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01/10/2009

Outrage ? Où ça ?

La CNDS, autorité administrative indépendante créée en 2000 était jusqu'ici chargée de veiller au respect de la déontologie par les personnes exerçant, sur le territoire de la République, des activités liées à la sécurité. Pratique : vous aviez été victime ou témoin d'outrance policière, vous pouviez saisir la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité.
C'était pratique mais de moins en moins efficace, les crédits budgétaires étant progressivement restreints.

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Il faut dire que le contenu des rapports annuels, présentés pourtant sous forme de simples recommandations par la commission devenaient de plus en plus gênants. Par exemple dans son rapport de 2008, il était écrit :

« Cette année, la CNDS a décidé de recourir à deux reprises à la publication de rapports spéciaux au Journal Officiel de la République française, plusieurs de ses recommandations dans deux dossiers particulièrement importants à ses yeux n'ayant pas été suivies d'effet. L'un concernait des violences commises en milieu pénitentiaire, favorisées par de multiples négligences simultanées ou successives du personnel pénitentiaire et traitées de manière inadéquate par la direction de l'établissement pénitentiaire (saisine 2007-23, rapport 2008 - J.O. du 2/12/2008). L'autre évoquait des violences subies par un étranger après son refus d'embarquement et imputées à des fonctionnaires de la police aux frontières qui ont, de surcroît, tenté d'échapper par diverses manœuvres à la compétence et aux investigations de la Commission (saisine 2006- 29, rapport 2007 - J.O. du 18/01/2009). »

A cela s'ajoutait dans le même rapport, toute une série de dénonciations qui pour un fonctionnaire de police sont d'autant plus dures à entendre qu'elles sont justifiées :

« Dans d'autres situations, les fonctionnaires se sont adressés de manière irrespectueuse aux personnes auxquelles ils ont eu affaire, alors même qu'elles restaient calmes et obtempéraient aux ordres (v. not. saisine 2007-19, à Villiers-le-Bel). La pratique du tutoiement, l'usage de paroles vexantes, ainsi que toute attitude susceptible d'être interprétée comme un acharnement discriminatoire, sont à proscrire absolument. »

C'était plus qu'il n'en fallait pour que la CNDS soit définitivement dissoute.

Au passage, on en profite pour que le défenseur du droit des enfants soit lui aussi supprimé alors que de par sa fonction il était habilité à saisir ministre et préfet pour un plus grand respect des mineurs de plus en plus inquiétés par les services de police.

Alors, où est l'outrage ? Un début de réponse se trouve dans la vidéo qui suit et diffusée sur « Envoyé Spécial ». Pas même censurée.

De quoi demander la dépénalisation du délit d'outrage pour au moins deux raisons strictement objectives :

  • Le soi-disant outrage sert à masquer et à couvrir des dérives policières inacceptables
  • Il est utilisé à des fins mercantiles par des fonctionnaires qui arrondissent leurs fins de mois en se portant partie civile.

Trois clics pour rejoindre les 12479 signataires qui partagent à ce jour cette évidence.

Et dans la foulée, pourquoi ne pas imaginer que les missions dévolues hier à la CNDS et au défenseur du droit des enfants relèvent demain d'une commission européenne ?

27/09/2009

Le suicide, c’est pas beau

A côté d'une expression apparemment sans queue ni tête mais révélatrice d'une tendresse enfantine et inquiète, ressemblant un peu à : «Si tu meurs, j'te tue», les discussions vont bon train sur le thème «le suicide, que faut-il en penser ?». Question absurde à propos d'un tabou douloureux qui s'ouvre sur une hypocrisie crasse.

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Si un cadre qui se suicide, est un fait «dérangeant», on constate que sur un ensemble avoisinant 12.000 cas sur une année (160.000 tentatives), seuls ceux qui remettent en cause la gestion des entreprises (on parle rarement des simples salariés), ou ceux décomptés dans les établissements publics carcéraux (environ 90), sont médiatiquement pris en charge.

Santé publique et gestions défaillantes sont à peu près les seuls axes qui orientent les réflexions pour une meilleure... «prévention» et «anticipation du risque» !!!  Et si le risque n'a pas pu être évité, encore faudra-t-il tenir compte de la difficulté à établir un lien de causalité entre suicide et travail. Du pain sur la planche en perspective pour les avocats et les assurances chargés de déterminer matériellement les pénalités infligées ou compensations accordées à «ceux qui restent» !

Mais ce qui semble être le plus «gênant» c'est de ne pas pouvoir, ni oser, désigner les suicidés comme les seuls coupables d'une «mode qui choque tout le monde».
La situation des survivants est bien entendu très inconfortable et c'est à juste titre qu'en dehors de leur deuil, l'on parle de :

  • taxer les entreprises dans lesquelles les salariés mettent fin à leur contrat de travail de façon radicale, et à minima de revoir les méthodes utilisées par les DRH,
  • ou, concernant le système pénitentiaire, d'informer des sanctions infligées à l'Etat par les tribunaux administratifs et/ou la cour européenne des droits de l'homme pour ses conditions de détention indignes sensées être à l'origine de suicides en cascade.

Sur ce dernier point, une loi visant à sécuriser la vie dans les prisons vient d'être votée sans publicité - de façon quasi honteuse - le 22 septembre dernier. Répond-elle aux attentes de Louis Albrand, auteur d'un rapport conséquent sur le sujet ? Pas vraiment ?
Qu'en pense l'Observatoire International des Prisons ? Oserait-on l'imaginer ?

Ces questions risquent de rester sans réponse d'autant que dans le contexte actuel un suicide, serait-il militant, ne suffirait pas à changer la vie et que se poser la question du «pourquoi» pourrait passer pour être l'expression d'un terrorisme rentré.

Reste l'esthétique.

Elle est parfois moins terre à terre et mieux à même de mettre en évidence les causes profondes du refus de vivre. «Le Diable Probablement», film de Robert Bresson sorti il y a plus de trente ans, en 1977, en est un exemple. Ce qu'en disait l'auteur lui-même :
«Ce qui m'a poussé à faire ce film, c'est cette civilisation de masse où bientôt l'individu n'existera plus. (...) Cette immense entreprise de démolition où nous périrons par où nous avons cru vivre. C'est aussi la stupéfiante indifférence des gens».


«Le Diable Probablement» a été interdit aux moins de 18 ans comme pouvant encourager des tendances suicidaires.

Le sujet : Un garçon d'une vingtaine d'années, Charles, est découvert, mort, dans une allée du cimetière du Père-Lachaise. Avec ses amis, il passait de nombreuses heures en discussions sans fin sur les dangers qui menacent le monde : pollution, gaspillage des ressources naturelles, décomposition du tissu social, famine, guerre... S'inquiétant pour lui, ses amis finissent par le convaincre de consulter un psychanalyste. Mais Charles ne retient de cette rencontre qu'une seule information : dans la Rome Antique, les candidats au suicide demandaient à un esclave de les aider à mourir. Il passe à l'acte en demandant à ce qu'on lui tire deux balles dans la tête.

Transcription partielle des dialogues :
« Le monde dégrade autant celui qui donne que celui qui reçoit (...) Si mon but était l'argent et le profit, je serais respecté de tout le monde (...) Je ne peux imaginer que je serai jugé pour n'avoir pas compris ce que personne ne peut comprendre (...) Plus rien n'est politique dans ma vie, si ce n'est le refus de toutes les politiques (...) Je ne suis pas déprimé. Je veux seulement avoir le droit d'être ce que je suis. Je ne veux pas que l'on me force à ne plus vouloir, à remplacer mes non désirs par de faux désirs, calculés par des statistiques, des sondages, des calculs, des classifications américano-soviétiques super-connes. Je ne veux pas être un esclave (...) Je n'ai pas envie de mourir : je déteste la vie mais je déteste aussi la mort. »

 

Mise à jour :

Dépêche du 28 septembre 2009

Un vingt-quatrième suicide à France Télécom

"Un salarié de France Télécom s'est donné la mort lundi matin à Alby-sur-Chéran, en Haute-Savoie, portant à vingt-quatre le nombre de suicides au sein de l'entreprise depuis février 2008. L'information, révélée par Le Dauphine libéré, a été confirmée par la direction du groupe.
L'employé s'est jeté d'un viaduc et a mis en cause dans une lettre son employeur

Sources Yahoo & http://contreinfo.info/

25/09/2009

Violences coupables

Les fréquentes levées de bouclier qui font généralement suite aux déclarations de Nadine Morano n'ont en général rien à voir avec des réflexes d'auto protection. Cette fois, dans le cadre des discriminations faites aux femmes, on pourrait presque porter sur le pavois la secrétaire d'Etat chargée de la Famille et de la Solidarité tant elle s'est déclarée déterminée à lutter contre les inégalités salariales, à réformer le congé parental et à agir contre les violences conjugales. Autant de mesures pouvant en effet contribuer à établir une égalité homme-femme.

