Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/03/2014

Chantage et immigration

Comment accepter sans broncher les accords de gestion concertée de l’immigration imposés par l’Union européenne aux pays limitrophes de l’UE ?... Et ce, sans qu'il soit question de faire respecter par les pays signataires le moindre engagement à respecter les droits humains ?

Quant à l'Ukraine, la question saurait-elle seulement se poser ?

immigration,accord de réadmission

Communiqué commun cosigné par la LDH
L’Union Européenne et la Tunisie ont signé, lundi 3 mars, un accord de lutte contre l’immigration clandestine, en échange d’une promesse de simplification des visas et d’ouverture à l’immigration régulière. L’UE s’est engagée à favoriser une meilleure intégration des ressortissants tunisiens en situation régulière dans l’UE, ainsi que des migrants en situation régulière en Tunisie.

Nous avons appris ce que valent ces promesses soumises aux politiques restrictives des pays européens avec des quotas par profession, par exemple, en France.

En fait l’UE recherche avec ce type d’accord déjà signé avec un premier pays méditerranéen, le Maroc en juin 2013, ainsi qu’avec d’anciennes républiques soviétiques - Moldavie, Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan -, à imposer à ces pays des accords de réadmission des migrants irréguliers et à transformer ces pays en gestionnaires des frontières extérieures de l’UE.

Alors même que les organisations démocratiques de Tunisie : Union générale tunisienne du travail (UGTT), Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) et de l’immigration tunisienne : Coordination des Assises de l’immigration tunisienne (FTCR - ADTF- UTIT - AIDDA - COLLECTIF 3C - UTAC - ZEMBRA - ATNF - ATML- FILIGRANES - ACDR - UTS - CAPMED - CFT – YOUNGA) avaient appelé le gouvernement tunisien à ne pas signer cet accord, l’Union européenne a soumis celui-ci à une pression intense et à un chantage à l’aide économique.

Nos organisations dénoncent cette politique de l’Union européenne, qui vise à fortifier une Europe forteresse par un glacis constitué par les pays limitrophes en usant de pressions inacceptables sur ceux-ci.

Signataires : Ailes Femmes du Maroc, Association Femmes Plurielles, Attac, CGT, Cedetim-IPAM, Centre d’information inter-peuples (CIIP Grenoble), Cimade, Collectif de soutien aux réfugiés algériens, FSU, FTCR, GISTI, LDH, Réseau Euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH), Solidaires, Europe Écologie - Les Verts, Ensemble (Front de Gauche), Parti de Gauche (Front de Gauche).

Paris, le 6 mars 2014

05/03/2014

Extrêmes droites mutantes en Europe

Pour celles et ceux qui ne sont pas abonné(e)s...

A paraître dans le "diplo" de mars sous le titre

"Extrêmes droites mutantes en Europe"

extremes droites en europe

Depuis une trentaine d’années, un peu partout en Europe, les extrêmes droites ont le vent en poupe. Si quelques partis imprègnent leurs diatribes de références néonazies, la plupart cherchent la respectabilité et envahissent le terrain social. Se présentant comme le dernier recours et comme un rempart contre une supposée islamisation de la société, ils poussent à une recomposition des droites.

par Jean-Yves Camus, mars 2014

Si l’on fait remonter l’émergence des populismes d’extrême droite au début des années 1980, plus de trente ans ont passé sans qu’apparaisse plus clairement une définition à la fois précise et opérationnelle de cette catégorie politique. Il faut donc tenter d’y voir plus clair dans la catégorie fourre-tout de ce que l’on nomme communément « extrême droite » ou « populisme » (1).

En Europe, depuis 1945, le terme d’« extrême droite » désigne des phénomènes très différents : populismes xénophobes et « antisystème », partis politiques nationaux-populistes, parfois fondamentalismes religieux. La consistance du concept est sujette à caution, dans la mesure où, d’un point de vue plus militant qu’objectif, les mouvements affublés de cette étiquette sont interprétés comme une continuation, parfois adaptée aux nécessités de l’époque, des idéologies nationale-socialiste, fasciste et nationaliste autoritaire dans leurs diverses déclinaisons. Ce qui ne reflète pas la réalité.

Certes, le néonazisme allemand — et le Parti national-démocratique d’Allemagne (NPD) dans une certaine mesure — comme le néofascisme italien (réduit à CasaPound Italia, Flamme tricolore et Force nouvelle, soit 0,53 % des voix au total) s’inscrivent bien dans la continuité idéologique de leurs modèles, de même que les avatars tardifs des mouvements des années 1930 en Europe centrale et orientale : Ligue des familles polonaises, Parti national slovaque, Parti de la Grande Roumanie. Toutefois, au plan électoral, seul le défunt Mouvement social italien (MSI), dont l’histoire s’interrompt en 1995 avec le tournant conservateur impulsé par son chef Gianfranco Fini, a réussi à sortir cette famille politique de la marginalité en Europe occidentale (2) ; et à l’Est, elle marque aujourd’hui le pas (voir carte). Même si les succès d’Aube dorée en Grèce et du Jobbik en Hongrie (3) prouvent qu’elle n’est pas définitivement enterrée, en 2014 elle est très minoritaire.

Acceptation de la démocratie parlementaire

L’époque ne prisant guère les grandes idéologies qui prônent l’avènement d’un homme et d’un monde nouveaux, les valeurs de cette extrême droite traditionnelle s’avèrent inadaptées. Le culte du chef et du parti unique convient mal aux attentes de sociétés éclatées, individualistes, dans lesquelles l’opinion se forge à travers les débats télévisés et la fréquentation des réseaux sociaux. Toutefois, le legs idéologique de cette extrême droite « à l’ancienne » reste fondamental. C’est d’abord une conception ethniciste du peuple et de l’identité nationale, dont découle la double détestation de l’ennemi extérieur — l’individu ou l’Etat étranger — et de l’ennemi intérieur — les minorités ethniques ou religieuses et l’ensemble des adversaires politiques. C’est aussi un modèle de société organiciste, souvent corporatiste, fondé sur un antilibéralisme économique et politique niant le primat des libertés individuelles et l’existence des antagonismes sociaux, si ce n’est celui opposant le « peuple » et les « élites ».

Les années 1980-1990 ont vu le succès électoral d’une autre famille, que les médias et nombre de commentateurs ont continué à appeler « extrême droite », même si certains sentaient déjà que la comparaison avec les fascismes des années 1930 n’était plus pertinente, qu’elle empêchait la gauche d’élaborer une réponse autre qu’incantatoire à ses adversaires. Comment nommer les populismes xénophobes scandinaves, le Front national (FN) en France, le Vlaams Belang en Flandre, le Parti libéral d’Autriche (FPÖ) ? La grande querelle terminologique commençait, qui n’est pas encore close. « National-populisme » — utilisé par Pierre-André Taguieff (4) —, « droites radicales », « extrême droite » : l’exposé des controverses sémantiques qui opposent les politistes nécessiterait un livre entier. Suggérons donc simplement que les partis mentionnés ont muté de l’extrême droite vers la catégorie des droites populistes et radicales.

La différence tient à ce que, formellement et le plus souvent sincèrement, ces partis acceptent la démocratie parlementaire et l’accession au pouvoir par la seule voie des urnes. Si leur projet institutionnel reste flou, il est clair qu’il valorise la démocratie directe, par le moyen du référendum d’initiative populaire, au détriment de la démocratie représentative. Le slogan du « coup de balai » destiné à chasser du pouvoir des élites jugées corrompues et coupées du peuple leur est commun. Il vise tout à la fois la social-démocratie, les libéraux et la droite conservatrice.

Le peuple est pour eux une entité transhistorique englobant les morts, les vivants et les générations à venir, reliés par un fonds culturel invariant et homogène. Ce qui induit la distinction entre les nationaux « de souche » et les immigrés, en particulier extra-européens, dont il faudrait limiter le droit de résidence ainsi que les droits économiques et sociaux. Si l’extrême droite traditionnelle reste à la fois antisémite et raciste, les droites radicales privilégient une nouvelle figure de l’ennemi, à la fois intérieur et extérieur : l’islam, auquel sont associés tous les individus originaires de pays culturellement musulmans.

Les droites radicales défendent l’économie de marché dans la mesure où celle-ci permet à l’individu d’exercer son esprit d’entreprise, mais le capitalisme qu’elles promeuvent est exclusivement national, d’où leur hostilité à la mondialisation. Ce sont en somme des partis nationaux-libéraux, qui admettent l’intervention de l’Etat non plus seulement dans les champs de compétence régaliens, mais aussi pour protéger les laissés-pour-compte de l’économie globalisée et financiarisée, comme en témoigne le discours de Mme Marine Le Pen, présidente du FN (5).

En quoi les droites radicales se distinguent-elles finalement des droites extrêmes ? Avant tout, par leur moindre degré d’antagonisme avec la démocratie. Le politologue Uwe Backes (6) montre que la norme juridique en vigueur en Allemagne admet comme légitime et légale la critique radicale de l’ordre économique et social existant, tandis qu’elle définit comme un danger pour l’Etat l’extrémisme, qui est un rejet en bloc des valeurs contenues dans la Loi fondamentale. Sur la base de cette classification, il semble pertinent de nommer « droites extrêmes » les mouvements qui récusent totalement la démocratie parlementaire et l’idéologie des droits de l’homme, et « droites radicales » ceux qui s’en accommodent.

Un ethnicisme explicite ou latent

Ces deux familles occupent une place différente dans le système politique. Non seulement l’extrême droite se trouve dans la situation de ce que le chercheur italien Piero Ignazi appelle le « tiers exclu » (7), mais elle se fait aussi gloire de cette position et en tire des ressources. Les droites radicales, elles, acceptent de participer au pouvoir, soit comme partenaires d’une coalition gouvernementale — la Ligue du Nord en Italie, l’Union démocratique du centre (UDC) en Suisse, le Parti du progrès en Norvège, soit comme force d’appoint parlementaire d’un cabinet dans lequel elles ne siègent pas : le Parti pour la liberté (PVV) de M. Geert Wilders aux Pays-Bas, le Parti du peuple danois. Leur pérennité est-elle assurée ? Ce type de parti vit sur le fil, entre une marginalité qui, si elle dure, mène à un « plafond de verre » électoral et une normalisation qui, si elle s’avère trop évidente, peut conduire au déclin.

L’exemple grec est un cas d’école. Après presque trente ans d’existence groupusculaire, le mouvement néonazi Aube dorée remporte près de 7 % des voix lors des deux scrutins législatifs de 2012 (8). Faut-il en déduire que son racisme ésotérico-nazi a subitement gagné quatre cent vingt-six mille électeurs ? Nullement. Ceux-ci ont d’abord préféré l’extrême droite traditionnelle, incarnée par le LAOS (Alarme populaire orthodoxe) entré au Parlement en 2007. Mais entre les deux scrutins législatifs de 2012 s’est produit un événement clé : la participation du LAOS au gouvernement d’union nationale dirigé par M. Lucas Papadémos, dont la feuille de route consistait à faire approuver par le Parlement un nouveau plan de « sauvetage » financier, accordé par la « troïka (9) » au prix de mesures d’austérité drastiques. Devenu une droite radicale (10), le LAOS a perdu de son attrait au profit d’une Aube dorée qui refusait toute concession. A l’inverse, dans la plupart des pays européens, les droites radicales ont soit totalement supplanté leurs rivales extrémistes (Suède, Norvège, Suisse et Pays-Bas), soit réussi, comme les Vrais Finlandais, à émerger dans des pays où celles-ci avaient échoué.

Dernier cas de figure, qui devient fréquent : celui où la droite radicale subit la concurrence électorale de formations « souverainistes ». La volonté de sortir de l’Union européenne constitue le cœur du programme de ces partis, mais ils exploitent aussi les thématiques de l’identité, de l’immigration et du déclin culturel, sans pour autant porter le stigmate d’une origine extrémiste et en évacuant la dimension raciste. On mentionnera l’Alternative pour l’Allemagne, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), le Team Stronach pour l’Autriche et Debout la République, dirigé par M. Nicolas Dupont-Aignan, en France.

Ce n’est pas le moindre défaut du terme « populisme » que d’être utilisé à tort et à travers, en particulier pour discréditer toute critique du consensus idéologique libéral, toute remise en question de la bipolarisation du débat politique européen entre conservateurs-libéraux et sociaux-démocrates, toute expression dans les urnes du sentiment populaire de défiance envers les dysfonctionnements de la démocratie représentative. L’universitaire Paul Taggart, par exemple, malgré les qualités et la relative précision de sa définition des populismes de droite, ne peut s’empêcher d’établir une symétrie entre ces derniers et la gauche anticapitaliste. Il évacue ainsi la différence fondamentale que constitue l’ethnicisme explicite ou latent des droites extrêmes et radicales (11). Chez lui comme chez bien d’autres, le populisme de la droite radicale ne se définit pas par sa singularité idéologique, mais par sa position de dissensus au sein d’un système politique où seul serait légitime le choix de formations libérales ou de centre gauche.

De même, la thèse défendue par Giovanni Sartori selon laquelle le jeu politique s’ordonnerait autour de la distinction entre partis du consensus et partis protestataires, les premiers étant ceux qui ont la capacité d’exercer le pouvoir et qui sont acceptables comme partenaires de coalition, pose le problème d’une démocratie de cooptation, d’un système fermé. Si la source de toute légitimité est le peuple et qu’une partie conséquente de celui-ci (entre 15 et 25 % dans de nombreux pays) vote pour une droite radicale « populiste » et « antisystème », au nom de quel principe faut-il la protéger d’elle-même en maintenant un ostracisme qui tient ces formations à l’écart du pouvoir — sans d’ailleurs, sur la durée, réussir à réduire leur influence ?

Ce point de philosophie politique est d’autant plus important qu’il concerne aussi l’attitude des faiseurs d’opinion à l’égard des gauches alternatives et radicales, délégitimées parce qu’elles veulent transformer — et non aménager — la société. Ce qui leur vaut souvent, selon la vieille et fausse idée des « extrêmes qui se rejoignent », d’être désignées comme le double inversé des radicalités de droite. Le politiste Meindert Fennema construit ainsi une vaste catégorie des « partis protestataires », définis comme s’opposant à l’ensemble du système politique, blâmant celui-ci pour tous les maux de la société et n’offrant, selon lui, aucune « réponse précise » aux problèmes qu’ils soulèvent. Mais qu’est-ce qu’une « réponse précise » aux problèmes que la social-démocratie et la droite libérale-conservatrice n’ont pas réussi à résoudre ?

