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01/11/2013

La Hongrie d'Orban

Hongrie : Les sans-abri sont désormais considérés comme des criminels

Par Danielle Bleitrach via Citizenpost le 1er novembre 2013

Un spectre hante l’Europe, celui des boucs émissaires, celui de la peur entretenue de glisser dans la catégorie stigmatisée parce que le chômage, la misère sont là et qu’il est tellement plus facile de s’acharner sur plus misérable que soi…

Stupeur pour les organisations de défense des Droits de l’Homme. Les parlementaires du gouvernement hongrois de Victor Orban ont voté lundi une loi permettant la criminalisation des sans-abri.

Hongrie, SDF, Orban

La loi qui autorise les municipalités à poursuivre les sans-abri qui vivent sur l’espace public ou fouillent les poubelles a été acceptée par 245 voix pour et 45 contre ce lundi 30 septembre. Le gouvernement a prétexté un maintien de l’ordre public, de la sécurité, de la santé et des valeurs culturelles en faisant adopter cette loi.

« Ils veulent cacher les SDF, en pensant que cela va améliorer l’image de la ville. C’est très problématique, parce que cela va à l’encontre de droits humains tels que la liberté de mouvement » a dénoncé Rita Bence, responsable de TASZ, l’Union hongroise pour les libertés civiles.Pour l’ONG Human Rights Watch, cette décision est insupportable. Les sans-abri qui sont déjà souvent victimes de leur situation pourront être condamnés à des travaux d’intérêt général, voir même à de la prison s’ils récidivent. Il y a quelques mois déjà, la municipalité de Budapest avait fait voter un décret permettant d’emprisonner les SDF qui ne paieraient pas leur amende de 180 € pour avoir occupé l’espace public.Pourtant, la cour constitutionnelle hongroise avait rejeté une loi similaire en 2012, estimant qu’elle serait une violation de la dignité humaine.

« Plutôt que de respecter la décision de la cour, le gouvernement, grâce à sa majorité absolue au Parlement, a répondu en faisant inclure au mois de mars une disposition dans la Constitution permettant la criminalisation des sans-abri » dénonce Human Rights Watch.Pour les 30 000 sans-abri hongrois, l’arrestation est maintenant un risque de tous les jours.

 

31/10/2013

Vivre, étudier, s'exprimer en sécurité

Une affaire d’État par Pierre Tartakowsky, Président de la Ligue des droits de l’Homme

Pourquoi la France s’est-elle, en quelques jours, enflammée et divisée autour du cas d'une jeune Kosovare, Léonarda, plutôt qu'autour de celui d'un jeune lycéen d'origine arménienne, Khatchick ?
Peut-être en écho aux insupportables sorties de Manuel Valls.
Peut-être y a-t-elle vu l’occasion d’exprimer une mauvaise conscience collective. Beaucoup de "peut-être"
Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’affaire Léonarda a tourné à l’affaire d’État. Lequel en sort en piteux état. Et cette situation ne risque guère de changer tant est absurde une politique de l’immigration marquée par les expulsions. Si le gouvernement pense avoir jugulé l’opposition à celles-ci, singulièrement de la part des lycéens et des étudiants, l’espoir est vain.

léonarda, mobilisation novembre

Comme souvent dans ces cas-là, c’est le rapport à l’école qui fait « tilt ». La jeune Kosovare, installée en France de longue date est scolarisée ; et c’est dans un cadre scolaire qu’elle est interpellée et ramenée à ses parents à destination du Kosovo.
En France, on éprouve encore un grand respect pour l’école de la République, vécue comme un sanctuaire légitimé par le droit fondamental à l’éducation ; l’interpellation met en lumière le caractère fragile – et quelque peu artificiel de cette sanctuarisation. L’opinion de proximité, parents, enseignants, s’émeut.

Ainsi commence l’incendie : autour d’une figure jeune et féminine de l’étranger en voie d’être intégré. Ce qui déclenche presque immédiatement un contre-feu autour de la figure du père, présenté comme l’archétype de l’indésirable : brutal, alcoolique, parasite. Déjà s’esquisse un schéma de préférence ; elle, oui, mais alors pas les autres, surtout s’ils ressemblent à son père.

Reste que l’émotion continue de grandir ; les médias ne lâchent pas l’affaire, qui devient d’État au moment où le Premier ministre s’en mêle. Il en appelle à une commission d’enquête pour que celle-ci examine si la loi a été correctement appliquée. A-t-il en tête de trouver une faille administrative qui servirait d’alibi à une mesure humanitaire, un geste d’exception ? Est-ce une simple façon de gagner du temps ? C’est en tout cas déjà un aveu de malaise ; il n’est pas si fréquent qu’un chef de gouvernement se saisisse d’un cas isolé…

Mais la loi a évidemment été bien appliquée ; on peut bien appliquer une loi même si, comme c’est le cas, elle est mauvaise. Le gouvernement de gauche, dès qu’arrivé au pouvoir aurait dû désavouer cet héritage du Sarkozysme et le combattre. Après en avoir accepté la gérance, le voilà pris au piège de la formule « autorité » et « humanité ». Première victime collatérale : le Premier ministre. Les remous se poursuivant, un conseiller – sans doute en communication – suggère de mobiliser Valérie Trieweiller, voix off du président, laquelle lâche que l’école ne doit pas exclure, principe noble et qui ne passe pas inaperçu, mais ne règle pas le fond du débat : faut-il ou non faire revenir la famille de Léonarda ?

Question piège à laquelle le président de la République va finalement choisir de répondre, ce qui, là encore, signale un état d’exception. On pourrait sans doute écrire des tomes de commentaires juridiques sur le contenu de la réponse présidentielle. Souligner qu’elle oppose le droit à l’éducation à celui de vivre en famille, se demander s’il est bien raisonnable que ce soit le président de la République, en personne, qui plie ainsi les lois et règlements au gré de ses intuitions et sans s’interroger sur le fond, s’il est digne qu’un chef d’État interfère avec la vie d’une famille…

Mais si l’on veut s’en tenir à l’essentiel, on peut se dire qu’une loi qui, en aussi peu de temps, divise le pays, le gouvernement, la majorité présidentielle, le parti majoritaire de l’exécutif, fait descendre la jeunesse scolarisée dans la rue est une véritable loi de désordre public. Et que le bon sens voudrait qu’elle soit changée, de la même façon qu’il exige le retour dans son école de Léonarda avec sa famille autour d’elle.

Loin d’en souffrir de quelque façon que ce soit la France en sortirait grandie. Ce qui, pour l’heure, n’est pas le cas de son gouvernement.

Pierre Tartakowsky
Président de la Ligue des droits de l’Homme

28/10/2013

Le génocide des tziganes européens, 1939-45

Montreuil Bellay un camp Tzigane oublié...

Pendant la Seconde Guerre mondiale, cette commune située à une soixantaine de kilomètres de Cholet a accueilli un des plus grands camps de concentration pour Tsiganes de France.

Suit un article tiré du blog de Marc Harpon à l'attention de celles et ceux qui pensent être en danger du fait des populations tziganes ou qui auraient oublié leur histoire...

 

LE GÉNOCIDE DES TSIGANES EUROPÉENS, 1939-1945

Persécutés pour des raisons raciales par le régime nazi et ses alliés dans toute l’Europe, les nazis considéraient les Tsiganes comme « racialement inférieurs », et le destin de ceux-ci fut, en de nombreux points, parallèle à celui des Juifs. Les Tsiganes subirent l’internement, le travail forcé et beaucoup furent assassinés. Ils étaient aussi soumis à la déportation dans les camps d’extermination. Les Einsatzgruppen (unités mobiles d’extermination) assassinèrent des dizaines de milliers de Tsiganes dans les territoires de l’est occupés par les Allemands. En outre, des milliers d’entre eux furent tués dans les camps d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, de Chelmno, de Belzec, de Sobibor et de Treblinka. Les nazis incarcérèrent aussi des milliers de Tsiganes dans les camps de concentration de Bergen-Belsen, de Sachsenhausen, de Buchenwald, de Dachau, de Mauthausen et de Ravensbrück.

 

Montreuil Bellay, génocide des tziganes

Le 21 septembre 1939, Reinhard Heydrich, chef de l’Office central de Sécurité du Reich, rencontrait les fonctionnaires de la Police de Sûreté (Sipo) et du Service de la sûreté (SD) à Berlin. Ils décidèrent d’expulser 30 000 Tsiganes allemands et autrichiens dans des régions à l’est du grand Reich, dans le Gouvernement Général de Pologne. Ce plan fut abandonné devant l’opposition de Hans Frank, le gouverneur général de Pologne occupée. Priorité fut accordée aux déportations des Juifs d’Allemagne.

Il y eut néanmoins des déportations de Tsiganes du Reich. Environ 2 500 d’entre eux furent déportés en Pologne en avril et en mai 1940. Ils furent exterminés, mourant de faim ou épuisés par le travail. Les malades étaient abattus. 5 000 autres Tsiganes furent expulsés à Lodz, où ils se virent maintenus dans un secteur séparé du ghetto. Ceux qui survécurent aux terribles conditions de vie dans le ghetto allaient plus tard être déportés du ghetto dans le camp d’extermination de Chelmno, où ils furent tués dans des camions à gaz.  

Dans la perspective de leur éventuelle déportation hors d’Allemagne, tous les Tsiganes furent enfermés dans des camps spéciaux (Zigeunerlager). Avec la suspension des déportations de Tsiganes en 1940, ces camps devinrent des lieux de détention à long terme pour les Tsiganes. Les camps de Marzahn à Berlin et ceux de Lackenbach et de Salzbourg en Autriche furent parmi les plus terribles. Des centaines des Tsiganes y périrent à cause des dures conditions de vie qui y régnaient. Les voisins allemands du camp se plaignirent à plusieurs reprises des camps et exigèrent la déportation des Tsiganes internés pour « sauvegarder la morale publique et la sécurité ». La police locale prétexta de ces plaintes pour demander officiellement au chef de la SS, Heinrich Himmler, la reprise des déportations de Tsiganes vers l’est.  

En décembre 1942, Himmler signa un ordre de déportation pour tous les Tsiganes d’Allemagne. Les quelques exceptions qu’Himmler accorda, furent souvent ignorées au niveau local. Même des soldats servant dans l’armée allemande (la Wehrmacht), qui étaient rentrés en permission furent arrêtés et expulsés parce qu’ils étaient Tsiganes. Les Tsiganes d’Allemagne furent déportés à Auschwitz, où un camp avait été conçu spécialement pour eux : « le camp des familles gitanes ». Des familles entières y étaient incarcérées ensemble. Les jumeaux et les nains, furent cependant séparés des autres et soumis aux expériences médicales pseudo-scientifiques menées par le capitaine SS, le docteur Josef Mengele. Des médecins nazis utilisèrent également des prisonniers tsiganes dans des expériences médicales dans les camps de Ravensbrück, du Natzweiller-Struthof et de Sachsenhausen.

« Le camp des familles tsiganes » d’Auschwitz fut le théâtre d’épidémies – le typhus, la variole et la dysenterie – qui en réduisirent considérablement la population. En mai 1944, les Allemands décidèrent de liquider le camp. Alors que les SS l’entouraient, ils trouvèrent face à eux des Tsiganes armés de barres de fer et prêts à se battre. Les Allemands reculèrent et reportèrent la liquidation. Plus tard ce même mois, les SS transférèrent hors du camp des familles environ 1 500 des Tsiganes qui étaient encore capables de travailler. Presque 1 500 détenus supplémentaires furent transférés en août. Les Tsiganes restant, près de 3 000, furent exterminés. Au moins 19 000 sur les 23 000 Tsiganes déportés à Auschwitz y périrent.

Dans les zones de l’Europe occupées par les Allemands, le destin des Tsiganes varia d’un pays à l’autre, selon les circonstances locales. Les Nazis internaient généralement les Tsiganes et les déportaient ensuite en Allemagne ou en Pologne pour les soumettre au travail forcé ou pour les assassiner. Beaucoup de Tsiganes de Pologne, des Pays-Bas, de Hongrie, d’Italie, de Yougoslavie et d’Albanie furent abattus ou déportés dans les camps d’extermination et exterminés. Dans les pays baltes et les zones de l’Union soviétique occupées par les Allemands, les Einsatzgruppen (unités mobiles d’extermination) massacraient les Tsiganes en même temps qu’ils exterminaient les Juifs et les responsables communistes. Des milliers de Tsiganes, hommes, femmes et enfants furent tués au cours de ces opérations. Beaucoup de Tsiganes furent assassinés avec les Juifs à Babi Yar, près de Kiev, par exemple.

En France, les autorités avaient pris des mesures restrictives à l’encontre des Tsiganes avant même l’occupation allemande du pays. Le gouvernement de Vichy organisa leur internement dans des camps familiaux. Les Tsiganes français ne furent cependant pas déportés sauf ceux des départements du Nord et du Pas-de-Calais rattachés au Gouvernement militaire de Bruxelles.

Les Roumains n’adoptèrent pas de politique systématique d’extermination des Tsiganes. Cependant, en 1941 et 1942 de 20 000 à 26 000 Tsiganes de la région de Bucarest furent expulsés en Transnistrie, en Ukraine sous occupation roumaine, où des milliers devaient mourir de maladie, de famine et de mauvais traitements. En Serbie, en automne 1941, des pelotons d’exécutions de l’armée allemande (la Wehrmacht) exécutèrent presque toute la population des hommes tsiganes adultes ainsi que la plupart des hommes juifs adultes, pour se venger de l’assassinat de soldats allemands par des résistants serbes. En Croatie, les Oustachis (fascistes croates alliés de l’Allemagne) tuèrent près de 50 000 Tsiganes. Beaucoup de Tsiganes furent internés et exterminés dans le camp de concentration de Jasenovac.

On ne connaît pas exactement le nombre de Tsiganes tués au cours de la Shoah. Bien que des chiffres exacts ou des pourcentages ne puissent pas être vérifiés, les historiens estiment que les Allemands et leurs alliés auraient exterminé de 25 à 50% de tous les Tsiganes européens. Sur environ un million de Tsiganes vivant en Europe avant la guerre, au moins 220 000 auraient ainsi été tués.

Après la guerre, la discrimination contre les Tsiganes ne cessa pas, la République fédérale d’Allemagne décida que toutes les mesures prises contre les Tsiganes avant 1943 étaient une politique légitime de l’Etat et ne nécessitaient pas de réparations. L’incarcération, la stérilisation et même la déportation étaient considérées comme une politique légitime. Qui plus est, la police criminelle bavaroise reprit les fichiers de recherche de Robert Ritter, y compris son registre des Tsiganes en Allemagne. Ritter, l’expert racial des Nazis pour les questions tsiganes, avait conservé sa notoriété et était retourné à son ancien travail de psychologue pour enfants. Les efforts pour amener le docteur Ritter devant la justice pour sa complicité dans le meurtre des Tsiganes cessèrent avec son suicide en 1950.

Le chancelier allemand Helmut Kohl reconnut formellement la réalité du génocide des Tsiganes en 1982. Mais à cette date, la plupart des victimes susceptibles de toucher des réparations conformément à la loi allemande étaient déjà mortes.

 

27/10/2013

Ange blond et médias bruns

Sans l'épisode "Léonarda", Maria Roussev aurait-elle pu être un faire valoir pour des médias éprouvant de besoin de se justifier de la chasse aux populations Roms à laquelle ils participent très largement et très sournoisement sous le regard bienveillant du ministère de l'intérieur ?
Sans même s'en apercevoir - à quoi servent les directeurs et secrétaires de rédaction ? -, préoccupés par l'effet qu'ils pourront bien faire au prochain rendez-vous du "cercle", se souciant comme d'une guigne des parents biologiques et adoptifs de Maria et de tous les enfants pris en otage ou à témoin pour une cause d’outre-tombe, ces "journalistes" préoccupés par la société du "tout-se-vaut-tout-est-permis", en ont oublié de dire qui était Irma Greseange blond d'Auschwitz, et qu'elle n'a sûrement pas été qu'un "détail" de l'histoire ! 

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On peut difficilement imaginer le traumatisme de Maria, lorsque devenant adulte, elle apprendra à qui, pourquoi et dans quel contexte elle a hérité du surnom donné à une criminelle nazie.
Comment réagira-t-elle aux coups de boutoir indignes et aux torrents d'immondices déversés sur ses parents.

C'est avec ce viatique qu'elle risque d'être confiée à l'assistance sociale en Bulgarie, un de ces mouroirs pour enfants que l'on cache comme on aimerait cacher les campements de fortune mis à sac à coups de pelleteuses impudiques ou d'incendies volontairement propagés par des riverains par avance exonérés de toute justice et de toute humanité.
C'est avec ce viatique qu'elle sera sommée de s'intégrer !

Lui aura-t-on seulement demandé son avis ?

 

24/10/2013

Copé, la main sur le berceau

C’est au moment où le chef de l’État fait la quasi quotidienne démonstration de sa couardise et de son irrésolution se sentant sans doute protégé par les coups de menton de son ministre de l’intérieur, l’entêtement servile de son premier ministre et l’obstination de ses ministres de l’économie et du travail, que le thème de l’immigration exclusive est pris d’assaut par l’extrême droite et par son bras armé que l’UMP est devenue. Les surenchères sont lancées et on ne peut craindre que le pire.