Avec un peu d'avance sur la prochaine mobilisation du 17 octobre prochain et devant un aréopage d'anciennes secrétaires d'Etat ou ministres du droit des femmes, d'Yvette Roudy à Simone Veil, Nadine Morano s'est engagée - quoique de façon encore assez vague -, sur trois points :

  • Salaires : celui des femmes restent inférieurs de 27 % à ceux des hommes.
    Réponse pratique :
    "On ne peut plus se contenter de bonnes intentions, il faut désormais avoir recours à des mesures contraignantes. Quel député ou quel chef d'entreprise accepterait, à travail égal, d'être moins bien payé que ses collègues ? " dixit la secrétaire d'Etat qui plaide pour l'instauration de quotas de femmes dans les conseils d'administration des entreprises du secteur public et du CAC 40, mesures coercitives à la clé.
  • Congé parental : "Beaucoup de mères s'arrêtent de travailler non par choix, mais parce qu'elles n'ont pas trouvé de mode de garde pour leurs enfants".
    Réponse pratique :
    Mme Morano, souhaite créer 200 000 places d'ici à 2012. Cette mesure n'est pas encore chiffrée.
  • Violences : En 2008, en France, 156 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint.
    Réponse pratique :
    un bracelet électronique, expérimenté en 2010, scellé au bras de l'agresseur potentiel reliera ce dernier 24h sur 24 à un centre de contrôle GPS et permettra à la victime, potentielle, d'être alertée du danger qu'elle encourt. Cette mesure qui devrait coûter cinq millions d'euro sur la base de 2000 époux violents par an devrait être suivie d'effet si l'on s'en réfère aux résultats obtenus en Espagne. Selon le ministère espagnol de l'Égalité, le nombre de morts dues aux violences conjugales aurait baissé d'environ 14% grâce à ce système.

Amnesty International - Violences conjugales

On est bien entendu loin du compte de la stricte égalité des droits hommes - femmes. Le sujet qui n'est malheureusement pas épuisé, fera l'objet d'une manifestation nationale le 17 octobre prochain qui devrait développer les thématiques suivantes :

  • Liberté d'accès à l'avortement et la contraception ;
  • Autonomie financière ;
  • Violences faites aux femmes ;
  • Egalité dans la vie politique, économique et sociale ;
  • Ingérence des intégrismes religieux ;
  • Solidarité dans la lutte pour les droits des femmes du monde entier

Dommage que cette information, qui pourrait redorer le blason de Nadine Morano et de ses amis, risque d'être occultée par les emportements «coupables» créés par l'affaire Clearstream et autres focalisations très contrôlées. Du coup, l'essentiel des déclarations de la secrétaire d'Etat, risque de passer au second plan, inaperçu.

22/09/2009

Cyber dissidence

Sous la pression d'un nouveau type de vidéosurveillance qui les déstabilise et se retourne contre ceux qui voudraient contrôler TOTALEMENT l'opinion, Vincent Peillon pense aussi mal qu'Henri Guaino, JF Copé et quelques autres :
«Je viens d'une culture républicaine qui considère que le pire c'est qu'on veuille montrer tout. (...) J'ai toujours pensé que tout rendre visible, c'est le début du totalitarisme» dit-il sur FranceInfo.

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Les progrès technologiques constituent sans doute une source d'asservissement et il n'est pas faux de dire que les utilisateurs d'internet, de compacts ou autres téléphones portables sont devenus dépendants du numérique.

Mais le malaise éprouvé par les politiques ne vient pas de là. Depuis quand se préoccuperaient-ils en effet du degré de liberté, de l'absence de dépendance accordée à leurs électeurs potentiels, voire d'une option sécuritaire qui ne soit pas qu'un prétexte.
La plupart acceptent d'être faussement effarouchés dans l'indécence de leur vie privée véhiculée par la presse people. Puisqu'on est ici dans la logique du «gagnant-gagnant», - tout au plus intentent-ils des procès rémunérateurs - le malaise ne vient donc pas de là non plus.

Il ne serait pas faux de dire que le numérique et donc internet est ouvert à tout le monde y compris aux dictateurs et aux gouvernants. La polémique actuelle semble oublier volontairement (?) la question. Et lorsque la CNIL est chargée de rendre un rapport sur le projet de «Loi d'Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure», Loppsi 2, ce ne sont pas les blogueurs de l'Elysée qui sont concernés.

Par ailleurs, mis à part les dérapages révélateurs et politiquement honteux dans lesquels se sont fait surprendre les Vals, Hortefeux et quelques autres, aurions-nous, sans ressource au numérique, une idée des résistances qui s'expriment un peu partout dans le monde.
Il semble qu'une bataille par internet interposé ait vraiment commencé. Peut-on alors parler de totalitarisme lorsqu'une opposition cyberdissidente parvient à contourner la censure et que les organisations concernées par les droits de l'homme y trouvent un moyen de dénoncer les dictatures au pouvoir ?


Personne ne sera suffisamment naïf pour croire que cette bataille est forcément gagnée puisque, et ce n'est qu'un exemple, des logiciels espions sont en cours d'élaboration et que la chasse aux blogueurs indépendants est lancée. Selon Reporters Sans Frontières, leur nombre ne cesse d'augmenter. Ils sont actuellement emprisonnés en Chine, Iran, Birmanie, Syrie ..., tandis que les Peillon, Guaino, Copé et quelques autres commencent ici à s'agiter et à imaginer courageusement une "régulation des libertés fondamentales" !!!

20/09/2009

CCAS en danger

La suppression de la taxe professionnelle peut-elle avoir une incidence sur le fonctionnement des Centres Communaux - ou Intercommunaux - d'Action Sociale (CCAS ou CIAS) ? La réponse officielle sera évidemment « Non ». Et pourtant...

D'un montant de 28 milliards d'euros, la taxe professionnelle représente la moitié des recettes fiscales des collectivités locales. Ce n'est donc pas en diminuant leurs revenus fiscaux que le risque qui plane sur les dépenses publiques de solidarité vis-à-vis des plus démunis sera écarté.

Bien qu'aucune mesure sérieuse n'ait encore été arrêtée pour compenser cette perte de ressources, le risque est d'autant plus préoccupant que les mairies peuvent décider à tout moment de la fermeture des CCAS / CIAS. Une décision qui s'inscrit dans le processus général de démantèlement du service public, ce qui en période de récession est totalement insupportable et catastrophique.

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Or deux types d'aide sociale sont mis en question :

  • l'aide sociale légale constituée d'une obligation pour la collectivité publique et d'un droit pour l'individu. Elle recouvre l'ensemble des prestations dont les conditions d'attribution sont fixées par la loi.
  • l'aide sociale facultative relève de la libre initiative des collectivités territoriales. En 2007, cette action sociale facultative a failli être radicalement supprimée. L'UNCCAS s'y est opposé.

C'est cette dernière aide qui est la plus immédiatement menacée.

En dehors du fait que la libre administration des collectivités territoriales est un principe constitutionnel inscrit dans la logique de la décentralisation, d'autres menaces, au-delà des clivages politiques, obscurcissent l'avenir des CCAS :

Pendant ce temps, la situation des personnes directement concernées par l'action des CCAS, de plus en plus nombreuses, ne cesse d'empirer. C'est ce que révèle une enquête présentée lors du congrès de l'UNCCAS qui s'est tenu les 16 et 17 septembre dernier.


Pour mieux lire les informations de ce récapitulatif défilant,
on peut l'agrandir et/ou le bloquer à l'aide de la souris enclenchée.

Les CCAS sont loin de ressembler à leurs ancêtres, les Bureaux de bienfaisance et d'assistance. S'ils devaient faire les frais de la crise, les associations attachées à défendre les droits économiques et sociaux seraient parmi les premières à porter les revendications des plus précaires.

Voir aussi ce que constate Patrick Kanner, président de l'UNCCAS, dans un entretien accordé à la Gazette Santé-Social.

17/09/2009

Patrimoine et partis politiques

Les partis politiques appartiennent-ils au patrimoine ?

Pas de doute en ce qui concerne quelques uns de leurs lieux de réunions : Versailles, Palais du Luxembourg, Palais Bourbon qui seront visités les 19 & 20 septembre à l'occasion des journées du patrimoine.
Quant aux partis politiques eux-mêmes, acteurs d'un spectacle devenu répétitif et éprouvant, il se pourrait bien qu'ils so
ient enfin «revisités» comme le souhaitait la philosophe Simone Weil (1909‑1943), dans sa «Note sur la suppression générale des partis politiques» écrite en 1940.