Le problème de l’Europe est-il d’ailleurs la montée des droites extrêmes et radicales ou le changement de paradigme idéologique des droites ? L’un des phénomènes majeurs des années 2010, c’est que la droite classique a de moins en moins de réticences à accepter comme partenaires de gouvernement des formations radicales telles que la Ligue du Nord en Italie, l’UDC suisse, le FPÖ en Autriche, la Ligue des familles polonaises, le Parti de la Grande Roumanie, le Parti national slovaque et désormais le Parti du progrès norvégien.

Il ne s’agit pas que de tactique et d’arithmétique électorales. La porosité croissante entre les électorats du FN et de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) le démontre, au point que le modèle des trois droites — contre-révolutionnaire, libérale et plébiscitaire (avec son mythe de l’homme providentiel) — élaboré naguère par René Rémond, même si on y ajoute une quatrième incarnée par le Front national (12), ne rend plus du tout compte de la réalité française. Sans doute va-t-on vers une concurrence entre deux droites. L’une, nationale-républicaine, opérerait une synthèse souverainiste et moralement conservatrice de la tradition plébiscitaire et de la droite radicale frontiste ; ce serait le retour de la famille « nationale ». L’autre serait fédéraliste, proeuropéenne, libre-échangiste et libérale au plan sociétal.

Avec bien sûr des variantes locales, la lutte de pouvoir au sein de la grande nébuleuse des droites se joue partout en Europe autour des mêmes clivages : Etat-nation contre gouvernement européen ; « une terre, un peuple » contre une société multiculturelle ; « soumission totale de la vie à la logique du profit (13) » ou primat de la communauté. Avant de penser la manière de battre les droites radicales dans les urnes, la gauche européenne devra admettre les mutations de son adversaire. On en est loin.

Jean-Yves Camus

Chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), directeur de l’Observatoire des radicalités politiques, fondation Jean-Jaurès. Auteur de l’ouvrage Les Droites extrêmes en Europe, Seuil, Paris, à paraître.
 

(1) Lire Serge Halimi, «  Le populisme, voilà l’ennemi  !  », et Alexandre Dorna, «  Faut-il avoir peur du populisme  ?   », Le Monde diplomatique, respectivement avril 1996 et novembre 2003.

(2) Son parti Futur et liberté pour l’Italie a obtenu 0,47 % des voix aux élections de février 2013.

(3) Lire G. M. Tamas, «  Hongrie, laboratoire d’une nouvelle droite  », Le Monde diplomatique, février 2012.

(4) Pierre-André Taguieff, L’Illusion populiste, Berg International, Paris, 2002.

(5) Lire Eric Dupin, «  Acrobaties doctrinales au Front national  », Le Monde diplomatique, avril 2012.

(6) Uwe Backes, Political Extremes : A Conceptual History From Antiquity to the Present, Routledge, Abingdon (Royaume-Uni), 2010.

(7) Piero Ignazi, Il Polo escluso. Profilo storico del Movimento Sociale Italiano, Il Mulino, Bologne, 1989.

(8) Aucune majorité ne s’étant dégagée pour former un nouveau gouvernement après les élections législatives de mai 2012, un nouveau scrutin s’est tenu un mois plus tard.

(9) Fonds monétaire international, Banque centrale européenne et Commission européenne.

(10) M. Georgios Karatzaferis, qui le dirige, appartenait auparavant à la Nouvelle Démocratie du premier ministre Antonis Samaras.

(11) Paul Taggart, The New Populism and the New Politics : New Protest Parties in Sweden in a Comparative Perspective, Palgrave Macmillan, Londres, 1996.

(12) René Rémond, La Droite en France de 1815 à nos jours. Continuité et diversité d’une tradition politique, Aubier, Paris, 1954. Ajout pris en compte par l’auteur dans Les Droites aujourd’hui, Louis Audibert, Paris, 2005.

(13) Robert de Herte, Eléments, n° 150, Paris, janvier-mars 2014.

02/03/2014

UKRAINE, mission impossible

Pour Svoboda et les nouveaux maîtres auto-déclarés de Kiev, qui ne réussissent à masquer ni leur antisémitisme ni leurs origines fascistes, tout est bon pour une «dé-soviétisation» de l’Ukraine, y compris un rapprochement avec une UE impuissante, prête à tous les compromis mais trop heureuse de pouvoir jouer le rôle très subalterne quoique déstabilisant de "miroir aux alouettes".

La guerre des corrompus est-ouest n'en est qu'à ses débuts et il ne faut sans doute pas compter sur Poutine pour éprouver une quelconque bienveillance à l'égard de l'Europe et des USA qui, sans en avoir les moyens, lorgnent jusqu'à en loucher sur les positions géostratégiques de la fédération de Russie.
Pour sortir de l'impasse, encore faudrait-il que les dirigeants, de part et d'autre de l'Ukraine, fassent l’effort de se parler et renoncent à leurs prétentions. Mission impossible ?...

L'analyse de Jacques Sapir vaut mise au point :

ukraine

  • Le mouvement de contestation du pouvoir du Président Ianoukovitch, mouvement dont la base était une révolte contre la corruption bien plus qu’une volonté d’adhésion à l’union Européenne, a été débordé par des éléments ultra-nationalistes, dont certains appartiennent à des groupuscules fascisants. Ces éléments ont délibérément cherché l’affrontement, en tirant sur les forces de sécurité, faisant prendre des risques inconsidérés aux autres manifestants qui étaient pris en otage. Ces militants portent une large part de responsabilité dans les morts de la place Maidan. Leur nombre oscille entre 10000 et 20000 ; ils étaient minoritaires dans le mouvement de protestation, mais ils sont devenus politiquement dominants au fur et à mesure que la situation se dégradait et que montait la violence des affrontements. Ce sont eux qui ont cherché à prendre d’assaut le Parlement, provoquant la réaction des forces de sécurité, et déclenchant la séquence des événements qui a conduit à la fuite de Ianoukovitch.

  • Il faut ici rappeler que le Président et le Parlement ont été régulièrement élus. Mais, ces élections (2010) avaient permis de mesurer combien la politique ukrainienne était marquée par une division entre des populations russes (et russophones) regroupées à l’est du pays et des population ukrainophonnes, dont une partie habite les régions qui, avant 1914, étaient soit dans l’empire Austro-Hongrois soit étaient en Pologne. L’Ukraine est un pays neuf, dont l’existence est fragilisée par ces divisions. Ces dernières ont été renforcées par les évolutions économiques de ces dix dernières années, qui ont vu les relations avec la Russie se développer rapidement. L’Ukraine de l’Est, russophone, vit mieux que l’Ukraine de l’Ouest. Pour cette dernière, l’Union européenne représente un pôle d’attraction important, même s’il est probablement imaginaire compte tenu de la situation économique actuelle de l’UE.

  • Le pouvoir légal a lui aussi une part de responsabilité dans ces événements tragiques, que ce soit par un usage disproportionné de la force au début des manifestations, ou par ses hésitations par la suite qui ont démoralisé une bonne part de ses soutiens. Il a été incapable de s’opposer à une logique minoritaire, qui s’est exprimée même au Parlement lors du vote, au début du mois de février de la loi supprimant le statut de langue officielle au Russe (à côté de l’Ukrainien). Ce vote apparaît aujourd’hui comme un tournant symbolique car il a fait basculer l’affrontement d’une logique de lutte pour la démocratie et contre la corruption à une logique nationaliste-ethniciste. Les populations tant russes que russophones des régions de l’Est de l’Ukraine et de la Crimée n’ont pu qu’être légitimement inquiètes de la rupture du pacte sur lequel était fondé l’Ukraine indépendante depuis 1991.

  • Mais, l’opposition légale a aussi une part de responsabilité en particulier dans son incapacité à faire respecter les accords signés avec le Président. Elle s’est laissée déborder par les groupes ultra-nationalistes et n’a pu ni su les reprendre en main. Elle s’est aussi bercée d’illusion sur le soutien que les pays de l’Union européenne pourraient lui apporter.

  • À la suite des événements tragiques de fin février s’est donc mis en place un pouvoir de fait à Kiev, provoquant un effondrement de la légitimité de l’État ukrainien. La dissolution d’unités de la police, qui n’avaient fait qu’obéir aux ordres, a provoqué une profonde inquiétude dans les régions de l’Est. Ce à quoi on assiste depuis le 28 février, soit la prise du pouvoir par des groupes pro-russes en Crimée, à Kharkov, à Donetsk et même à Odessa, n’est que la suite logique du basculement d’une lutte pour la démocratie et contre la corruption vers un affrontement ethnique. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’intervention militaire de la Russie qui est en cours. Il faut ici ajouter qu’il y a en Ukraine pas moins de 17 réacteurs nucléaires et de nombreux centres de stockage de matériaux fissiles, ce qui représente un autre danger pour la sécurité de la région toute entière.

  • Personne, dans ces conditions, n’a intérêt, sauf les groupes extrémistes, à une partition de l’Ukraine. Ce n’est pas dans l’intérêt de la Russie, qui certes y gagnerait ce qu’elle possède de facto déjà, soit l’industrie ukrainienne, mais qui verrait alors se profiler une longue période d’affrontements avec l’UE et les États-Unis. Ce n’est pas non plus l’intérêt de l’UE, car il lui faudrait porter littéralement à bout de bras l’Ukraine occidentale (et la moitié de la population). Le coût économique serait élevé dans une situation où plus personne ne veut payer pour autrui. Il serait aussi répété sur de nombreuses années, car l’on voit mal comment la situation de l’Ukraine occidentale pourrait s’améliorer à court terme. Les conséquences financières seraient aussi importantes, car les banques européennes, et en particulier autrichiennes, sont lourdement exposées au risque ukrainien. De plus, l’UE pourrait être tenue pour responsable de la situation en Ukraine centrale et occidentale et, avec la montée rapide d’un désenchantement qui n’est hélas que trop probable, elle devrait affronter la montée de sentiments pro-russes dans cette population.

  • Il faut donc aujourd’hui que les dirigeants de l’UE et les dirigeants russes se rencontrent d’urgence et établissent une feuille de route pour une fédéralisation de l’Ukraine, mais maintenant son intégrité territoriale. Des garanties doivent être apportées à la population russophone, et les groupes ultra-nationalistes doivent être d’urgence désarmés et réduits à l’impuissance. L’Ukraine peut vivre comme une Nation souveraine, mais à la condition de trouver les formes de son intégration économique. Or, aujourd’hui, seule la Russie et l’union eurasienne sont en mesure de fournir un véritable moteur au développement du pays. L’Union Européenne doit cesser de penser que la Russie financera une Ukraine hostile. La Russie doit pour sa part comprendre le tropisme politique et culturel vers l’Europe d’une partie de la population ukrainienne. Les conditions d’un accord permettant au pays de retrouver sa stabilité sont possibles. Elles correspondent aux intérêts tant de l’UE que de la Russie. Il faut espérer que l’idéologie de l’affrontement ne l’emportera pas et que la raison triomphera.

24/02/2014

Asile, contre-propositions au rapport Létard-Touraine

Recommandations de la Coordination française pour le droit d’asile (CFDA) pour une réforme d’envergure

Contre-propositions de la CFDA, dont la LDH est membre, au rapport des parlementaires Létard et Touraine.
Reporté à plusieurs reprises, le projet de réforme législative de l’asile devrait être présenté par le gouvernement au mois d’avril 2014 et examiné au parlement à la rentrée.

Asile, contre-propositions

Pour le ministre de l’intérieur, selon lequel « notre politique de l’asile a atteint ses limites », la réforme est censée apporter des « garanties nouvelles aux demandeurs d’asile en renforçant l’efficacité des procédures, l’accès au système d’accueil et d’hébergement sur le territoire, et l’insertion des bénéficiaires d’une protection internationale ».

Le rapport parlementaire Létard-Touraine sur la réforme du droit d’asile, remis au ministre de l’intérieur le 28/11/13, donne les principales orientations de la réforme à venir.

Si les organisations membres de la CFDA s’accordent sur la nécessité de repenser la procédure d’asile, elles ne partagent ni les préconisations présentées dans le rapport ni les postulats et les analyses qui les sous-tendent. C’est pourquoi elles ont élaboré ce document, intitulé Recommandations de la CFDA pour une réforme d’envergure, conçu essentiellement à partir des 7 préconisations énoncées dans la synthèse du rapport des parlementaires (lire rapport pp.75 à 79). Ces recommandations, qui font ainsi, en quelque sorte, office de contre-rapport, se situent dans la droite ligne des propositions de la CFDA en matière de droit d’asile, réactualisées en février 2013. Recommandations, 13 février 2013, « Conditions minimales pour que l’asile soit un droit réel ».

Pour que priorité soit donnée à la protection des personnes en danger dans leur pays plutôt qu’à la multiplication des préjugés et des obstacles, c’est sans surprise que la CFDA appelle à une politique de rupture par rapport aux politiques menées ces dernières décennies, fondée sur :
- un renversement de logique, en passant d’une vision de police des étrangers assise sur le contrôle et la dissuasion à une logique de protection des personnes sollicitant l’asile, dans le respect du droit international, à l’exclusion de toute considération relative à la gestion de l’immigration ;
- une simplification réelle de la procédure d’asile dans l’intérêt exclusif des demandeurs d’asile ;
- un renforcement des garanties tout au long de la procédure de façon à la rendre satisfaisante et équitable.

Télécharger les
Recommandations de la Coordination française pour le droit d’asile (CFDA) pour une réforme d’envergure

18/02/2014

Affaire Ben Barka (suite)

Affaire Ben Barka : après les blocages, on s’attaque à l’avocat de la famille

Ben Barka, maroc

Communiqué commun cosigné par la LDH
Nous, associations et organisations signataires, sommes scandalisées d’apprendre que l’avocat de la famille Ben Barka, Me Maurice Buttin, sera jugé le 18 février à Lille pour « violation du secret professionnel ».

Force est de constater qu’au lieu d’agir dans le sens de la levée des blocages pour favoriser la manifestation de la vérité sur le sort de la disparition de Mehdi Ben Barka, les autorités judiciaires françaises n’ont mieux trouvé que de poursuivre en justice le plus ancien avocat de la famille Ben Barka qui prend en charge l’affaire depuis 50 ans. Elles reprochent à Me Maurice Buttin d’avoir divulgué des secrets de l’instruction à propos des mandats d’arrêt internationaux lancés contre les sécuritaires marocains en 2007*.

Cette plainte fait curieusement suite à celle de Miloud Tounsi, concerné par ces mandats d’arrêt, contre le journaliste Joseph Tual, spécialiste de l’affaire. Ce procès a, rappelons-le, été perdu par Miloud Tounsi.

Au moment où les blocages politiques continuent d’empêcher la justice de progresser dans l’établissement de la vérité, les autorités judiciaires françaises s’en prennent scandaleusement à l’avocat de la famille de la victime.