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Les idées neuves de l'UMP et du FN !


Après l’enrôlement sauvage des petits pains au chocolat, Jean-François Copé lance une OPA sur les berceaux. La Ligue des droits de l’Homme s’oppose avec force à ce retour particulièrement détestable du débat sur l’identité nationale. Lancé par Nicolas Sarkozy pour ne pas laisser au Front national le « monopole » de la nation, rejeté par une opinion publique inquiète de voir ouvrir une boîte de Pandore, ce dont l’extrême droite avait immédiatement fait son miel, le débat ressurgit sous la forme d’une nouvelle provocation qui bénéficie de l’approbation des hiérarques de l’UMP, dont Francois Fillon, décidément de moins en moins « sectaire ».

Cette sortie a le mérite de clarifier les enjeux : alors que la France se démène dans des difficultés d’ampleur, dans les domaines de l’emploi, de la santé, du logement, alors que l’actualité fait la démonstration de l’inhumanité des lois sarkozystes sur les étrangers et de la stupidité qu’il y a, pour un gouvernement de gauche, à vouloir « bien appliquer » ces mauvaises lois, le premier parti de l’opposition affiche sa priorité : « purifier » le processus de naturalisation, en le débarrassant des enfants nés sur le sol français de parents étrangers en situation illégale. Pour la plus grande joie du Front national, auquel il l’a emprunté.

En inscrivant d’emblée une génération d’enfants dans une situation précaire, en signifiant qu’elles et ils sont aussi indésirables que leurs parents, les propos de Jean-François Copé fabriqueront de futurs apatrides dès le berceau. La LDH rappelle qu’il s’agit d’un extraordinaire mépris de la situation juridique actuelle, et d’une ignorance des conventions internationales ratifiées par la France. Enfin, on ne peut que s’interroger sur l’opportunité de propos qui sont très éloignés des besoins exprimés par les Françaises et les Français, pour peu qu’elles et ils soient interrogés de façon comparative.

L’objectif revendiqué de la « lutte contre le communautarisme » est destiné à engager un processus dont nul ne peut dire à la porte de qui il s’arrêtera. Il vise surtout, encore et toujours, à s’approprier les thématiques de l’extrême droite pour tenter d’en capter l’électorat. Une stratégie dont le Front national n’a eu jusqu’à présent qu’à se féliciter, puisqu’elle n’aboutit qu’à renforcer et ses thèmes, et son enracinement.

La LDH attend de l’opposition parlementaire qu’elle s’honore en désavouant les propos du secrétaire général de l’UMP, tant ils sont éloignés et des valeurs de la République, et des urgences auxquelles se confrontent la plupart de celles et ceux qui vivent et travaillent dans notre pays.

LDH - Paris, le 24 octobre 2013

22/10/2013

Discriminations - suite...

Les étrangers et les étrangères exclus des concours de l’enseignement privé.
Des associations et des syndicats contestent devant le Conseil d’État une discrimination inacceptable
Quelques jours avant la rentrée, le gouvernement a adopté, contre l’avis de plusieurs syndicats d’enseignants, un texte qui exclut à l’avenir de l’accès aux concours de l’enseignement privé les étrangers et les étrangères ressortissantes de pays situés hors de l’Union européenne.

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www.ecoles-conde.com

Jusqu’à présent, seules des conditions de diplôme – les mêmes que pour les concours de l’enseignement public – étaient exigées pour se présenter à ces concours. Avec le décret du 23 août 2013, les étrangers et les étrangères ne pourront plus prétendre au statut et à la stabilité offerts par la réussite aux concours : ils ne pourront plus enseigner que comme « maîtres délégués », c’est-à-dire dans la précarité et avec un salaire au rabais.

Cette réforme aura un impact très lourd et immédiat sur des personnes qui ont obtenu leurs diplômes en France ou sont encore en cours d’études et qui se trouvent subitement privées de cette voie d’accès à l’enseignement.

Elle représente par ailleurs une véritable régression : alors qu’on aurait attendu de ce gouvernement qu’il s’attache à restreindre la liste des emplois dits « fermés » aux personnes de nationalité étrangère, il a fait le choix, subrepticement et sous des prétextes fallacieux, d’inscrire dans les textes une nouvelle discrimination, allant ainsi à rebours de l’évolution observée depuis plus de deux décennies.

Désastreuse pour les personnes concernées, politiquement inacceptable, la mesure est de plus contraire aux principes du droit français et européen. Toute discrimination fondée sur la nationalité doit en effet être justifiée par des motifs légitimes. Or tel n’est pas le cas ici : le but est seulement de cantonner les étrangers et les étrangères dans une catégorie d’emplois inférieure à celle de leurs collègues qui auront pu se présenter aux concours.

Pour justifier cette mesure, on a prétendu que le système antérieurement en vigueur était contraire aux règles qui régissent les concours de la fonction publique ; mais les maîtres de l’enseignement privé, justement, ne sont pas des fonctionnaires ! Si l’objectif était de rapprocher les statuts des enseignants du privé et du public, cela ne devait pas se faire au prix d’une nouvelle discrimination. Une autre voie était possible pour un gouvernement soucieux d’égalité : ouvrir les concours de l’enseignement primaire et secondaire public aux étrangers comme le sont déjà les concours de l’enseignement supérieur, au lieu de maintenir des milliers de personnels étrangers qui remplissent les mêmes fonctions que leurs collègues français ou citoyens de l’Union européenne dans des emplois précaires et sous-payés.

Les organisations soussignées ont donc déposé devant le Conseil d’État un recours en annulation accompagné d’un référé-suspension contre le décret du 23 août 2013. Elles font valoir que la mesure porte atteinte au principe constitutionnel d’égalité et aux engagements internationaux de la France qui prohibent les discriminations fondées sur la nationalité dès lors qu’elles sont dépourvues de justification objective et raisonnable.

Communiqué LDH
Le 22 octobre 2013

Organisations signataires :
 Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s),
 LDH (Ligue des droits de l’Homme),
 SNEIP-CGT (Syndicat national de l’enseignement initial privé)
 FERC-CGT (Fédération de l’éducation, de la recherche et de la culture)
 SUNDEP-Solidaires (Syndicat unitaire national démocratique des personnels de l’enseignement et de la formation privés) avec le soutien de l’Union syndicale Solidaires

Georges Ibrahim Abdallah

Condamné en 1984 pour détention de faux papiers, Georges Ibrahim Abdallah a été renvoyé devant les tribunaux spéciaux en 1987 pour complicité dans les attentats des Farl, et condamné à la prison à perpétuité. La LDH appelle au rassemblement à Lannemezan, le samedi 26 octobre 2013, où il est incarcéré.

georges ibrahim abdallah,lannemezan

Derrière les barreaux depuis plus de trente ans, bien que libérable depuis 1999, il continue d’être soumis à un régime d’exception.
En 2003 la cour d’appel de Pau avait déjà ordonné une libération conditionnelle, infirmée sur appel du Parquet le 16 janvier 2004.
En janvier 2013, après huit demandes de libération successives, la chambre de l’application des peines donnait à nouveau un avis favorable sous réserve d’expulsion du territoire, que le ministre de l’Intérieur n’a jamais signé.
Le maintien en détention de Georges Ibrahim Abdallah peut être considéré comme un acte arbitraire. Il doit être libéré.

Georges Ibrahim Abdallah, l’embarras de Valls
par Chloé Delaume et Daniel Schneidermann, Libération, le 23 janvier 2013

Depuis dix jours, sur le bureau de Manuel Valls, un document attend une signature. C’est l’arrêté d’expulsion de Georges Ibrahim Abdallah, condamné en 1987 à la prison à vie. Il est incarcéré depuis vingt-neuf ans, ce qui en fait l’un des plus anciens prisonniers politiques du monde. Mais cette expulsion-là, pour une fois, Manuel Valls hésite à en donner l’ordre. Car ce n’est pas une expulsion comme les autres.

Qui se souvient aujourd’hui de Georges Ibrahim Abdallah ? Ce nom semble appartenir à la préhistoire. Bien avant le 11 Septembre, le jihad et Ben Laden, Georges Ibrahim Abdallah, libanais, communiste, fondateur des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL) fut, pour la plupart des médias et le gouvernement français, l’ennemi public numéro un. Des mois durant, son visage de barbu farouche incarna la peur. En 1987, il est jugé pour complicité, dans l’assassinat d’un diplomate américain, et d’un diplomate israélien. Le gouvernement de l’époque (Chirac-Pasqua-Pandraud) a bien tenté de lui coller sur le dos les attentats aveugles de Paris, mais l’enquête policière a démenti ces accusations.

Son procès de 1987 est un psychodrame national, comme la France les adore. L’Etat souhaite évidemment le condamner à la prison à vie. Mais l’Etat tremble aussi des représailles dont on imagine que les FARL sont capables. Et puis, des otages français sont détenus au Liban. Aussi, l’avocat général de la cour d’assises, ancien procureur de la Cour de sûreté de l’Etat, implore la cour, « la mort dans l’âme » de ne pas condamner Abdallah à une peine supérieure à dix ans. Peine perdue : la cour inflige la perpétuité à Abdallah.

On n’ose penser que si Manuel Valls tarde à signer, c’est pour ne pas déplaire au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Ce dernier vient de révéler pourquoi il s’oppose à la libération d’Abdallah : parce qu’il ne s’est pas repenti. C’est aussi la position du gouvernement américain, qui vient de la rappeler. En sens inverse, le gouvernement libanais milite pour la libération d’Abdallah. Mais que pèse le gouvernement libanais ?

Si le Crif est ainsi sorti du bois, c’est parce que les choses s’accélèrent. Après avoir rejeté huit demandes de mise en liberté d’Abdallah (toujours le même scénario : un psychiatre lui demande s’il se repent de ses actes ; il répond que non ; la demande est rejetée), la justice vient d’accepter la neuvième, le 10 janvier.

A une condition : que le détenu, aujourd’hui âgé de 61 ans, soit immédiatement expulsé vers son pays, le Liban. Ainsi la justice refile-t-elle élégamment à l’Etat ce dossier plombé par la raison d’Etat, qu’elle a si longtemps, trop longtemps, accepté de porter seule. Et le jeu de cache-cache juridico-politique continue : Manuel Valls ne doit pas décider de libérer Abdallah, la justice vient de le faire, en toute indépendance. Il doit simplement permettre, en l’expulsant vers le Liban, l’exécution de cette décision. C’est, à la lettre, une décision purement technique.

Le gouvernement ne libère pas, il expulse. Ce n’est pas une prise de position pour le terrorisme, ni même pour la Palestine, ou contre Israël. Son « attachement indéfectible à Israël », proclamé par Manuel Valls, ne devrait donc logiquement pas entrer en ligne de compte dans cette décision.

Pourquoi intervenons-nous ensemble sur le devenir de Georges Ibrahim Abdallah, alias le numéro d’écrou 2388/A221 de la prison de Lannemezan ? Parce que nous écrivons depuis un an un roman d’autofiction [2], qui porte sur le plomb des héritages, les tentatives de modifier le déterminisme, les échecs et les pistes, le fatum des légendes familiales. Or il se trouve que Georges Ibrahim Abdallah est l’oncle paternel de Chloé. Nous avons donc demandé à rencontrer Georges Abdallah, dans sa prison de Lannemezan. Mais notre projet doit être jugé fort dangereux : notre demande a été rejetée. Bien embêté, sans doute, le gouvernement. Déjà, publié par les opiniâtres éditions Al Dante, est paru l’an dernier un recueil de textes sur, par, autour du prisonnier [3]. Alors, ça va peut-être aller comme ça. La demande de visite s’est donc d’abord « perdue » quelques mois entre Paris et Lannemezan, et puis la décision est tombée : la nièce n’aurait pas le droit de rencontrer son oncle. La parole d’Abdallah est jugée si dangereuse qu’il ne peut même pas s’entretenir avec sa nièce. Ils risqueraient d’évoquer des souvenirs de balançoires, on ne sait jamais où ça peut mener. On ne sait pas si ce sont les risques de l’autofiction, ou la peur de déplaire aux Américains, qui ont pesé le plus lourd dans le refus. Toujours est-il qu’on en est là, à ce carrefour de grands périls diplomatiques et littéraires, méditant sur les avantages et les inconvénients d’avoir un tonton terroriste. Sur le terrorisme, justement, sur la violence politique, sur le pardon et le repentir, sur le poids de l’Histoire quand elle déchire une famille, nous ne sommes pas d’accord sur tout, tous les deux. Revisiter cette histoire et cette époque bouscule nos idées, et nos vies. Par exemple, on n’est même pas certains tous deux qu’Abdallah souhaite vraiment être libéré. Peut-être est-il plus utile à la cause emprisonné qu’en liberté. Mais nous sommes d’accord sur un point : la libération, ou non, du numéro d’écrou 2388 / A221 dira bien des choses sur l’obligation de se repentir pour avoir combattu pour ses idées, c’est-à-dire sur la notion même de combat politique. Bien des choses compliquées, des questions d’un autre siècle, sur lesquelles l’Etat français, aujourd’hui, n’a manifestement pas de discours. Et c’est sans doute pourquoi Manuel Valls tarde à signer cet arrêté d’expulsion, qui traîne sur son bureau depuis le 10 janvier.
Chloé Delaume, écrivaine
Daniel Schneidermann, journaliste

Notes

[1] Le blog Liberons Georges Ibrahim Abdallah.

[2] Où le sang nous appelle, à paraître à la rentrée 2013 aux Editions du Seuil.

[3] Georges Ibrahim Abdallah, Editions Al Dante, 2012.


21/10/2013

Une justice pour les pauvres

Après que l'on ait testé la faisabilité d'une baisse substantielle de l'aide juridictionnelle sans qu'une suite –oh miracle !- ait pu lui être donnée, les parlementaires socialistes n'auront même pas à faire l'effort de s'abstenir sur une mesure passée inaperçue dans le fatras des inepties, et autres inconséquences gouvernementales qui, de surcroît, ne servent strictement à rien, si ce n'est à fabriquer du vote FN au quotidien.

justice pour les pauvres

La Ligue des droits de l’Homme s’oppose vivement au décret du 13 août 2013 qui prive le contentieux social du double degré de juridiction. En effet, aux termes de ce décret (applicable au 1er janvier 2014), les jugements rendus (par un juge unique et non plus en collégialité) par les tribunaux administratifs en matière, notamment, de prestations, d’allocations ou de droits sociaux (y compris en faveur des travailleurs privés d’emploi), ou de logement (y compris le droit au logement opposable) ne pourront plus être l’objet d’un appel devant les cours administratives d’appel.

Ce décret ajoute une injustice à la précarité et crée une inégalité de droits selon les types de contentieux. Certains d’entre eux, considérés comme plus nobles et plus intéressants, bénéficieront du double degré de juridiction et les autres, vus comme subalternes, en seront privés, constituant ainsi une discrimination en raison de la situation sociale des personnes concernées, souvent les plus pauvres et les plus fragiles de notre société.

La rationalisation des procédures administratives contentieuses ne saurait légitimer cette différence de traitement. La Ligue des droits de l’Homme demande le retrait de ces dispositions qui privent les personnes défavorisées du droit à un recours effectif constitutionnellement et conventionnellement reconnu.

Paris, le 17 octobre 2013

20/10/2013

Les jours qui viennent

Puisque nombre de leurs aînés «fauxcialistes», collabos actifs ou frileux, conscients, incompétents ou irresponsables majeurs s'avèrent incapables (l'auraient-ils seulement souhaité) d’interrompre la progression de l’extrême droite, xénophobe, raciste et mortifère, c’est avec ceux qui sont encore mineurs aujourd’hui qu’il faut dès demain organiser la résistance. L’organiser avec tout ceux qui ont pris la mesure de ce qu’il reste d’humanité à défendre sans marchandage, sans concession.
Nous ne rêvons pas, nous voulons seulement éviter qu’un cauchemar puisse devenir réalité.

Leonarda, Khatchik, lycéens

Refusons que la haine fasse programme

 

Des vents porteurs de stigmatisation soufflent sur l’Europe et la France. Des vents porteurs de violence et d’exclusion. Ainsi avons-nous entendu, ces dernières semaines, une série de déclarations aussi démagogiques que haineuses, qui nous inquiètent profondément.

Dans un contexte social tendu, alors que les tentations sont grandes de rejeter la cause des maux économiques et des difficultés sociales du pays sur un bouc émissaire, les Roms présents sur notre territoire ont été désignés à la vindicte populaire par des élus et responsables, locaux et nationaux. Les raisons, les argumentations développées ne sont pas toujours les mêmes ; mais chacune d’entre elles concourt à abaisser le débat public, à réactiver des postures racistes et, d’avance, à en légitimer les conséquences.

C’est pourquoi nous rappelons solennellement que la responsabilité des élus, quel que soit le niveau où elle s’exerce, consiste à refuser les sollicitations haineuses et à leur opposer, en paroles et en actes, les valeurs historiques de liberté, d’égalité et de fraternité qui fondent la République.

Nous, associations engagées dans la lutte anti-raciste, lançons ensemble un appel solennel aux responsables gouvernementaux et politiques, aux élus et aux candidats : quels que soient vos engagements partisans, condamnez toute désignation de boucs émissaires, refusez que la haine fasse programme, refusez la réhabilitation du racisme, refusez la brutalité verbale, toujours annonciatrice de passages à l’acte dramatiques.