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Argumentaire en dix points résumés de la philosophe :

  1. Critère du bien : "en premier lieu, la vérité et la justice ; en second lieu, l'utilité publique". (p.25)
  2. "La démocratie, le pouvoir du plus grand nombre, n'est pas le bien. C'est un moyen, pour satisfaire vérité, justice et utilité publique". (p.25)
  3. "Il y a plusieurs conditions pour pouvoir appliquer la notion de volonté générale. Deux retiennent l'attention (p.30) : absence de passion collective d'une part ; que le peuple ait à exprimer son vouloir à l'égard des problèmes de la vie publique et non pas de faire des choix de personnes. Encore moins un choix de collectivités irresponsables", d'autre part. (...) "Le seul énoncé de ces deux conditions montre que nous n'avons jamais rien connu qui ressemble même de loin à une démocratie." (p.32-33)
  4. "Pour apprécier les partis politiques selon les critères de vérité, de justice et d'utilité publique, il convient d'en discerner les caractères essentiels. On peut en énumérer trois (p35) : Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective".
  5. "Un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres".
  6. "L'unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite".
  7. "Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration (...)" (p.35)
  8. "Aucune quantité de pouvoir ne peut jamais être regardée comme suffisante (...) Le parti se trouve (...) dans un état continuel d'impuissance qu'il attribue toujours à l'insuffisance du pouvoir dont il dispose. Serait-il maître absolu du pays, les nécessités internationales imposent des limites étroites." (p40)
  9. "Un homme qui adhère à un parti a vraisemblablement aperçu dans l'action et la propagande de ce parti des choses qui lui ont paru justes et bonnes. Mais il n'a jamais étudié la position du parti relativement à tous les problèmes de la vie publique. En entrant dans le parti, il accepte des positions qu'il ignore (...) Quand peu à peu, il connaîtra ces positions, il les admettra sans examen". (p59)
  10. A moins de renoncer à lui-même, aucun homme ne peut servir deux maîtres à la fois, un idéal collectif et un intérêt individuel, encore moins une idéologie relevant de la pensée unique et des convictions personnelles librement assumées.

Pour éclairantes que soient ces réflexions, il faut bien s'avouer que les partis restent pour l'instant un mal nécessaire. Il serait pourtant possible, d'en rétablir la crédibilité et d'en atténuer le coté négatif au moins partiellement en :

  • établissant la validité du « vote blanc » pour qu'il soit comptabilisé
  • organisant la gratuité totale des adhésions aux partis politiques
  • alignant le salaire des élus sur celui des fonctionnaires

Quant à leur aspect « patrimoine », à l'instar de la gastronomie, les partis politiques pourraient in extremis être sauvés de leur actuelle déconfiture s'ils devaient bénéficier d'une mesure de protection opportunément concoctée par convention de l'UNESCO, ratifiée par 78 Etats le 20 juin 2007.  Et ce, au même titre que « L'isopolyphonie populaire albanaise », « Le muqam ouïgour du Xinjiang » ou « Les dessins sur le sable de Vanuatu ».

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En effet, selon cette convention,

« On entend par Patrimoine Culturel Immatériel les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire (...) que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu (...), leur procure un sentiment d'identité et de continuité (...). Aux fins de la présente Convention, seul sera pris en considération le patrimoine culturel immatériel conforme aux instruments internationaux existants relatifs aux droits de l'homme, ainsi qu'à l'exigence du respect mutuel entre communautés, groupes et individus, et d'un développement durable. »

Ayant une part de responsabilité (trop souvent malheureuse) dans notre histoire et notre culture, « revisités » ou pas, pourquoi les partis politiques n'entreraient-ils pas au Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité ?

15/09/2009

Paniques, paranos ... Pa-d'soucis ...

... c'est rentable.

On avait déjà entendu qu' «aucun pouvoir ou aucun contre-pouvoir, n'a plus la moindre influence sérieuse sur le cours des événements, parce que l'humanité s'est laissée déborder par les systèmes qu'elle a créés, à commencer par le marché ».

On peut aussi préciser que les dits pouvoirs et contrepouvoirs sont d'autant plus impuissants et muselés qu'ils se sont depuis longtemps laissés piégés par des lobbies dont on mesure mal aujourd'hui la capacité réelle à « orienter » les gouvernances. Les plus efficaces sont sans doute ceux qui sont au service de multinationales de type Monsanto. Ils détiennent les clés du système, l'influencent et le verrouillent, mais ne le contrôlent pas forcément.

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Sur ce constat, on peut ainsi avancer qu'il est plus important pour une multinationale de rémunérer et de protéger ses lobbyistes que d'être cotée en bourse. A moyen terme, c'est par ce biais que ses intérêts financiers seront les mieux servis.

Dès lors, comble du cynisme, les catastrophes, pandémies, famines organisées, guerres et autres peurs paniques deviennent des opérations rentables pour les Etats (nouveau PIB) pour ces multinationales qui ne « travaillent » pas toutes dans le même secteur et dont les intérêts peuvent se télescoper, concurrence oblige.

Quant au long terme, le capitalisme ayant ses limites, c'est plutôt catastrophique : inégalités intérieures aux Etats, inégalités entre Etats, entre continents, inégalités aggravées par les taux de croissance démographique, accrues par l'épuisement des ressources naturelles et par les pollutions résultant de l'activité industrielle... Comme tout a une fin..., on imagine la suite.

Les pouvoirs politiques des Etats, pour se maintenir en place n'ont d'autres solutions que d'employer une série d'outils qui, n'ayant rien à voir avec l'idée idyllique que l'on peut se faire de la démocratie, s'apparente à une propagande digne d'Orwell. La manipulation est à l'œuvre. Une œuvre de survie avant le carnage. Et pas pour l'éviter !!!

D'où le développement pour ainsi dire généralisé de techniques éprouvées visant à développer et entretenir les thèmes sécuritaires, à décerveler, à culpabiliser, à infantiliser, paniquer, divertir et maintenir sous contrôle l'opinion public. Laquelle, impuissante et aveuglée, en déduira alors une quelconque théorie du complot fomentée par des maîtres du monde s'entendant en coulisses pour le mettre à sac.


Et des réunions cultivant cet obscurantisme existent bel et bien. Des plus « connues » quoique secrètes et réservées à des invités triés sur le volet, celle de Bilderberg par exemple, se voudrait être une occasion de discuter aimablement, « librement », et sans opposition à propos des grandes questions de ce monde. Ceux qui y participent peuvent-ils être pour autant qualifiés de « Maîtres du Monde » ? Les réponses ne peuvent pas être unanimes puisqu'elles font appel au subjectif, à l'émotionnel.

Tout au plus peuvent-ils se dire : « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs, nous n'en seront que plus redoutés et mieux à même de susciter un quelconque intérêt (...) Organisons nos petites affaires discrètement pendant qu'il en est encore temps ».

Ce qui n'est bien entendu pas sans incidence sur l'avenir immédiat de la planète, mais à long terme, pas ou très peu déterminant.

Les véritables maîtres du monde, les détenteurs de « capitaux  significatifs » auxquels les "Bilderbergers" voudraient tous être assimilés, sont de toute façon incapables d'anticiper les catastrophes planétaires dont tout le monde sera finalement victime, eux y compris. C'est peu dire qu'entre le Docteur Faust, l'Apprenti sorcier et eux, la ressemblance est frappante. Il reste que la recette de la rumeur - deux tiers de vrai, pour un tiers de faux rendu apparemment crédible - lorsqu'elle fonctionne, contribue à détourner l'attention et à masquer la réalité,exemptée du coup de toute explication, avec un résultat identique à celui de la propagande. Pa-d'soucis, dans ce cas là aussi et surtout en période de crise, la rumeur est une affaire qui marche toute seule. A moins de ne pas accepter d'y succomber.

12/09/2009

Dégradation des services postaux

Le Conseil des ministres a examiné, mercredi 29 juillet, le projet de loi relatif à l'évolution de La Poste. L'entreprise publique devrait prendre la forme d'une société anonyme le 1er janvier 2010, bien que la directive européenne n'impose ni le statut de société anonyme ni la privatisation. Les avis contraires (1) (2) ne changent rien à l'affaire.

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Retour en arrière ....

Le lundi 2 décembre 1974, le personnel des PTT reprend le travail après plus de 45 jours de grève particulièrement mal vécue par les grévistes, le gouvernement de V.G.E., les usagers (qui ne sont pas encore des « clients »), les syndicats, les entreprises...

Dans certains établissements, la reprise du travail est difficile : des affiches incitant le personnel à ralentir les cadences sont apposées au centre de tri de la gare de Lyon. Le directeur réagit immédiatement en publiant une note de service : «L'agent qui travaille avec un rendement volontairement inférieur à la normale engage sa responsabilité au plan disciplinaire. Tout agent qui incitera ses collègues à travailler avec un rendement inférieur à la normale fera l'objet d'un retrait de service immédiat suivi d'une procédure disciplinaire».