Par ces procédés d’intimidation, on tente vainement d’empêcher la famille Ben Barka et son avocat de poursuivre ce travail acharné, entamé il y a presque 50 ans, et de rechercher la vérité quant aux circonstances exactes de la disparation du leader marocain. Cela confirme malheureusement la volonté de poursuivre la même politique de complaisance et de complicité avec les autorités marocaines pour que rien ne soit dévoilé sur ce crime abominable commis au cœur de Paris.

Les associations et les organisations signataires dénoncent ces procédés et réaffirment leur soutien à Maître Buttin et à la famille Ben Barka. Elles considèrent que rien ne pourra arrêter le combat engagé pour que triomphent la vérité et la justice.

* Les cinq personnes visées par ce mandat d’arrêt international sont le général Hosni Benslimane, chef de la gendarmerie royale marocaine, Abdelkader Kadiri, ancien patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, renseignements militaires), Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, l’un des membres présumés du commando marocain qui aurait enlevé Ben Barka, Boubker Hassouni, infirmier et agent du Cab 1, une des unités des services marocains ultrasecrète, et Abdelhaq Achaachi, également agent du Cab 1.

Paris, le 13 février 2014

Organisations Institut Mehdi Ben Barka-Mémoire Vivante, ASDHOM, AMBDH, AMF, ATMF, FMVJ-France, APADM, FEMED, CRLDHT, Vérité et Justice pour Farhat Hached, LDH, FIDH, PG, Elghorba, FORSEM, AMDH-Paris, PADS-Maroc, Voie Démocratique-Région Europe, Solidarité Maroc 05, Assemblée des Citoyens-Maroc, AMDH-Nord France, AMRVT-Maroc, Al Wasl, CEDETIM/IPAM, MRAP, EMCEMO-Pays Bas, Maroc Solidarités Citoyennes, ADTF, Parti des Travailleurs de Tunisie, Ailes-Femmes du Maroc, UTIT, Une Autre Voix Juive, LMCDH-Maroc, PCF, Ensemble !, Manifeste des Libertés, LO, Fondation FRANTZ FANON

11/02/2014

«Fermer les frontières est inefficace et coûteux»

Présentation intéressante mais qui, dans le contexte de la dernière votation suisse, ne tient pas compte des différentes formes de migration. Difficile en effet de mettre sur le même plan les travailleurs frontaliers résidents en France ou en Allemagne ; les travailleurs détachés embauchés à bas coût par des entreprises européennes en général peu versées dans l'acte philanthropique (!); les migrants économiques venus d’Afrique, du Moyen-Orient et d’ailleurs.

Par ailleurs, il semble bien que les remous de cette votation suisse n’auraient pas l’écho qu’on lui prête si les «frontaliers» n’étaient pas concernés.

Mais Catherine Wihtol de Wenden connaît bien ce sujet et l’aborde comme toujours, sans affect. Ce qui peut déranger !.


Et si les Suisses, en cherchant à limiter l'immigration, agissaient contre leurs intérêts ? Dans son livre "Faut-il ouvrir les frontières?", la chercheuse Catherine Wihtol de Wenden explique pourquoi les politiques de renforcement des contrôles aux frontières sont contre-productives.

migration,frontex

À l’heure où les Suisses veulent limiter l’immigration des ressortissants de l’Union européenne et où la Grande-Bretagne envisage de plafonner les entrées d’Européens de l’Est, une meilleure compréhension des mécanismes migratoires internationaux est indispensable. C’est à cette remise à plat que s’emploie Catherine Wihtol de Wenden, spécialiste des questions d’immigration en France et dans le monde.

Dans son livre Faut-il ouvrir les frontières ? publié aux Presses de SciencesPo, la directrice de recherche du CNRS au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) rappelle que le renforcement des contrôles aux frontières est non seulement inefficace mais aussi coûteux. Inefficace car la multiplication des barrières et des législations répressives n’a jamais empêché quiconque de migrer. Tout juste les personnes désireuses de quitter leur pays, quelles qu’en soient les raisons, prendront plus de risques pour parvenir à leurs fins.

Ces politiques sont par ailleurs coûteuses, humainement, tout d’abord, comme en témoignent les drames à répétition aux abords de Lampedusa. Mais aussi économiquement : l’auteur liste les millions d’euros utilisés par les pays d’accueil pour les reconduites à la frontière (de l’interpellation des sans-papiers aux expulsions en passant par l’enfermement dans des centres de rétention) et la surveillance des frontières extérieures de l’UE via Frontex notamment. Elle constate que le faible rythme des régularisations, en particulier de déboutés du droit d’asile pourtant non expulsables, représente un manque à gagner pour les finances publiques.

Catherine Wihtol de Wenden estime enfin que ces politiques sont contre-productives. À court terme, elles peuvent apparaître aux responsables politiques comme la réponse adéquate aux interrogations d’opinions publiques tentées par le repli sur soi, mais à long terme, estime-t-elle, elles mettent en péril les économies du vieux continent, vouées à péricliter sans l’apport de main-d’œuvre étrangère. Anticipant les critiques qui pourraient lui être adressées, elle explique pourquoi les systèmes de protection sociale n'en pâtiraient pas, malgré les idées reçues.

Pour finir de convaincre les lecteurs réticents à l'idée d'une ouverture des frontières, la chercheuse propose d'inverser la logique, en appelant les États à considérer que la liberté de circulation des personnes est un droit universel, tout en leur laissant la possibilité de restreindre l'entrée sur leur territoire. Ni plaidoyer ultra-libéral (au sens où toute frontière serait un frein à l'enrichissement capitalistique), ni «angéliste» (selon l'une des expressions favorites de la droite pour désigner les politiques migratoires et sécuritaires de la gauche), ce livre se veut une alternative pragmatique, fondée sur le droit international et les intérêts bien compris de chacun.

Carine Fouteau

05/02/2014

Qui fait et défait la loi dans la République ?

D’usurpation en triangulation, les défilants de «jour de colère» autant que ceux de la «manif pour tous» en viennent à utiliser les slogans de mai 68 (ici  ou ) qu’ils récusent pourtant, et notamment celui réclamant l’impossible au nom d’un réalisme de circonstance ! !?

Manif pour tous, jour de colère, triangulation
Madrid, au jour le jour

Tout débat reste en effet impossible tant que le sens de tout argument est éteint sous un flot d’inepties et de mauvaise foi partagées au nom de la survie d’un capitalisme à œillères en guise de bonnet d’âne.

«La colère des imbéciles m'a toujours rempli de tristesse, mais aujourd'hui elle m'épouvanterait plutôt (notait Georges Bernanos en 1938). Le monde entier retentit de cette colère. Que voulez-vous ? Ils ne demandaient pas mieux que de ne rien comprendre, et même ils se mettaient à plusieurs pour ça…» Cette réflexion est à transcrire au présent.



Communiqué LDH ...

Ainsi donc, la « Manif pour tous les intégristes » a gagné. La promesse faite en 2012, les amendements présentés par les députés socialistes lors de la loi sur le mariage instituant l’égalité d’accès à la PMA, l’engagement qui leur avait été fait que ce que l’on bloquait alors serait repris en 2014 dans la loi sur la famille… Tout cela est passé à la trappe.

Comme il y a dix ans, le ministre de l’Intérieur est Premier ministre, ministre de la Famille, ministre de la Justice, auto-investi du pouvoir de définir le « destin » des Roms, des étrangers, des homosexuels, de déclencher des censures a priori, etc.

Ainsi donc, le reste du gouvernement ne sert à rien. Le Parlement ne sert à rien. Les associations porteuses d’égalité des droits, la « société civile », dont on nous rebat les oreilles quand cela peut servir la communication électoraliste, tous ceux qui connaissent l’état réel de la société quant aux rapports familiaux, aux droits et à l’intérêt réel des enfants, eux non plus ne servent à rien.

Quel gâchis démocratique ! Aujourd’hui comme hier, le mélange d’astuce et d’inaction est un double message que ses auteurs ne sont pas en état de maîtriser. Aux manifestants d’extrême droite et de droite extrême, que l’on croit naïvement « apaiser », on montre « ce qui paie » : à quand les mobilisations des « familles » sur la « fin de vie », contre l’avortement, pour une Europe à la Mariano Rajoy ? Et message non moins redoutable, pour toutes celles et tous ceux qui avaient entendu « le changement, c’est maintenant » : citoyens électeurs qui vous imaginiez souverains, députés qui vous imaginiez législateurs, voyez comme le vrai pouvoir, qui est ailleurs, est capable de faire très vite ce qu’il n’avait pas dit, et d’oublier très vite de faire ce qu’il avait promis.

Avec cette combinaison d’impuissance et de reculade face aux forces les plus régressives, avec une forme d’autoritarisme face au Parlement et un mépris des engagements pris, c’est l’effectivité de la démocratie qui est gravement compromise. Et l’on peut craindre que ceux qui ont fait ce pas de clerc ne soient pas les seuls à en payer le prix.

La Ligue des droits de l’Homme, solidaire de tous ceux et toutes celles qui continuent à faire avancer l’égalité des droits, appelle les citoyennes et les citoyens à continuer à construire ensemble un avenir qui n’est ni dans le rétroviseur ni dans l’immobilisme.

Paris, le 4 février 2014

03/02/2014

"La manip' pour tous"

Par Pascal Maillard

Dans une chronique de ce jour, Hubert Huertas fait l'hypothèse d'un "pourrissement" de la "Manif pour tous" et d'une "démobilisation accompagnée de la radicalisation de petits groupes morcelés". Tout au contraire, j'estime que ce mouvement populaire, lié à "Jour de colère" et à bien d'autres branches de la fachosphère, constitue une lame de fond, puissante, durable, insidieuse. 
Un nouveau clérico-fascisme se développe en France, soluble dans le dieudonnisme, et qui se diffuse dans toutes les couches de la société, de la bonne bourgeoisie catholique aux classes sociales les plus défavorisées, prospérant particulièrement dans les quartiers pauvres des banlieues et se nourrissant de la misère matérielle et morale. Nous savons que c'est dans toute l'Europe que la peste brune reprend du poil de la bête, nourrie et renforcée par les politiques qui y sont conduites. La première cause du développement exponentiel des droites extrêmes est bien.
manip pour tous,
Théodore GERICAULT,
Étude de pieds et de main,1817-1819
Musée Fabre, Montpellier
Cela fait au moins un an que l'on peut observer comment ce milieu protéiforme se déploie sur la toile, emploie habilement les réseaux sociaux et noyaute les commentaires de tous les sites. Même Mediapart est envahi par plusieurs centaines d'abonnés hyperactifs et appartenant à cette fachosphère. L'efficacité de cette pieuvre sous-Marine repose sur un art consommé de la manipulation, qui s'est revélé redoutable à l'occasion du mouvement "Jour de colère" que les pouvoirs publics semblent bien impuissants à juguler.
Le site Vigi-gender, d'un professionalisme exceptionnel, et une large campagne de "mailing" aux parents d'élèves, auront permis d'assoir durablement un travail de sape orienté vers l'Education nationale, la communauté enseignante et les recherches en sociologie. Les relais dieudonnesque et soraliens auront fait le reste. A cet égard, il est intéressant de lire l'entretien que Farida Belghoul a donné au site d'information franco-turc Zaman-France. Les commentaires sont éloquents, de même qu'une vidéo qu'on y trouve postée (ici sur Youtube).
Cette vidéo témoigne d'une attaque contre la sociologie à partir d'une conception strictement biologiste et génétique de la sexualité. Une attaque délibérée contre tous les féminismes et les associations LGBT. Une attaque contre tous les homosexuels. Une attaque aussi contre l’Éducation nationale et les services publics. A écouter cette professeure de biologie, on a la conviction que ces très excellents manipulateurs voudraient nous faire retourner un siècle en arrière. N'aurait-elle paspeur de l'égalité entre les sexes? Ce qui est certain, c'est que cette campagne perverse est directement homophobe. Elle se développe avec des relais enseignants dans les écoles, les collèges, les lycées et les universités.
Elle ment sciemment et va jusqu'à produire de faux documents. La plus grande vigilance s'impose de la maternelle à l'université.Mais ce qu'il convient de souligner aussi, c'est que cette campagne a des soubassements antisémites. Peu semblent avoir aperçu que l'extrême-droite catholique fait cause commune avec les islamistes les plus radicaux, sur fond d'homophobie et d'antisémitisme. La supposée "théorie du genre" (elle n'existe pas, rappelons-le) serait, selon quelques dangereux idéologues, "le fruit de lesbiennes juives américaines". Où trouve-t-on cette thèse antisémite? Sur un site catholique (ici) et sur le site salafiste Al-Imane (c'est ). La même vidéo. La conférence de Claude Timmerman, un ingénieur qui se fait passer pour un scientifique alors qu'il ne professe que des insanités, circule sur les sites royalistes, catholiques intégristes, dieudonnistes, islamistes, de droite extrême, etc. Il est très facile de la retrouver. Les thèses de Timmerman et des catholiques anti-gender ont leur pendant dans les discours que tiennent aujourd'hui certains imams. Il faut entendre et analyser l'intégralité de ce prêche d'un imam toulousain. Il y a une urgence à saisir et alerter toutes les autorités religieuses, catholiques et musulmanes en priorité, afin qu'elles rappellent à leurs cadres religieux et à leur fidèles, le respect de l'Etat, les lois de la République et les règles du vivre ensemble.
Combattre l'extrême-droite est désormais inséparable d'une vigoureuse dénonciation de ces illuminés, catholiques intégristes ou réactionnaires, qui ont réussi à faire la jonction avec certains milieux  islamistes. Il y a un énorme travail d'analyse et d'explication à produire pour contrer leurs insinuations et leurs mensonges qui surfent sur l'homophobie ordinaire et visent à la renforcer. La contre-offensive face à ces extrémistes incultes mais bien organisés, doit être conduite dans tous les lieux où ils manipulent l'opinion et diffusent leur venin. C'est-à-dire partout, dans les lieux d'éducation et de culture, dans les établissements scolaires, publics et privés, dans les quartiers populaires surtout, où ils font des ravages.
Et ici même, sur Mediapart, comme sur tous les sites où ils s'infiltrent et propèrent. Je profite de ce billet pour reproduire l'Appel de Strasbourg, déjà signé par une centaine d'universitaires, relayé par de nombreux journaux (ici, ou ), et qui sera mis à la pétition dans les jours qui viennent. Ce texte rétablit la vérité et gagnerait à être largement diffusé. Le combat pour l'égalité doit être conduit avec des outils d'information et d'explication efficaces, avec un souci de pédagogie, mais sans aucune concession pour les manipulateurs de tous poils.
Il est temps de comprendre et de faire comprendre que "La manif pour tous", c'est "LA MANIP POUR TOUS"! Merci de faire passer le message. Pascal Maillard 
 
PS : Ce billet constitue la reprise de plusieurs commentaires publiés sur le fil de discussion de cette chronique de Hubert Huertas.

