étant équipés de canons.
Nous avons appelé les soldats à refuser les ordres qui leur étaient donnés :« Nous vous appelons, vous soldats et officiers, à refuser d’obéir aux ordres illégaux qui vous sont donnés par vos supérieurs. Nous vous informons que le blocus de Gaza et l’occupation des territoires palestiniens sont illégaux selon le droit international. Vous risquez donc d’être traduits devant des tribunaux internationaux. Le blocus et l’occupation sont inhumains et contredisent les valeurs morales tant universelles que juives. Agissez selon votre conscience. Souvenez-vous de notre douloureuse histoire. Refusez de participer au blocus. Refusez de participer à l’occupation ».

Itamar a répété ce message plusieurs fois en hébreu et en anglais lorsque les vaisseaux se sont rapprochés de nous. Chacun de nous était prêt à l’interception. Nous nous tenions par la main et Vish prenait des photos et filmait.

Il y avait plus de cent soldats sur l’ensemble des vaisseaux qui nous entouraient. Deux petits vaisseaux, armés de canons, se sont placés de chaque côté de l’Irene, nous invectivant avec des mégaphones et se rapprochant de plus en plus de nous. Glyn, notre capitaine, restait calme et agissait exactement selon les principes que nous avions établis, continuant de naviguer et provoquent le marine.

Le militaire s’est alors adressé directement à Itamar, lui signifiant qu’il serait tenu pour responsable des dommages qui pourraient nous être causé et du risque que nous prenions en ne changeant pas de direction. Nous avons très vite compris qu’il pourrait y avoir un abordage à tout moment. Les petits vaisseaux se rapprochèrent de nous et un soldat a sauté à bord.

ITAMAR : « Alors que j’étais occupé à parler avec le bateau qui naviguait à nos côtés avec, à bord, quelque 20 soldats armés, je fus stupéfait, pour la millième fois dans ma vie, de constater combien l’armée pouvait instrumentaliser la réalité. Ils insistaient sur le fait que c’était moi qui porterais l’entière responsabilité de la violence que nous pourrions avoir à subir si nous n’obéissions pas et du fait qu’ils seraient « contraints » d’aborder notre petit bateau. J’essayais ironiquement de leur faire comprendre combien il était ridicule de mobiliser tant de militaires bien entraînés et armés pour aborder un bateau naviguant avec neuf personnes non armées et non-violentes. Comment pouvaient-ils nous tenir pour responsables d’éventuelles violences ? Je leur rappelai qu’il y avait à bord un survivant du judéocide et un parent en deuil de l’assassinat de sa fille dans un attentat suicide, et que nous ne voulions pas de confrontation physique. Je pense que ça les a rendus furieux, mais les a aussi empêchés d’user de la violence à l’encontre de la majorité des passagers, mis à part Yonatan et moi. Il est très important de se rappeler que, quelques jours plus tôt, l’armée israélienne avait tué, sans battage médiatique, deux pêcheurs gazaouis qui avaient eu le tort de s’approcher d’un peu trop près de ce que l’armée a fixé comme frontière maritime. Il fut donc relativiser la violence qui nous a été faite ».

Ils s’en donc pris à Itamar et l’ont emmené sur leur bateau. D’autres soldats s’en sont vicieusement pris à Glynn en le poussant et en lui faisant lâcher la barre. Les autres passagers se tenaient par la main et chantaient “We Shall Overcome”. Il est possible que Reuven ait joué de l’harmonica !


ITAMAR : « D’après ce que j’ai compris, au moins deux soldats avaient été chargés de saisir tous les appareils audio-visuels. Le journaliste israélien de Channel 10 se tenait près de moi et un des soldats lui a tout simplement enlevé se caméra des mains. J’ai repris la caméra en prenant bien soin de ne pas toucher le soldat et l’ai mise derrière mon dos, refusant de la rendre au soldat. Celui-ci en a appelé un autre et ils s’y sont mis à deux, en hurlant, pour me faire bouger et lâcher la caméra. Voyant qu’ils n’y arrivaient pas, ils ont demandé l’autorisation à leur supérieur de m’arrêter. Quatre d’entre eux m’ont conduit sur leur bateau et ont voulu me forcer à m’allonger sur le sol pour me menotter. J’ai tenu bon jusqu’à ce que l’un d’entre eux me comprime l’artère du cou. J’ai alors entendu un affreux cri de Yonatan et l’ai vu perdre le contrôle de son corps suite à une décharge électrique qui lui avait été infligée. Yonatan a alors été amené sur le bateau sur lequel je me trouvais. Nous avons tous les deux été menottés et amenés sur un plus grand bateau ».