Chanson initiée pendant cette grève qui en dit assez, déjà à l'époque, de la transformation-dégradation de l'institution

« Les grosses sociétés sont privilégiées

Le p'tit usager n'a que le droit d'payer

Lelong veut nous vendre, ITT achète

Allons-nous attendre sans relever la tête

Aux PTT, on a en marre d'être exploités

D'avoir des salaires de misère

Pour vaincre, il nous faudra

Postiers et usagers, la solidarité

Y'a les auxiliaires qui coûtent pas cher

Qu'ont pas le droit d'gueuler, sans être licenciés

On est des milliers, bretons, antillais

A être déportés loin d'où on est né

On est encadré, on est minuté

Sur notre clavier, il faut s'acharner

On est attaché, pas le droit d'parler

Et il faut mendier pour aller pisser »

Durant les années 80-90 qui suivent, dans un contexte de crise économique, l'Etat se révèle incapable de préserver croissance et plein-emploi. La notion de service public qui reposait sur l'idée d'infaillibilité de la gestion publique et sur l'affirmation de sa supériorité sur la gestion privée est remise en cause, preuves à l'appui, par un ultralibéralisme rampant qui, sciemment, entretient la confusion entre secteur public, service public et mission de service public. L'incapacité de l'Etat à réagir n'était/n'est pourtant pas une fatalité.

Les principes de concurrence et de rentabilité sont devenus les arguments massue d'une construction européenne. Le terme de service public n'est quasiment plus employé dans les textes de Bruxelles. On lui préfère les notions de service universel ou de services d'intérêt économique général.

Les plus pessimistes pensent aujourd'hui que la logique du marché néolibéral a définitivement triomphé. Sauf que les artisans de ce jeu de massacre continuent de se justifier comme s'ils n'avaient pas encore tout à fait obtenu gain de cause.
Les raisons invoquées, un déluge d'hypocrisies, sont toujours les mêmes. Elles recouvrent un vocabulaire et un arsenal discursifs éculés. Trop pour être vraiment crédibles. Qui pourrait croire par exemple que la poste devienne dans le contexte actuel une banque postale comme les autres banques, l'éthique en plus ?!!

Reste que deux catégories de missions de service public peuvent peut-être encore être défendues y compris à l'échelle européenne :

  • Celles qui, au-delà de la lutte contre l'exclusion et la pauvreté, contribuent à la cohésion sociale nationale et européenne.
  • Celles qui visent à favoriser une utilisation cohérente des territoires et des ressources communes.

Pour la Poste, symbole de lien social depuis sa création au XVIIème siècle, l'enjeu tourne autour d'une régulation qui concilierait concurrence et sauvegarde des missions de service public, indispensable à l'exercice des droits fondamentaux.

De quoi être en tout cas mobilisé contre un texte de loi entérinant une situation qui s'est lentement et depuis longtemps dégradée sous le regard bienveillant des gouvernements de tous bords.

11/09/2009

Bretons, alsaciens, auvergnats... même combat

Encore un leurre dont tout le monde parle :

Samedi 5 septembre, à l'Université d'été de l'UMP, un jeune Maghrébin prénommé Amin se fait prendre en photo avec le ministre de l'Intérieur, ex-ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale. Une militante UMP précise, sans doute pour rassurer le ministre : « lui, il mange du cochon et il boit de la bière.» Monsieur Hortefeux répond : « Il ne correspond pas du tout au prototype »... et ajoute tranquillement : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes ».

Il faut sans doute être assez malintentionné pour souligner que le sieur Hortefeux a été, de 1992 à 2004, élu au conseil régional d'Auvergne, et entre 1998 et 2004, président de la commission des finances et rapporteur du budget du même conseil régional d'Auvergne. En effet, ....

« selon le cabinet de Brice Hortefeux, ces propos ne visaient que... les Auvergnats. Il est vrai qu'en janvier dernier, lorsque le même ministre avait fait remarquer aux journalistes qu'il n'était « pas évident » que Fadela Amara soit sa « compatriote », il avait déjà soutenu qu'il ne parlait que de leurs attaches auvergnates. Le préfet Girod de Langlade, sanctionné il y a quelques jours à la demande de monsieur Hortefeux pour avoir trouvé qu'à Roissy on ne voyait que des Noirs, aurait dû prétendre qu'il ne visait que des Bretons ou des Alsaciens... (...) La LDH s'inquiète des conséquences de ce triste dérapage pour les victimes présentes et à venir du racisme... anti-auvergnat.

D'après un communiqué de la LDH.

08/09/2009

Rafale ou comment s'en débarrasser...

Actuellement, la grande mode en économie c'est : emprunter vite, rembourser moins ou pas du tout, polluer plus.

Le Rafale, technologiquement dépassé parait-il, aurait dû entrer en service en 1996 dans l'armée de l'air, ce retard s'expliquant par des aléas budgétaires et des « difficultés techniques ». Info 2006

Résultat : les 294 avions, dont le coût total a été estimé à 28 milliards d'euros à la sortie de Dassault Aviation, restent sur le carreau. S'en suivent une série d'échecs commerciaux équivalant à l'impossibilité de vendre cet engin très peu pacifique à Singapour, à la Corée du Sud, aux Pays-Bas, à l'Arabie Saoudite, au Maroc, à la Lybie, malgré les ronds de jambe élyséen de 2007.

Aux dernières nouvelles, un deal semble avoir été trouvé par Luiz Inácio Lula da Silva, le président brésilien superstar des altermondialistes et Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa, grand admirateur de Jaurès et Mocquet.

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Simple et transparent comme un secret défense :

Le Brésil achète à la France 36 Rafale, les brevets technologiques qui vont avec pour sa construction in situ en solo et le droit de polluer l'atmosphère sans avoir à s'acquitter d'une taxe carbone mesquine autant qu'incongrue. Et pour rendre le marché encore plus attractif, le Brésil achète aussi le droit de construire sous-marins et hélicoptères, le tout pour une somme de ....  6,1 milliards d'euros empruntés à .... 6 banques européennes dont BNP Paribas, Société générale, Calyon (groupe Crédit Agricole), Crédit industriel et commercial (CIC, groupe Crédit Mutuel) et Natixis. Source
Une façon de récompenser ces partenaires pour leurs efforts à se faire plus discrètes en matière de rémunération des risques encourus par leurs traders, ou de les encourager à rembourser l'Etat de les avoir secourues.

Pour ce qui est de Dassault Aviation, l'avionneur et équipementier des guerres du globe devra aider le brésilien Embraer pour la construction d'une douzaine d'avions de transport et de ravitaillement en vol, le KC 390, un biréacteur pouvant contenir 19 tonnes de carburant, et qui pourrait  très bien être recyclé, en cas de besoin, dans la lutte contre les feux de forêts.

  • Double peine infligée à Serge Dassault pour avoir été invalidé aux municipales de Corbeil-Essonnes ? Peut-être pas puisqu'il est aussi patron de presse, et à ce titre encore et éventuellement utile.
  • Manière de se mettre dans la poche un membre du prochain G20 ? Probable, quoique c'est peut-être déjà fait.
  • Blanc-seing accordé au Brésil pour pratiquer la déforestation à Outrance, Amazonie ? Qui s'en préoccupe ?

Secrets/défense, mystères et boules de gomme.

04/09/2009

Taxe professionnelle. Acte 2

La taxe carbone a été l'un des feuilletons médiatiques de cet été. Un été indien. Sa création partait pourtant d'un bon sentiment. La lutte contre le réchauffement climatique était sur toutes les lèvres. Avec un peu d'imagination ou de mauvaise foi, on pouvait aussi penser que cette nouvelle recette compenserait la suppression de la taxe professionnelle. Soyons rassurés,

ceci n'est pas une ...

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Mais, mais, mais...

à quelques mois de son application, on s'interroge encore. Comment faut-il l'appeler ? « Contribution climat-énergie » plutôt que « Taxe carbone » ?
Faut-il compenser ? Qui compenser ? Mais si on compense, pourquoi taxer ? Pour contribuer comme prévu à lutter contre le réchauffement climatique. Mais c'est bien sûr !

Le gouvernement réfléchit, le président assume puisqu'il le dit. Les parlementaires parlementent et « l'équipe de François Fillon se serre les coudes. Publiquement, en tout cas. Mais dans la majorité, ça doute sérieusement et certains de ses membres osent le dire. À l'image du « meilleur d'entre eux », Alain Juppé. Dans Le Figaro, le très bref ancien ministre d'Etat à l'Environnement fait part de ses doutes : « On nous dit que ça ne sera pas un impôt de plus. On aimerait en avoir la démonstration concrète ».

... Henri Guaino va surement trouver une solution à ces balbutiements. Faudra-t-il le récompenser ?

03/09/2009

150ème anniversaire de Jean Jaurès

Républicain, dreyfusard, défenseur de la laïcité, pacifiste, Jaurès avait de ces envolées qui rendent bien médiocres les discours actuels qui, s’inscrivant dans un contexte de désacralisation de la fonction politique, s’en trouvent trop souvent abâtardis et vidés de toute référence à ce que l’on appelle «Humanisme» ou «grandeur d’âme».

Le 3 septembre 2009, Jean Jaurès aurait eu 150 ans. Le 30 juillet 1903, il prononce au Lycée d'Albi l’un de ses discours les plus retentissants : Le discours à la jeunesse.