Simone de Beauvoir, manip pour tousPOUR EN FINIR AVEC LES IDÉES REÇUES.
LES ÉTUDES DE GENRE, LA RECHERCHE ET L’ÉDUCATION : LA BONNE RENCONTRE

Des enseignants et chercheurs de l’Université de Strasbourg réagissent.Depuis quelques jours, les élèves et les parents d’élèves sont harcelés de mails et de SMS provenant d’associations extrémistes qui propagent la rumeur selon laquelle, parce que « le genre » est introduit dans les programmes scolaires, leurs enfants seraient en danger à l’école. Non seulement cette manœuvre de déstabilisation des parents est révoltante (les enfants ont été privés d’école) mais de plus cette rumeur est totalement mensongère.
NON, les enfants ne sont pas en danger. Non, il n’y aura pas de projection de films « sexuels » à l’école, et les garçons ne seront pas transformés en filles (et inversement).
NON, la prétendue « théorie du genre » n’existe pas. Le genre est simplement un concept pour penser des réalités objectives. On n’est pas homme ou femme de la même manière au moyen-­âge et aujourd’hui. On n’est pas homme ou femme de la même manière en Afrique, en Asie, dans le monde arabe, en Suède, en France ou en Italie. On n’est pas homme ou femme de la même manière selon qu’on est cadre ou ouvrier. Le genre est un outil que les scientifiques utilisent pour penser et analyser ces différences.
OUI, les programmes scolaires invitent à réfléchir sur les stéréotypes de sexe, car l’école, le collège, le lycée sont le lieu où les enseignants promeuvent l’égalité et le respect mutuel, où les enfants apprennent le respect des différences (culturelle, sexuelle, religieuse).
OUI, l’école est le lieu où l’on permet à chacun, par les cours de français, d’histoire, de SVT, d’éducation civique, d’éducation physique, de réfléchir sur les conséquences néfastes des idées reçues et d’interroger certains préjugés, ceux qui ont fait que pendant des siècles un protestant ne se mariait pas avec une catholique, ceux qui font que l’on insulte encore aujourd’hui une ministre à cause de sa couleur de peau, ceux qui font que des petits garçons sont malmenés aux cris de « pédés » dans la cour de l’école, ceux qui font que Matteo n’osera jamais dire qu’il est élevé et aimé par deux mamans, ceux qui font qu’Alice veut mourir car on la traite de garçon manqué, ceux qui créent la haine et la discorde.
Les études de genre recouvrent un champ scientifique soutenu par le Ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur et le CNRS, et elles ont des utilités nombreuses dans l’éducation et la lutte contre les discriminations : ces études et ces travaux existent à l’université depuis longtemps.
L’Académie de Strasbourg organise une journée de formation continue sur cette question, à destination des professeurs d’histoire géographie et, à l’Université de Strasbourg, un cours d’histoire des femmes et du genre est proposé dans la licence de Sciences historiques, tout comme, par exemple, plusieurs cours de sociologie, de sciences de l’éducation, d’anthropologie portent sur le genre. Des séances de sensibilisation aux questions d’égalité entre les sexes sont intégrées dans le parcours de formation des enseignants du primaire et du secondaire.
«Vati liest die Zeitung im Wohnzimmer. Mutti ist in der Küche.» (Papa lit le journal dans le salon, Maman est dans la cuisine). Voilà comment les petits Alsaciens apprenaient l’allemand, à travers les aventures de Rolf et Gisela, dans les années 1980.Réfléchir sur le genre, c'est réfléchir sur les effets de ce type de messages.
En permettant aux élèves de se demander pourquoi les princesses ne pourraient pas aussi sauver les princes, en montrant que, selon les lieux et les époques, les rôles des hommes et des femmes ont varié et que l’amour a des formes multiples, les chercheurs, les enseignants et les professeurs des écoles permettent aux enfants, citoyens et citoyennes de demain, de construire un monde plus égalitaire et plus harmonieux.
 
Liens utiles concernant cette note :

 

30/01/2014

Le genre à l'école et hors l'école

Une suite au sketch "Dieudonné" où l’on assiste à une offensive faussement naïve et dont l’organisation a minutieusement été programmée, capable de revêtir des apparences légales et visant des populations économiquement et culturellement fragilisées, manipulables et sensibles aux mots d’ordre et théories négationnistes, complotistes, racistes ou xénophobes. Son but consiste manifestement à cristalliser, gonfler les effectifs de l’extrême droite non plus tant autour d'un bouc-émissaire «classique» que par la désignation d’un ennemie imaginaire. Lire aussi

Genre, école
Flatteur, le sexisme ?

Face aux mensonges de l’extrême droite, le gouvernement doit soutenir les ABCD de l’égalité - Communiqué LDH

Des activistes d’extrême droite ont lancé une action nationale pour l’interdiction de l’étude du genre à l’école. Cette campagne est basée sur un mensonge. En effet, les programmes scolaires et notamment les ABCD de l’égalité contiennent, conformément au Code de l’éducation, des éléments pédagogiques combattant les archétypes sexistes et promouvant l’égalité entre les sexes.

L’école, et c’est son rôle, enseigne le refus des discriminations, l’égalité entre les filles et les garçons, la liberté de construire l’esprit critique et l’intelligence par l’accès au savoir. C’est cette dimension d’égalité qui agresse une extrême droite familialiste, dont le modèle de société est de remettre les femmes « à leur place », à la maison ; de propager auprès des parents la peur d’une société sans préjugés et sans discriminations.

En appelant à boycotter l’école sur la base du mensonge et de la désinformation, en provoquant la censure d’un livre publié par le Centre national de documentation pédagogique, sous l’autorité du ministère de l’Éducation nationale lors du Salon de l’éducation, cette extrême droite familialiste entend peser sur les publications, les programmes ou encore la fréquentation scolaire.

Ces prétentions sont à prendre au sérieux et doivent être combattues énergiquement. L’école doit pouvoir poursuivre son travail pour la compréhension et l’éducation des rapports entre les hommes et les femmes, entre masculin et féminin, avec leur dimension d’inégalité, dont on sait qu’elle est grande. Leur « loi de la nature », c’est la loi du plus fort : alors que l’égalité se construit, s’apprend, comme la démocratie.

C’est pourquoi nous en appelons à la vigilance de tous les citoyens et citoyennes, face à des tentatives d’immixtion rétrogrades dans le système scolaire et de retour à l’ordre moral.

Paris, le 29 janvier 2014

29/01/2014

Les étrangers antifascistes à Marseille

Autour de Gilberto Bosques Saldivar
Un recueil de documents et de témoignages inédits sur la résistance au fascisme et au nazisme en Provence pendant la Seconde Guerre mondiale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les étrangers antifascistes, antinazis et républicains chassés de leur pays par les dictatures, furent très nombreux en Provence et à Marseille.

Etrangers antifascistes à Marseille, Bosques Saldivar

Parmi eux il en est qui ont mené combat contre le fascisme et le nazisme sur le sol méridional, jouant un rôle non négligeable dans la lutte contre l'occupant.
Tous ont trouvé en Gilberto Bosques Saldivar (1892-1995), consul du Mexique en France et vétéran de la révolution mexicaine, un appui indéfectible. L'ouvrage, qui fait suite à une journée organisée le 11 octobre 2013 aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône (dans le cadre du colloque "La culture de l'Europe en exil, Marseille, 1940-1944"), présente quatre cas emblématiques, au travers de témoignages.

  • Tout d'abord, celui de la jeune résistante autrichienne Mélanie Berger (née en 1921) qui, avec son groupe, œuvrait à la démoralisation des troupes allemandes. Arrêtée par la police de Vichy, lourdement condamnée par les juridictions d'exception de l’État français, incarcérée dans la prison des Baumettes, elle parvint toutefois à s'évader et à reprendre le combat.
  • Les mineurs espagnols de Meyreuil offrent un autre exemple d'engagement.Ces immigrés républicains faisaient partie du 6e GTE (groupe de travailleurs étrangers), structure crée par l’État français dans un but répressif et pour pallier au manque de main-d’œuvre. Ils s'organisèrent pour survivre, mais aussi, clandestinement, pour mener grèves et actions collectives. Leurs enfants, qui ont effectué un important travail de collecte de témoignages et de documents, évoquent ici leur vie à Meyreuil.
  • Le jeune communiste italien Giuliano Pajetta fut parmi les bénéficiaires d'un visa délivré par le consul du Mexique. Mais il choisit de ne pas partir pour les Amériques, s'évada du camp des Milles, relança l'action de son parti en Provence. Combattant en Italie, déporté à Mauthausen, il échappa à la mort. Sa fille Elvira, retrace son itinéraire de résistant, en Espagne, en France et dans son pays natal.
  • Une part importante de l'ouvrage est consacrée à Gilberto Bosques Saldivar, consul général du Mexique à Marseille et à son rôle essentiel dans le sauvetage de centaines de républicains espagnols, de combattants des brigades internationales et "d'indésirables", qu'il a pu faire partir pour le Mexique. Les deux filles du consul Bosques, Laura et Maria-Teresa, portent témoignage de son action, mais aussi de leur enfance à Marseille.
    Enfin, Gérard Malgat, auteur d'un important ouvrage sur Gilberto Bosques, apporte l'éclairage du biographe.

L'auteur : Robert Mencherini est historien spécialiste de l'histoire du monde et du mouvement ouvriers et participe à plusieurs équipes de recherche régionales et nationales. Il a coordonné l'écriture de cet ouvrage. Lequel fait suite à la Journée organisée par l'association PROMEMO avec le soutien du CG 13, de l'Office national des Anciens combattants - Victimes de Guerre des BdR (ONAC-VG), de l'Ambassade du Mexique en France, en partenariat avec l'association des Amis du Musée virtuel de la Résistance en PACA (MUREL), de l'association des anciens combattants de la Résistance (ANACR Marseille), de l'association Solidarité Provence Amérique du Sud (ASPAS) et des enfants de Républicains espagnols de Meyreuil.
L'ouvrage est actuellement en souscription (jusqu’au 4 mars) aux éditions Gaussen à Marseille.

souscription.jpeg

 

15/01/2014

L'UFAL a tort de s'inquiéter

L'Union des Familles Laïques a tort de s'inquiéter. François Hollande ne tiendra pas plus les promesses qu'il a faites au MEDEF que celles qu'il a faites avant 2012. C'est du moins ce qu'il faut espérer.

Conférence de presse 2014, MedefLes facultés du visiteur de la rue du Cirque, ont-elles
été amoindries par le bruit d'une "rumeur" sociale-libérale courant à son encontre ?

Le Président de la République François Hollande vient d’annoncer le contenu du pacte de responsabilité qu’il entend mettre en œuvre dans le cadre de sa politique de l’emploi. Il prévoit de supprimer à l’horizon 2017 la cotisation patronale d’allocations familiales, soit l’équivalent de 35 milliards d’euros qui financent actuellement la branche famille de la Sécurité sociale.

De la sorte, François Hollande fait renaître le projet de l’ancien Président Sarkozy qui avait créé la TVA sociale afin de compenser intégralement la baisse des cotisations familiales à travers une ponction injuste sur le revenu de consommation des familles. Le gouvernement Ayrault avait pourtant décidé d’abroger in extremis cette mesure inique lors de son arrivée au pouvoir. Or c’est la même politique anti-sociale dictée par la même idéologie néo-libérale que le gouvernement PS-EELV-PRG décide d’appliquer.

Pour l’UFAL cette décision sans précédent comporte des risques économiques et politiques considérables. Cet allègement de 35 milliards d’euros devra être compensé par un nouveau mouvement d’économies drastiques sur les dépenses sociales qui affecteront les familles déjà fortement fragilisées par la crise. De plus, une nouvelle augmentation des impôts et taxes sur la consommation ou sur les revenus du travail sera inévitable et aggravera durablement la crise actuelle dont les conséquences dramatiques se font sentir chaque jour. Mais surtout, en décidant d’appliquer une politique identique à celle de son prédécesseur de droite, François Hollande contribue à renforcer chez les classes populaires le malaise politique actuel et le sentiment de rejet de la classe politique qui se traduit par l’abstentionnisme et le vote anti-républicain d’extrême droite.

L’UFAL rappelle que la cotisation sociale (salariale ou patronale) est une part socialisée du salaire des travailleurs, prélevée directement sur la richesse créée par le travail. Ainsi, la cotisation patronale d’allocations familiales reconnaît et rémunère l’apport indispensable des familles à l’éducation des enfants et au renouvellement de la main-d’œuvre productive. À l’inverse, la suppression de la cotisation sociale familiale ne fera que renforcer l’emprise de la finance sur l’économie réelle et nourrit la ponction privée sur l’économie réelle. C’est pourquoi l’UFAL s’engage fermement aux côtés des salariés pour que cette part de leur salaire reste prélevée sur la richesse créée dans l’entreprise.

14/01/2014

Du symbole et du chiffre

Conférence de presse du jour .... Dispositions pour la culture .... RIEN !

Du symbole et du chiffre, par Nicolas Roméas

On a pu, ces derniers temps, lire et entendre un certain nombre de déclarations et autres articles de presse 1 dans lesquels des personnes sans doute bien intentionnées s'attachent à défendre ce qu'elles nomment la «culture», en mettant en avant son apport à l'économie nationale.

Du symbole et du chiffre
Via photomontage © Olivier Perrot

Outre le fait qu'une bonne part des éléments ainsi réunis et «valorisés» relève plus de l'industrie culturelle et d'un patrimoine souvent rentabilisé que de l'usage citoyen et vivant d'outils symboliques destinés à l'échange, cette utilisation du langage de l'adversaire pour prétendre défendre ce qui doit échapper à l'évaluation chiffrée est, selon moi, une faute majeure.

Ce n'est pas seulement une erreur fondamentale, c'est purement et simplement une abdication. Un renoncement au combat culturel qui consiste à défendre les valeurs symboliques portées par l'art et ce qu'on nomme «culture», face au règne de l'argent et la toute-puissance du chiffre à tous les niveaux de cette société. On comprend bien, sous la menace des poids lourds de la finance et leurs alliés, acharnés à détruire tout ce qui échappe à la loi du profit, ce qui motive ces argumentations.

Mais il faut rappeler une autre loi, universelle et intemporelle celle-là : lorsqu'on accepte les critères de l'adversaire, le combat est perdu d'avance.