Il dépend largement de vous que le débat public, la discussion politique restent au service de la démocratie.


Appel solennel de la Ligue de droits de l’Homme, de la Licra et du Mrap
Paris, le 17 octobre 2013

17/10/2013

L’expulsion de trop

Après le cyclone Tina (There is no alternative) qui continue de tout emporter sur son passage, quelques météorologues avertis en annoncent un autre baptisé "Céçàoùrien". Dans ce contexte de dégradations climatiques annoncées, ces héritiers d'Alain Gillot-Pétré ne reculant décidément devant aucune métaphore, voudraient nous conseiller de ne pas tirer sur l'ambulance socialiste, même si celle-ci s'avère être, aujourd'hui - maintenant, dans l'incapacité de ramasser les blessés du CAC 40 et autres injustices librement consenties par elle, au prétexte que le risque serait alors d'avoir à affronter les hordes racistes et d'extrême droite qui rôdent un peu partout dans nos provinces, dans le silence de son assentiment.
Mieux : ne pas vouloir grimper dans les cars de ramassage scolaire affrétés par le ministre de l'intérieur, reviendrait à favoriser, lors des prochaines échéances électorales, un vote irresponsable et contre nature à l'insu de notre plein gré !!! Voilà le deal que l'on nous vend !!!

valls, nuit du chasseur VF
La nuit du chasseur VF


«En tous cas, l’expulsion de la jeune lycéenne Léonarda Dibrani vers le Kosovo continue de soulever indignation et colère un peu partout : dans les associations de soutien aux demandeurs d’asile, évidemment, mais aussi jusqu’au parti socialiste, qui jusqu’ici, soutenait le ministre de l’intérieur dans tous ses errements. Et aujourd’hui, ce sont les lycéens qui se mobilisent pour faire revenir leur camarade.

Survenant après les deux drames successifs de Lampedusa (plusieurs centaines de demandeurs d’asiles morts pendant une traversée), l’histoire de Léonarda réunit effectivement tous les ingrédients pour soulever cette indignation. Et ce ne sont pas les déclarations du ministre qui affirme que tout s’est déroulé avec « humanité »… cela fait un peu penser, toutes proportions gardées,  au récit de l’exécution du dernier condamné à mort par une magistrate qui y a assisté :  elle raconte que, le condamné, à quelques secondes de la mort, demandant une troisième cigarette, le bourreau répond « On a déjà été très bienveillants avec lui, très humains, maintenant il faut en finir », avant de l’exécuter, avec humanité évidement. Et cela fait aussi penser à la réponse de l’Europe aux drames de Lampédusa : sa seule préoccupation reste la sécurité des frontières.

On annonce une enquête administrative pour définir les responsabilités dans cette affaire. Il s’agira sans doute de trouver un fusible, en la personne d’un policier un peu zélé. Mais le véritable responsable de ce scandale, on le connaît : c’est le ministre, qui, même s’il n’a pas piloté personnellement la procédure qui a conduit à l’expulsion de la jeune fille, a créé par ses déclarations successives les conditions qui ont permis que cela se déroule ainsi. N’oublions pas que Leonarda n’est pas seulement étrangère : elle est aussi Rom…

Un blogueur, François Delapierre, rappelle très opportunément les déclarations de M. Valls dans un livre qu’il a écrit en 2008 : « Le jour où j’accepterai qu’on piège des sans-papiers pour les virer de chez nous (…) je serai foutu. Il faudra mieux que je fasse autre chose.  » « Et la droite c’est quoi ? C’est la saloperie qui consiste à convoquer un mec pour le piéger ? C’est cela incontestablement. Oui c’est une vision assez cynique de ce que peut être le rôle de l’État. Ça, c’est la droite. » Source

17 octobre 1961 - 17 octobre 2013

17 octobre 1961 - 17 octobre 2013 : 52e anniversaire - Vérité et Justice

Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre feu discriminatoire qui leur avait été imposé par Maurice Papon, préfet de police de Paris. Ils défendaient leur droit à l’égalité, leur droit à l’indépendance et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce jour-là, et les jours qui suivirent, des milliers de ces manifestants furent arrêtés, emprisonnés, torturés – notamment par la « force de police auxiliaire » – ou, pour nombre d’entre eux, refoulés en Algérie. Des centaines perdirent la vie, victimes d’une violence et d’une brutalité extrême des forces de police.

17 octobre 1961, vérité en marche

52 ans après, la Vérité est en marche. Cependant, la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menées, - en particulier la Guerre d’Algérie - non plus que dans le cortège de drames et d’horreurs qu’elles ont entraînés, comme ce crime d’État que constitue le 17 octobre 1961. L’an dernier, le Président de la République a certes fait un premier pas important, en déclarant « Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes. » Mais le terme de crime n’est pas repris, et la responsabilité, sous entendue, n’est pas clairement définie, Certains osent encore aujourd’hui continuer à parler des « bienfaits de la colonisation », à célébrer le putsch des généraux à Alger contre la République, à « honorer » les criminels de l’OAS.

Dans ce domaine, il est donc nécessaire que des mesures significatives soient prises :

  •  redéfinition de la « Fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie », (dotée de plus de sept millions d’euros), créée en application de l’article 3 de la loi du 23 février 2005 (dont l’abrogation est demandée sous sa forme actuelle) vantant les « aspects positifs de la colonisation ». Cette Fondation est sous la coupe d’associations nostalgiques de l’Algérie Française qui voudraient exiger des historiens qu’ils se plient à la mémoire de « certains » témoins ;
  •  pour être fidèles à leur mission scientifique, les historiens ont besoin de pouvoir accéder librement aux archives, échapper aux contrôles des pouvoirs ou des groupes de pression et travailler ensemble, avec leurs homologues de l’autre rive de la Méditerranée ;
  •  la vérité doit être dite sur l’organisation criminelle de l’OAS que certains, au sein de l’ancienne majorité présidentielle ont voulu réhabiliter.

Ce n’est qu’à ce prix que pourra disparaître la séquelle la plus grave de la Guerre d’Algérie, à savoir le racisme dont sont victimes aujourd’hui nombre de citoyennes et citoyens, ressortissants d’origine maghrébine ou des anciennes colonies, y compris sous la forme de violences policières récurrentes, parfois meurtrières.

On ne construit pas la démocratie sur des mensonges et des occultations. Après un demi-siècle, il est temps :

  •  que le Président de la République, au nom de la France, confirme, par un geste symbolique, la reconnaissance et la condamnation de ce crime d’État ;
  •  que la Fondation pour la Mémoire de la Guerre d’Algérie soit redéfinie sur des bases totalement différentes ;
  •  que l’État français reconnaisse sa responsabilité dans l’internement arbitraire, pendant la Guerre d’Algérie, d’Algériens dans des camps ;
  •  que l’État français reconnaisse sa responsabilité dans l’abandon des harkis, les massacres et l’enfermement dans les camps en France en 1962 ;
  •  que la liberté d’accès aux archives soit effective pour tous, historiens et citoyens ;
  •  que la recherche historique sur ces questions soit encouragée, dans un cadre franco-algérien, international et indépendant.

A l’occasion de ce 52e anniversaire, nous exigeons Vérité et Justice

Rassemblement le 17 octobre 2013 à 18h au Pont Saint-Michel à Paris

Signataires (au 4 octobre 2013) :

Associations : 4ACG (Anciens Appelés à la Guerre d’Algérie et leurs Amis contre la Guerre), 17 Octobre Contre l’Oubli, 93 Au cœur de la République, ACCA (Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui), Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Féraoun et leurs Compagnons, AHDH (Association Harkis droits de l’Homme), ANPROMEVO (Association Nationale pour la Protection de la Mémoire des Victimes de l’OAS), Au Nom de la Mémoire, Arac (Association Républicaine des Anciens Combattants), Comité Vérité et Justice pour Charonne, Fnaca Paris (Fédération Nationale des Anciens Combattants AFN), LDH (Ligue des droits de l’Homme), Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié des peuples), Sortir du colonialisme

Syndicats : FSU (Fédération syndicale unitaire), Fédération SUD Education

Partis Politiques : AL (Alternative Libertaire), PCF (Parti communiste français)

 

16/10/2013

Diététique du pouvoir

Régime diététique du pouvoir au « socialisme parti » : cinq (au moins) tristes bavures et renoncements déniés par semaine avant que ce ne soit quotidien en guise de fruits et légumes.

Diététique du pouvoir

Et, pour les plus « résistants », ceux qui refusent encore d’y croire, - à l’image d’une huître accrochée à son rocher aussi sûrement qu’un vieux militant à la survie de son parti, quand ce n’est pas d’aigreur d’avoir été contredit, que la houle le berce d’illusions et de grand large évanoui, tandis que des oiseaux multicolores, retour des tropiques, se prennent dans les flaques sombres et gluantes d’un ennui sans lendemain, «désespoir de cause» répétitifs des songes crustacés (des textes anciens rapportent en effet que les Grecs se servaient des coquilles d’huître comme bulletin de vote), pour les plus « résistants » donc … "Einstein on the beach" et la liberté retrouvée ou le sort réservé à "M le Maudit".

10/10/2013

Loin des tribunaux, proche de la police...

Lundi 14 octobre se tiendra la première audience dans l’annexe du tribunal de grande instance de Meaux accolée au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, le plus grand de France, où sont enfermé-e-s des étranger-e-s en attente d’éloignement forcé.

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Justice des étranger-e-s, le 14 octobre : loin des tribunaux, proche de la police

Ni Manuel Valls ni Christiane Taubira n’auront donc été ébranlés par la forte mobilisation suscitée par les projets d’ouverture de cette annexe et de celle programmée dans la zone d’attente de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Seule concession : un report de quinze jours de l’ouverture de la salle d’audience du Mesnil-Amelot - initialement fixée au 30 septembre -, l’administration ayant omis de faire connaître cette date d’ouverture à La Cimade et aux ordres des avocats, ce qui démontre le peu de considération accordée aux droits de la défense.

Les ministres restent ainsi sourds aux appels que leur ont personnellement adressé la Commission Nationale Consultative des droits de l’Homme (CNCDH), le Conseil national des barreaux (CNB) et de très nombreux parlementaires, élus, personnalités, associations... (cf. annexe : récapitulatif de l’ensemble des interventions et interpellations).

Située à proximité immédiate des pistes de l’aéroport de Roissy et dans les locaux d’une caserne de CRS, l’annexe du Mesnil-Amelot accueillera donc à partir de lundi les audiences du juge des libertés et de la détention (JLD), et potentiellement celles du juge administratif, chargés de se prononcer sur le maintien en rétention des étranger-e-s que l’administration veut éloigner de notre territoire. Jusqu’ici, ces audiences se tenaient au sein du tribunal de Meaux situé à une trentaine de kilomètres, dans un lieu de justice commun à tous les justiciables. Désormais, les étranger-e-s retenus au Cra du Mesnil-Amelot relèveront de ce tribunal d’exception.

Au choc d’un enfermement souvent incompréhensible, s’ajoute pour les étranger-e-s l’isolement d’une justice rendue loin des tribunaux et sous le seul regard de l’administration et des forces de l’ordre.

Par ailleurs, très peu desservies par les transports en commun, ces annexes judiciaires seront difficilement accessibles aux familles et aux avocat-e-s des personnes.

Ce sont plus de 3 000 personnes placées au Cra du Mesnil-Amelot et près de 7 000 maintenues en zone d’attente de Roissy qui seront susceptibles d’être présentées chaque année devant ces tribunaux d’exception.

Ces projets, initiés par la majorité précédente, sont indignes d’une justice respectueuse des standards internationaux les plus fondamentaux.

Parce que la délocalisation de ces audiences dans des lieux de police heurte les principes d’indépendance et d’impartialité de la justice, parce qu’elle compromet la publicité des audiences, garantie pourtant essentielle du droit à un procès équitable, l’Observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE), ainsi que l’ensemble des associations et syndicats signataires, dénoncent la mise en place de cette justice d’exception et demandent au gouvernement d’y renoncer.

Communiqué de l’Observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE) dont la LDH est membre
Le 10 octobre 2013

Organisations signataires membres de l’OEE :

Acat-France, Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), COMEDE, FASTI, Genepi, Gisti, La Cimade, Ligue des droits de l’homme (LDH), Mrap, Observatoire Citoyen du CRA de Palaiseau, Revue Pratiques, Syndicat des avocats de France (Saf), Syndicat de la magistrature (SM), Syndicat de la médecine générale (SMG)

Autres signataires :

Observatoire Citoyen de la Rétention 77, Réseau éducation sans frontières (RESF), Réseau Education Sans Frontières 77, Syndicat national CGT des chancelleries et services judiciaires, Union syndicale des magistrats administratifs (USMA)

 

09/10/2013

L’extrême droite des confusions

Ce n’est pas tant l’« impopularité » de l’actuel gouvernement (ce serait peu dire) que les traces du décervelage conçu et organisé pour vendre du temps de cerveau disponible qui creuse le lit du FN. Et ce d’autant plus facilement que les termes « gauche » et/ou « socialiste » ont été vidés de leurs sens et de leurs vertus par un pouvoir qui oscille entre traîtrise et collaboration.
Vu sous cet angle, mais comment regarder la réalité autrement, les résultats du FN constituent un symptôme inquiétant mais logique qui ne contredit rien de ce que F. Lordon pouvait écrire il y a peu :
« (…) Le terrain de l’imposture intellectuelle ainsi grand ouvert, le FN s’avance gaiement, sans le moindre complexe ni la moindre vergogne, se goinfrant de thèmes de gauche pour mieux semer une réjouissante confusion, mais affinant également son art de couler ses obsessions xénophobes de toujours dans une critique du néolibéralisme de fraîche date.(…) »

On pourra toujours relativiser et "partir en guerre" le temps d'une campagne électorale contre le symptôme, le mal est fait depuis trop longtemps pour que l'on puisse, dans l'immédiat, espérer en atténuer les effets. Les fronts républicains, emplâtres nécessaires placées en urgence sur des jambes de bois, n'y pourront rien changer.

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George Grosz, Pfosten der Gesellschaft, 1926.

 

L’extrême droite sur tous les fronts

L’excellent résultat (40,4 %) du candidat du Front national lors de l’élection cantonale de Brignoles (Var) alerte sur l’influence croissante de l’extrême droite en France, en même temps qu’il signale l’impopularité abyssale du gouvernement socialiste. Dans une région coutumière du fait, un an après l’élection de François Hollande à l’Elysée, suivie d’un raz-de-marée de son parti lors des élections législatives, le candidat de gauche est donc écarté une nouvelle fois du second tour, n’ayant recueilli que 15 % des suffrages. Le taux d’abstention, particulièrement élevé (67 %) montre que l’électorat de gauche est démobilisé, découragé.

Présidente du Front national, Marine Le Pen est parvenue à agréger à son socle d’extrême droite de nombreux électeurs mécontents des orientations économiques et sociales du pouvoir. Elle n’hésite pas, il est vrai, à reprendre à son compte des thématiques — services publics, laïcité, défense du pouvoir d’achat, critique des politiques européennes néolibérales — très éloignées du discours d’origine du Front national. De telles embrouilles idéologiques remportent un certain succès un peu partout en Europe. Y compris sur la Toile.

05/10/2013

Morts en mer

  • « Lampedusa : l'Europe assassine »
  • « Le drame de Lampedusa n'est pas une fatalité. L’Union européenne doit sortir de sa logique sécuritaire et renouer avec les valeurs qu'elle prétend défendre. » :

Titre et sous-titre Libération. 

C'est d'autant moins une fatalité que l'immigration est un véritable BUSINESS ... L'émotion suscitée par la tragédie de Lampedusa servira à masquer cette réalité derrière des "larmes de crocodile".  
"(...) Les morts de Lampedusa, comme ceux d’hier et de demain, sont les victimes d’une Europe enfermée jusqu’à l’aveuglement dans une logique sécuritaire (...)".
Certes, mais en poussant plus loin cette logique, le signataire de cette tribune de Libération aurait pu mettre en évidence une autre réalité. A savoir que  le budget de Frontex (Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'Union européenne) provient de subventions de l'Union européenne dans le cadre d'un programme spécifique 2007-2013 dépendant du Programme européen pour la protection des infrastructures critiques (PEPIC).
Depuis 5 ans ce budget alloué à Frontex a été multiplié par 15.
Par ailleurs, comment faire semblant d’oublier que cette logique sécuritaire est auto-entretenue par la montée en puissance des extrêmes droites partout en Europe.

Comment méconnaître que, ne serait-ce que le 27 septembre dernier, le Réseau Euro-Méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) a dénoncé le Programme de surveillance maritime SEAHORSE MEDITERRANEO et la dangereuse dérive sécuritaire de l’Europe ?
Que le REMDH exhorte l’Union Européenne à :

  • une inflexion de sa politique migratoire, en conditionnant à un respect effectif des droits de l’Homme des migrants et des réfugiés toute forme de coopération avec la Libye, l’Algérie, l’Egypte et la Tunisie, où les droits des migrants et des réfugiés ne sont pas respectés;
  • promouvoir l’accès des demandeurs d’asile et des réfugiés à une protection internationale et, dans le contexte actuel de non-respect de ces droits dans les Pays d’Afrique du Nord, garantir leur accès au sol européen;
  • soutenir efficacement la mise en place dans ces pays de régimes d’asile nationaux en mesure d’apporter une protection aux réfugiés et de respecter les droits découlants de ce statut.