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Un discours qui est à replacer dans le contexte de l’époque : fragilité des nations qui vivent dans la hantise des conflits armés à venir et fragilité de l’institution républicaine d’une part ; nouvelle conception droits économiques et sociaux, nouvelle conception de la laïcité d’autre part.

Extraits :

«(…)  Ce qui reste vrai, à travers toutes nos misères, à travers toutes les injustices commises ou subies, c’est qu’il faut faire un large crédit à la nature humaine ; c’est qu’on se condamne soi-même à ne pas comprendre l’humanité, si on n’a pas le sens de sa grandeur et le pressentiment de ses destinées incomparables.
Cette confiance n’est ni sotte, ni aveugle, ni frivole. Elle n’ignore pas les vices, les crimes, les erreurs, les préjugés, les égoïsmes de tout ordre, égoïsme des individus, égoïsme des castes, égoïsme des partis, égoïsme des classes, qui appesantissent la marche de l’homme, et absorbent souvent le cours du fleuve en un tourbillon trouble et sanglant».

(…) «Instituer la République, c’est proclamer que des millions d’hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action ; qu’ils sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l’ordre ; qu’ils sauront se combattre sans se déchirer ; que leurs divisions n’iront pas jusqu’à une fureur chronique de guerre civile, et qu’ils ne chercheront jamais dans une dictature même passagère une trêve funeste et un lâche repos. Instituer la République, c’est proclamer que les citoyens des grandes nations modernes, obligés de suffire par un travail constant aux nécessités de la vie privée et domestique, auront cependant assez de temps et de liberté d’esprit pour s’occuper de la chose commune».

(…) «Ce n’est pas seulement dans les relations politiques des hommes, c’est aussi dans leurs relations économiques et sociales qu’il faut faire entrer la liberté vraie, l’égalité, la justice (…)».

Jean Jaurès est mort à Paris, assassiné le 31 Juillet 1914 à 21 h 30, à l’angle de la rue du Croissant et de la rue Montmartre. Le 2 août  suivant l'ordre de mobilisation est affiché sur tout le territoire.


La chanson de Jacques Brel intitulée «Jaurès», reprise par la suite par Manu Dibango puis ensuite par Zebda, rappelle à quel point l’homme politique était devenu une figure mythique. En 2005, un téléfilm lui est consacré : «Jaurès, naissance d’un géant».

01/09/2009

Presse, le repli numérique

La presse sous contrôle, c'est une réalité qui n'est pourtant pas ou mal acceptée par la plupart des patrons de presse et directeurs de publication qui se disent, à tort, encore indépendants. Ce qui relèverait d'une forme de déni s'ils en étaient vraiment convaincus. En tous cas, si les journaux dont ils ont la responsabilité et qui ne leur appartiennent heureusement pas, sont encore dignes de crédit c'est le fait de salariés qui essaient d'y transmettre l'information en toute conscience et honnêteté.

Parmi les exemples d'indépendance perdue, quasi définitivement et de façon plus ou moins spectaculaire, on peut notamment citer le cas du Nouvel Observateur, volontiers récidiviste.

Avant les vacances, ce bastion supposé de la presse d'opposition socialiste, a préféré consacrer quelques pages d'interview à N. Sarkosy, entrecoupées de publicités glacées très chiques, plutôt que de s'intéresser à un vrai débat de société ou à l'évolution du PS, en butte à ses démons et pour cause. Du « j'aime tellement la gauche que je lui tape dessus en permanence à bras raccourcis », on est passé à « j'ai tellement réfléchi à ce que pouvait être l'opposition que, finalement, j'y renonce et me soumets à la résistible pensée unique ». Le magazine gauche caviar s'est visiblement rangé du côté des Bruni, Val, Lang, BHL, Kouchner et Cie, et s'est glissé dans une des antichambres de la presse people. Ce qui est étonnant, c'est le peu de bruit que cette contorsion a suscité. Pas même un courrier des lecteurs qui lui ait été dédié dans les numéros d'après.  Quant à l'efficacité du coup médiatique « pour sauver le journal », il y a de quoi rester perplexe. Voir note précédente.

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Du moins dans sa forme traditionnelle, la presse écrite est peut être en train de disparaître définitivement. Mais du même coup, le meilleur de son contenu échapperait à ceux qui souhaite encore la contraindre. Désormais on peut compter sur un nombre croissant d'anciens journalistes qui, d'Edwy Plenel - Mediapart -, à Daniel Schneidermann - @rrêt sur images -, en passant par Eric Mettout - Nouvelle Formule -,  préfèrent dirent ce qu'ils pensent en dehors des canaux officiels. En passant par le numérique, ils échappent à la censure, souvent à la médiocrité.

Autre avantage pour les lecteurs : la parole de ces insubordonnés devenant diffuse, il leur faut un surcroît d'énergie, de savoir faire et d'intelligence pour la rendre audible ou lisible. Les lecteurs qui sont aussi des blogueurs ont tout à y gagner.

Si ce n'est pas déjà une réalité, une autre presse est donc en train de se mettre en place. Comme son ainée, elle peut être sujette à caution mais au moins la liberté y est-elle protégée. De fait comme aux Etats-Unis, et de façon extensive, au-delà de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen de 1789, qui autorise des restrictions à cette liberté.

Difficile d'imaginer en effet que la presse internet puisse être aussi bien contrôlée ou muselée que l'actuelle presse écrite concentrée entre les mains de personnes physiques dont les capitaux et/ou connivences politiques sont synonymes de pluie et de beau temps. Même la Chine ne parvient pas tout à fait à baîlloner ses blogueurs récalcitrants.

La partie n'est pas gagnée pour autant et même si le repli vers le numérique s'organise, c'est bien la presse traditionnelle qui pour le moment, est en danger, et qu'il faut aider.

.... AFP ; Pour soutenir l’agence Gamma, envoyer vos signatures et coordonnées à soutien.agence.gamma@gmail.com ) .....

Lors d'une réunion organisée le 26 août dernier à Jarnac par la Convention pour la 6ème République, quelques pistes ont été indiquées par Edwy Plenel. Notamment :

  • Généralisation du droit d'accès des citoyens à la « mémoire publique »
  • Garantie réelle du secret des sources
  • Création d'un statut européen de sociétés de médias à but non lucratif, qui seraient exonérées de TVA
  • Re-fondation les droits et les devoirs des journalistes et du public.

Si les contre-pouvoirs démocratiques font de la résistance, c'est tant mieux et c'est à suivre...

28/08/2009

Universités d'été

Note mise en ligne le 24 août, mise à jour le 28
« Tout le monde a pu faire cette expérience : quand on traverse une crise de doute dans la vie, quand tout nous dégoûte, le déjeuner devient une fête. Les aliments remplacent les idées (…). Du paysan le plus rude à l'intellectuel le plus raffiné, l'heure du repas est la liturgie quotidienne du vide spirituel ». Cioran, L'Herne.

Il était donc temps que la TVA des restaurateurs soit enfin appliquée - dans la mesure de l’acceptable - et qu’après s’être entredéchiré, les universités d’été soient l’occasion de se jurer fidélité, d’entrevoir des alliances extraconjugales attisées par l’interdit et l’imminence de prochaines élections.

Festivités à tous les étages. Du NPA à l’UMP en passant par toutes les couleurs de l’arc en ciel du monde associatif et de notre démocratie représentative, avant la rentrée et les grandes manœuvres régionales puis présidentielles, vidons nos greniers, nos querelles, banquetons à la barbe et au nez des prophéties sombres, chantons ensemble l’hymne à la joie et revigorons un enthousiasme civique en berne.

Car la pratique du banquet restant confusément laïque, on lui préfère aujourd’hui celle des fêtes saucissonantes et républicaines, voire celle des universités studieuses. Il se dit qu’on y apprend à réfléchir, à évaluer l’intérêt et la stratégie du parti tout autant que l’avenir de célébrités plus ou moins locales, bénévoles et passionnées par la chose publique.
Pour ce qui est des programmes, c’est du précuit sur-mesure et depuis longtemps imprimé sur set de table, comme les buffets commandés chez Hédiard ou Leclerc qui n'en perdent pas une miette. Ces grands raouts n’ont peut-être jamais été aussi nombreux et leurs participants aussi hilares et détendus. Certains ont déjà eu lieu, d’autres suivront. Ne vous marchez donc pas sur les tongs et si vous êtes invités, ne refusez surtout pas, on risquerait de vous y traîner de force, « au pied de biche ».

Mise à jour du 28 août 2009

Toute ironie mise à part, confusément ou pas, à travers tous ces rendez-vous et celui de La Rochelle en particulier, un besoin très réel apparaît :
Sortir de la nasse dans laquelle les gesticulations du pouvoir et les turpitudes de l’ultralibéralisme nous ont simultanément plongés.