Mesurer - pour en «justifier» la nécessité - la force du symbole avec les outils de l'évaluation quantitative et/ou financière, c'est admettre implicitement que l'on ne peut appréhender qu'avec des chiffres ce qui, pourtant, appartient à un univers non seulement très distinct, mais opposé. Repensons aux déclarations de Victor Hugo sur l'importance de la lecture et de l'éducation pour la santé morale d'un peuple. S'agissait-il de confondre le poids de l'économie avec la valeur des idées et de l'art ?

Le député Hugo sait de quoi il parle, il sait très bien que tout ce qu'il évoque n'est pas producteur de richesse matérielle, mais de valeur intellectuelle et morale. Il sait parfaitement que le coût de ces choses est sans rapport, sans commune mesure avec leur bénéfice humain. Le 10 novembre 1848, il déclare entre autres, devant l'Assemblée nationale : «Il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies ; […] les maisons d'études, pour les enfants, les maisons de lecture […] ; tous les établissements, tous les asiles où l'on médite, où l’on s'instruit, où l’on se recueille, où l'on apprend quelque chose, où l'on devient meilleur, en un mot ; il faudrait faire pénétrer de toutes parts la lumière dans l'esprit du peuple, car c'est par les ténèbres qu'on le perd.»

Vous me direz : «c'était un autre temps !» Mais n'étions-nous pas censés avoir fait quelques progrès, depuis ce temps  ? Et dès la fin de la deuxième guerre mondiale, le grand mouvement de l'Éducation populaire nous a rappelé avec force qu'il s'agit là d'un moteur essentiel de la démocratie, d'un enjeu vraiment citoyen dans lequel non seulement il n'est pas question de rentabilité, mais que la rentabilité détruit à coup sûr.

La France, qui s'enorgueillit à juste titre d'avoir créé en 1959 le premier Ministère des affaires culturelles (avant qu'on y accole le honteux «communication») 2 est-elle encore capable de porter cette vision ?

Sans doute ne peut-on développer la vie culturelle et artistique d'un pays sans argent, mais ce qui importe ce sont les choix politiques, ce qui compte, c'est ce qu'on en fait ! Et ce que nous avons inventé de meilleur en la matière, et que nous devons défendre âprement : notre service public de l'art et de la culture, est aujourd'hui fragilisé par une Europe néolibérale qui impose le critère plus qu'absurde de «concurrence libre et non faussée». C'est contre cela qu'il faut lutter, c'est à ça qu'il faut s'opposer. Sinon, rien ne tiendra. Et nous pourrons toujours prouver la puissance économique des «activités culturelles», si nous ne savons plus nommer leur valeur symbolique, il ne sera plus question de contenu. Et il ne nous restera finalement plus qu'à défendre les pires industries «culturelles» : les plus rentables.

Théodore Adorno parlait ainsi de ce qu'il nommait l'industrie culturelle : «Dans toutes ses branches on confectionne plus ou moins selon un plan des produits qui seront étudiés pour la consommation des masses et qui déterminent par eux-mêmes dans une large mesure cette consommation.» Industrie dont il montre, dans la même conférence 3, qu'elle est issue d'un système fondé sur le profit : «Il ne faut pas en accuser ici une volonté consciente de ses promoteurs ; bien plutôt, il faudrait faire dériver le phénomène de l’économie, de la recherche de nouvelles possibilités de faire fructifier le capital dans les pays hautement industrialisés.»

Mêler indistinctement la valeur symbolique et le poids économique n'est pas seulement insensé, c'est profondément destructeur.

Faire dépendre l'importance de la «culture» de l'argent qu'elle génère ou qu'elle fait circuler, c'est lui faire perdre son sens propre. Cette confusion délétère anéantit ce qui résiste à l'évaluation chiffrée. Même si ce qu'on nomme «culture» ne rapportait pas un centime, ou au contraire beaucoup d'argent, ce n'est jamais à partir de ce critère qu'il faut juger de son utilité.

Nous parlons de l'univers du symbole. Ici, en les mesurant à l'aune de la quantité, on détruit la valeur des actes et des œuvres. Car ces mondes incompatibles se livrent une guerre sans merci, personne ne l'ignore plus. Tout peser avec la balance du chiffre revient à tuer le symbole. Et si la quantité l'emporte, l'esprit meurt, c'est-à-dire nous, humains pensant. Remettons les pendules à l'heure, il y a urgence !

Nicolas Roméas

www.horschamp.org

1- Le 3 janvier 2014 dans Le Monde : «57,8 milliards de richesse liée à la culture», le même jour dans La Tribune : «La culture contribue sept fois plus au PIB que l'industrie automobile».

2 - Comme le fait très bien remarquer la philosophe Marie-José Mondzain.

3 - Conférence pour l'université radiophonique internationale
1ère diffusion les 21 et 28 septembre 1963.

10/01/2014

Maurice Audin a-t-il été assassiné sur ordre ?

Durant la guerre d’Algérie, Maurice Audin, jeune mathématicien et militant communiste âgé de 25 ans, arrêté à son domicile, à Alger, le 11 juin 1957, par des militaires français, a disparu peu après alors qu’il se trouvait entre leurs mains. Depuis lors, son épouse, Josette Audin, le Comité Maurice Audin, présidé par Pierre Vidal-Naquet, et la Ligue des droits de l’Homme n’ont eu de cesse de demander aux autorités françaises qu’elles disent la vérité sur sa disparition.

Maurice Audin
Maurice Audin, esquisse d'Ernest PIGNON-ERNEST. Mars 2002

 

En mars 2012, suite à la publication par le Nouvel Observateur d’informations selon lesquelles ce serait le sous-lieutenant Gérard Garcet, chef d’état-major du général Massu, commandant la division parachutiste exerçant les fonctions de police à Alger, qui aurait mis fin à ses jours, la LDH a renouvelé publiquement sa demande.

Promises par le président de la République à Josette Audin dans la lettre qu’il lui avait adressée en décembre 2012, les archives qui lui ont été communiquées en février 2013 par le ministre de la Défense n’apportent aucun élément, aux dires des historiens qui les ont examinées, sur la disparition de son mari.

En revanche, le livre La Vérité sur la mort de Maurice Audin, où le journaliste et documentariste Jean-Charles Deniau publie les résultats de son enquête, avance des éléments nouveaux qui rendent indispensable que les autorités françaises disent enfin la vérité sur ces faits. D’après lui, l’ordre de tuer Maurice Audin a été donné au commandant Aussaresses par le général Massu, avec l’assentiment probable du ministre résident en Algérie, le socialiste SFIO Robert Lacoste, alors que le président du Conseil était depuis peu le membre du Parti radical, Maurice Bourgès-Maunoury. L’enquête confirme, par ailleurs, quant à l’exécuteur du crime, les informations publiées en mars 2012 par le Nouvel Observateur. L’objectif de cet assassinat étant de faire un exemple destiné à avertir et dissuader les communistes de soutenir la lutte d’indépendance algérienne.

L’assassinat de Maurice Audin, qui a frappé d’autant plus l’opinion publique qu’il s’agissait d’un jeune universitaire français, n’est qu’un exemple des tortures et exécutions sommaires infiniment plus nombreuses qui ont frappé des Algériens. Après d’autres travaux, ce livre montre comment, durant cette guerre, des autorités civiles et militaires françaises ont poussé des soldats à commettre en Algérie des actes qui ont été définis par des textes internationaux au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale comme des violations graves des droits de l’homme. Comme en ont témoigné le général Pâris de Bollardière ou le secrétaire général de la police d’Alger, Paul Teitgen, qui a démissionné en 1957 parce qu’il refusait d’en être complice, l’illégalité et l’irresponsabilité ne pouvaient conduire qu’à des crimes de guerre.

Pour la Ligue des droits de l’Homme, il est plus que temps, un demi-siècle après ces faits, que les plus hautes autorités de la République française, comme les différentes institutions de la société, le reconnaissent.

Communiqué LDH - Paris, le 9 janvier 2014

07/01/2014

Victor Basch

Fondateur de la section de Rennes de la Ligue des droits de l’Homme pendant l’affaire Dreyfus (André Hélard, spécialiste de l’affaire Dreyfus, évoque son rôle éminent dans unevidéo mise en ligne ici), président de la Ligue des droits de l’Homme de 1926 jusqu’à son assassinat par la milice en 1944, Victor Basch est une des grandes figures non seulement de la Ligue des droits de l’Homme, mais simplement de l’Histoire de France. En dehors de son attachement indéfectible à la Ligue, Victor Basch a joué un rôle majeur pendant le Front populaire et dans la Résistance, notamment en tant que membre du comité directeur du Front national pour la zone sud (à ne pas confondre avec le groupe d’extrême droite qui en a volé le nom).

Consultée par la mission de réflexion sur le Panthéon, chargée de proposer des noms de personnes méritant de reposer dans la nécropole nationale, la Ligue des droits de l’Homme a proposé les noms de Victor Basch et de son épouse Ilona, assassinés par la milice le 10 janvier 1944. Le 10 janvier 2014 sera l’occasion pour la section de Rennes de la LDH d’honorer son fondateur, en collaboration avec le lycée Victor Basch et  du conseil régional de Bretagne. Plusieurs historiens et personnalités politiques interviendront pendant cette journée dont nous vous détaillerons le programme prochainement. Les sections LDH de Montrouge (92) et Villeurbanne (69) s’associeront à cet hommage, et cosignent avec la section de Rennes un appel en faveur de la proposition de la Ligue des droits de l’Homme de faire entrer au Panthéon le couple Victor et Ilona Basch. Voici, ci-dessous, l’appel commun qu’elles lancent.

Victor Basch, 70 ans après son assassinat

victor bash

Ancien président de la Ligue des droits de l’Homme, Victor Basch est assassiné avec son épouse Ilona, le 10 janvier 1944 près de Lyon par la milice française et la Gestapo. Des commémorations sont d’ores et déjà programmées à Rennes (35), à Villeurbanne (69) et à Montrouge (92) en l’honneur de cet homme d’action, fervent dreyfusard, militant acharné de la défense du droit et de la justice.

La Ligue des droits de l’Homme et du citoyen, tout en appuyant récemment l’entrée simultanée de plusieurs femmes au Panthéon, estimait également « que le rôle de Victor Basch mérite lui aussi d’être honoré par la République et que celui-ci pourrait, avec sa femme Ilona, être inhumé dans le haut lieu de la République que constitue le Panthéon ».

C’est à Rennes, à l’occasion de l’affaire Dreyfus, que débute l’engagement politique de Victor Basch. Ce combat l’amène à faire partie dès juin 1898 des premiers adhérents de la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen dont il assurera la présidence de 1926 jusqu’à sa mort, et à jouer un rôle essentiel dans la fondation de la section de Rennes, une des premières à voir le jour. En sa mémoire, la section de la Ligue des droits de l’Homme de Rennes organisera le vendredi 10 janvier 2014 une journée d’hommage sur le thème « Militer hier et aujourd’hui » avec la participation d’historiens et de responsables associatifs et politiques.

L’engagement militant de Victor Basch l’amène à être également un acteur important du Front populaire. C’est ainsi qu’il préside à Montrouge, le 14 juillet 1935, au vélodrome Buffalo, les « Assises de la paix et de la liberté », évènement fondateur du Front populaire et de ses avancées sociales. La section de la Ligue des droits de l’Homme de Montrouge dévoilera une plaque rappelant cet événement, le mercredi 16 avril 2014, rue Victor Basch à Montrouge.

Réfugié pendant la guerre, avec son épouse Ilona, à Caluire-et-Cuire (69), Victor Basch devient membre du comité directeur du mouvement de résistance Front national pour la zone sud. Arrêtés tous les deux le 10 janvier 1944 par la milice française et la Gestapo, ils sont assassinés à Neyron (01) et sont inhumés à la Nécropole nationale de la Doua, à Villeurbanne (69). La Fédération de la Ligue des droits de l’Homme du Rhône invitera à se recueillir sur leur tombe le vendredi 10 janvier 2014 et proposera une projection-débat autour du film documentaire « Victor Basch, dreyfusard de combat ».

Le 10 janvier 2014, cela fera 70 ans que Victor Basch fut tué, avec son épouse Ilona, pour ses engagements et du fait de ses origines. Les assassins déposèrent sur leurs corps l’inscription « Terreur contre terreur : le juif paye toujours ». Alors qu’en France les propos racistes se multiplient, les diverses commémorations qui se dérouleront autour de l’action militante et de l’assassinat de Victor Basch appuieront la volonté de la Ligue des droits de l’Homme de dénoncer sans relâche et sans complaisance les incitations actuelles à la haine et de refuser que la brutalité verbale toujours annonciatrice de passages à l’acte dramatiques envahisse l’espace démocratique.

06/01/2014

Qu'opposer aux "spectacles" antisémites ...

Contre l’antisémitisme, les principes républicains doivent triompher

Communiqué LDH
Quand une démocratie est attaquée dans ses fondements, elle se montre forte quand elle applique ses principes. Elle est faible si, face aux extrémismes, elle les abdique.

antisémitisme,dieudonnéDieudonné a réussi ce tour de force : le Front national défend la liberté d’expression, alors que le ministre de l’Intérieur a déclaré vouloir interdire a priori son spectacle et lui sera en tournée dans de très nombreuses salles, notamment les Zéniths qui sont sous contrat avec l’État.

Or, en France, depuis le début du XXe siècle, la loi, et c’est heureux, ne permet plus l’interdiction a priori des spectacles. Dieudonné et ses zélateurs s’indignent donc de ce que l’État s’apprête à violer une liberté fondamentale, la liberté d’expression.

Tour de force, donc, que de se faire passer pour une victime quand on est celui qui a fait son fonds de commerce de l’agression systématique d’un groupe de personnes à raison de leur origine ethnique, de leur religion, et des horreurs qu’elles ont subies.

Dieudonné a pourtant tort de se revendiquer de la liberté de création pour justifier, dans ses spectacles, ses insultes antisémites, son apologie du révisionnisme, ce pour quoi la LDH s’honore de l’avoir fait condamner. Reste qu’il a toujours transformé ses procès en tribunes, organisant son insolvabilité de façon à échapper aux condamnations financières, qu’elles soient des amendes pour l’État ou des dommages et intérêts pour les associations qui, comme la LDH, l’ont poursuivi avec un succès qui reste théorique.

Le ministre de l’Intérieur, en cherchant à obtenir des préfets qu’ils interdisent ses spectacles, prend un risque d’une autre dimension, celui de fédérer autour de Dieudonné une sympathie réactionnelle de ceux qui se considèrent, pour des raisons qui peuvent par ailleurs parfaitement se comprendre, opprimés, socialement ou politiquement. Et auprès de ce public, le jeu ambigu, voire pervers, entre humour et haine, agression et victimisation, politique et show-business, peut marquer les esprits dans un sens particulièrement dangereux.