Comment passer outre la campagne « Frontexit »,  campagne portée par des associations, des chercheurs et des individus issus de la société civile du Nord et du Sud de la Méditerranée à l'initiative du réseau Migreurop qui déclare justement que
« L’Europe est en guerre contre un ennemi qu’elle s’invente » et que :
« Pour protéger ses frontières face à une prétendue invasion, l’Union européenne (UE) a créé une agence dotée de moyens militaires et d’un budget en constante augmentation.
Cette campagne dénonce les nombreuses violations des droits des migrant-e-s et exige
la transparence des activités de Frontex, ses responsabilités, et tente de contraindre l’UE et ses États membres, ainsi que l’agence et ses partenaires, à respecter les droits fondamentaux des migrant-e-s.

Comment enfin tenir pour nul et négligeable l’aspect humain de la situation faite ainsi aux immigrés ?….

lampedusa
Déjà nos villages s'éloignent
Quelques fantômes m'accompagnent
Y'aura des déserts, des montagnes
A traverser jusqu'à l'Espagne
Et après... Inch'allah

On a de mauvaises chaussures
L'argent cousu dans nos doublures
Les passeurs doivent nous attendre
Le peu qu'on a ils vont le prendre
Et après...

Est-ce que l'Europe est bien gardée ?
Je n'en sais rien
Est-ce que les douaniers sont armés ?
On verra bien
Si on me dit, c'est chacun chez soi
Moi je veux bien, sauf que chez moi
Sauf que chez moi y'a rien

Pas de salon, pas de cuisine
Les enfants mâchent des racines
Tout juste un carré de poussière
Un matelas jeté par terre
Au dessus... Inch'allah

Vous vous imaginez peut-être
Que j'ai fait tous ces kilomètres
Tout cet espoir, tout ce courage
Pour m'arrêter contre un grillage

Est-ce que l'Europe est bien gardée ?
Je n'en sais rien
Est-ce que les douaniers vont tirer ?
On verra bien
Si on me dit, c'est chacun chez soi
Moi je veux bien, sauf que chez moi
Sauf que chez moi y'a rien

Je n'en sais rien
On verra bien
Moi, je veux bien
Sauf que chez moi...

La moitié d'un échafaudage
J'en demande pas davantage
Un rien, une parole, un geste
Donnez-moi tout ce qu'il vous reste
Et après...
Je n'en sais rien

On verra bien
Moi, je veux bien
Sauf que chez moi...
Déjà nos villages s'éloignent...

Francis Cabrel - African Tour - Des roses et des orties


04/10/2013

Extradition de M. A. Sandoval

Plusieurs ONGs de défense des droits humains appellent aujourd’hui les autorités françaises à donner une suite favorable à la demande d’extradition de Mario Alfredo Sandoval, poursuivi en Argentine pour crimes contre l’humanité pendant la dictature.

extradition, sandoval

Le 9 octobre prochain, la Chambre de l’instruction de Paris devra se prononcer sur la demande d’extradition de Mario Alfredo Sandoval, citoyen franco-argentin. Il est poursuivi en Argentine dans le cadre de l’enquête pour crimes contre l’humanité, privation de liberté et torture ayant entraîné la mort commis au sein de l’école supérieure de mécanique de la marine (ESMA), un centre de détention clandestin à Buenos Aires, dans lequel 5 000 détenus disparus seraient passés durant la dictature. L’enquête est menée par le Juge Sergio Torres, qui a émis un mandat d’arrêt international contre Sandoval le 15 mars 2012.Membre de la Police fédérale, section des affaires politiques pendant la dictature, Mario Alfredo Sandoval, surnommé « El Churrasco » (le « beau gosse »), s’était spécialisé dans lutte contre les « éléments subversifs ». Il serait responsable de l’enlèvement et de la disparition en octobre 1976 du jeune Hernan Abriata, militant de la Jeunesse universitaire péroniste. Après la chute de la junte militaire, Mario Alfredo Sandoval est arrivé en France où il a obtenu la nationalité française, et travaille dans le domaine de « l’intelligence économique ». Il aurait également fréquenté des groupes paramilitaires en Colombie.Les organisations signataires insistent sur le fait que si la France s’interdit en principe d’extrader ses nationaux, cette règle ne saurait s’appliquer à Mario Alfredo Sandoval. L’article 696-4 du code de procédure pénale exclut en effet cette règle lorsque la personne réclamée n’avait pas la nationalité française à l’époque de l’infraction. Á l’époque des faits, M. Sandoval possédait uniquement la nationalité argentine.Le dossier ESMA instruit par le juge Torres fait partie d’une importante procédure menée par les tribunaux nationaux, qui depuis 2001 enquêtent sur les crimes commis durant la dictature en Argentine. Le 23 novembre 2012, s’est ouvert un procès historique dans le dossier ESMA, connu sous le nom de ESMA III. Ce procès est celui de 67 personnes, accusées de plus de 780 disparitions forcées, parmi les 30 000 disparitions de la dictature. Dans la cadre du procès antérieur ouvert en 2009, 16 accusés avait été condamnés à des peines de prison allant de 18 ans d’emprisonnement à perpétuité, pour la perpétration de 86 crimes contre l’humanité.En raison de la gravité des accusations et de l’importance de la lutte contre l’impunité en matière de crimes contre l’humanité, il est de la première importance que Mario Alfredo Sandoval puisse être jugé en Argentine. Reconnaissant que la France, avec l’Argentine, ont largement contribué à l’élaboration de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, nos organisations appellent les autorités françaises à répondre immédiatement et favorablement à la demande d’extradition de Mario Alfredo Sandoval. La France ne saurait être une terre de refuge pour les criminels contre l’humanité présumés.

Communiqué inter-associatif
Buenos Aires, Paris, 3 octobre 2013

FIDH - Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme
LDH - Ligue des droits de l’Homme en France
CELS - Centro de Estudios Legales y Sociales
LADH - Liga Argentina por los Derechos del Hombre
ACAT - Acción de los Cristianos para la Abolición de la Tortura
FAL - Association France-Amérique Latine
CAJ - Comité de Acción Jurídica

 

03/10/2013

Une lettre d'Albert Einstein

Une note de Danielle Bleitrach à propos d'un courrier d'Albert Einstein qui devrait éclaircir la vision trouble que l'on peut avoir d’un État d’Israël éperdument cynique et donner du courage aux défenseurs de cet État qui en manqueraient :

Traité de non-prolifération nucléaire. Israël n'est pas membre du TNP et n'a pas signé la Convention sur les armes biologiques (bactériologiques). L’État hébreux a signé, mais non ratifié, la Convention sur les armes chimiques.
Vecteurs. L'armée israélienne en disposerait potentiellement de trois pour utiliser ses armes nucléaires : ses avions F-16 et F-15 ; les missiles balistiques Jéricho I et II ; des missiles de croisière embarqués sur trois sous-marins de la classe Dolphin.


«Quand Einstein et Hannah Arendt dénonçaient avec d’autres intellectuels juifs l’apparition d’un parti fasciste qui n’est autre que l’ancêtre du Likoud, le parti de Benjamin Netanhayoun, l’actuel premier ministre qui est actuellement en train de donner ses lettres de noblesse à l’antisémitisme en le transformant en lutte contre un danger planétaire qui menace l’humanité, en refusant à l’Iran le droit au nucléaire civil alors même que ce fou dangereux ne se contente plus d’opprimer les Palestiniens mais s’arroge le droit de posséder, lui, l’armement nucléaire et chimique. Comment peut-on tolérer qu’un pouvoir fasciste, qui a la haine pour seule vocation au nom d’Israël Uber alles, défie toute l’humanité ? Voilà le visage réel du fascisme et s’il s’est trouvé un Bertolt Brecht pour refuser le nazisme au nom de tous les peuples y compris ce lui que l’on nomme allemand, le devoir des juifs est de refuser ce fascisme là au nom de tous les peuples y compris de celui que l’on nomme juif.»

einstein, lettre de 1948

Danielle Bleitrach - le 03 oct 2013

     «

Les dirigeants israéliens sont des fascistes par Albert Einstein,
lettre adressée au New york Times en 1948
 

A l’éditeur du New-York Times
New York, 2 Dec. 1948

Parmi les phénomènes politiques les plus inquiétants de notre époque, il y a dans l’État nouvellement créé d’Israël, l’apparition du "Parti de la Liberté" (Tnuat Haherut), un parti politique étroitement apparenté dans son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique et son appel social aux partis Nazi et fascistes.

Il a été formé par les membres et partisans de l’ancien Irgun Zvai Leumi, une organisation terroriste d’Extrême-Droite et nationaliste en Palestine.

La visite actuelle de Menahem Begin, le chef de ce parti, aux États-Unis est évidemment calculée pour donner l’impression d’un soutien américain à son parti lors des prochaines élections israéliennes, et pour cimenter les liens politiques avec les éléments Sionistes conservateurs aux États-Unis.

Plusieurs Américains de réputation nationale ont prêté leurs noms pour accueillir sa visite.

Il est inconcevable que ceux qui s’opposent au fascisme dans le monde entier, si correctement informés quant au passé et aux perspectives politiques de M. Begin, puissent ajouter leurs noms et soutenir le mouvement qu’il représente.

Avant que des dommages irréparables ne soient faits par des contributions financières, des manifestations publiques en soutien à Begin et avant de donner l’impression en Palestine qu’une grande partie de l’Amérique soutient des éléments fascistes en Israël, le public américain doit être informé sur le passé et les objectifs de M. Begin et de son mouvement.

Les déclarations publiques du parti de Begin ne montrent rien quant à leur caractère réel. Aujourd’hui ils parlent de liberté, de démocratie et d’anti-impérialisme, alors que jusqu’à récemment ils ont prêché ouvertement la doctrine de l’État Fasciste.

C’est dans ses actions que le parti terroriste trahit son véritable caractère. De ses actions passées nous pouvons juger ce qu’il pourrait faire à l’avenir.

Attaque d’un village Arabe

Un exemple choquant fût leur comportement dans le village Arabe de Deir Yassine
Ce village, à l’écart des routes principales et entouré par des terres Juives, n’avait pas pris part à la guerre et avait même combattu des bandes arabes qui voulaient utiliser comme base le village.

Le 9 Avril, d’après le New-York Times, des bandes de terroristes ont attaqué ce village paisible, qui n’était pas un objectif militaire dans le combat, ont tué la plupart de ses habitants – 240 hommes, femmes et enfants – et ont maintenu quelques uns en vie pour les faire défiler comme captifs dans les rues de Jérusalem.

La majeure partie de la communauté juive a été horrifiée par cet acte,et l’Agence Juive a envoyé un télégramme d’excuses au Roi Abdullah de Trans-Jordanie.

Mais les terroristes, loin d’avoir honte de leurs actes, étaient fiers de ce massacre, l’ont largement annoncé et ont invité tous les correspondants étrangers présents dans le pays à venir voir les tas de cadavres et les dégâts causés à Deir Yassin.

L’incident de Deir Yassin illustre le caractère et les actions du Parti de la Liberté. Au sein de la communauté juive, ils ont prêché un mélange d’ultra-nationalisme, de mysticisme religieux et de supériorité raciale.

Comme d’autres partis fascistes, ils ont été utilisés pour casser les grèves et ont eux-même encouragé la destruction des syndicats libres. Dans leur Convention, ils ont proposé les syndicats de corporation sur le modèle fasciste italien.

Lors des dernières années de violences sporadiques anti-Britanniques, l’IZL et le groupe Stern ont inauguré le règne de la terreur parmi la communauté juive de Palestine.

Des professeurs ont été battus pour s’être exprimés contre eux, des adultes ont été abattus pour ne pas avoir laissé leurs enfants les rejoindre.

Par des méthodes de gangsters, des tabassages, des bris de fenêtres et des vols largement répandus, les terroristes ont intimidé la population et ont exigé un lourd tribut.

Les hommes du Parti de la Liberté n’ont pas pris part aux accomplissements constructifs en Palestine. Ils n’ont repris aucune terre, n’ont construit aucune colonie et ont seulement amoindri l’activité de la Défense Juive.

Leurs efforts dans l’immigration, très divulgués, étaient minutieux et consacrés principalement à faire venir des compatriotes fascistes.

Contradictions

Les contradictions entre les affirmations "en or" faites actuellement par Begin et son Parti et les rapports de leur performance passée en Palestine donnent l’impression d’un parti politique peu ordinaire.

C’est la marque indubitable d’un parti fasciste pour qui le terrorisme (contre les Juifs, les Arabes ainsi que les Britanniques) et les fausses déclarations sont des moyens, et dont un "État Leader" est l’objectif.

À la lumière des observations précédentes, il est impératif que la vérité au sujet de M. Begin et de son mouvement soit connue dans ce pays.

Il est encore plus tragique que la haute direction du Sionisme américain ait refusé de faire campagne contre les efforts de Begin, ou même d’exposer à ses propres éléments les dangers pour Israël que représente le soutien à Begin.
     »

Les soussignés prennent donc ces moyens pour présenter publiquement quelques faits frappants au sujet de Begin et de son parti et pour recommander à tous ceux qui sont concernés de ne pas soutenir cette dernière manifestation du fascisme.
ISIDORE ABRAMOWITZ, HANNAH ARENDT, ABRAHAM BRICK, RABBI JESSURUN CARDOZO, ALBERT EINSTEIN, HERMAN EISEN, M.D., HAYIM FINEMAN, M. GALLEN, M.D., H.H. HARRIS, ZELIG S. HARRIS, SIDNEY HOOK, FRED KARUSH, BRURIA KAUFMAN, IRMA L. LINDHEIM, NACHMAN MAJSEL, SEYMOUR MELMAN, MYER D. MENDELSON, M.D., HARRY M. ORLINSKY, SAMUEL PITLICK, FRITZ ROHRLICH, LOUIS P. ROCKER, RUTH SAGER, ITZHAK SANKOWSKY, I.J. SHOENBERG, SAMUEL SHUMAN, M. ZNGER, IRMA WOLPE, STEFAN WOLPE.

Commentaires de Qumsiyeh :

L’Herut est le précurseur du parti israélien du Likud (conformément à l’idéologie de Vladimir Jabotinsky).
Begin (un terroriste recherché) est devenu plus tard le Premier Ministre d’Israel (Likud) et sous son gouvernement, des dizaines de milliers de civils libanais et palestiniens ont été tuées dans les années 80.
Les successeurs de Menachem Begin au Likud (et en tant que premiers ministres israéliens) dont Netanyahu et Sharon sont responsables d’innombrables autres décès de civils.
Tandis que les auteurs mentionnent les excuses de l’Agence Juive "envoyée au Roi Abdullah" qui n’est pas même Palestinien, des recherches postérieures démontrent la participation de la Hagannah et de l’Agence Juive dans le massacre de Deir Yassin ainsi que la participation de l’Agence Juive et du Fonds National Juif dans le nettoyage ethnique

02/03/2008, Qumsiyeh
Traduction : MG pour ISM

01/10/2013

Pour la dignité des Roms et des gens du voyage !

Appel inter-organisationnel, signé par Pierre Tartakowsky, président de la LDH

Comme chaque année depuis 2010, l’été a marqué le début de violentes attaques racistes contre les Roms étrangers et les gens du voyage, citoyens français, qui s’accélèrent avec l’entrée dans la campagnes des élections municipales.

rom, dignité

Cette année, c’est Jean-Marie Le Pen qui a lancé les hostilités en juillet en qualifiant la présence de Roms à Nice d’« odorante » et d’« urticante », avant que Christian Estrosi ne joue la surenchère en lançant un « appel à la révolte », véritable appel à la haine, contre les gens du voyage. Gilles Bourdouleix a poursuivi cette saison de la haine en regrettant que l’extermination des tsiganes par les Nazis n’ait pas été totale, puis Régis Cauchet, maire de Croix, a renchéri dans l’escalade ignominieuse en soutenant par avance les meurtriers de Roms, avant que Nathalie Kosciusko-Morizet n’alimente la stigmatisation nauséabonde et que Bernard Debré ne se vautre dans les déclarations racistes les plus outrancières.

Cette haineuse déliquescence du débat public est la conséquence de la stigmatisation dont les les Roms et les gens du voyage ont continuellement été la cible par Nicolas Sarkozy et du fait que la logique impulsée alors n’ait pas été inversée depuis. Par bien des aspects en effet, la politique menée aujourd’hui à l’encontre des Roms est la poursuite de celle menée par Sarkozy.

Tout d’abord, exemple le plus marquant, la violente et absurde politique d’expulsions : depuis mai 2012, c’est l’équivalent de la totalité des 15 000 à 20 000 Roms étrangers présents sur le territoire national qui ont été expulsés de leurs lieux de vie. Violente, car cette politique entraîne traumatismes psychologiques, précarité sociale et déscolarisation. Absurde car elle a pour présupposé leur fantasmatique mais irréel nomadisme et pour conséquence l’aggravation de la situation sur le terrain, sans offrir aucune perspective de solutions. De nouveau, ces populations miséreuses et discriminées, cibles de nombreux stéréotypes éculés et de représentations stigmatisantes, sont instrumentalisées à des fins politiques. Loin de rétablir l’ordre républicain, cette politique entraîne plus d’injustice et plus de désordre, d’autant plus que l’obligation de toujours proposer des solutions de relogement, promesse électorale de François Hollande et mesure-clef de la circulaire interministérielle du 28 août 2012, n’est pas respectée.