Pendant que nous nous tenions par la main, les soldats ont commencé à tout saisir. À ce moment, j’étais assis sur le sol du bateau, serrant Glyn et Reuven dans mes bras, tentant d’atténuer le risque pour eux. Ensuite, je suis allé m’asseoir à côté de Rami. Des soldats se sont approchés de Rami et de moi avec l’intention évidente de m’emmener sur un bateau de la marne. Rami et moi nous sommes étreints, la plus intense étreinte de ma vie !

Un officier s’est approché de nous en sortant son taser et en nous ordonnant d’arrêter de nous tenir l’un l’autre. Il m’a ensuite tiré deux décharges de taser dans l’épaule droite. Ça m’a fait un mal de chien, mais pas aussi mal que la décharge que j’ai reçue ensuite en pleine poitrine. J’ai totalement perdu le contrôle de mon corps et j’ai convulsé comme un épileptique. C’est ensuite qu’ils m’ont transféré sur un autre bateau.

C’est ainsi que s’est déroulée l’« interception non-violente » du bateau juif pour Gaza. Évidemment, si nous avions été Palestiniens ou Musulmans, ils auraient tiré à balles réelles… Mais comme nous étions des Juifs et des Israéliens, bénéficiant de l’attention du monde, ils n’ont pas voulu nous faire ce qu’ils ont fait au Mavi Marmara. Bien sûr, ils ont ensuite saisi toutes les preuves filmées par Eli et Vish. Et les seules images qui restent sont celles filmées par l’armée. Ce serait formidable si une pression s’exerçait sur l’armée pour qu’elle restitue les images que nous avons filmées. Quelles raisons peut-elle invoquer pour les garder ? Il s’agit d’un formidable document sur les 48 heures de notre voyage et des messages que nous avons écrits sur les banderoles de tous ceux qui nous ont soutenus.

Toutes les banderoles ont été jetées à terre par l’armée et le bateau a été conduit avec les passagers laissés à bord vers le port d’Ashdod.

Itamar et moi avons été conduits à Ashdod à bord du navire de guerre, ce qui a pris plusieurs heures. Nous y avons vu notre bateau à quai. Nous avons vu les manifestants qui protestaient, nos amis et nos familles qui nous attendaient sur la plage depuis le matin, ainsi qu’un bateau avec des cameramen qui attendaient de pouvoir nous parler mais qui furent interceptés et forcés de rentrer au port.

Nous avons été fouillés intimement et puis emmenés dans un bureau de police à Ashdod où nous avons aperçu d’autres manifestants qui nous attendaient.

Notre interrogatoire à Rami, Itamar, Reuven, Eli et moi dura plusieurs heures. Nous fûmes accusés d’avoir tenté de pénétrer dans une zone interdite. Rami, Itamar et moi fûmes de plus accusés d’avoir insulté et attaqué des soldats. Nous avons tous été relâchés vers 20 heures. Il est choquant d’avoir été attaqués aussi brutalement alors que nous nous étreignions et chantions, et il est surtout choquant d’avoir entendu l’armée prétendre que l’interception s’était déroulée pacifiquement.

À notre sortie du bureau de police, nous étions attendus par de nombreux médias israéliens, ainsi que par des journalistes de Reuters et d’autres médias. Nous avons répondu à leurs questions et puis Reuven a sorti son harmonica et nous a interprété un splendide chant juif à propos de personnes éprises de paix. Tout un public s’est joint à nous, mais nous n’en avons pas moins entendu certains passants crier «mort aux Arabes».

Si nous n’avions pas été des Juifs et des Israéliens nous aurions eu beaucoup moins de chances d’en sortir vivants. J’adresse mon amour et mes remerciements à tous ceux qui nous ont soutenus et aidés.»


NB : Yonatan ne s’est vu proposer aucun suivi médical après qu’il ait été victime de tirs de taser. Les Israéliens interrogés par la police ont été libérés moyennant une caution de 5000 nouvelles livres israéliennes et devront être à nouveau interrogés. La question de savoir s’ils seront inculpés n’est pas encore claire.