Accroché au postulat selon lequel l’intérêt général détermine la possibilité pour chacun de vivre en harmonie avec soi-même, et non de survivre envers et contre tous en préservant ses petits intérêts, je ne suis évidemment pas le seul à souhaiter :

  • Qu’une alternative, qu'une alternance puisse, au moins, être ébauchée.
  • Que cette alternative ne soit pas rendue impossible par une guerre des ego, individuels ou partisans, insurmontable et déplacée.
  • Que bon nombre d’anciens militants, aujourd’hui sans parti, puissent faire abstraction d’une inhibition qui les désespère : ne plus oser croire par peur du ridicule.

Pas touche aux niches fiscales

En matière de bouclier fiscal : à la trappe, à la niche, Pierre Méhaignerie est prié d’avaler son chapeau. On n’y touchera pas. Le président UMP de la Commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, ex président du Centre des Démocrates Sociaux avait pourtant eu, en mars 2009, de bons sentiments et arguments :

  • « En cette période de crise, il faut demander aux catégories les plus aisées un effort financier ».
  • Proposition d'appliquer pendant deux ans « une contribution fiscale supplémentaire sur les revenus qui dépassent l'entendement », (entre 300.000 et 400.000 euros par an). « Compte tenu des écarts de revenus qui se sont creusés ces dernières années, une action politique forte sur ce point me semble légitime. C'est une question de justice ».
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Un affront qui aurait pu coûter cher à l’insoumis de l’Ille-et-Vilaine, une fronde pour l’Elysée.

Pour ce qui est des niches fiscales : même topo ou presque. Les députés de la majorité étaient partis du principe que, pour renflouer les caisses de l’Etat, il fallait s’attaquer à ces niches. Nous sommes début août 2009.

Le bon Méhaignerie, en accord avec Bercy étudie donc deux pistes. La première consiste à « réduire les réductions d’impôt ». Par exemple pour les emplois à domicile, on passerait du taux de 50% à 45%.

Seconde piste : appliquer une franchise à l’ensemble des ristournes dont bénéficie le contribuable. Par exemple, si l’on bénéficie de 3000 euros de baisses d’impôt et qu’une franchise de 1% est mise en œuvre comme le préconise le ministre du budget, l’avantage est ramené à 2970€.

Révolutionnaire ! Presque’ autant que de vouloir « terroriser les terroristes ».

Finalement, le 26 août, on décide de ne pas toucher non plus aux niches fiscales. Et le même Méhaignerie, interrogé sur cette énième volte face d’expliquer :
« Avec le débat sur la taxe carbone, il fallait éviter de prêter le flanc à la critique d'une droite alourdissant la fiscalité (...) tant qu'il n'y aura pas de reprise économique, modifier à la marge la politique fiscale ne serait pas d'une très grande efficacité ».

Mais qui a donc bien pu convaincre les parlementaires de ne même plus rêver à des ressources budgétaires qui pouvaient et peuvent encore faire figure de symbole en matière de justice fiscale ?

27/08/2009

Grand emprunt d'Etat

Quid de l'emprunt public et de la confiance qui devrait aller avec ?

Après les dernières déclarations faites par N. Sarkosy, nous ne devrions pas tarder à renouveler notre confiance aux banques. L’emprunt d’Etat, dont on ne sait pas encore précisément à quoi il servira, c’est le boulot d’une commission coprésidée par Alain Juppé et Michel Rocard, devrait en totalité être réinjecté dans l’économie.

Les banques, seront alors prêtes à aider les entreprises en difficulté sans plus se faire prier, d’autant que les rémunérations de leurs traders seraient maîtrisées et revues à la baisse comme prévu.

Questions annexes :
A qui on emprunte ? Qui prête ? Combien ? Qui rembourse ? Quelles sont les remboursements prioritaires ? A quel taux ? Quand est-ce qu'on rembourse ? Dans 10 ans, 50 ans, 100 ans ? Après que la dette de l’Etat soit épongée ? Qui est en mesure de souscrire ?

Que de bonnes questions, que de bonnes idées …

 

L'emprunt d'état, la loterie nationale .......explications


 

 

21/08/2009

De l'argent qui n'existe pas

Une vidéo scindée en trois parties pour une lecture plus facile et qui ne s’adresse pas aux diplômés de science éco mais à un public plus large.

Crise financière oblige, cette vidéo d'animation réalisée en 2006 par Paul Grignon, artiste canadien, a connu depuis un certain succès. Et pour cause, elle tente d’expliquer le mécanisme par lequel les banques privées créent "de l'argent qui n'existe pas".

En dehors des remarques avisées que les économistes peuvent toujours formuler, cette vidéo a été critiquée pour l’espace qu’elle pouvait laisser à une posture conspirationniste ou à un antisémitisme latent. A chacun de se faire une idée sur la question et d’être circonspect sur la forme.

Il reste que c’est sans doute une assez bonne approche du fonctionnement des banques dans un système qui vient de trouver ses propres limites et qu’il faudra bien revoir de A à Z, voire réinventer.

Partie 1 - 19’ 36

 

Partie 2 - 15' 33

Partie 3 – 16’ 07


 

 

20/08/2009

Ricardo Petrella

Sous titre actuel ou impossible : La gauche a-t-elle un avenir ?

Une intervention vidéo intéressante de Ricardo Petrella qui dévoile son analyse critique des formes actuelles de la mondialisation :

 

Contre la marchandisation du monde, Ricardo Petrella, énonce quelques vérités bonnes à marteler et qui ne devraient pas seulement figurer au catalogue des bonnes intentions d’une gauche de terrain. Par exemple :

  • La gauche européenne serait-elle incapable d’imaginer un système rendant la fiscalité plus juste et plus efficace ?
  • D’imaginer un véritable plan de guerre contre la pauvreté ?
  • Serait-elle incapable d’affirmer la prééminence de biens publics mondiaux (santé, éducation, habitat etc.), plutôt que de succomber aux sirènes du néolibéralisme et de ne pas oser affronter ses adversaires réels ?

Ne souhaitant visiblement pas que l’expression «passer l’arme à gauche» devienne autre chose qu’une simple façon de parler, Ricardo Petrella s'étonne aussi, que l’on ne soit toujours pas capable de garantir un accès équitable aux ressources vitales et naturelles, alors qu'on a presque tout mondialisé (transports, commerce, agriculture, culture, finance...).


 

18/08/2009

Indifférence et soumission

Soumise ou indifférente, les pouvoirs en place ont de toute façon besoin de l’opinion publique pour fonctionner. Le consentement de cette opinion a été, est, fabriquée compte tenu de mécaniques inconscientes décrites entre autre au travers des expériences de Milgram (estimation de la capacité des individus à obéir quelques soient les ordres reçus ou les cas de conscience posés), ou du syndrome de Stockholm (les sujets sont amenées à prendre la défense du maître qui les humilie, les maltraite et les domine).

Soumission ou indifférence, notre condition de citoyen est faite de crainte, d’attentisme et d’espoir forcément déçus. Nous ne nous sentirions en sécurité qu’à condition d’obéir sans barguigner à une hiérarchie établie. Pas question de risquer de perdre son boulot, son statut, sous prétexte d’indépendance d’esprit ou de révolte affichée. C’est évidemment difficile à reconnaître. Mais la dialectique soumission-domination s’installe inconsciemment. Et la mécanique des « Bienveillantes », best seller de Jonathan Littell, devient possible avec son cortège d’acceptations aveugles, de soumissions volontaires et de contradictions pourtant évidentes. Le totalitarisme n’est pas loin.

Autre illustration : Ce sont les employés du ministère de la vérité, le "miniver" d’Orwell dans « 1984 », qui reçoivent des corrections à effectuer sur des articles faussés.

 

 

 

Réalité ? Fiction ?

Les mensonges, les promesses non tenues, les leurres ou les chefs d’Etat (ça revient au même), incapables de s'imposer (le voudraient-ils) face au pouvoir occulte de l'argent, sont à l'oeuvre. Nous sommes malheureusement les premiers responsables à ne pas savoir ou vouloir y résister. Isolement, rapport de force, absence d'alternative politique réelle, sensément probable ou possible finissent par nous tétaniser. Est-ce irréversible ? La question est ouverte.

17/08/2009

Presse - SOS

La liberté d’opinion est en danger. Selon la Convention européenne des Droits de l'Homme de 1950 « Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et à la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière (…) » art. 10

Le fait que la presse people soit en voix d’extension, ne peut pas être dissocié des difficultés rencontrées par l’Agence Gamma, l’AFP et par la plupart des journaux d’information.


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Gamma, propriété du groupe Hachette est en liquidation judiciaire et en attente d’un repreneur. L’agence se prépare à se défaire du secteur photoreportage qui, autour de R. Depardon, en avait pourtant fait le renom.

Soutien à Gamma

L’AFP, constamment mise sous pression par les pouvoirs en place, est menacée de perdre son indépendance. Jusqu’ici, son personnel avait réussi à s’y opposé. Il en appelle aujourd’hui aux lecteurs de la presse écrite pour refuser "toute modification qui aurait pour effet soit de transformer l'AFP en agence gouvernementale, soit de la livrer en totalité ou en partie à des entreprises privées quelles qu'elles soient et sous quelque forme que ce soit".