Un terme doit être enfin mis à cette absurde et violente politique d’expulsions !

Ces actions sont en lien avec une non-rupture des discours. En effet, s’il n’y a heureusement pas eu de nouveau Discours de Grenoble, de nombreuses déclarations, venant de différents bords politiques, s’inscrivent dans la même veine. Par exemple, celles qui affirment que « les Roms ne souhaitent pas s’intégrer en France pour des raisons culturelles » et qu’ils ont « vocation à vivre en Roumanie » ont des relents nauséabonds. Elles signifient qu’il serait bien inutile d’intégrer des individus qui ne seraient que de passage dans notre pays, alors que ces Européens sont chez eux en France. Elles favorisent les silences qui accueillent les passages à l’acte violents, comme l’agression quasi-mortelle d’un Rom en juillet à Saint Denis ou la ratonnade anti-Roms à Marseille en septembre 2012, alors justifiée et soutenue par la sénatrice-maire Samia Ghali. Il est urgent qu’un discours républicain fort soit enfin porté par les plus hautes autorités de l’État, afin de rétablir le respect des valeurs de la République.

Ces actions sont également en lien avec une non-rupture des visions : la « Stratégie nationale d’intégration » des Roms, qui guide officiellement l’action du gouvernement, reste celle élaborée par Sarkozy. Par conséquent, ce sont des dizaines de millions d’euros du budget européen destinés à des projets d’insertion qui ne sont pas utilisés. Il est impératif qu’une stratégie digne de ce nom soit enfin définie, en concertation avec la société civile et dans une perspective d’intégration. Régler ces problèmes ne demande pas des moyens supplémentaires, mais simplement une volonté politique nette. La loi Alur sur le logement, qui fait notamment entrer l’habitat nomade des « gens du voyage » dans le droit commun, est à ce titre un exemple : préparée dans la concertation, elle montre comment il est possible de résoudre concrètement les problèmes les plus exposés médiatiquement.

Un certain renoncement politique pourrait aussi entraîner le maintien de la discriminatoire loi de 1969. Héritière de celle de 1912 relative au contrôle des nomades, qui avait notamment instauré des carnets anthropométriques et permis la persécution des tsiganes en France pendant la Seconde Guerre mondiale, très partiellement censurée l’année dernière par le Conseil Constitutionnel, la loi de 1969 oblige toujours les gens du voyage à posséder des passeports intérieurs (titres de circulation) à faire viser régulièrement par les forces de l’ordre, et impose des quotas de population (3% maximum par commune).

Alors qu’elle a été officiellement présentée, la loi de suppression intégrale de la loi de 1969 pourrait voir son examen et son vote être repoussés à après les cantonales de septembre, autrement dit aux calendes grecques. En effet, la gauche, qui porte cette initiative, ne sera alors probablement plus majoritaire au Sénat, rendant impossible de fait son adoption. Ceux qui instrumentalisent les peurs et les haines contre les gens du voyage auraient alors gain de cause. La campagne des municipales ne doit pas être un alibi pour les reculades démocratiques ! La loi de 1969 doit être intégralement supprimée, c’est une urgence républicaine ! C’est pour porter ensemble toutes ces revendications marquées du sceau de la dignité et de l’égalité que nous vous engageons à nous rejoindre dimanche 6 octobre, place de la Bastille à Paris simultanément avec 15 pays, pour la troisième édition de la « Roma Pride – Jour pour la dignité des gens du voyage » !

Liste des signataires

Paul Max Morin, Directeur Exécutif du Mouvement Antiraciste Européen EGAM, Alain Daumas, Président de l’Union Française des Associations Tsiganes - UFAT, avec

Laurence Abeille (Députée du Val-de-Marne), Brigitte Allain (Députée de Dordogne), Fadela Amara (Ancienne Ministre de la Ville, Ancienne Présidente de Ni Putes Ni Soumises), Pouria Amirshahi (Député des Français de l’étranger – Maghreb/Afrique de l’Ouest), Sélim-Alexandre Arrad (Président des Jeunes Radicaux de Gauche), ASAV 92, Association Nationale des Gens du Voyage Catholique, Josiane Balasko (Réalisatrice , Actrice), Marius Bauer (Président de Latcho Drom), Antoine (Payou) Baptiste (Président de Gitans Languedoc-Roussillon), Patrick Baudouin (Président d’honneur de la FIDH), Antoine Becker (Président l’ANGV Rhône-Alpes), Jean Luc Benhamias (Député européen), Antoine Bernard (Directeur Général FIDH), Claudine Bouygues (Adjointe au Maire de Paris), Isabelle Brachet (Directrice des Opérations de la FIDH), Martial Brillant (Président de l’ANGVC Angers), Yago Briset (Président de Niglo Breizh), Isabelle Bruneau (Députée de l’Indre), Sarah Carmona (Présidente de Regards de Femmes Tsiganes), Roland Castro (Architecte), Laura Chatel (Sécrétaire Fédéral des Jeunes Ecologistes), Elie Chouraqui (réalisateur, producteur et scénariste), Bruce Clarke (Artiste plasticien), Collectif D’ailleurs nous sommes d’ici, Catherine Coquio (Professeur d’université - Paris 8), Sergio Coronado (Député des Français de l’étranger Amérique latine – Caraïbes), Christophe Cortez (Président des Gitans de Cavaillon), Christophe Cusol (Président de Le Niglo en Colère), Christophe Daumas (Président de Marriane Voyage), Jeanne Daumas (Présidente de Romnies), Maria de Franca (Directrice de la rédaction de La Règle du Jeu), Karima Delli (Députée européenne), Jean-Claude Dulieu (co-Président du MRAP), Isabelle Durant (Député européenne & Vice-Présidente du Parlement Européen), Laurent El Ghozi (Président de la FNASAT, Membre de RomEurope), Miran Faipi (Président de l’Union Des Roms De L’Ex- Yougoslavie En Diaspora), Eric Fassin (Sociologue, Université Paris 8), Gianfranco Fattorini (co-Président du MRAP), Jacqueline Fraysse (Députée des Hauts-de-Seine), Mariano Garcia (Président de Casa d’Espagne), Joël Giraud (Député des Hautes-Alpes), Génériques pour la mémoire de l’immigration, André Glucksman , (Philosophe et essayiste), Charles Goerens (Député européen), Sihem Habchi (Chercheuse laboratoire Éthique,Santé et Politique, Paris V. Ex-Présidente Ni Putes Ni Soumises), Jonathan Hayoun (Président de l’UEJF Union des Etudiants Juifs de France), Père Arthur (Prêtre), Pierre Henry (Directeur Général de France Terre d’Asile), Bernadette Hétier (co-Président du MRAP), Marcel Hognon (Président du Mouvement des intellectuels Tziganes), Francine Jacob (Déléguée France du Forum européen des Roms et des Gens du voyage au Conseil de l’Europe et Présidente de Jamais Sans Nous), Nicole Kill-Nielsen ( Député Européenne), Karim Lahidji (Président de la FIDH), Tony Lariviere (Président de Français du Voyage), Yvan Le Bolloc’h (Musicien), Patrick Le Hyaric (Directeur du journal « L’Humanité » et député européen), Renée Le Mignot (co-Président du MRAP), Cindy Léoni (Présidente de SOS Racisme), MC Solaar (Musicien), Antoine Madelin (Directeur des activités auprès des OIG), Raïf Maljoku (Président de Romano Phralipé), Noël Mamère (Maire de Bègles, Député de Gironde), Dr Jacky Mamou (ancien Président de Médecins du monde, Président du Collectif Urgence Darfour), Fernand Maraval (Président de Alerte L’indien), Sandrine Mazetier , Députée de Paris - Vice Présidente de l’Assemblée nationale, Pierre Ménager (Président de Entre Aide Gens du Voyage), Radu Mihaileanu (Cinéaste), José Moréno (Président ADPG), MJCF (Mouvement Jeunes Communistes de France), Lucas Nédelec (Sécrétaire Fédéral des Jeunes Ecologistes), Néziri (Metzo) Nedzmmedin (Président du Centre Culturel Des Pays Centraux Et Orientaux – CCPCO) , Séta Papazian (Présidente du Collectif VAN – Vigilance Arménienne contre le Négationnisme), Thierry Patrac (Président de l’Association Cultures et Traditions des Gitans du Grand Sud et de Génération Musique), Cindy Pétrieux (Présidente de la Confédération Etudiante), Jean-Luc Poueyto (anthropologue, Université de Pau et des Pays de l’Adour), Jose Pubil (Président des Gitans de France), Monique Rabin (Députée de Loire Atlantique), Maximilien Raguet , Président de la FIDL, Vincent Ritz (Président de Regards), Baptiste Riot (Président de Malki Tsigani), Barbara Romagnan (Députée du Doubs), Yohan Salles (Président de Gitans de Tarascon), Marceau Sivieude (Directeur Afrique de la FIDH), Gino Soles (Président de l’Association Culturelle Catalane), Dominique Sopo (Ancien président de SOS Racisme, Membre du Conseil National du Parti Socialiste), Joseph Stimbach (Président Chave Foun WINTA), Pierre Tartakowsky (Président de la Ligue des droits de l’Homme), Yves Ternon (Historien), Ara Toranian (Co-président du Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France (CCAF) et directeur de publication du magazine Nouvelles d’Arménie), Marie-Christine Vergiat (Députée européenne) Giorgi Viccini (Président du Comité pour le Respect Des Droit Des Tsiganes), Sasha Zanko (Président de Tchatchipen).

 

30/09/2013

Antonio Gramsci , « Je hais l'indifférence »

Haïr l'indifférence, c'est à la fois haïr l'acceptation des choses comme elles vont et détester la confiance faite aux experts qui n'est autre que la paresse qui contribue au cours des choses quand elle ne se contente pas de la justifier.

Impossible de passer à côté de ce texte, de ne pas en tirer les conséquences.

Gramsci, indifférence

« Je hais les indifférents. Je crois que « vivre signifie prendre parti ». Il ne peut exister seulement des hommes, étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.

L’indifférence est le poids mort de l’histoire.  C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousiasmes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque.

 

gramsci,indifférence

L’indifférence œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. Elle est la fatalité; elle est ce sur quoi on ne peut pas compter; elle est ce qui bouleverse les programmes, ce qui renverse les plans les mieux établis; elle est la matière brute, rebelle à l’intelligence qu’elle étouffe. Ce qui se produit, le mal qui s’abat sur tous, le possible bien qu’un acte héroïque (de valeur universelle) peut faire naître, n’est pas tant dû à l’initiative de quelques uns qui œuvrent, qu’à l’indifférence, l’absentéisme de beaucoup. Ce qui se produit, ne se produit pas tant parce que quelques uns veulent que cela se produisent, mais parce que la masse des hommes abdique devant sa volonté, laisse faire, laisse s’accumuler les nœuds que seule l’épée pourra trancher, laisse promulguer des lois que seule la révolte fera abroger, laisse accéder au pouvoir des hommes que seule une mutinerie pourra renverser. La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est pas pas autre chose justement que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent dans l’ombre, quelques mains, qu’aucun contrôle ne surveille, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Les destins d’une époque sont manipulés selon des visions étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse des hommes ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Mais les faits qui ont mûri débouchent sur quelque chose; mais la toile tissée dans l’ombre arrive à son accomplissement: et alors  il semble que ce soit la fatalité qui emporte tous et tout sur son passage, il semble que l’histoire ne soit rien d’autre qu’un énorme phénomène naturel, une éruption, un tremblement de terre dont nous tous serions les victimes, celui qui l’a voulu et celui qui ne l’a pas voulu, celui qui savait et celui qui ne le savait pas, qui avait agi et celui qui était indifférent. Et ce dernier se met en colère, il voudrait se soustraire aux conséquences, il voudrait qu’il apparaisse clairement qu’il n’a pas voulu lui, qu’il n’est pas responsable. Certains pleurnichent pitoyablement, d’autres jurent avec obscénité, mais personne ou presque ne se demande: et si j’avais fait moi aussi mon devoir, si j’avais essayé de faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il arrivé ce qui est arrivé? Mais personne ou presque ne se sent coupable de son indifférence, de son scepticisme, de ne pas avoir donné ses bras et son activité à ces groupes de citoyens qui, précisément pour éviter un tel mal, combattaient, et se proposaient de procurer un tel bien.

La plupart d’entre eux, au contraire, devant les faits accomplis, préfèrent parler d’idéaux qui s’effondrent, de programmes qui s’écroulent définitivement et autres plaisanteries du même genre. Ils recommencent ainsi à s’absenter de toute responsabilité. Non bien sûr qu’ils ne voient pas clairement les choses, et qu’ils ne soient pas quelquefois capables de présenter de très belles solutions aux problèmes les plus urgents, y compris ceux qui requièrent une vaste préparation et du temps. Mais pour être très belles, ces solutions demeurent tout aussi infécondes, et cette contribution à la vie collective n’est animée d’aucune lueur morale; il est le produit d’une curiosité intellectuelle, non d’un sens aigu d’une responsabilité historique qui veut l’activité de tous dans la vie, qui n’admet aucune forme d’agnosticisme. et aucune forme d’indifférence.

Je hais les indifférents aussi parce que leurs pleurnicheries d’éternels innocents me fatiguent. Je demande à chacun d’eux de rendre compte de la façon dont il a rempli le devoir que la vie lui a donné et lui donne chaque jour, de ce qu’il a fait et spécialement de ce qu’il n’a pas fait. Et je sens que je peux être inexorable, que je n’ai pas à gaspiller ma pitié, que je n’ai pas à partager mes larmes. Je suis partisan, je vis, je sens dans les consciences viriles de mon bord battre déjà l’activité de la cité future que mon bord est en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur quelques uns, en elle chaque chose qui se produit n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens. Il n’y a en elle personne pour rester à la fenêtre à regarder alors que quelques uns se sacrifient, disparaissent dans le sacrifice; et celui qui reste à la fenêtre, à guetter, veut profiter du peu de bien que procure l’activité de peu de gens et passe sa déception en s’en prenant à celui qui s’est sacrifié, à celui qui a disparu parce qu’il n’a pas réussi ce qu’il s’était donné pour but.
Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents.»

11 février 1917

Traduit de l’italien par Olivier Favier.


26/09/2013

Valls-Manuel-police-francaise

Ceux qui ont pu voir "Lacombe Lucien", un film de Louis Malle sorti en 1974, auront pu rapprocher le profil psychanalytique de l'actuel ministre de l'intérieur avec celui du personnage éponyme qui se présente toujours de la même façon : Lacombe-Lucien-police-allemande

Valls-Manuel-police-française, psychorigidité

Najat Vallaud-Belkacem, a assuré avec angélisme "qu'il - Valls-Manuel-police-francaise - avait le soutien du gouvernement, car il porte la politique gouvernementale en la matière (la "matière" étant les Roms !!!) "avec fermeté et humanité". Quand aux autres "grands serviteurs de l’État", solidarité clanique oblige, personne ne les entendra, pas même Hamon ou Taubira, ou si peu, comme Montebourg qui,le petit doigt en l'air, juge "excessifs" les propos de son collègue et néanmoins ami.

Faut-il être psychorigide et attaché à son plan de carrière pour ne pas se désolidariser de ce petit  flic imbu de lui même qui se justifie de l'immonde qu'il véhicule ! Même Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne, l'accuse de brandir le spectre des Roms pour des raisons électorales.... Encore pourra-t-il sans doute changer de bouc-émissaire en stigmatisant d'autres communautés pourvu que celles-ci soient minoritaires et dans le viseur d'un lumpenprolétariat en effervescence tourneboulé par l'indifférence et la frustration.

On peut le dire sur tous les tons, ces gens-là, Valls & C°, ne changeront jamais. Quand bien même seraient-ils capables de la défendre avec des arguments réels ou simplement plausibles, leur logique est d'un "autre monde", immonde et absurde. Elle est à la base du pourrissement de l'idéal socialiste. Par pure psychorigidité carriériste et suicidaire.

evacuations roms, valls
Ce faisant ...

«

...Manuel Valls nourrit la bête immonde

24 septembre 2013 / Philippe Marlière - Mediapart.fr

Manuel Valls est un personnage politique dont les idées sont insignifiantes à gauche. En effet, ce qu’il dit ou promeut est incompatible avec les valeurs d’égalité, de solidarité, de fraternité et de tolérance que porte la gauche.

(...)

Le ministre de l’Intérieur a beau porter les couleurs du Parti socialiste, tout dans ses propos et son action le marque à droite : une droite dure, celle des Sarkozy et Guéant avec qui il partage la même appétence pour les politiques économiques néolibérales (Valls confesse être un admirateur de Tony Blair) et pour les rodomontades répressives.