Dieudonné, dont les sympathies avec les thèses les plus extrêmes de la droite antisémite ne sont plus un mystère pour personne, met donc en défaut la démocratie, lorsqu’elle répond à la haine par une menace de restriction de la liberté d’expression.

La LDH rappelle donc que la règle qui doit prévaloir est la liberté, et que tout abus de celle-ci doit être condamné de façon ferme et efficace. La LDH et ses militants seront très vigilants et attentifs à ce que les propos de Dieudonné qui méritent une sanction pénale soient poursuivis, comme elle l’a fait par le passé, et elle engage vivement les pouvoirs publics à poursuivre les atteintes à la loi une fois qu’elles sont commises, plutôt qu’à se lancer dans des interdictions préalables au fondement juridique précaire et au résultat politique incertain, voire contreproductif.

Il est scandaleux que les associations parties civiles dans les procès qui ont été fait contre cet individu n’aient aucun moyen de le forcer à exécuter les condamnations, que les magistrats n’aient pas à ce sujet de plus amples pouvoir d’investigation, et prononcent donc des peines dont ils savent par avance qu’elle ne seront pas exécutées.

Puisque Dieudonné a fait son fonds de commerce de la haine, il faut qu’il soit condamné à chaque fois qu’il l’exprime, et que les peines prononcées soient effectives et décourageantes.

Paris, le 6 janvier 2014

05/01/2014

Dieudonné, l’imposteur raciste, n’est pas l’ami du peuple palestinien

Pour l'Association France Palestine Solidarité "Dieudonné, l’imposteur raciste, n’est pas l’ami du peuple palestinien". Exact et argumenté. Simplement, clairement. Et c’est bien parce que le personnage est en France médiatiquement surexposé que l’AFPS se devait de prendre position

Rappels :

palestine, Dieudonné

Dernièrement Dieudonné a déclaré au sujet de Patrick Cohen, journaliste à France Inter : « Moi, tu vois, quand je l’entends parler, Patrick Cohen, j’me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage. » Il ne s’agit ni d’une « erreur » ni d’un dérapage. Mais de positions antisémites clairement et délibérément assumées depuis une bonne dizaine d’années. Les exemples en sont innombrables.

Dieudonné n’est pas un simple humoriste, c’est avant tout un militant politique d’extrême-droite. Et il y a une spécificité. Avec une forme d’expression particulière (humour), un vocabulaire pseudo-​​révolutionnaire (anti­système), et une cible du style fasciste des années 30 (le complot du "pouvoir juif mondial", de la finance mondiale, de l’axe Israël-​​USA …), Dieudonné attire certaines catégories, particulièrement dans la jeunesse, que le Front national serait incapable de mobiliser.

C’est le cas par exemple quand il fait applaudir le négationniste Robert Faurisson par 5.000 personnes au Zénith en 2008. C’est le cas aussi quand il inter­viewe Serge Ayoub, alias Batskin, le chef de l’organisation d’extrême-droite JNR, Jeunesses nationalistes révolutionnaires, dissoute après la mort de Clément Méric. La vidéo se conclut par une poignée de main entre ces deux hommes et une déclaration « On représente la France d’en bas … on a le même ennemi, c’est une évidence ».

C’est le cas aussi quand il prétend défendre les Palestiniens en développant des thèses racistes et antisémites sous le couvert de l’anti-sionisme. Il détourne ainsi au profit de l’extrême-droite le juste sentiment d’exaspération face à l’amalgame fait par les soutiens de la politique israélienne entre anti­sionisme et anti­sémitisme. Il donne prise à tous ceux qui se complaisent dans une dénonciation sélective des diverses formes de racisme. Il fait le jeu d’Israël et de tous ses soutiens qui cherchent à discréditer voire criminaliser toute forme de contestation de la politique israélienne..

L’AFPS condamne et rejette ces amalgames qui amènent à traîner devant les tribunaux en toute ignominie les militants du boycott citoyen qui dénoncent la politique coloniale et raciste de l’État d’Israël.

L’AFPS condamne et rejette toute instrumentalisation de la cause palestinienne au service de délires complotistes racistes qui font le jeu de ses adversaires.

Le peuple palestinien n’a aucun besoin de tels faux amis. Notre combat pour les droits nationaux du peuple palestinien se fonde sur les principes universels du droit des peuples. Il suppose le rejet déterminé de toute forme de racisme, d’antisémitisme et d’islamophobie, poisons dangereux que nous combattrons sans faiblesse.

Vendredi 3 janvier 2014
Le Bureau national de l'AFPS

03/01/2014

Vœux d’épopée d’Ariane Mnouchkine

"(...) fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.(...)"

 

Via Mediapart

« Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,
À l’aube de cette année 2014, je vous souhaite beaucoup de bonheur.

Une fois dit ça… qu’ai-je dit? Que souhaité-je vraiment ?
Je m’explique :

Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier.

Voeux Mnouchkine 2014

D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.

Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur.

Une fois réussie cette difficile évasion, je nous souhaite un chantier, un chantier colossal, pharaonique, himalayesque, inouï, surhumain parce que justement totalement humain. Le chantier des chantiers.

Ce chantier sur la palissade duquel, dès les élections passées, nos élus s’empressent d’apposer l’écriteau : “Chantier Interdit Au Public“

Je crois que j’ose parler de la démocratie.

Être consultés de temps à autre ne suffit plus. Plus du tout. Déclarons-nous, tous, responsables de tout.

Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité. Juste besoin de confiance. De regards. D’écoute. De constance.

L’État, en l’occurrence, c’est nous.

Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence.

Ajoutons partout, à celles qui existent déjà, des petites zones libres.

Oui, de ces petits exemples courageux qui incitent au courage créatif.

Expérimentons, nous-mêmes, expérimentons, humblement, joyeusement et sans arrogance. Que l’échec soit notre professeur, pas notre censeur. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. Scrutons nos éprouvettes minuscules ou nos alambics énormes afin de progresser concrètement dans notre recherche d’une meilleure société humaine. Car c’est du minuscule au cosmique que ce travail nous entrainera et entraine déjà ceux qui s’y confrontent. Comme les poètes qui savent qu’il faut, tantôt écrire une ode à la tomate ou à la soupe de congre, tantôt écrire Les Châtiments. Sauver une herbe médicinale en Amazonie, garantir aux femmes la liberté, l’égalité, la vie souvent.

Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.

Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.

Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.

Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient.

Qu’attendons-nous ? L’année 2014 ? La voici.

PS : Les deux poètes cités sont évidemment Pablo Neruda et Victor Hugo »

31/12/2013

Vivre pour comprendre

« La fraternité est la loi humaine, le racisme une monstruosité. Mais, attention, si vous ne luttez pas contre la misère, si vous laissez des gens mourir de solitude, ils peuvent devenir un jour la proie du racisme.»
Germaine Tillion

2014

A méditer en guise de vœux pour l'année 2014 et suivantes...

29/12/2013

« Les FTP-MOI dans la Résistance »

La LDH soutient le film documentaire « Les FTP-MOI dans la Résistance » de Mourad Laffitte et Laurence Karsznia

Le 21 février 2014, il y aura soixante-dix ans que le groupe Manouchian aura été fusillé au Mont-Valérien. L’année même de la Libération et du programme du Conseil national de la Résistance.

FTP-MOI,

C’était donc le moment de revenir sur cette histoire, ici de façon très différente de celle de Robert Guédiguian dans son film de 2009, L’Armée du crime. Ce sont les survivants ou leurs enfants qui racontent, témoignent, sans intervention de voix-off, et avec l’appui de documents audiovisuels, d’archives publiques et privées, d’historiens. Le récit s’ordonne chronologiquement : les origines de la FTP-MOI, son engagement dans la Résistance, la traque, le procès.

La MOI, Main-d’œuvre immigrée, était pour l’essentiel issue de l’organisation syndicale par nationalité des ouvriers étrangers, fondée par la CGTU. La France d’avant-guerre, très xénophobe, comptait 2,2 millions d’étrangers pour quarante millions d’habitants. Beaucoup avaient fui les persécutions dans leur pays – l’Arménie, l’Italie, l’Espagne, la Pologne – pour rejoindre la France, vue comme le pays de la liberté et des droits de l’Homme. C’est autour des plus politisés d’entre eux, comme Manouchian, poète arménien qui avait adhéré au Parti communiste à la suite de février 1934, et d’anciens des Brigades internationales, que de jeunes étrangers s’engagent dans la Résistance contre un régime collaborationniste et antisémite, inspiré par l’Action française, qui les désigne comme l’anti-France – Vichy effectue quinze mille dénaturalisations, dont cinq mille Juifs. Leur engagement a un caractère d’évidence.

Dès 1940, l’organisation est interdite et se reconstitue dans la clandestinité. Le film raconte comment elle passe d’une première phase d’action politique – tracts, inscriptions, propagande – à une organisation militaire, solidement structurée et commandée, qui pratique désormais le renseignement, la guérilla urbaine, le sabotage des usines et des trains, et les attentats individuels. Ils – et elles, les femmes aussi – n’étaient en fait que quelques dizaines, mais devenus des professionnels des attentats, malgré la difficulté de tuer des êtres humains. Stéphane Hessel raconte comment de Gaulle reconnut leur combat, comment Jean Moulin intégra, comme soldat d’une Résistance unifiée, les FTP dirigés par Charles Tillon, comment surtout, au-delà de la Résistance immédiate, ils étaient porteurs d’une foi humaniste pour la France d’après la guerre, la foi qui inspira le programme du CNR.

Auteurs d’actions retentissantes, pris en filature pendant l’année 1943, les membres du groupe Manouchian furent décimés en région parisienne grâce au zèle de la police française, traditionnellement très anticommuniste, et livrés aux nazis. Tout le monde connaît l’affiche rouge, destinée à convaincre le bon peuple, qui n’en crut rien, que des bandits juifs étrangers s’en prenaient à la France pour de l’argent. Condamnés d’avance, les « terroristes judéo-communistes » furent fusillés après une parodie de procès. Un célèbre poème d’Aragon les transforma en légende.

Entre cette légende, nourrie des belles photographies de certains de ces très jeunes gens, et le débat historique, parfois nauséabond, qui s’en est pris qui à ces « staliniens », qui à Jean Moulin lui-même, il reste des faits, des souvenirs personnels, des transmissions familiales, des lettres qui disent l’espoir pour la France, du courage plus que de la haine, de l’humanité. C’est ce que montre fort bien ce film de forme modeste, en fait bien plus ambitieux qu’il y paraît. Ajoutons qu’il est dédié à un ami de la LDH, Raymond Aubrac.

Les FTP-MOI dans la Résistance
Film documentaire, 2013
Durée : 90’
Réalisation : Mourad Laffitte et Laurence Karsznia
Production : Images contemporaines

23/12/2013

LAMPEDUSA, le sale business de l'accueil

Au lendemain de la diffusion d'une vidéo choc montrant le traitement épouvantable des migrants dans le centre d'accueil de Lampedusa, le grand quotidien national La Repubblica dénonce le cynique et juteux marché de l'accueil des immigrés et demandeurs d'asile en Italie.

Voir aussi "L'immigration, trop ou pas assez ?..."

Ce qu'en dit  la maire de Lampedusa...

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo
 

La Repubblica - Alessandra Ziniti / 19 Décembre 2013
 
«Plus ils sont entassés dans les dortoirs, mieux c’est. Plus ils restent, mieux c’est. Et s’ils sont mineurs, c’est la cerise sur le gâteau : l’État paie encore plus. Chaque fois qu’un bateau de migrants accoste, les "professionnels de l’accueil" sortent leurs calculatrices. Et les chiffres ont souvent beaucoup de zéros.

lampedusa,immigration

En 2013, l'Italie a déboursé plus de 1,8 million d’euros par jour pour accueillir les 40 244 migrants qui ont débarqué sur ses côtes. Lit, repas, vêtements, médicaments et argent de poche, la dépense moyenne se monte à 45 euros par immigré reçu dans l’un des 27 centres d’accueil, d’identification et d’expulsion (CIE) ou d’asile. L’addition atteint 70 euros pour les mineurs (ils sont 8 000 à avoir posé le pied en Italie cette année) en raison de l'attention particulière qui doit leur être accordée.

C’est une part de gâteau gargantuesque que se partagent depuis dix ans les géants du business de l’accueil : la Legacoop [Ligue nationale des coopératives et mutuelles], les entreprises du mouvement catholique Communion et Libération, les sociétés proches de la Ligue et quelques multinationales. Les appels d’offres du ministère de l’Intérieur sont généralement adjugés aux enchères avec un rabais moyen de 30 %. Mais les migrants restent parqués pendant des mois dans des centres qui sont surchargés au double ou au triple de leur capacité. Au détriment des conditions de vie, que beaucoup considèrent comme étant dignes des camps de concentration, mais au bénéfice des responsables de ces centres.

“Tout cela est possible parce qu’en Italie, la plupart des services à l’immigration sont attribués en fonction d’un seul principe : celui de l’offre la plus avantageuse financièrement. Ce commerce de l’immigration est inacceptable. On parle là de commande de plusieurs millions d’euros grâce auxquelles les dirigeants s’enrichissent, alors que les droits de la personne sont bafoués”, dénonce Christopher Hein, directeur du Conseil italien pour les réfugiés.

Univers concentrationnaire

Ceux qui aspirent au statut de réfugié constituent la part la plus importante du gâteau. C’est ainsi que le centre d’accueil pour les demandeurs d’asile (CARA) de Mineo [dans la commune de Catane en Sicile] est devenu une véritable ville dans la ville. Mineo, le "village des oranges", abritait autrefois les militaires américains déployés dans la base aérienne de Sigonella [près de Catane, en Sicile]. Depuis, le CARA s’est imposé comme moteur de l’économie dans la région. Quatre mille personnes issues de 50 ethnies, soit deux fois plus que le centre ne peut en accueillir, rapportent quelque 50 millions d’euros par an au consortium Calatino Terre di accoglienza [Calatino, terres d’accueil].

Ce groupe rassemble des entreprises telles que Sisifo (Legacoop) qui gère le centre de Lampedusa, la coopérative Senis Hospes, Cascina Global Service (lié à Communion et Libération), la Croix rouge, le consortium Casa Solidale (proche de l’ancien parti de Berlusconi Peuple de la liberté). Sans oublier la famille parmesane Pizzarotti, propriétaire des bâtiments réquisitionnés en échange de 6 millions d’euros par an en 2011, quand l’état d’urgence humanitaire avait été déclaré en raison de l’afflux massif de migrants venus d’Afrique du Nord. L’état d’urgence terminé, les Pizzarotti ont intégré à leur tour le consortium.