Soutien à l'AFP

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Quant aux journaux d'information, les évolutions technologiques, (passage au numérique, bulle internet) n’expliquent pas tout de leur malaise. Au-delà des tentatives directes de soumission du type monopole de l’ORTF, un classique encore très pratiqué, pointent les questions de rentabilité qui, elles, sont directement fonction du comportement des lecteurs.

De fait, les chiffres donnés par l’Observatoire de la presse placent les « hebdomadaires de news » (Nouvel Observateur, L’Express, Le Point, Marianne, Courrier International) en position assez inconfortable par rapport aux autres magazines dont ceux de la presse people.

Si Gamma et l’AFP sont « entrés dans l’Histoire » pour mieux la faire partager, c’est aux lecteurs de savoir ce qui dans l’actualité doit rester déterminant. L’identification, virtuelle, à telle ou telle célébrité jouant de sa popularité, ou la réalité du monde qui, c’est vrai, est loin d’être un divertissement ?
D'où la nécessité de répondre de toute urgence aux SOS lancés par la presse au nom de la liberté d'opinion.



14/08/2009

Lobbys et opinion publique

Les acteurs du lobbying peuvent être scindée en deux catégories en fonction des intérêts qu’ils défendent : intérêts publiques (causes sociales, environnementales, sanitaires) ; intérêts marchands (finances, industrie, distribution, filières professionnelles). Dans chacune de ces catégories, les enjeux divergent et sont source de compétition. C’est à qui fera la meilleure pression ou impression sur le décideur institutionnel. Il ne s’agit plus de savoir si l’existence du lobbying est légitime ou non. Le lobbying est un fait, il s’agit de savoir qui peut et comment en réguler les activités.

Solution de facilité, l’Union européenne a opté pour l’autorégulation. Tout député doit ainsi faire « volontairement » une déclaration précise de l’ensemble de ses activités professionnelles, et doit refuser tout cadeau ou compensation financière dans l’exercice de ses fonctions. Idem pour ses assistants. Est-ce suffisant pour que les conflits d’intérêts soient évités ? On peut en douter et ce, quelque soient les sanctions prévues et/ou mises en œuvre, seraient-elles envisagées par un quelconque G20.

La confiance ou la défiance de l’opinion publique est fonction du niveau de démocratie auquel elle se situe. Elle peut agir comme un garde-fou.

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D’où la nécessité pour elle, l’opinion publique et donc pour nous qui y contribuons, d’être à l’écoute de l’actualité et de résister au bourrage de crâne ambiant. Le contraire de l’indifférence. Les lobbies et les élus y sont sensibles qui aimeraient bien que soient passés sous silence de petits arrangements douteux.

 

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Si les déficits démocratiques se font sentir « chaque fois que le cercle des personnes qui participent aux décisions démocratiques ne recoupe pas le cercle de ceux qui subissent les conséquences de ces décisions » (Jürgen Habermas), le risque est grand d’être lobés comme au tennis.

C’est si vrai que pour Jean-Christophe Alquier, président d’Harrison and Wolf, l’une des principales agences de communication institutionnelle françaises :

« Dans une démocratie d’opinion, telle que la nôtre, où les perceptions des politiques publiques comptent presque plus que les politiques elles-mêmes, il est déterminant pour nos gouvernants de préparer (manipuler ?) l’électorat à une décision, surtout si celle-ci semble servir des intérêts particuliers (…) » Extrait de Libération, le 23/07/09

Et les exemples récents ne manquent pas :

10/08/09 – A propos des algues vertes en Bretagne

23/07/09 – Hadopi et Frédéric Mitterrand

16/06/09 – Tourisme : la loi Novelli débattue à l’Assemblée

24/06/09 – Adoption du projet de loi Bachelot sur l’Hôpital

10/03/09 - Lutte contre l’obésité et contre l’alcool : les députés ont bien entendu les lobbys

27/01/09 - La Formule 1 est-elle “grenello-compatible” ?

 

13/08/2009

Véa Santos (suite)

13 août 2009 : Véa Santos, 5 ans, et ses parents viennent d'être libérés. Très bien. Mais alors pourquoi les avoir retenus dans un Centre avec à la clef, la menace d'une expulsion ?

Répondre que c'est "pour ne pas séparer les enfants de leur parents", c'est faire preuve d'un cynisme et d'une mauvaise foi sans bornes.

 

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C’est pourtant la réponse faite par le ministre de l’immigration et de l’identité nationale à l’association de terrain Réseau Éducation Sans Frontières.
Mais si ce cas (et seulement ce cas) est réglé (pour l'instant), rien n'est pour autant résolu en ce qui concerne les pratiques et les conditions de rétention "administratives" qui se sont généralisées ces dernières années.

Et, à défaut de parler de dénouement pour cette question de fond, on peut seulement exprimer sa satisfaction pour la résolution de ce cas d’espèce qui n’aurait sans doute pas été suivi d’effet sans la mobilisation et la résistance de simples citoyens.

11/08/2009

Projet de loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires

Le 6 novembre 2007, nous pouvions déjà écrire :

« Le fondement même de la loi CMU est de traiter le bénéficiaire de la Couverture Maladie Universelle comme tout autre assuré social et lui permettre d’avoir accès à toutes les formes de soins sans le renvoyer vers une «médecine du pauvre». Le fait qu’un professionnel de santé ne respecte pas ce principe de base est à l’origine de ce que l’on appelle en terme générique « refus de soins ». Ca existe. Des testing l’ont prouvé qui porte à 14 % la fréquence de ces cas de discrimination choisie.

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Dans le texte de loi du 27 juillet 1999 ne figure aucune disposition spécifique pour encadrer et réprimer ces pratiques. Ce n’est pas un oubli dans la mesure où le législateur pouvait espérer que le code de déontologie pouvait y suffire.
Le législateur s’est donc visiblement mis le doigt dans l’œil mais comme ses
indemnités lui permettront de s’ouvrir les portes de tous les bons ophtalmos du quartier, il s’en remettra !
Quant à ceux qui sont tombés malades alors qu’ils étaient déjà dans le besoin… vae victis ! Le forfait santé les guette pour les ratiboiser tout à fait. Pour la bonne cause (le trou de la sécu) et sans obligation de résultat.
Il y a heureusement des praticiens respectueux de leur code déontologique et visant l’excellence professionnelle ».

En juin 2009, la situation se dégrade encore un peu plus. Le projet de loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires (HPST) soutenu par R. Bachelot consacre la médecine à une logique financière.

 

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Les médecins urgentistes, préférant la légitimité à la légalité, assurent qu’ils continueront « à accomplir la mission que le Conseil national de la résistance a souhaitée pour l’hôpital public ».

 

 

Ils appellent à signer une pétition allant dans ce sens.

 

10/08/2009

Travailler le dimanche

Travailler le dimanche ? Pourquoi pas, mais la loi qui vient d’être validée par le Conseil Constitutionnel ne concerne pas les salariés travaillant déjà ce jour-là.

 

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D'autre part, la loi n’est assortie d’aucune disposition pour protéger les salariés qui auraient été contraints d’accepter de travailler durant les week-ends, et ne prévoit sérieusement aucune réglementation en matière de rémunération ni de discrimination à l'embauche.

En définitive et en réalité, « le Conseil Constitutionnel valide, à l’inverse du discours officiel, la possibilité de travailler plus et dans de moins bonnes conditions pour gagner moins » comme le relève un communiqué de la LDH.

 

 

Véa, 5 ans, le contraire d'un mythe

Les centres de rétention administrative (C.R.A.) reçoivent les étrangers qui n'ont pas le droit de séjourner sur le territoire français avant qu’ils ne soient raccompagnés dans leur pays d'origine. La durée moyenne de rétention est de neuf à dix jours. Selon le rapport 2007 de la Cimade (Comité Inter Mouvements Auprès Des Évacués), plus de 35.000 étrangers ont été placés en centre de rétention en 2007, parmi lesquels 242 enfants dont 80 % avaient moins de 10 ans.

On ne peut accepter ni cette situation ni le mépris ou le cynisme dont est capable E. Besson, Ministre en charge de la question dans laquelle Véa est impliquée. Cynisme manifeste lorsqu’il déclarait par exemple le 8 avril 2009 sur France Inter : « Le délit de solidarité n'existe pas, c'est un mythe. Donc celles et ceux qui manifestent pour cela doivent être rassurés, ils manifestent contre un mythe ». (voir aussi note précédente : « Surveillance ou solidarité »)

 

Pas d'enfants en prison ! (12).JPG

Pourtant, la semaine dernière la dépêche suivante tombe :

« La famille SANTOS, originaire des Philippines, habite en France depuis presque 10 ans. Les parents travaillent comme homme et femme de ménage pour des Cannois. Véa, leur fille de 5 ans est née ici. Elle est scolarisée à Cannes et a été très choquée de trouver les policiers à 7h du matin à son domicile pour l’arrêter avec ses parents, direction une cellule de commissariat, pour ensuite être enfermée au Centre de Rétention du Canet à Marseille. Elle a assisté aux audiences devant le Juge des Libertés et de la Détention où elle a compris l'ampleur de ce qui se jouait pour elle et sa famille ».