Si j’étais un militant de ce parti, je me garderais de confier à Manuel Valls la direction d’une section locale du PS, tant je redouterais que son action ne la déshonore. Peine perdue : Manuel Valls n’est pas à la tête d’une section socialiste, mais il dirige le ministère de l’Intérieur de la république française. C’est à ce poste extrêmement sensible, au sein d’un gouvernement de gauche, qu’il prolonge les politiques sécuritaires de MM. Sarkozy et Guéant.

Ce qui motive ce nouveau billet, ce sont les propos que Manuel Valls a tenus sur les Roms ce matin sur France Inter. À cette occasion, un pas supplémentaire a été franchi dans l’horreur et l’indignité. Renchérissant l’UMP et le FN qui font de la « question Roms » un thème majeur de la campagne municipale, le ministre de l’Intérieur a affirmé que l’intégration de ces populations est « illusoire » et que le « démantèlement des campements » et la « reconduite à la frontière » sont les seules solutions valables à ses yeux.

Manuel Valls avait pourtant mis en place des « villages d’insertion » en août 2012. Un an plus tard, Valls le conformiste choisit de chasser le Rom avec la meute et considère dorénavant qu’il s’agit d’une mesure « marginale », qui ne concerne que « quelques familles ».

Valls préconise la reconduite aux frontières des Roms, insistant sur le fait que ces populations « ont vocation à revenir en Bulgarie ou en Roumanie ». Il faudra rappeler au ministre de l’Intérieur qu’en janvier 2014, la Bulgarie et la Roumanie entreront dans l’espace de Schengen. L’expulsion manu militari de ressortissants d’États membres d’une zone de libre circulation des personnes n’est pas laissée à la discrétion d’un ministre parti à la chasse aux voix.

Mais il y a pire : Valls a affirmé, lors de cet entretien, qu’il existait une corrélation entre délinquance et présence de Roms, indiquant qu’il s’agissait là d’une « évidence ». Selon lui, le lien entre la « proximité des campements et les vols » ne faisait aucun doute. Il s’agit de l’évidence du préjugé raciste, de l’amalgame et de la pensée beauf, assurément, puisqu’aucune statistique nationale n’a jamais établi une telle corrélation. Manuel Valls a d’ailleurs reconnu qu’il n’en savait rien. Et pour cause : la police française ne peut pas relever les origines ethniques des délinquants. Les chiffres incriminant la population Rom n’existent donc pas.

Pratiquant un différentialisme culturel très en vogue dans le Front national depuis les années 80, Valls a conclu que « ces populations » ont « des modes de vie extrêmement différents des nôtres » ; les deux étant « en confrontation ». Manuel Valls a le « courage » de suivre l’extrême droite et la droite sarkozyste à la trace, voire de leur ouvrir le chemin. Quand Valls assène : « Les politiques de sécurité ne sont ni de droite, ni de gauche », il faut entendre : « Les politiques de sécurité en vogue sont de droite ; je suis donc de droite ».

En stigmatisant  de la sorte la population Roms, il se déporte sur la droite de Marine Le Pen qui est marginalement plus prudente que lui sur le plan oratoire. Anne Hidalgo a qualifié d’« indignes » des propos similaires sur les Roms de Nathalie Kosciusko-Morizet. Hidalgo a ajouté que « Paris a des valeurs, on ne stigmatise pas une population ». Son camarade Valls n’a pas ce type de scrupules. Comment va-t-elle réagir aux propos de son collègue ? Va-t-elle réagir ?

A la suite de cette énième sortie terrifiante de la part du ministre, trois questions méritent d’être posées et débattues :

1)      Faut-il rappeler à Manuel Valls, d'origine étrangère comme des millions de ses concitoyens, que la France est un pays d'immigration et un melting pot culturel et ethnique ? L'intégration n'est pas « illusoire », mais un fait, quand on s'en donne les moyens politiques.

2)      Des « indices » permettent de conclure à l’existence d’un discours vallsien qui est ethniquement différentialiste et culturellement intolérant. Ce type de discours est-il compatible avec les valeurs universalistes de la République française ?

3)      En Grèce les nazis d’Aube dorée, après avoir tenu dans un premier temps un discours d’exclusion raciste, sont aujourd’hui passés à l’acte. Depuis plusieurs mois, ils ratonnent et tuent des immigrés et des militants antifascistes en toute impunité. Dans le climat de crise généralisée en Europe, est-il responsable de la part d’un ministre de l’Intérieur de jeter en pâture une population fortement stigmatisée et rejetée ? Faudra-t-il attendre les premières ratonnades anti-Roms en France pour apporter une réponse à cette question ?

»


http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/230813/manuel-valls-le-conformiste

22/09/2013

Autour d'Arezki

Le 16 mars 2012, Arezki BENOUALI 14 ans, était agressé place St Sauveur à Manosque au seul prétexte qu’il portait ce jour-là un tee-shirt imprimé aux couleurs de l’Algérie.
Voir Art. Mediapart / P. Guerrini

Plus d’un an s’est écoulé sans que les blessures physiques et morales infligées à cet adolescent n’aient pu se refermer. Il doit aujourd’hui surmonter un handicap physique et, pardessus tout, un profond sentiment d’injustice né de la désinvolture avec laquelle on a considéré les torts qui lui avaient été faits, un profond sentiment d’injustice né aussi de l’indulgence dont a bénéficié jusqu’ici son agresseur.

arezki benouali,manosque
« Bienvenu Arezki
Les yeux levés vers les merveilles de ton pays
Chaque jour tu révèles
Les trésors du métissage France Algérie »

Aujourd’hui, nous devons aider Arezki à se reconstruire et lui témoigner toute notre solidarité. Nous devons aussi éviter que ce témoignage soit récupéré et serve de caution à toute radicalisation visant à dresser une communauté contre une autre.

Au-delà du cas personnel d’Arezki, il est indispensable de dénoncer l’irresponsabilité, la légèreté coupable, avec laquelle peuvent être traitées ces actes à connotation raciste qui se multiplient. Il est indispensable de refuser fermement leur banalisation et leur instrumentalisation à des fins politiques ou partisanes.
Rien, strictement rien ne pouvant jamais légitimer un acte raciste, rien ne saurait justifier que l’on ignore les causes de l’humiliation ressentie par celles et ceux qui en sont les victimes.


Ligue des Droits de l’Homme de Manosque ;
Assemblée citoyenne de Manosque ;
Collectif de Résistance et d’Initiative Populaire

Lire aussi le beau texte de Xavier Lainé écrit pour la circonstance et lu en public le 22 septembre à l'heure du rassemblement pacifique qui s'est tenu Porte Saunerie à Manosque.

19/09/2013

"Laissez-nous soigner en Syrie"

Les conférences sur la Syrie ne sont perturbées que par le clapotis des intérêts agités par les ambassades. Intérêts militaires, géostratégiques, confessionnels ou petitement « fondés » sur des réputations sondagières locales n’ayant que faire des souffrances humaines dont ils sont la cause.  
« Plus de deux millions de réfugiés, des millions de personnes déplacées, la destruction de nombreuses infrastructures… Les mesures allant dans le sens de l’allégement des souffrances doivent également être défendues par la communauté internationale. »
On ne peut que souscrire à l’appel de 55 médecins du monde entier, originaires de 25 pays, qui ont publié une lettre ouverte «Laissez-nous soigner en Syrie» par laquelle ils demandent au gouvernement syrien et à l’opposition armée de lever les restrictions totales qui pèsent de manière injustifiée sur l’accès humanitaire dans le pays.

Humanitaire, syrie

Au moment où les grandes puissances discutent d’un projet de résolution à l’ONU, il est plus que nécessaire de prendre en compte les termes de cette lettre et de mettre au centre des préoccupations la formidable crise humanitaire que connaît la Syrie.

Le texte  de cette lettre a été publié par The Lancet :

« Le conflit en Syrie a débouché sur l’une des pires crises humanitaires depuis la fin de la Guerre froide. Plus de 100 000 personnes ont été tuées, pour la plupart des civils, beaucoup d’autres ont été blessées, torturées. Des millions ont fui, des familles ont été divisées et des communautés entières déchirées. Ne laissons pas les discussions sur une intervention militaire occulter notre devoir de les aider.

En tant que médecins du monde entier, nous sommes horrifiés par l’ampleur de cette urgence. Le manque d’accès aux soins pour les civils et le ciblage délibéré des hôpitaux et du personnel médical nous consternent. Il ne s’agit pas de conséquences inévitables ou tolérables de la guerre. Ce sont des trahisons inadmissibles du principe de neutralité médicale. Il est de notre devoir professionnel, éthique et moral de dispenser des soins à quiconque en a besoin. C’est pourquoi, quand nous ne pouvons le faire nous-mêmes, nous nous devons d’exprimer notre soutien envers ceux qui risquent leur vie à notre place.

L’accès indispensable des civils aux services de santé est presque impossible : 37 % des hôpitaux ont été détruits, 20 % sont sérieusement endommagés. Les dispensaires de fortune deviennent des centres de traumatologie à part entière, peinant à faire face à l’afflux de blessés. Quelque 469 professionnels de santé sont emprisonnés. Avant la guerre, Alep comptait 5 000 médecins, il n’en resterait que 36.

L’augmentation exponentielle du nombre de malades est une conséquence directe du conflit, mais elle résulte aussi de la détérioration du système de santé public syrien, autrefois sophistiqué, et de l’absence de soins curatifs et préventifs appropriés. D’horribles blessures restent sans soins, des femmes accouchent sans aide médicale, adultes et enfants sont opérés sans anesthésie. Les victimes de violences sexuelles n’ont personne vers qui se tourner. La population syrienne est exposée aux épidémies d’hépatite, de rougeole, de typhoïde et de diarrhée aiguë. Dans certaines zones, les enfants nés depuis le début du conflit n’ont pas été vaccinés. Les patients atteints de maladies chroniques comme le cancer et le diabète ne peuvent recevoir leurs traitements vitaux de longue durée.

Confronté à d’énormes besoins et à des conditions dangereuses, le personnel médical syrien est pourtant celui qui dispense l’essentiel des soins aux civils. Les restrictions gouvernementales, conjuguées à la rigidité du système international d’aide humanitaire, aggravent la situation. En conséquence, de vastes régions de la Syrie sont complètement coupées de toute forme d’assistance médicale.

Les professionnels de santé sont tenus de soigner du mieux qu’ils le peuvent quiconque en a besoin. Toute personne blessée ou malade doit pouvoir accéder à un traitement médical. C’est pourquoi, en tant que médecins, nous demandons d’urgence que nos confrères en Syrie soient autorisés et aidés à sauver des vies et à soulager les souffrances sans crainte d’attaques ou de représailles.

Nous appelons le gouvernement syrien et toutes les parties au conflit à respecter la neutralité médicale et à ne pas attaquer les hôpitaux, les ambulances, les médicaments, le personnel médical et les patients ; le gouvernement syrien doit traduire en justice les auteurs de ces violations conformément aux normes internationales.

Les gouvernements alliés des parties au conflit doivent exiger que celles-ci cessent leurs attaques contre l’aide médicale et qu’elles permettent son acheminement jusqu’aux Syriens, par-delà les lignes de front et à travers les frontières syriennes.

L’ONU doit intensifier son soutien aux réseaux médicaux syriens, tant dans les zones gouvernementales que dans celles contrôlées par l’opposition, où, depuis le début du conflit, le personnel médical risque sa vie pour apporter des soins indispensables. »

 

18/09/2013

Roms, Croix, idées reçues

Le CNDH Romeurope condamne avec force les déclarations meurtrières du Maire de Croix dans le Nord, qui sont non seulement irresponsables, mais contraires à la loi. Le Collectif apportera son soutien aux associations anti-racistes qui porteraient plainte contre ces propos.

 roms,idées reçues,croix

Le CNDH Romeurope rappelle qu’il a publié récemment une brochure pour lutter contre les idées reçues [1] à l’égard des migrants Roms en situation précaire, à disposition de l’ensemble des citoyens, des candidats aux élections municipales et responsables politiques afin de savoir de qui on parle et lutter ainsi contre les discriminations. Il s’agit d’un outil pédagogique, particulièrement utile dans des périodes où certains représentants politiques visent une population, en raison d’une origine ethnique réelle ou supposée, en exprimant des propos racistes et incitant à un déchainement de violences à leur encontre. Cibler des boucs émissaires se révèle être une stratégie électoraliste à courte vue et contraire aux valeurs de la République. C’est un comportement irresponsable qui menace la cohésion sociale dans notre pays. Nos élus doivent donner l’exemple !

Nous sommes et serons particulièrement vigilants durant cette période aux propos d’élus ou de candidats qui font et feront le choix d’un discours de haine. Nous attendons du Gouvernement depuis longtemps une parole forte, et des responsables des partis politiques qu’ils assument une même ligne républicaine en sanctionnant ces propos publiquement.

Paris, le 17 septembre 2013

[1] Guide "Idées reçues"

16/09/2013

Chili 1973 - Syrie 2013

Droit d’asile ?
Autre temps, autres mœurs .... Quand, le 11 septembre 1973, le coup d’État militaire de Pinochet abat le gouvernement légitime au Chili, la société civile française s’émeut et se mobilise. Près de 500 000 Chiliens vont devoir s’enfuir. Les formations de la gauche française, y compris le Parti socialiste [1], demandent au président Pompidou de déclarer que la France est prête à offrir l’asile aux exilés chiliens. Dix à quinze mille y trouveront refuge. Avec la Suède, la France devient le principal pays d’accueil en Europe et reconnaît avec largesse le statut de réfugié à celles et à ceux qui le sollicitent.

Quarante ans plus tard, la Syrie est à feu et à sang. Plus de deux millions de Syriens ont fui la guerre civile. Tandis que la Turquie, le Liban, la Jordanie et l’Irak sont débordés par les arrivées de réfugiés, l’Europe, à l’exception de la Suède, leur oppose contingentement de visas et barrières policières. Et la France, dont le ministre des Affaires étrangères déclare que «  la tragédie syrienne peut être la pire catastrophe humanitaire de ce début de siècle  » et dont le Président est prêt à s’engager dans une intervention militaire pour punir un régime qui s’attaque aux populations civiles de son pays, justifie cette politique par la saturation de son dispositif d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile...

asile, syrieOn s’emploie donc, en amont, à éviter les demandes d’asile. C’est dans ce but que le gouvernement a décidé en janvier 2013, en toute discrétion, d’imposer un « visa de transit aéroportuaire » (« VTA ») à celles et à ceux qui, devant transiter par un aéroport français, profiteraient d’une escale pour solliciter une protection. [2]

Quant à la pincée de Syriens qui ont réussi à entrer dans l’Hexagone, si une partie obtient assez aisément le statut de réfugié ou la protection subsidiaire, beaucoup, empêchés de s’adresser à la France par le Règlement « Dublin 2 », finissent par gagner Calais d’où ils espèrent fuir un pays qui déploie son hostilité à leur encontre. Ils sont pourchassés jusque dans les squats insalubres où on les a condamnés à se cacher.

Autre temps, autres mœurs. Quarante ans après avoir apporté un soutien actif aux Chiliens, la société civile française n’a pas bronché. L’Union européenne non plus, qui ne songe même pas à offrir aux Syriens la « protection temporaire » prévue en cas d’afflux massif du fait d’un conflit. Pas plus qu’elle ne l’avait offerte aux Afghans, aux Irakiens et aux milliers d’Africains qui, en 2011, ont dû fuir la Libye.

À quarante ans de distance, la France et l’Europe sont devenues incapables de la moindre solidarité à l’égard des femmes et des hommes victimes de persécutions. L’« espace de liberté, de sécurité et de justice », censé caractériser l’Europe, et dans lequel l’asile serait un élément central, n’existe que pour la galerie. A la différence des Chiliens d’antan, les Syriens d’aujourd’hui peuvent mourir à ses portes sans qu’elle s’en soucie.

Le 11 septembre 2013

Organisations signataires :
Association d’accueil aux médecins et personnels de santé réfugiés en France (APSR), Centre Primo Levi, Collectif de soutien des exilés (Paris), Dom’Asile, Fédération des associations de solidarité avec les travailleur•e•s immigré•e•s (Fasti), Groupe d’information et de soutien des immigré•e•s (Gisti), Jesuit Refugee Service (JRS) France, la Cimade, la Marmite aux idées (Calais), Ligue des droits de l’Homme, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), Réseau Éducation sans frontières (RESF), Terre d’errance Norrent-Fontes (Pas-de-Calais)

[1] Ce dont se félicite l’Institut François Mitterrand. Voir « Le parti socialiste français face à l’expérience de l’Unité Populaire chilienne », la Lettre n° 23, mars 2008

[2] Voir : « Quand la France tente d’empêcher les Syriens de fuir »

11/09/2013

Obama et son âne

Admettons que la menace de frappes militaires brandie par Obama et son âne européen ait obligé la Russie à sortir de sa position de blocage pour demander à son client, le boucher Assad, de renoncer à "son" arsenal chimique. Et après…

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Et après comment, sous le tir d’armes lourdes continuant de cracher la mort ; dans un pays en sang où l’on ne reconnaît sans doute plus ni les uniformes, ni les factions ; comment peut-on sans rire prétendre démanteler des armes chimiques alors qu’elles n’ont pas été localisées, ni quantifiées et que leurs utilisateurs ne prendront sûrement pas la main des «observateurs internationaux» pour leur expliquer où ils les ont entreposées.
Comment peut-on se féliciter d’avoir obtenu un résultat aussi minimaliste puisque le jeu de massacre continue sous les fenêtres de l'ONU ?
Le coup diplomatique de Poutine, dont il pourra cyniquement tirer fierté et reconnaissance auprès de ses partenaire du G20, aura seulement permis à ces derniers de se sortir d’un faux pas sans se désavouer publiquement. Du moins en sont-ils persuadés !
Un coup de bluff qui masque et couvre de fausses indignations sur le dos de populations qui n’auront même pas eu la ressource de trouver asile et refuge auprès de ceux qui prétendent encore les défendre.