Outre les journalistes Eli et Vish, les passagers du bateau étaient :

  • Reuven Moskovitz : Israël, survivant du judéocide, il est membre fondateur du village judéo-arabe Neve Shalom (oasis de paix)
  • Rami Elhanan : Israël, il a perdu sa fille Smadar dans un attentat suicide en 1997, membre fondateur du Cercle des familles en deuil, réunissant des Israéliens et des Palestiniens ayant perdu un proche dans le conflit
  • Lilian Rosengarten : États-Unis, psychothérapeute ayant fui l’Allemagne nazie
  • Glyn Secker : Grande-Bretagne, il est le commandant de bord et membre de l’Organisation Juifs pour la justice pour les Palestiniens
  • Yonatan Shapira : Israël, ancien pilote de l’armée israélienne, initiateur de la lettre des 27 pilotes ayant refusé de larguer des bombes sur Gaza, il est membre du mouvement israélo-palestinien Combattants pour la paix
  • Carole Angier : Grande-Bretagne, biographe de l’écrivain, survivant d’Auschwitz, Primo Levi
  • Edith Lutz : Allemagne, infirmière, elle était déjà à bord du premier bateau pour Gaza en 2008
  • Alison Prager : Grande-Bretagne, enseignante, elle est  la coordinatrice médias sur le bateau
  • Itamar Shapira : Israël, frère de Yonatan, membre de l’équipage du bateau

29/09/2010

Le pied de nez permanent

Le dénouement au mal être général de l’Etat n’apparaîtra qu’au jour où la séparation des pouvoirs et l’effective prise en compte de l’intérêt général seront peu ou prou devenues et/ou redevenues une réalité. Utopie que de penser cela ? Peut-être.

En tout cas, c’est pour l’instant très clair : personne n’est aujourd’hui en mesure de contraindre le pouvoir en place de répondre au minimum de respectabilité ou de simple cohérence que l’on est en droit d’attendre de lui. Pire, le cynisme, le pied de nez permanent, jamais sanctionné ne débouche sur aucune révolte réelle ou aboutie, sur aucun retournement qui ne serait que justice. Les critiques passent comme les caravanes sans rien déclencher d’immédiatement audible et significatif.

Jusqu’à quand ?

Les diagnostics s’enchaînent sans véritable thérapie, sans qu'aucune garantie ne soit assurée de préserver un indispensable minimum constitutionnel . Un indispensable minimum qui passe, comme le soutient Serge Portelli, vice-président au Tribunal de Paris, par la restauration d’une justice indépendante et le maintien des juges d’instruction.


Affaire Woerth : pourquoi le juge d'instruction est crucial


Même le très docte Jean Daniel dans un éditorial pour le Nouvel Obs a fini par reconnaître que « S’il (NS) perd, il entraîne la France dans sa chute, s’il gagne, il entraîne le peuple dans le déshonneur. » Bel effort d’objectivité quoiqu’un peu tardif !

  • Manifestations contre les retraites : minimisées, voire méprisées.
  • Remarques humiliantes d’instances européennes ou internationales : ignorées, voire ridiculisées.
  • Recommandations d’institutions, dont c’est le rôle, pour prévenir les dérives d’un pouvoir qui n’a plus de frein : pas entendues, voire lettres mortes.
  • Le président de l’Assemblée nationale «ne se sent pas menacé».
  • le premier procureur de France, J-L. Nadal, recommande un dessaisissement du procureur Courroye, lequel refuse de céder le dossier Woerth à un juge d’instruction moins dépendant que lui. Ce qui ne serait pourtant pas bien difficile !...

Tout pourrait concourir à la violence, même si celle-ci s’avère inutile et sans effet sur le long terme.

Même s’ils peuvent apparaitre un peu crispés, les sourires des Woerth, Besson et consorts ont quelque chose de provoquant. Et ils s’en amusent ouvertement devant micros et caméras. Mais n’est pas humoriste qui veut et, en 2012, ne sera-t-il pas trop tard pour, ne serait-ce que pour, réhabiliter ce qu’il restera de cohésion sociale ?

16/09/2010

La honte habite à l’Elysée (suite)

Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des Droits de l’Homme a répondu aux internautes au cours d’un tchat organisé par le Nouvel Observateur.

Retenues ici, deux questions et deux réponses qui laissent envisager un regain de réactivité citoyenne qui dépasse une légitime indignation, très largement partagée, mais insuffisante au regard de l’escalade à laquelle se livre le régime sarkosien …

Et pour commencer, une plainte sera incessamment déposée à l’encontre du ministre Hortefeux à propos de la circulaire du 5 août émanant de ses services et discriminant nommément les Roms en tant que groupe ethnique.