A lire aussi l’article d’Emmanuel Terray « Enfants internés : la honte ! » paru dans Libération.

Repères  utiles :

La Cimade fait partie du groupe Migreurop, réseau regroupant une trentaine d’associations telles que : SAD (Syndicat des Avocats pour la Démocratie) ; ACT UP (France) ; ANAFE (Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers) ; ATMF (Association des travailleurs maghrébins de France) ; FASTI (Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés ; FTCR (Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives) ; GISTI (Groupe d'information et de soutien des immigrés) ; MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples). La Cimade est créée suite au constat de défaillance de la politique d’asile et d’immigration dont Sangatte est le symbole.

Le RESF (Réseau Éducation Sans Frontières), demande donc, non seulement la régularisation des jeunes étudiants et lycéens majeurs, mais également celle des parents d'enfants mineurs scolarisés en France.

Panorama des textes essentiels et des grands arrêts (entrée en France; séjour des étrangers; départ forcé; asile politique)

Droits et démarches des étrangers en Europe

 

 

02/08/2009

Phobies - business

Face à tous ceux qui doutent de la réalité du virus de la grippe "mexicaine", "porcine", "A/H1N1", mutante de toute façon, la théorie du complot est facilement invoquée. C’est en effet comique (ou attendrissant) d’apprendre que « l’on nous cacherait quelque-chose » avec cette « gripette ».

 

 

Il n’y a qu’à aller sur le site de Sanofi-aventis pour apprendre de la bouche même de ce laboratoire qu’il a investi 100 millions € pour construire une usine de vaccin grippal saisonnier et pandémique au Mexique.

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L’industrie pharmaceutique, mise à contribution par les Etats, est en effet très loin de se plaindre. Tout le monde sait par exemple que, grâce au virus, 100 millions de doses de vaccins anti A/H1N1 ont été commandées par l’Etat le 8 juillet aux laboratoires Sanofi, GSK et Novartis pour 700 millions d’euros.

Sans compter les doses optionnelles à venir.

On se doute que les équipementiers de la protection individuelle ne sont pas non plus en reste. Leur marché représente 25 millions d’euros, une commande effectuée dans le cadre d’un protocole d’accord portant sur la fourniture de masques respiratoires de type FFP2 et signé début 2006.

Cà roule. Le Figaro lui-même l’admet : le virus est un business, même si c'est dangereux.

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Tout cynisme mis à part, tout va bien et on peut paniquer tranquillement sous les parasols dorés de nos vacances puisque la gestion des peurs et des précautions sert des intérêts économiques, eux-mêmes défendus par les pouvoirs politiques en place, en toute transparence. En temps de crise, c’est loin d’être négligeable !

 

Ce qui est paradoxal c’est que cette panique déclenchée tous azimuts, à tort ou à raison, s’accompagne d’un empressement certain à rassurer. Pas si paradoxal que ça, puisque l’un et l’autre se confortent.

Pour l’instant phobie et hypocondrie se conjuguent harmonieusement, et sont entretenues avec soin, sans que l’on sache très bien si le vaccin à venir sera utile voire efficace.

La peur dominante n’est pas tant celle d’une pandémie que son attente entretenue par nombre de médias. Si bien qu’aujourd’hui la psychose est telle qu’on en viendrait presque à être soulagé d’apprendre que cette foutue grippe est une réalité, au même titre que la grippe espagnole en 1918 (30 millions de morts) ou que le sida (28 millions de morts comptabilisés en 2007).

 

30/07/2009

Surveillance ou solidarité

Le 13 juin dernier, sur RFI, Jean Pierre Dubois, Président de la Ligue des Droits de l’Homme a été interviewé sur le thème des technologies sécuritaires par Edouard Zambeaux (journaliste à France Inter et RFI) :

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E.Z. : Est-ce qu’il y a vraiment un danger, ou ne cherchez-vous pas à nous faire peur ?

Jean Pierre Dubois Président de la LDH : Il y a un danger réel. Pendant très très longtemps, nous étions vraiment isolés. Ces technologies sont très pratiques, très commodes, j’utilise le passe Navigo (Carte à puce valant titre de transport utilisable en Île-de-France) tous les jours, j’ai un téléphone portable, j’utilise une carte bleue, c’est très pratique…

images.jpgMais lorsque j’ai accompagné les parlementaires qui protestaient contre le fichier Edwige, le conseiller sécurité de Michèle Alliot-Marie Big Brother Awards lui a été décerné le prix Georges Orwell 2009 pour l’ensemble de son œuvre. Et donc pour son goût immodéré des fichiers de police (+ 70% en 3 ans, dont Ardoise, Edwige, Cristina ou encore Gesterex), mais aussi pour sa "novlangue" avec sa promotion de la vidéosurveillance, ses invitations à la délation et son talent à fabriquer un "ennemi intérieur" - qui nous a reçu, de manière assez polie, mais cynique, m’a dit :

Mais vous savez monsieur, vos histoires de fichiers, c’est pas très grave. A partir du moment où vous avez un téléphone, une carte bleue et un passe Navigo, je sais tout ce que vous faites“.

J’étais un peu surpris, je lui ai demandé s’il m’autorisait à rapporter ses propos à la presse, et il m’a dit “bien sûr“. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le cabinet d’Alliot Marie.

Beaucoup de gens se disent qu’ils n’ont rien à se reprocher, et qu’ils ne risquent donc rien. Bien sûr ! Mais la question est très simple : si vous n’avez rien à vous reprocher, pourquoi on vous fiche ? Pourquoi on vous surveille ? Qu’on surveille les détenus dans les prisons, on peut le comprendre, mais pourquoi surveiller tous les citoyens a priori ?

C’est la notion de vie privée, et celle de présomption d’innocence, qui sont attaquées tous les jours directement.

E.Z. : Comment se fait-il que l’opinion publique n’est pas encore très sensible à ces questions ?

J-P. D. : L’opinion publique est soumise à un matraquage depuis des années, qui lui fait peur. A la Ligue des Droits de l’Homme, nous appelons ça la politique de la peur. Peur du terrorisme, avec le 11 septembre. Peur de l’immigration, de l’islamisme, des attentats. Peur des jeunes, qui seraient effrayants, peur de l’avenir et de tout ce qui vient de l’extérieur.

Et quand on est soumis à la peur, on a tendance à se protéger et à craindre. Et nous pensons qu’il faut réveiller un débat démocratique qui n’existe plus. En gros : le FN a construit l’agenda politique de la France depuis 10 ans, la droite court après l’extrême-droite, une partie de la gauche court après la droite, et il n’y a plus de débat démocratique, les citoyens ne sont plus éclairés.

E.Z. : Pour vous, en filigrane, c’est la tentation d’un contrôle social, avec des pressions faites sur des militants, associations, agents de l’Etat…

J-P. D. : … et ça commence à susciter beaucoup de révoltes. Depuis le début de l’année 2009, il y a des centaines d’enseignants, éducateurs, magistrats, avocats, médecins, etc., qui disent qu’ils ne veulent plus continuer à faire ce qu’on leur demande. Il en va de leur éthique, de leur déontologie professionnelle : ils travaillent pour les autres, et ne veulent pas devenir des auxiliaires de police. base élèves.jpg

Il y a une forme de surveillance par ricochet : on demande de plus en plus souvent aux gens, soit comme citoyens de ne plus être solidaires -ce qui arrive aux délinquants de la solidarité que Mr Besson veut poursuivre pénalement-, soit comme fonctionnaires de n’être, non seulement pas solidaires, mais aussi d’être des indicateurs de police.

Et ça, je pense que les gens le refuseront de plus en plus, et que ce combat va monter. Pour dire les choses rapidement, aujourd’hui, on a le choix entre une société de surveillance et une société de solidarité.

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Pour dire les choses encore autrement, à la société de surveillance il nous faut aujourd’hui opposer une société de solidarité. Quitte à désobéir. Nous n’avons pas tellement le choix.

Et c’est possible. Exemples :

Juin 2009, le prix Voltaire, qui s’oppose au prix Orwell, est décerné à Mireille et Monique, bénévoles à Calais. Mireille est une mère de 11 enfants qui héberge des jeunes migrants chez elle au risque d’être poursuivie, et Monique a été interpellée pour apporter une aide matérielle régulière aux sans papiers.

Autre exemple, suite à la sortie du film Welcome de Philippe Lioret, le député PS Daniel Goldberg a déposé une proposition de loi visant à dépénaliser le délit de solidarité et débattue à l'Assemblée Nationale le 30 avril 2009.

Le 17 juillet, Le Monde relate dans ses colonnes une minuscule avancée - mais avancée quand même - obtenue auprès d’Eric Besson, candidat au prix G. Orwell 2010.

A suivre…