Jusqu'à quand ?
Si tous les crimes contre l’humanité devaient être jugés, il faudrait doubler les effectifs et les heures d’ouverture de la Cour pénale internationale !

11 septembre 1973

Le 11 septembre 1973 : coup d'état au Chili.


Víctor Jara Martínez (San Ignacio, région du Biobío, 28 septembre 1932 - Santiago, 16 septembre 1973) était un chanteur auteur-compositeur-interprète populaire chilien.
Membre du Parti communiste chilien, il fut l'un des principaux soutiens de l'Unité Populaire et du président Salvador Allende.
Arrêté par les militaires lors du coup d'État du 11 septembre 1973, il est emprisonné et torturé à l'Estadio Chile (aujourd'hui Estadio Víctor Jara) puis à l'Estadio Nacional avec de nombreuses autres victimes de la répression qui s'abat alors sur Santiago. Il y écrit le poème Estadio de Chile qui dénonce le fascisme et la dictature. Ce poème est resté inachevé car Víctor Jara est rapidement mis à l'écart des autres prisonniers. Il est assassiné le 15 septembre après avoir eu les doigts coupés par une hache.

11 septembre 1973, Allende

Le 9 septembre : DERNIER DISCOURS DE SALVADOR ALLENDE A LA RADIO NATIONALE 

"Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie. La honte tombera sur ceux qui ont trahi leurs convictions, manqué à leur propre parole et se sont tournés vers la doctrine des forces armées.

Le Peuple doit être vigilant, il ne doit pas se laisser provoquer, ni massacrer, mais il doit défendre ses acquis. Il doit défendre le droit de construire avec son propre travail une vie digne et meilleure. À propos de ceux qui ont soi-disant « autoproclamé » la démocratie, ils ont incité la révolte, et ont d'une façon insensée et douteuse mené le Chili dans le gouffre. Dans l'intérêt suprême du Peuple, au nom de la patrie, je vous exhorte à garder l'espoir. L'Histoire ne s'arrête pas, ni avec la répression, ni avec le crime. C'est une étape à franchir, un moment difficile. Il est possible qu'ils nous écrasent, mais l'avenir appartiendra au Peuple, aux travailleurs. L'humanité avance vers la conquête d'une vie meilleure.

Compatriotes, il est possible de faire taire les radios, et je prendrai congés de vous. En ce moment des avions sont en train de passer, ils pourraient nous bombarder. Mais sachez que nous sommes là pour montrer que dans ce pays, il y a des hommes qui remplissent leurs fonctions jusqu'au bout. Moi, je le ferai, mandaté par le Peuple et en tant que président conscient de la dignité de ce dont je suis chargé.

C'est certainement la dernière occasion que j'ai de vous parler. Les forces armées aériennes ont bombardé les antennes de radio. Mes paroles ne sont pas amères mais déçues. Elles sont la punition morale pour ceux qui ont trahi le serment qu'ils ont prêté. Soldat du Chili, Commandant en chef, associé de l'Amiral Merino, et du général Mendosa, qui hier avait manifesté sa solidarité et sa loyauté au gouvernement, et aujourd'hui s'est nommé Commandant Général des armées.

Face à ces évènements, je peux dire aux travailleurs que je ne renoncerai pas. Dans cette étape historique, je paierai par ma vie ma loyauté au Peuple. Je vous dis que j'ai la certitude que la graine que l'on a confiée au Peuple chilien ne pourra pas être détruite définitivement. Ils ont la force, ils pourront nous asservir, ils mais n'éviteront pas les procès sociaux, ni avec le crime, ni avec la force.

L'Histoire est à nous, c'est le Peuple qui la fait.

Travailleurs de ma patrie, je veux vous remercier pour la loyauté dont vous avez toujours fait preuve, de la confiance que vous avez accordé à un homme qui fut le seul interprète du grand désir de justice, qui jure avoir respecté la constitution et la loi. En ce moment crucial, la dernière chose que je voudrais vous dire, c'est que la leçon sera retenue.

Le capital étranger, l'impérialisme, ont créé le climat qui a cassé les traditions : celles que montrent Scheider et qu'aurait réaffirmé le commandant Araya. C'est de chez lui, avec l'aide étrangère, que celui-ci espérera reconquérir le pouvoir afin de continuer à défendre ses propriétés et ses privilèges.

Je voudrais m'adresser à la femme simple de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous, à l'ouvrière qui a travaillé dur et à la mère qui a toujours bien soigné ses enfants. Je m'adresse aux fonctionnaires, à ceux qui depuis des jours travaillent contre le coup d'État, contre ceux qui ne défendent que les avantages d'une société capitaliste. Je m'adresse à la jeunesse, à ceux qui ont chanté et ont transmis leur gaieté et leur esprit de lutte. Je m'adresse aux Chiliens, ouvriers, paysans, intellectuels, à tous ceux qui seront persécutés parce que dans notre pays le fascisme est présent déjà depuis un moment. Les attentats terroristes faisant sauter des ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et gazoducs, face au silence de ceux qui avaient l'obligation d'intervenir. L'Histoire les jugera.

Ils vont sûrement faire taire radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son métallique de ma voix tranquille. Peu importe, vous continuerez à m'écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d'un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le Peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et se laisser humilier. Travailleurs : j'ai confiance dans le Chili et dans son destin. D'autres hommes espèrent plutôt le moment gris et amer où la trahison s'imposerait. Allez de l'avant sachant que bientôt s'ouvriront de grandes avenues où passera l'homme libre pour construire une société meilleure.

Vive le Chili, vive le Peuple, vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j'ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu'au moins surviendra une punition morale pour la lâcheté et la trahison."

 

09/09/2013

La Syrie et la mort

Extrait d’un poème, comme un cri de la poétesse irakienne Nazik Al-Malaika.

Gifle stridente sur le visage des fauteurs de guerre, la réalité que ce cri recouvre devrait crever leurs tympans. Leur argumentation piteuse consiste à faire croire aux vertus humanitaires de leurs arsenal militaire qui ne disparaîtra que «dans le silence cruel de l’éternité où la mort devient remède» sans égard pour les êtres humains qui ne savent où trouver refuge.

Syrie, Nazik Al-Malaika

L’aube s’est levée

Écoute bien le bruit des pas de ceux qui sont en marche
Dans le silence de l’aube, prête attention aux processions en pleurs
Dix, vingt morts
Ne cherche pas à les dénombrer, écoute ceux qui pleurent.
Entends la voix du pauvre enfant
Des morts, des morts, ils sont morts en nombre
Des morts, des morts, il n’y a plus de demain
Partout un corps que pleure un affligé
Pas un instant d’éternité, pas de silence
Voilà ce qu’a fait la main de la mort
La mort, la mort, la mort
L’humanité se plaint, se plaint de ce qu’a commis la mort

Le choléra

Dans l’horreur de la caverne, parmi les corps
Dans le silence cruel de l’éternité où la mort devient remède
Le mal du choléra s’est réveillé.
Haineux, prêt à bondir, il s’élance,
Il dévale la vallée riante, éclatante
Il crie, déchaîné et furieux,
Sans écouter le bruit de ceux qui pleurent.
Partout ses griffes ont laissé derrière lui des morts ;
Dans la cabane du paysan, à la maison,
Rien d’autre que les cris de la mort
La mort, la mort, la mort
Sous la forme du choléra, la mort se venge.

Le silence est persistant

Rien d’autre que le retour des « Dieu est grand » ...
Même le fossoyeur a baissé les bras, il n’y a plus d’auxiliaire.
La mosquée, son muezzin est mort,
Et le mort, qui en fera-t-il l’oraison funèbre ?
Il ne reste plus que des pleurs et des gémissements
L’enfant, sans père ni mère,
Pleure d’un cœur dévasté :
Demain, nul doute, la maladie mauvaise le dévorera.
O spectre du choléra, tu n’as rien laissé,
Rien, sinon les affres de la mort,
La mort, la mort, la mort.
O Égypte, ce qu’a fait la mort m’a déchiré le cœur.

08/09/2013

Propagande de guerre, principes élémentaires

Principes élémentaires de propagande de guerre, (utilisables en cas de guerre froide, chaude ou tiède...) est un livre de Anne Morelli paru en 2001. A lire sans arrière pensée, avec un œil sur l'actualité.

Les dix « commandements » que propose Anne Morelli dans cet ouvrage sont avant tout une grille d’analyse qui se veut pédagogique et critique. Elle n’a pas pour but de prendre parti, ou de prendre la défense des « dictateurs », mais de constater la régularité de ces principes dans le champ médiatique et social. Au ban des accusés, on retrouve tant les vaincus que les vainqueurs.

« Je ne tenterai pas de sonder la pureté des intentions des uns ou des autres. Je ne cherche pas ici à savoir qui ment et qui dit la vérité, qui est de bonne foi et qui ne l’est pas. Mon seul propos est d’illustrer les principes de propagande, unanimement utilisés, et d’en décrire les mécanismes. »

Il est néanmoins indéniable que depuis les dernières guerres qui ont marqué notre époque (Kosovo, guerre du Golfe, Afghanistan, Irak) ce sont nos démocraties occidentales et le champ médiatique qui leur correspond qui sont mis en question.

propagande de guerre

Anne Morelli réactualise, grâce à ce petit manuel du citoyen critique, des formes invariables pour des contenus divers. La propagande s’exerce toujours via les mêmes invariants quelle que soit la guerre, d’où la grande pertinence de la grille proposée. Il semble également essentiel dans cette introduction de citer Lord Ponsonby qu’Anne Morelli remercie dès les premières pages de son ouvrage. En effet, Ponsonby a largement contribué à l’élaboration des principes. Lord Ponsonby était un travailliste anglais qui s’était radicalement opposé à la guerre. Déjà durant la Première Guerre mondiale, il s’illustre par divers pamphlets et finit par écrire un livre sur ces mécanismes de propagande. Livre qu’Anne Morelli reprend, réactualise et systématise en dix principes élémentaires.

Nous ne voulons pas la guerre

« Arthur Ponsonby avait déjà remarqué que les hommes d'État de tous les pays, avant de déclarer la guerre ou au moment même de cette déclaration, assuraient toujours solennellement en préliminaire qu'ils ne voulaient pas la guerre . » La guerre n’est jamais désirée, elle n’est que rarement vue comme positive par la population. Avec l’avènement de nos démocraties, le consentement de la population devient essentiel, il ne faut donc pas vouloir la guerre et être un pacifiste dans l’âme. À la différence du Moyen Âge, où l’avis de la population n’avait que peu d’importance et la question sociale n’était pas substantielle. « Ainsi déjà le gouvernement français mobilise tout en proclamant que la mobilisation n’est pas la guerre mais, au contraire, le meilleur moyen d’assurer la paix. » « Si tous les chefs d'État et de gouvernements sont animés de semblables volontés de paix, on peut évidemment se demander innocemment pourquoi, parfois (et même souvent), des guerres éclatent tout de même  ? » Mais le second principe répond à cette question.

Le camp adverse est le seul responsable de la guerre

Ce deuxième principe émane du fait que chaque camp assure avoir été contraint de déclarer la guerre pour empêcher l’autre de détruire nos valeurs, mettre en péril nos libertés, ou même nous détruire totalement. C’est donc l’aporie d’une guerre pour mettre fin aux guerres. On en arrive presque à la mythique phrase de George Orwell « War is Peace ». Ainsi, les États-Unis ont été « contraints » de faire la guerre contre l’Irak qui ne leur a pas laissé le choix. Nous ne faisons donc que « réagir », nous défendre des provocations de l’ennemi qui est entièrement responsable de la guerre à venir. « Ainsi déjà, Daladier dans son « appel à la nation » - faisant l’impasse sur les responsabilités françaises dans la situation créée par le traité de Versailles – assure le 3 septembre 1939 : l’Allemagne avait déjà refusé de répondre à tous les hommes de cœur dont la voix s’était élevée ces temps derniers en faveur de la paix du monde. […] Nous faisons la guerre parce qu’on nous l’a imposée. » » Ribbentrop justifie la guerre contre la Pologne en ces termes ; « Le Führer ne veut pas la guerre. Il ne s’y résoudra qu’a contrecœur. Mais ce n’est pas de lui que dépend la décision en faveur de la guerre ou de la paix. Elle dépend de la Pologne. Sur certaines questions d’un intérêt vital pour le Reich, la Pologne doit céder et faire droit à des revendications auxquelles nous ne pouvons renoncer. Si elle s’y refuse, c’est sur elle que retombera la responsabilité d’un conflit, et non sur l’Allemagne. » On a pu également lire lors de la Guerre du golfe dans Le Soir du 9 janvier 1991 : « La paix que tout le monde désire plus que tout, ne peut pas se bâtir sur de simples concessions à un acte de piraterie. (…) La balle étant essentiellement, faut-il le dire dans le camp de l’Irak. » Idem pour la guerre en Irak, ainsi avant que la guerre ne commence, Le Parisien titrait le 12 septembre 2002 : « Comment Saddam se prépare à la guerre ».

Le chef du camp adverse a le visage du diable (ou « l'affreux de service »)

« On ne peut haïr un groupe humain dans son ensemble, même présenté comme ennemi. Il est donc plus efficace de concentrer cette haine de l’ennemi sur le leader adverse. L’ennemi aura ainsi un visage et ce visage sera bien évidemment odieux. »

« Le vainqueur se présentera toujours (voir Bush ou Blair récemment) comme un pacifiste épris de conciliation mais acculé par le camp adverse à la guerre.

Ce camp adverse est bien sûr dirigé par un fou, un monstre (Milosevic, Ben Laden, Saddam Hussein, ...) qui nous défie et dont il convient de débarrasser l'humanité. »

La première opération d’une campagne de démonisation consiste donc à réduire un pays à un seul homme. À faire donc comme si personne ne vivait en Irak, que seul Saddam Hussein, sa « redoutable » garde républicaine et ses « terribles » armes de destruction massive vivent là-bas. Personnaliser ainsi le conflit est très typique d’une certaine conception de l’histoire, qui serait faite par des « héros », l’œuvre des grands personnages. Conception de l’histoire qu’Anne Morelli refuse en écrivant inlassablement sur les « laissés pour compte » de l’histoire légitime. Cette vison est particulièrement idéaliste et métaphysique en que l’histoire est le fruit des idées de ses « grand » hommes. À cette conception de l’histoire s’oppose un conception dialectique et matérialiste qui définit l’histoire en termes de rapports et de mouvements sociaux.

Ainsi l’adversaire est qualifié de tous les maux possibles. Il en va de son physique à ses mœurs sexuelles. Ainsi, Le Vif-L'Express du 2 au 8 avril 1999 présente « L’effroyable Milosevic ». « Le Vif-L’Express ne cite aucun discours aucun écrit du « maître de Belgrade » mais par contre relève ses sautes d’humeur anormales, ses explosions de colère, maladives et brutales : Quand il était en colère, son visage se tordait. Puis, instantanément, il recouvrait son sang-froid. » Ce type de démonisation n’est d’ailleurs pas utilisé uniquement pour la propagande de guerre (comme tous les autres principes d’ailleurs.) Ainsi, Pierre Bourdieu rapportait qu’aux États-Unis, nombre d’enseignants universitaires, excédés de la popularité de Michel Foucault dans leurs collèges, écrivaient bon nombre de livres sur la vie intime de l’auteur. Ainsi, Michel Foucault, « l’homosexuel masochiste et fou » avait des pratiques « contre-nature », « scandaleuses » et « inacceptables. ». Par ce biais, il n’y a donc pas besoin de débattre la pensée de l’auteur ou les discours d’un homme politique, mais le réfuter sur des jugements moraux relatifs aux soi-disant pratiques de l’individu.

C'est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers

Les buts économiques et géopolitiques de la guerre doivent être masqués sous un idéal, des valeurs moralement justes et légitimes. Ainsi on pouvait déjà entendre George Bush père déclarer «  Il y a des gens qui ne comprennent jamais. Le combat ne concerne pas le pétrole, le combat concerne une agression brutale » ou Le Monde le 22 janvier 1991 : « Les buts de guerre américains et français sont d’abord les buts du Conseil de sécurité. Nous sommes là en raison des décisions prises par Conseil de sécurité et l’objectif essentiel, c’est la libération du Koweït. » En fait, dans nos sociétés modernes, à la différence de Louis XIV, une guerre ne peut se réaliser qu’avec un certain consentement de la population. Gramsci avait déjà montré à quel point l’hégémonie culturelle et le consentement sont indispensables au pouvoir. Ce consentement sera facilement acquis si la population pense que de cette guerre dépendent leur liberté, leur vie, leur honneur. Les buts de la Première Guerre mondiale par exemple se résument en trois points : « -écraser le militarisme - défendre les petites nations - préparer le monde à la démocratie. Ces objectifs, très honorables, sont depuis recopiés quasi textuellement à la veille de chaque conflit, même s'ils ne cadrent que très peu ou absolument pas avec ses objectifs réels. » « Il faut persuader l’opinion publique que nous – au contraire de nos ennemis – faisons la guerre pour des motifs infiniment honorables. » « Pour la guerre de l'OTAN contre la Yougoslavie, on retrouve le même décalage entre buts officiels et inavoués du conflit.