Ce que Silvio Berlusconi [alors président du Conseil] présentait il y a deux ans comme un modèle d’accueil des migrants en Europe s’est aujourd’hui transformé, à en croire les accusations des associations humanitaires, en un univers contrationnaire. Il y a quelques jours à peine, un jeune Syrien qui attendait son permis de séjour depuis des mois s’y est suicidé. Retenir les demandeurs d’asile plus que de raison est l’une des nombreuses "astuces" déployées par les responsables des différents CARA.

À Sant'Angelo di Brolo (dans la commune de Messine), le parquet a conclu que certains migrants étaient restés 300 jours après avoir obtenu leur permis de séjour, ce qui aurait rapporté 468 000 euros dans les caisses de Sisifo, qui a également remporté l’appel d’offres des centres d’Elmas (près de Cagliari en Sardaigne), de Foggia (dans les Pouilles) et de Lampedusa, où sont passés plus de 100 000 migrants.

L’appel d’offres prévoyait 2,5 millions d’euros pour les 250 places correspondant à la capacité officielle du centre. Pour chaque personne supplémentaire, le ministère de l’Intérieur sort le chéquier.

Et c’est partout pareil : la coopérative Auxilium à Potenza, dirigée par les entrepreneurs Pietro et Angelo Chiorazzo, touche bien plus des 40 millions d’euros prévus pour la gestion des centres de Bari Palese, de Ponte Galeria à Rome et de Pian del Lago à Caltanissetta (en Sicile).

La bonne affaire

L’entreprise française Gepsa [du groupe GDF-Suez, elle a en partie géré le centre de rétention italien de Gradisca d’Isonzo, Frioul-Vénétie Julienne], spécialisée dans les services aux établissements pénitentiaires, a également flairé la bonne affaire. Tout comme la multinationale Cofely Italia, qui ne nie pas collaborer avec l’association culturelle Acuarinto d’Agrigente (Sicile) et la coopérative sociale Synergasia pour gérer le CARA de Castelnuovo di Porto (Rome) et le centre d’expulsion de Gradisca d’Isonzo. Enfin, le prêtre-entrepreneur d’Isola Capo Rizzuto (Calabre) a aussi sa part de gâteau. Sa Fraternité de la Miséricorde gère depuis dix ans, en échange de 28 millions d’euros par an, un CARA où les migrants dorment pour la plupart entassés par dizaines dans de vieux conteneurs.»

13/12/2013

L'austérité, c'est çà !

Explosion des suicides, des meurtres, détérioration de la santé publique, extrême droite exubérante ... taux de chômage passé de 7,2 % en 2008 à 22,6 % au début de 2012, la Grèce, le peuple grec, n'a pas fini de s'étonner de l'inertie de l'UE et de ses propres "dirigeants" qui s'agrippent à un radeau d'infortune trop exigu et menacé par d'insatiables méduses.
Cette agonie est contagieuse. D'une certaine façon, à moins d'un sursaut de simple bon sens, çà ne serait que justice. A moins que l'on ne soit en train d'inventer l'euthanasie collective ?

austérité, grèce
Messages de protestation contre les mesures d'austérité

sur la façade de la Banque de Grèce à Athènes.
14 février 2012. (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

"Si la crise a montré à quel point les structures de l’Union européenne sont inadaptées pour permettre une coopération efficace sur le plan économique, elle suggère d’autres dangers immédiats. Cet article (qui suit) sur le défaut de couverture sociale de 30% des Grecs pose le problème du déferlement de maladies sur le continent, dans un tel contexte les épidémies de toutes sortes vont ressurgir. Sans en être au point de l’Asie centrale où la peste est réapparue, la tuberculose est déjà là… Enfin le désastre humanitaire qui a commencé à s’étendre dans certains pays de la zone européenne nous laisse de plus en plus fragiles au moment même où l’on attaque nos propres protections sociales qui ont atténué jusqu’ici l’impact de la dite crise en France. Enfin quand l’on voit la pression des Ukrainiens guidés par une extrême-droite qui ne cache pas ses sympathies nazies, racistes, antisémites et l’enthousiasme manifesté par l’Allemagne à cet accueil pour y trouver de la main d’œuvre taillable et corvéable, l’inquiétude augmente sur l’avenir de ce continent arrimé de surcroît aux États-Unis qui en font leur nouvelle terre d’expansion."
Note de Danielle Bleitrach

L’organisation Médecins du monde s’est alarmée lundi de la situation des personnes sans couverture sociale en Grèce, qu’elle évalue à 27,7% de la population, soit plus de 3 millions de personnes, avec des conséquences particulières sur les enfants et les femmes enceintes.

"Nous sommes très inquiets du nombre des gens qui ont perdu leur sécurité sociale en Grèce" en raison de l’explosion du chômage et de la récession, ce qui a notamment "de graves conséquences pour la santé des enfants et des femmes enceintes", a indiqué Anna Maïli, présidente de la section grecque de Médecins du monde (MdM) lors d’une conférence de presse.

Selon des données des services de santé publique, "trois millions de personnes, sans prendre en compte les sans-papiers, n’ont pas accès à la santé publique", a relevé Mme Maïli.

La vaccination des enfants défaillante

Elle a souligné que "la vaccination des enfants (était) insuffisante ou parfois inexistante" pour les familles sans couverture sociale.

"Nous rencontrons tous les jours des enfants âgés de deux ou trois ans qui n’ont pas été vaccinés", et au cours des neuf derniers mois, MdM a examiné "10 633 enfants dont plus de la moitié (6580) ont dû être vaccinés", a-t-elle poursuivi.

Sans couverture sociale, le coût de vaccination d’un enfant jusqu’à l’âge de 6 ans s’établit entre 1400 et 1800 euros, selon MdM.

En raison des coupes dans le secteur public et les services sanitaires, "il n’y a aucune aide prévue pour les enfants des familles sans sécurité sociale, et les femmes sans protection sociale doivent payer pour les examens et l’accouchement", note Mme Maïli.

"Entre 2008 et 2011, le nombre d’embryons nés morts a augmenté de 21%, ce qui est le résultat de la récession et du taux de chômage", a-t-elle affirmé, en soulignant qu’outre "la crise humanitaire en Grèce, il y a maintenant une bombe sanitaire".

Soumise à une austérité stricte par ses créanciers, UE et FMI, en échange des prêts internationaux destinés à lui éviter la faillite, la Grèce est plongée dans la récession pour la sixième année consécutive, le chômage ayant explosé à plus de 27%, le taux le plus élevé dans la zone euro.

11/12/2013

La lutte contre le racisme n'est pas un jeu

“Personne n’est né avec la haine pour l’autre du fait de la couleur de sa peau, ou de son origine, ou de sa religion. Les gens ont appris à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, ils peuvent apprendre à aimer car l’amour jaillit plus naturellement du cœur humain que son opposé.”

Nelson Mandela

Les dérives et propos racistes se répètent désormais à l’envi au quotidien. Les attaques abjectes contre Christiane Taubira ne sont que le révélateur du racisme ordinaire subi par des millions de concitoyens ordinaires. Le champ des discriminations est aujourd'hui sans limite.

Racisme, xénophobie, droits économiques et sociaux

Sous quelque forme qu’il s’exprime, le racisme est un délit, il est intolérable. Alors que les politiques d'austérité creusent les inégalités, les théoriciens du choc des civilisations désignent des boucs émissaire et déplacent ainsi la question sociale sur le terrain identitaire favorisant le développement d’un racisme décomplexé et assumé comme en attestent les propos tenus sur les roms ou les musulmans. Largement banalisé par la mandature Sarkozy, il se nourrit des renoncements du gouvernement actuel et de la politique conduite par son ministre de l'intérieur.

La lutte contre le racisme n'est pas un jeu. Elle ne peut s’accommoder d'actions qui clivent et braquent les uns contre les autres, meilleur moyen de déclencher des tensions supplémentaires qui creuseraient encore un peu plus le lit de l’extrême droite.

Bien au contraire, elle a besoin d'actions rassembleuses permettant de gagner de nouvelles consciences. Elle s’inscrit dans une dénonciation sans relâche des causes du racisme et des phobies destructrices. Elle est un combat permanent pour combattre les inégalités et conquérir une égalité de droits pour toutes et tous. Un gouvernement digne de ce nom doit donner l’exemple en produisant des actes concrets pour l’égalité : le droit de vote des résidents étrangers, la mise en place d’un récépissé contre les contrôles au faciès, la régularisation des sans-papiers, la réalisation d’un travail de mémoire et d’histoire critique sur la colonisation et les migrations ....

On ne fera pas reculer la haine en lui opposant la haine et l’intolérance mais en construisant pas à pas une société de justice et d'égalité pour toutes et tous.

Communiqué commun LDH – Assemblée Citoyenne du Bassin Manosquin

06/12/2013

Après Nelson Mandela

Il n'y a plus rien à dire. Tout reste à faire. Toujours. Mais qu'il soit entendu que l'on ne saurait faire reculer la haine en lui opposant la haine, les vociférations et des cris d'intolérance.

nelson mandela Nelson Mandela est mort à l'âge de 95 ans
à son domicile de Johannesburg,
dans la soirée du jeudi 5 décembre 2013.
RIP

 

Communiqué LDH

De la prison de Robben Island à la présidence de l’Afrique du Sud, la vie de Nelson Mandela a été marquée par son combat pour la liberté, qu’il ne concevait pas sans l’égalité. Sous le régime de l’apartheid, qui combinait à la fois le racisme biologique le plus sophistiqué et l’exploitation économique la plus systématique, ces deux mots relevaient d’un challenge cruel et, à première vue, insurmontable.

Le courage, la détermination de Nelson Mandela et de ses camarades de lutte – défenseurs des droits, mineurs, populations des townships – en sont pourtant venus à bout, sans jamais perdre de vue qu’il faudrait, une fois la victoire venue, préserver l’unité de l’Afrique du Sud, construire la justice et non la vengeance ; enfin, là où régnait une hiérarchie des races, faire place à l’égalité et à la fraternité.

Avec la mise en place, après la fin de l’apartheid, de la commission « Vérité et réconciliation », Nelson Mandela a indiqué que tout avenir commun doit reposer sur la mémoire et non sur l’oubli des crimes commis.

La Ligue des droits de l’Homme s’incline devant la dépouille de celui qui fut un révolutionnaire, un immense défenseur des droits, l’incarnation de la marche d’un peuple vers sa dignité et sa liberté. Elle adresse ses condoléances à la famille de Nelson Mandela et à son peuple tout entier.

Elle invite les Françaises et les Français à participer aux cérémonies qui se tiendront en France, en hommage à celui qui fut, et reste, l’une des plus magnifiques incarnations de l’humanité.

Paris, le 6 décembre 2013

05/12/2013

Le racisme selon l'Article R625-7

Le racisme et la haine ne doivent pas faire débat. Juste passibles de condamnations pénales. A Roquebrune sur Argens comme ailleurs. On attend que les sanctions tombent.

Communiqué LDH
La Ligue des droits de l’Homme condamne vigoureusement les scandaleux propos tenus le 12 novembre 2013 à l’encontre des Roms, à Roquebrune-sur-Argens par son maire, Luc Jousse. Celui-ci y exprimait son regret que les secours intervenus dans un camp, à l’occasion d’un incendie, aient été appelés trop tôt.

Roquebrune sur argens, racisme
Fall of the Magical Hermogenes, 1565 by Bruegel


La Ligue des droits de l’Homme déplore que se poursuive cette libération de propos racistes et stigmatisants, en particulier émanant d’élus. Cette attitude, liée évidemment aux prochaines échéances électorales, ne fait que placer ceux qui tiennent ces propos dans une course aux extrêmes qui est insupportable.

La Ligue des droits de l’Homme a déposé une plainte auprès de la procureure de la République du tribunal de grande instance de Draguignan, pour provocation à la haine ou à la violence et à la discrimination raciale.

La Ligue des droits de l’Homme rappelle que la haine ne doit en aucun cas faire débat.

Paris, le 5 décembre 2013

29/11/2013

Convergence des marches

LA RÉPUBLIQUE N’A D’AVENIR
QU’ÉGALE, SOLIDAIRE ET FRATERNELLE


Appel commun à manifester le 30 novembre à MANOSQUE :
distribution de tracts sur le marché dès que possible, autant que possible...

Appel à la mobilisation de Pierre Tartakowsky, président de la Ligue des Droits de l’Homme :

Le 30 novembre, dans les villes, petites et grandes, nous allons manifester contre le racisme dont la ministre de la justice, Garde des sceaux, Christiane Taubira, a été la cible.

Le 30 novembre au soir, nous aurons lavé l’affront. Et nous serons d’autant plus forts pour poursuivre notre combat contre le racisme et ses trop nombreux compagnons de route, la xénophobie, les discriminations…

Racisme, xénophobie, droits économiques et sociaux

Pour ce faire, et cela dépend pour une part de chacune et chacun d’entre nous, ils nous faut contribuer au succès de cette journée de marches tenues dans la France entière. Car pour réussir, créer ensemble une dynamique forte, porter un coup d’arrêt aux droites extrêmes et aux désignations de boucs émissaires, il convient de se rassembler, le plus largement possible.

Car notre ambition va au-delà de la simple expression de notre dégoût. Nous voulons mettre un terme à toutes les dérives, rétablir une norme républicaine de débat et, à cette fin, faire montre d’une vigilance, d’une détermination que nous n’aurions jamais dû laisser s’affaiblir. Mieux encore : nous voulons redonner souffle et allant à l’utopie magnifique de la fraternité et à l’égalité, sa sœur jumelle.

Il n’est que temps. Une ministre de la République traitée de singe, la prise à partie lancinante des étrangers, un autre ministre qui décrète l’incapacité à s’intégrer de telle catégorie de population… Avec cette incroyable dégradation du débat public, dont les exemples hélas, foisonnent, des millions d’entre nous se retrouvent déniés dans leur citoyenneté, que ce soit en raison de leurs origines, de leur situation sociale, de leur culture et de leur religion.

Il n’est que temps. Car une partie des hommes et des femmes politiques de notre pays s’en contentent ou, pire, exploitent cette situation. De boucs émissaires extérieurs en ennemis de l’intérieur, les doigts se tendent pour désigner les coupables qui seraient à l’origine de nos maux, qui détruiraient notre pays et ruineraient notre avenir.

Ce projet de division et d’exclusion vise la République en son cœur. Il est destructeur non seulement pour celles et ceux qui le subissent mais pour la société toute entière. La haine générée grandit, nourrie par la bêtise et l'ignorance, infiltrant tous les rouages de la vie sociale par une explosion numérique nauséeuse, générant conflits et violences, rancœurs et esprit de revanche, assignations à résidence et replis communautaires.