 

Ce n’est pas parce que, le chef de l'Etat tente de se faire passer pour une victime incomprise ou que cette circulaire a soi-disant été remplacée, que cette dernière est devenue caduque et, surtout qu’elle n’est plus significative d’une xénophobie avérée et instrumentalisée sans vergogne.
Si la Cour de Justice européenne respecte les prérogatives qui lui sont échues de par les traités, elle devrait, comme l’y invite l’ensemble des opinions publiques, sanctionner l’Etat français, quelque soient les explications forcément oiseuses de celui-ci. Quant à la commission européenne, elle serait fondée de vérifier dans chaque pays si le droit, y compris le droit interne, est appliqué. Soit :

  • Ses propres traités sur la libre circulation dans l’espace européen
  • La mise à disposition de terrains susceptibles de recevoir les populations nomades,
  • L’utilisation des subventions européennes,
  • La non-discrimination en matière d’éducation, santé, travail

Mais revenons aux réponses de J-P. Dubois…

Question : « Comment peut-on s'organiser pour, si ce n'est annuler, tout du moins limiter, l'impact extraordinairement néfaste du virage droitier de nos dirigeants sur l'image de la France en Europe et ailleurs dans le monde ?
Comment faire entendre avec force la position française en accord avec notre histoire, nos valeurs et notre constitution sur la scène internationale ? »

Réponse : « La LDH considère qu'il est temps d'aller plus loin que l'expression légitime des indignations et protestations, d'ailleurs aujourd'hui largement partagées en France et à l'étranger. Nous devons éviter une sorte de paralysie civique dans laquelle les citoyens, tout en se déclarant très majoritairement mécontents, estimeraient que tout est joué d'avance et qu'aucune alternative crédible ne serait envisageable.

Car rien ne nous condamne à subir, "réforme" après "réforme", tant de recul de nos droits, de nos libertés, des solidarités et des valeurs mêmes de la République. Rien n'oblige les citoyens d'une démocratie à ne pas exercer leur pouvoir souverain. Encore faut-il que les cartes soient sur la table, et que les choix ne se réduisent pas à celui du prochain "monarque élu" sur son apparence, son air décidé et conquérant et une formule de "communicant" aussi creuse que sonore.

C'est pourquoi la Ligue des droits de l'Homme, avec déjà 35 organisations associatives et syndicales qui comme elles partent de la défense des droits au quotidien, va lancer le 20 septembre un" Pacte citoyen pour les droits". Pas pour bâtir un programme politique, ce qui est l'affaire des partis et non la nôtre. Mais pour combattre le défaitisme en montrant qu'il existe bel et bien des alternatives à la régression répétée des droits et des libertés, que l'on peut retrouver le chemin de plus de respect de chacun, d'égalité des droits et de solidarité, bref, retrouver la conviction que notre avenir nous appartient si nous voulons bien nous en mêler nous-mêmes et que le retour du progrès est alors parfaitement possible.

Ce Pacte s'adressera à toutes les forces politiques sauf bien sûr l'extrême droite, à tous les élus politiques et le moment venu à tous les candidats. Nous publierons sur un site dédié nos propositions et les réponses et réactions des uns et des autres, afin que les citoyens aient en mains toutes les cartes pour choisir souverainement le moment venu. Avant qu'il ne soit plus question que des personnes, des looks et de la compétition des égos, certes très importantes pour quelques centaines de personnes mais à des années-lumière des préoccupations des 60 millions de citoyens. Et parce qu'aux yeux de la LDH la défense et le progrès des droits passent d'abord par l'exercice actif de la citoyenneté. »

Question : « Pensez-vous que, s'agissant de l'amalgame entre Roms et délinquance, une majorité de Français soutiennent implicitement Nicolas Sarkozy, ou que a contrario, cela le desservirait dans ses ambitions politiques ? »

Réponse : « Je pense que la manœuvre de Nicolas Sarkozy a échoué : il y a bien sûr toujours des préjugés xénophobes dans une partie de la population, d'autant plus que la crise pèse et exaspère et que les boucs émissaires sont toujours une explication facile, mais les sondages et les mobilisations montrent que ce qui dominent c'est plutôt l'écœurement.
Vraiment, alors que des millions de gens sont touchés par la précarité, le chômage, l'inquiétude pour l'avenir, il faut jeter 15000 Rom en pâture à la vindicte et à la stigmatisation, il faut essayer de faire croire qu'ils seraient, parce que Rom, des délinquants, responsables "prioritaires" (!) de l'insécurité, et qu'il n'y aurait rien de mieux à faire que de réveiller les vieux préjugés contre les "voleurs de poule" ?
Vraiment, on va faire oublier ainsi les relations chaleureuses des familles Woerth et Bettencourt, la casse des retraites et des services publics, les promesses trahies sur les emplois de Gandrange et sur le pouvoir d'achat ?
Les Français, je le crois fermement, ne sont pas aussi bêtes qu'on le croit dans le petit groupe de collaborateurs de l'Élysée qui s'est substitué au gouvernement de la République.
Donc ne perdons ni courage ni espoir ! »

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