Officiellement l'OTAN intervient pour préserver le caractère multi-ethnique du Kosovo, pour empêcher que les minorités y soient maltraitées, pour y imposer la démocratie et pour en finir avec le dictateur. Il s'agit de défendre la cause sacrée des droits de l'homme. Non seulement à la fin de la guerre, on peut constater qu'aucun de ces objectifs n'a été atteint, qu'on est notamment loin d'une société multi-ethnique et que les violences contre les minorités – serbes et roms cette fois - sont quotidiennes, mais encore on se rend compte que les buts économiques et géopolitiques de la guerre, dont on n'avait jamais parlé, sont -eux- atteints. » Ce principe implique son corollaire, l’ennemi lui est un monstre sanguinaire qui représente la société de la barbarie.

L'ennemi provoque sciemment des atrocités, et si nous commettons des bavures c'est involontairement

Les récits des atrocités commises par l’ennemi constituent un élément essentiel de la propagande de guerre. Cela ne veut évidemment pas dire que des atrocités n’ont pas lieu pendant les guerres. Tout au contraire, les assassinats, les vols à main armée, les incendies, les pillages et les viols semblent plutôt – malheureusement - récurrents dans l’histoire des guerres. Mais le fait de faire croire que seul l’ennemi commet de telles atrocités, et que notre armée est aimée de la population, c’est une armée « humanitaire ».

Mais la propagande de guerre s’arrête rarement là, non contente des viols et pillages existants, il lui faut le plus souvent créer des atrocités « inhumaines » pour incarner en l’ennemi l’alter-ego d’Hitler (Hitlerosevic, …). Nous pouvons ainsi mettre côte à côte plusieurs passages ayant trait à des guerres différentes sans y trouver de grandes différences.

Durant la Première Guerre mondiale, Ponsonby rapporte cette histoire : « Trente ou trente-cinq soldats allemands étaient entrés dans la maison de David Tordens, charretier à Sempst (aujourd’hui Zempst). Ils ligotèrent l’homme puis cinq ou six d’entre eux se jetèrent sous ses yeux sur la fille âgée de treize ans et lui firent violence, ensuite ils l’embrochèrent sur leurs baïonnettes. Après cette action horrible ils lardèrent de coups de baïonnettes son fils âgé de neuf ans et fusillèrent sa femme. » On n'oubliera pas non plus l’épisode des enfants aux mains coupées, qui s’apparente plus à une rumeur infondée qu’à un fait historique.

Pour la Guerre du Golfe dans Le Monde du 3 mars 1990 : «  S’ils ne prouvent rien quant au nombre, les corps mutilés de la morgue de l’hôpital Moubarak plaident pour la certitude de la cruauté des sept mois d’occupation irakienne. Yeux arrachés, gorges tranchées, têtes écrasées, crânes coupés dont la cervelle s’échappe, corps à moitiés carbonisés, brûlures de cigarettes… » Sans oublier également l’épisode des couveuses volées et des bébés tués atrocement… Qui se révéla être une mystification.

Pour l’Afghanistan dans le Herald Tribune du 7 août 1999 : « Certains ont été tués dans les rues. Beaucoup ont été exécutés chez eux, après blocage et perquisition des zones réputées pour être habitées en majorité par certains groupes ethniques. Certains ont été ébouillantés à mort ou asphyxiés dans des conteneurs métalliques scellés, placés en plein soleil. Dans un hôpital au moins, 30 patients ont été tués par balle dans leur lit. Les corps des victimes ont été abandonnés dans les rues ou dans les maisons, pour intimider le reste des habitants. Des témoins affolés ont pu voir des chiens s'acharner sur les cadavres, mais on leur a imposé par mégaphone ou par radio de ne pas y toucher et de ne pas les enterrer. » Les talibans, ici responsables de ses atrocités n’ont pour la plupart pas été arrêtés, et aucune nouvelle de Ben Laden…

Pour la guerre en Irak, les récits furent encore une fois similaires, et les mensonges sur les armes de destruction massive aussi. On peut donc facilement dégager certaines tendances dans ces histoires. Il s’agit avant tout de toucher la corde « sentimentale » du lecteur, il faut avant tout de « bonnes histoires » et si on ne les trouve pas, on les invente. Les détails « croustillants » totalement inutiles au vu des réelles conséquences au point de vue humain dans les guerres sont pourtant monnaie courante dans ces récits, et fait de l’ennemi un monstre plus horrible que jamais, qui tue avant tout par plaisir ou vice.

Pour le Kosovo, « il y a évidemment eu, au printemps 1999, meurtres, pillages, tortures et incendies de maisons albanaises, mais on "oublie" de mettre en évidence avec la même acuité les mêmes atrocités commises à partir de l'été sur des Serbes, Bosniaques, Roms et autres personnes non Albanaises. Leur exode sera passé sous silence alors que les images de réfugiés albanais du Kosovo et leur accueil à l'étranger avaient fait l'objet d'émissions complètes à la télévision. C'est que ce cinquième principe de la propagande de guerre veut que seul l'ennemi commette des atrocités, notre camp ne peut commettre que des "erreurs". La propagande de l'OTAN popularisera à l'occasion de la guerre contre la Yougoslavie le terme de "dégâts collatéraux" et présentera comme tels les bombardements de populations civiles et d'hôpitaux, qui auraient fait, selon les sources, entre 1 200 et 5 000 victimes. "Erreur" donc que le bombardement de l'ambassade chinoise, d'un convoi de réfugiés albanais, ou d'un train passant sur un pont. L'ennemi, lui, ne commet pas d'erreurs, mais commet le mal sciemment. »

Pour conclure sur une citation de Jean-Claude Guillebaud : « Nous étions devenus, nous journalistes, à notre corps défendant, des espèces de marchands d’horreur et l’on attendait de nos articles qu’ils émeuvent, rarement qu’ils expliquent ».

L'ennemi utilise des armes non autorisées

Ce principe est le corollaire du précédent. « Non seulement nous ne commettons pas d’atrocités, mais nous faisons la guerre de manière chevaleresque, en respectant – comme s’il s’agissait d’un jeu, certes dur mais viril ! – les règles. » Ainsi déjà pendant la Première Guerre mondiale, la polémique fit rage à propos de l’usage des gaz asphyxiants. Chaque camp accusait l’autre d’avoir commencé à les utiliser. Bien que les deux camps avaient fait usage du gaz et qu’ils avaient effectué tous des recherches dans le domaine, cette arme était le reflet symbolique de la guerre « inhumaine ». Il convient ainsi de l’imputer à l’ennemi. C’est en quelque sorte l’arme « malhonnête », l’arme du fourbe.

Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l'ennemi sont énormes

« À de rares exceptions près, les êtres humains préfèrent généralement adhérer à des causes victorieuses. En cas de guerre l’adhésion de l’opinion publique dépend donc des résultats apparents du conflit. Si les résultats ne sont pas bons, la propagande devra cacher nos pertes et exagérer celles l’ennemi. »

Déjà durant la Première Guerre mondiale, après un mois du début des opérations, les pertes s’élevaient déjà à 313 000 tués. Mais l’état major français n’a jamais avoué la perte d’un cheval et ne publiait pas la liste nominative des morts.

Dernièrement, la guerre en Irak nous fournit un exemple du genre, où on a interdit la publication des photos des cercueils de soldats américains dans la presse. Les pertes de l’ennemi sont elles, par contre, énormes, leur armée ne résiste pas. « Dans les deux camps ces informations remontent le moral des troupes et persuadent l’opinion publique de l’utilité du conflit. »

Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause

Lors de la Première Guerre mondiale, sauf quelques rares exceptions, les intellectuels soutinrent massivement leur propre camp. Chaque belligérant pouvait largement compter sur l'appui des peintres, des poètes, des musiciens qui soutenaient, par des initiatives dans leur domaine, la cause de leur pays.

Les caricaturistes sont largement mis au travail, pour justifier la guerre et dépeindre le "boucher" et ses atrocités, tandis que d'autres artistes vont travailler, caméra au poing, pour produire des documents édifiants sur les réfugiés, toujours soigneusement pris dans les rangs albanais, et choisis les plus ressemblants possible par rapport au public auquel ils s'adressent, comme ce bel enfant blond au regard nostalgique, censé évoquer les victimes albanaises.

On peut voir ainsi les « manifestes » se développer partout. Le manifeste des cent, pour soutenir la France pendant la Première Guerre mondiale (André Gide, Claude Monet, Claude Debussy, Paul Claudel). Plus récemment le « manifeste des 12 » contre le « nouveau totalitarisme1 » qu’est l’islamisme. Ces « collectifs » d’intellectuels, artistes et hommes notables se mettent donc à légitimer l’action du pouvoir politique en place.

Notre cause a un caractère sacré

Ce critère peut être pris dans deux sens, soit littéral, soit au sens général. Dans le sens littéral, la guerre se présente donc comme une croisade, donc la volonté est divine. On ne peut donc se soustraire de la volonté de Dieu, mais seulement l’accomplir. Ce discours a repris une grande importance depuis l’arrivée de George Bush fils au pouvoir et avec lui toute une série d’ultra-conservateurs intégristes. Ainsi la guerre en Irak s’est manifestée comme une croisade contre « l’Axe du Mal » une lutte du « bien » contre le « mal ». Il était de notre devoir de « donner » la démocratie à l’Irak, la démocratie étant un don issu tout droit de la volonté divine. Ainsi faire la guerre c’est réaliser la volonté divine. Des choix politiques prennent un caractère biblique qui efface toute réalité sociale et économique. Les références à Dieu on toujours été nombreuses (In God We Trust, God Save the Queen, Gott mit Uns, …) et servent à légitimer sans appel les actions du souverain.

Ceux (et celles) qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres

Ce dernier principe est le corollaire de tous les précédents, tout personne mettant en doute un seul des principes énoncés ci-dessus est forcément un collaborateur de l’ennemi. Ainsi, la vision médiatique se limite aux deux camps cités ci-dessus. Le camp du bien, de la volonté divine, et celui du mal, des dictateurs. Ainsi, on est « pour ou contre » le mal. En ce sens, les opposants à la guerre du Kosovo se sont vu traiter dans L’Évènement du 29 avril au 5 mai 1999 de « complices de Milosevic ». L’hebdomadaire va même jusqu'à systématiser plusieurs « familles ». On retrouve ainsi la famille « anti-américaine » avec Pierre Bourdieu, Régis Debray, Serge Halimi, Noam Chomsky ou Harold Pinter. La famille « pacifiste intégriste » avec Gisèle Halimi, Renaud, l’abbé Pierre… et leur organes respectifs, le Monde diplomatique, le PCF.

Il devient donc impossible de faire surgir une opinion dissidente sans subir un lynchage médiatique. Le pluralisme des avis n’existe plus, il est réduit à néant, toute opposition au gouvernement est réduite au silence et au discrédit par des arguments bidon.

Ce même argumentaire a été de nouveau en application lors de la guerre en Irak, bien que l’opinion internationale étant plus partagée, cela se soit moins ressenti. Mais être contre la guerre, c’est être pour Saddam Hussein… Le même schéma fut appliqué dans ce tout autre contexte qu’était le référendum sur la constitution européenne : « être contre la constitution, c’est être contre l’Europe ! »

 

  1. Son usage envers le terrorisme par Jack Straw semble en ce sens impropre. Le "terrorisme" en général ne peut être considéré comme un "totalitarisme" au sens originaire du terme. Il ne remplit pas les critères nécessaires. L'usage du concept requiert une analyse approfondie de la société ou de la structure du groupe étudié, il faut en faire ressortir les catégories essentielles et les processus de dé-différenciation propres au totalitarisme. Il ne semble pourtant pas que Jack Straw ait réalisé une telle analyse pour pouvoir donner une vraie assise théorique à son assertion. L'usage du terme a dans ce cas un but politique ou de propagande de guerre.

05/09/2013

Roms : la CNCDH ne désarme pas

La CNCDH appelle le gouvernement à la mise en œuvre stricte de la circulaire du 26 août 2012 pour garantir l’accès au droit commun des populations Roms présentes en France. L’institution nationale indépendante de protection des droits de l’homme souhaite également faire part de sa grande inquiétude face à l’alarmant climat de tension qui règne autour de la question, envenimé ces dernières semaines par d’intolérables propos de haine véhiculés par des élus ou des responsables politiques.

roms,recommandations cncdh
La situation réservée aux Roms continue de se dégrader,
malgré les recommandations adressées à l’État par la CNCDH

Le 26 août 2012 était signée par sept ministres la circulaire interministérielle « relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites ». Cette circulaire avait été saluée par les associations de défense des droits de l’homme dans la mesure où elle marquait un changement de discours de la part des autorités et témoignait de leur volonté d’apporter une réponse individualisée et territorialisée aux situations de grande précarité vécues par des citoyens européens.

Un an après l’entrée en vigueur de cette circulaire, que constate-t-on sur le terrain ? Dans de nombreuses villes, les évacuations des lieux de vie se sont poursuivies trop souvent sans solutions alternatives et au mépris du caractère inconditionnel du droit à l’hébergement, mettant des hommes, des femmes et des enfants à la rue, dans une précarité toujours plus grande. Le volet préventif de la circulaire, qui prévoit l’anticipation des opérations d’évacuation des bidonvilles et l’accompagnement des populations, est peu et inégalement mis en œuvre sur le territoire. La situation des Roms en France est extrêmement préoccupante et les entraves dans l’accès au droit commun (scolarisation, santé, protection sociale) perdurent, de même que les difficultés pour accéder à un emploi salarié.

Face à la situation de grande précarité dans laquelle se trouvent les 20 000 personnes Roms vivant en squats ou en bidonvilles actuellement, des solutions existent et la CNCDH formule ci-joint des recommandations qui lui semblent devoir être mises en œuvre le plus rapidement possible, afin que soient respectés les droits fondamentaux de ces citoyens européens vivant sur le territoire français : droit à l’hébergement, respect de la scolarisation des enfants, droit à la santé et accès au travail. Les recommandations de la Commission s’appuient sur les travaux menés sur le terrain par ses associations membres, sur les interventions du Défenseur des droits en la matière et reprennent pour une grande part des recommandations déjà formulées par la CNCDH dans un avis de mars 2012.

03/09/2013

La réforme pénale en période de probation

Aucune loi pénale ne pourra empêcher la destruction du lien social par l'importance donnée à l'argent vecteur de délinquance. La moindre justice pénale commande par ailleurs que toutes les délinquances, violences des palais,violences des quartiers, soient traitées avec la même rigueur en regard d'une loi faite pour tous, y compris par ceux qui sont chargés de la faire respectée.

Admettons que la confrontation Valls / Taubira n'ait pas été comprise comme un spectacle et qu'il puisse en ressortir une minuscule avancée. Restera à donner les moyens à ces deux ministères régaliens de réaliser leurs objectifs dans le respect des droits universels.

valls-taubira,réforme pénale


La réforme pénale en période de probation

Attendue depuis un an, la réforme pénale nécessitait grandeur de vue et pédagogie. Il est regrettable que le débat estival auquel elle a donné lieu ait été marqué par l’esprit polémique et politicien. La justice méritait mieux, particulièrement après les multiples lois sécuritaires sous la période Sarkozy.

Il faut donc se féliciter que les derniers arbitrages présidentiels semblent ouvrir la voie à des avancées notables, dont la création d’une peine de probation, déconnectée de l’emprisonnement, n’est pas la moindre. En effet, si cette sanction est mise en application de manière lisible et avec les moyens nécessaires, elle est susceptible de favoriser une rupture d’avec le tout-carcéral. Il convient de même de se féliciter de l’abrogation des peines planchers et de la révocation automatique des sursis simples, qui participent de cette même volonté.

La mise en place d’un examen automatique au deux tiers de la peine, afin de limiter les sorties sèches, constitue de même un progrès incontestable.

En attendant de prendre connaissance du futur projet de loi, il faut toutefois s’inquiéter du silence autour de grands enjeux tels que la disparition de la rétention de sûreté, ou encore de la réhabilitation du droit pénal des mineurs. Il est tout autant regrettable que la réforme n’envisage pas de transformer certains délits en contraventions, ou, allant plus loin, de dépénaliser certains comportements qui constituent plus de simples manquements à la discipline sociale que des hostilités déclarées à des valeurs sociales fondamentales.

Le débat parlementaire devra nourrir ce projet afin de lui donner la force et l’ambition essentielles à sa réussite. C’est ce à quoi la Ligue des droits de l’Homme invite les parlementaires, tout en pressant le gouvernement de ne pas attendre et d’inscrire au plus vite ce chantier à l’ordre du jour de la représentation nationale.

Communiqué LDH, 3 septembre 2013