C’est la démocratie elle-même, au plus profond de ses ressorts, celle que nous avons mis plus de deux siècles à construire, qui est atteinte. C’est la France républicaine en ce qu’elle représente à la face du monde d’espoir d’un monde solidaire qui est rabaissée.

Voilà pourquoi il nous faut être nombreux à le réaffirmer avec force : la République n’a d’avenir qu'égale, solidaire et fraternelle.

Contexte de crise aidant, ces valeurs sont agressées par une extrême droite qui se sent des ailes, méprisées par une partie de la droite, minées par les inégalités sociales et trop souvent abandonnés par ceux là même qui devraient les graver au plus profond de notre pacte citoyen.

La mobilisation qui s’opère autour du 30 novembre montre que ces défis sont identifiés: elle porte la volonté de leur opposer une fraternité de combat, une égalité effective, pétrie de dignité et de droits concrets. Elle permet de faire entendre une exigence, de faire montre d’une vigilance, d’une détermination que nous n’aurions jamais dû laisser s’affaiblir. Mieux encore, elle permet de redonner souffle à l’utopie magnifique de la fraternité et allant à l’égalité, sa sœur jumelle.

Elle inaugure de fait un agenda de rencontres qui peut s’avérer fructueux si chacun y travaille et – pourquoi pas ? – ensemble. La Ligue des droits de l’Homme entend ainsi commémorer solennellement la marche pour l’égalité d’il y a trente ans ce 3 décembre place de la République à Paris ; elle manifestera le 7 décembre pour rappeler que les mesures d’égalité réclamées il y a trente ans sont hélas des revendications toujours d’actualité ; et le 18 décembre elle défilera pour le respect des droits des migrants dans notre pays.

Cet agenda n’est-il pas mobilisateur et possiblement  rassembleur autour de l’égalité des droits ?

Il nous permet d’inscrire le refus de la haine au cœur des débat publics à venir, de rappeler à tous ceux qui seraient tentés par un dialogue avec les « bonnes questions» de l’extrême droite que les seules bonnes réponses qui vaillent sont, résolument, enracinées dans la justice sociale et son indispensable corollaire, l’égalité.

20/11/2013

Foot, une victoire à exploiter.

Que feront les joueurs de l'équipe de France de football lorsqu'ils arriveront au Brésil ?...

Football, brésil,droits de l'enfant
Fermeront-ils les yeux sur la réalité de la misère,
sur son exploitation ? S'en désolidariseront-ils ? Si seulement leurs jeux rémunérés pouvaient avoir cette vertu, il n’y aurait pas de plus belle victoire et il ne se trouverait personne pour s'indigner de la savoir politiquement récupérée.


Droits de l’enfant : plus que jamais à défendre (Communiqué LDH)

A l’occasion du 20 novembre, Journée internationale des droits de l’enfant, la LDH tient à réaffirmer son attachement aux droits proclamés par la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) et à leur effectivité.

Elle rappelle notamment que tout mineur en danger se trouvant sur le territoire français doit pouvoir bénéficier d’une réelle protection, quelle que soit son origine ou sa nationalité. C’est pourquoi elle dénonce tout particulièrement les difficultés rencontrées par bon nombre de mineurs étrangers dont la minorité est contestée, alors même qu’ils disposent de documents établis en conformité avec la législation de leur pays d’origine, et que les résultats de l’examen osseux ne peuvent en aucun cas être considérés comme fiables.

De telles décisions exposent les jeunes concernés à une grande vulnérabilité, les renvoient à la rue, leur ôtent toute perspective de formation ou mettent un coup d’arrêt à leur scolarité. La LDH rappelle d’ailleurs son opposition à toute expulsion de jeunes en parcours de formation et sa volonté de voir la loi changer sur ce point, afin que ces jeunes et leurs familles puissent être régularisés.

A l’instar des observations émises par le Comité des droits de l’enfant en 2009, elle s’inquiète également du nombre croissant d’enfants vivant en dessous du seuil de pauvreté. Du fait même de la crise économique et sociale, qui touche encore plus durement les plus démunis et accroît les inégalités d’accès aux droits fondamentaux, des millions d’enfants vivent aujourd’hui dans des conditions indignes et sont confrontés à un véritable processus d’exclusion sociale, voire de discrimination, pour fait de précarité sociale.

La LDH demande une impulsion politique forte en direction de la petite enfance, de l’enfance et de la jeunesse, et la mise en place d’une stratégie globale et nationale permettant de mettre la France en conformité avec les engagements qu’elle a pris en étant le deuxième pays à ratifier la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE).

Paris, le 20 novembre 2013

15/11/2013

Contre le racisme et l'extrême droite

Bien entendu l'heure est au rassemblement contre le racisme et l’extrême droite.
Cela dit et bien dit dans le communiqué qui suit, s'agissant des insultes faites à Christiane Taubira, il faut aussi de relever quelques réflexions de bons sens:

Christiane Taubira, Ministre en charge de la Justice fait partie d'un gouvernement qui n'agit surement pas dans le sens attendu par celles et ceux, Ligue des Droits de l'Homme inclue, qui se battent ou devraient se battre contre ce dont elle a été victime. Il y a même tout lieu de penser que l'actuel gouvernement  favorise l'expression raciste et extrême droitière en mettant en place ou en permettant (ce qui revient au même) qu'une longue série d'injustices économiques, fiscales et sociétales finissent par libérer des revendications corporatistes et communautaristes. De ce point de vue Christiane Taubira qui, il faut le répéter, n'a pas à être insultée comme elle l'a été, est devenue le faire valoir d'un gouvernement largement fautif en matière de recrudescence d'actes et de propos racistes. 

Par ailleurs, en s'affichant aux côtés de Manuel Valls, artisan consciencieux de cette dérive, en lui manifestant une sympathie extrêmement équivoque, Christiane Taubira devient ipso facto le faire valoir d'un ministre lui même mis à l'index pour avoir tenu des propos plus que contestables à propos des Roms, par exemple, exposant ces derniers à des manifestations de haine raciste non réprimées à ce jour.
La solidarité gouvernementale a des limites.
La réalité du racisme et de l'extrême droite n'en n'a malheureusement pas.

Racisme, Taubira, extreme droite

Communiqué LDH :
"
Pour l’égalité, rassembler contre le racisme et les "idées" d’extrême droite"

Après la une du journal Minute, après les incidents qui ont marqué la commémoration nationale du 11 novembre, on constate partout une forte envie d’agir et de se rassembler contre les manifestations de racisme et de l’extrême droite. Cela s’est vérifié à Angers où, avec la Ligue des droits de l’Homme, associations, organisations syndicales et politiques se sont rassemblées autour des valeurs de la République.

Cela se traduit par les plaintes déposées contre le journal Minute et par la saisine du procureur de la République par le Premier ministre. Dans le même temps, une série de manifestations et de rassemblements sont proposés pour peser avec force dans le débat public.

La LDH se félicite de ce sursaut salutaire et des diverses formes qu’il adopte ; au-delà des actions juridiques, elle entend construire une démarche pleinement citoyenne, englobant dans une même condamnation, les attaques racistes ainsi que les actes et propos qui en ont permis la maturation.

Car s’en tenir à la seule une de Minute serait permettre à trop de forces et de responsables de s’exonérer à bon compte de leurs responsabilités. Elle engage donc ses militantes et militants, ses sections et fédérations à assumer la vocation de force de rassemblement de la LDH ; partout, à inviter ou participer à des réunions pour permettre les expressions et manifestations les plus larges et les plus déterminées contre le racisme et les dérives d’extrême droite.

Elle entend, enfin, contribuer, à sa place, aux processus pouvant permettre une expression forte, unitaire et visible de ce sursaut citoyen ; à cet égard, elle estime que le 3 décembre, date anniversaire de l’arrivée à Paris de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, peut être l’occasion d’un grand rassemblement à Paris, place de la République ; elle rappelle, enfin, que le 7 décembre, date choisie par nombre de forces pour faire revivre l’esprit de la Marche, est d’ores et déjà placé sous le signe de l’égalité, de la défense de la démocratie et de la République

Paris, le 14 novembre 2013

13/11/2013

Hollande en Israël, pour quoi faire ?

"La France (lire son représentant attitré) devrait (normalement) agir pour les droits du peuple palestinien" titre un communiqué de la LDH.
Il y a fort à parier que cet émissaire n'en ai ni l'intention, ni l'ambition, ni les moyens. Et ce ne sont pas ses "amis" Valls ou Moscovici - pour ne citer qu'eux - qui, tapis dans l'ombre de ses bévues répétitives, qui le convaincront "d'agir" dans le sens espéré par la LDH.
Pourra-t-on jamais rêver qu'il s'inspire, par exemple, de Maite Nkoana-Mashabane, ministre des affaires étrangères sud-africaine ?

Ce serait bien improbable.

Communiqué LDH

Le 17 novembre 2013, François Hollande se rendra en Israël et en Palestine pour une visite d’État. La Ligue des droits de l’Homme est extrêmement attentive à ce que le Président de la République, qui portera la parole de la France, puisse ainsi prendre la mesure du blocage total de la situation du fait de la seule volonté d’Israël et le dénoncer.

  • Non seulement il n’a pas été mis fin à l’implantation de colonies sur le territoire palestinien, mais Benjamin Netanyahou a décidé quelques milliers de logements supplémentaires tout en satisfaisant l’aile la plus intransigeante de sa majorité, les ultra religieux et nationalistes du parti Shass.

  • Le blocus de Gaza ne connaît aucun répit, entraînant des pénuries extrêmes de produits de première nécessité et provoquant un intense trafic irrégulier de marchandises au seul profit des mafias diverses qui fondent leur richesse sur les malheurs d’une population écrasée dans ce qui est une prison à ciel ouvert.

  • La rigoureuse occupation militaire de la Cisjordanie découpe un pays en zones sous contrôle et détruit la continuité territoriale d’un ensemble qui constitue pourtant la base internationalement reconnue de constitution de l’État de Palestine, dont le statut d’observateur au sein de l’ONU et de membre de l’UNESCO sont niés par Israël.

  • Au mépris du droit international, Israël revendique son refus d’appliquer les successives résolutions des Nations unies qui rappellent l’illégalité de la poursuite de l’occupation et partant, de l’agression permanente des droits du peuple palestinien.

  • Le mur, symbole extrême de la politique de force du gouvernement israélien, provoque asphyxie économique, brutalité policière, comportements méprisants et racistes des occupants contre les occupés.
  • Au jour le jour, les droits des prisonniers, des contrôlés, des expulsés, des Bédouins du Néguev, de tous ces gêneurs qui entravent le développement tel qu’il est conçu par le gouvernement israélien sont bafoués par des forces militaires et policières d’occupation qui pratiquent un cantonnement sécuritaire à la mesure d’un ordre colonial parfaitement assumé et annoncé et dont le symbole est le défaut d’information réelle sur l’origine des produits issus de façon illégale des colonies dont le droit international condamne l’existence.
hollande en israël, bédouins du néguev

Voilà ce que le président de la République pourrait dénoncer en présentant à ses interlocuteurs israéliens l’impérieuse et urgente nécessité de faire vivre l’État de Palestine à côté de celui d’Israël, dans des frontières sûres et garanties par le droit international telles qu’elles ont été fixées en 1967, avec Jérusalem Est comme capitale. Voilà ce que François Hollande pourrait ainsi présenter à l’Autorité palestinienne comme étant l’engagement de la France.

La LDH, quant à elle, continuera sans relâche à agir pour ces objectifs. Elle rappelle et apporte son soutien à tous les démocrates et les militants qui luttent en Israël et en Palestine pour une paix juste et durable entre les deux peuples, pour qu’il n’y ait plus d’agresseurs et d’agressés, d’occupants et d’occupés, juste les citoyennes et les citoyens de deux États, amenés à travailler ensemble pour l’intérêt général, pour l’avenir de la région, et plus largement pour la paix du monde.

Paris, le 12 novembre

12/11/2013

La Marche pour l'égalité et contre le racisme

Trente ans après, que reste-il de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de l’automne 1983 ? Initiée par des jeunes du quartier des Minguettes à Vénissieux et des militants antiracistes de la Cimade à la suite des rébellions urbaines de la banlieue lyonnaise, cette mobilisation sans précédent symbolise l’apparition dans l’espace public des enfants d’immigrés post-coloniaux.

la marche pour l'égalité
Affiche

La Marche représente une sorte de «Mai 68 » des jeunes immigrés qui prennent la parole contre les crimes racistes, pour l’égalité devant la justice et la police, le droit au travail, le droit au logement, l’accès à la culture, etc. S’appuyant sur une étude empirique, La Marche pour l’égalité et contre le racisme se donne pour objectif d’éclairer certaines zones d’ombre d’un événement mythique mais méconnu.
Il s’agit aussi pour l'auteur, Abdellali Hajjat, d’une porte d’entrée idéale pour éclairer les relations sociales entre groupe national majoritaire et groupes minoritaires, au travers d’enjeux cruciaux pour la société tout entière : légitimité de la présence des immigrés sur le territoire, reconnaissance des déviances policières violentes, recrudescence des crimes racistes, passage de la rébellion violente à l’action collective non-violente, politisation des jeunes de cité, question post-coloniale, construction du «problème musulman», etc.

L’histoire de la Marche constitue un puissant révélateur de ces enjeux politiques toujours d’actualité.

"La Marche pour l'égalité et contre le racisme"
d'Abdellali Hajjat
ISBN 9782354801333
14 euros, 264 pages
en librairie depuis le 22 octobre 2013



Abdellali Hajjat a été interviewé par Mediapart.

Il est sociologue, maître de conférences en science politique à l’Université Paris-Ouest Nanterre et membre de l’Institut des sciences sociales du politique. Il a publié Islamophobie (avec Marwan Mohammed, La Découverte, 2013), Les Frontières de l’« identité nationale » (La Découverte, 2012), et co-dirigé Histoire politique des immigrations (post)coloniales (avec Ahmed Boubeker, éditions Amsterdam, 2008) et Engagements, rébellions et genre dans les quartiers populaires en Europe (1968-2005) (avec Sophie Béroud, Boris Gobille et Michelle Zancarini Fournel, EAC, 2011).

11/11/2013

La couardise en guise de royale bravitude

Çà leur a coûté la vie, ça ne lui a rien coûté.

Fusillés pour l'exemple

Qui pourra feindre de s’en étonner ? François Hollande a courageusement décidé de ne pas rendre justice à ceux qui, d’une façon ou d’une autre, avaient refusé de mourir pour rien. On connaissait sa bravoure, on appréciera sa sagesse à  travers cet acte hautement symbolique qui consiste à trouver une petite place dans un des cagibis de la République pour ces hommes qui ont tous eu le courage d’avoir peur et qui, eux, l’ont assumé ! ! !

Communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme